mercredi 21 janvier 2026

La Poursuite Implacable

1973
Revolver
Sergio Sollima
Avec : Oliver Reed, Fabio Testi

Il fait nuit, deux hommes fuient. L'un est blessé, l'autre est joué par Fabio Testi. Le blessé finira pas mourir au bord d'un canal dans les bras de son ami. Dans le froid hivernal, Fabio Testi porte le cadavre de son ami sur son dos, alors que débute la chanson "Un Ami", d'Ennio Morricone, avec des paroles en français. Il ne m'en faut pas beaucoup plus, la scène est fugace, mais elle a quelque chose de mortifère et beau à la fois, les jambes raides du mort, Fabio Testi qui semble peiner comme Django tirant son cercueil. L'enterrement a quelque chose de pathétique, le visage du mort effleurant des graviers grossiers du bord du canal. J'ai reproché à Vincent Jourdan de parfois s'attacher à pas grand chose pour juger positivement un film, et je fais pareil ici, en pleine conscience.

La poursuite implacable, le titre français, résonne comme le titre d'un western de John Ford. Revolver, le titre original, sonne mieux, mais n'est pas beaucoup plus explicite. Le film s'inscrit dans le genre Poliziottesco, mais moi il m'a surtout rappelé les films poisseux français des années 70, en général avec Lino Ventura ou Yves Montand, où un homme plus ou moins banal se retrouve embourbé dans un merdier inextricable et dont il ne parviendra pas à s'extriquer, même à la toute fin. Oliver Reed, les yeux brumeux de l'alcoolique, le visage bouffi, cherche à retrouver sa femme coûte que coûte, sans comprendre la moitié de ce qui se trame autour de lui, et tout aussi buté que Franco Nero dans Texas Adios. Pour avoir une chance de retrouver sa femme, il doit faire évader Fabio Testi, sans qu'on comprenne de prime abord le rapport avec la scène d'enterrement initial, ni avec le meurtre d'un type apparemment important à Paris, ni avec ce chanteur à succès et à gueule d'ange (Daniel Beretta). 


L'ambiance est lourde, et Sergo Sollima joue avec les tensions psychologiques et son récit déstructuré, plus qu'avec les outrances chères au genre. L'action est en effet assez rare et on n'aura pas droits aux scènes "à faire" et aux poncifs vus dans Le Clan des Pourris ou dans La rançon de la peur. La scène de l'évasion de Fabio Testi par exemple, lente et progressive, fait mouche. Pas d'esbrouffe, pas de grandes idées, mais une précision dans l'exécution qui rend la scène très crédible. L'ambiance hivernale qui baigne l'ensemble du film rajoute à la tension, Fabio Testi, athlétique, dans son manteau hivernal, avec ses jambes interminables, est très convaincant. Oliver Reed est un peu plus poussif, mais c'est parfaitement cohérent avec le personnage, tant l'inutilité de ses démarches est criante. Les trognes familières des truands pullulent autour d'eux, les deux hommes finissent par faire équipe et courent vers l'inéluctable, de Milan à Paris, de planque en planque et d'appels téléphoniques crispés en désillusions, tant toutes les portes vers lesquelles ils tournent se révèlent pourries et corrompues. Seule la séquence dans les Alpes, très belle visuellement, dénote un peu, semblant donner un léger répit aux personnages, avant qu'un hélicoptère ne vienne les rappeler à la réalité. 



Au final, même si comme je l'ai dit, les scènes d'actions sont assez rares, une bonne partie du casting va y passer, et ceux qui resteront en vie seront détruits psychologiquement. Le film ne fait donc pas dans la dentelle, et on reconnait bien la patte de Sergio Sollima, l'évolution des caractères des deux personnages au contact l'un de l'autre et de l'action et la description d'une société de puissants qui utilisent les plus modestes comme de simples pions. Je recommande donc plutôt chaleureusement ce film à ceux qui seraient convaincus que Sergio Sollima n'est l'auteur que de trois bons westerns.


Captures piquées sur l'excellente critique de DvdKassik

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