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mardi 17 février 2015

Arizona Colt

Arizona Colt
1966
Michele Lupo
Avec: Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Nello Pazzafini

Parfois il faut faire pause dans sa vie effrénée, revenir à ses amours, back to basic, ressortir un vieil enregistrement sur un vieux DVD-R qui prend la poussière, écouter la belle musique à l'harmonica du générique et retrouver le sourire en voyant s'afficher les noms de Guiliano Gemma, Fernando Sancho et Nello Pazzafini. Parfois il faut se laisser porter, apposer un voile pudique sur tous les défauts, ne pas voir l'intention commerciale évidente de réitérer le succès du premier Ringo. Ne pas réfléchir. Je n'aime pas les types qui réfléchissent, dit Fernando Sancho. J'ai suivi son conseil, j'ai mis mes neurones en veilleuse, apprécié le spectacle, les qualités d'athlète du beau Giuliano, le rire gras du gros Fernando, la veulerie de l'inénarrable Nello Pazzafini, les boissons explosives de Double Whisky (Roberto Camardiel). Ne pas se prendre la tête, suivre avec bonne humeur les différentes tonalités du film, du plus comique au plus tragique. Ne pense pas, ressens dit Yoda, ressens cette étrange charge émotive apportée par la sonorité si particulière des armes à feu du western spaghetti, imprègne toi de la sueur et de la lumière d'Almeria. Prépare toi doucement à l'inévitable carnage final avant que Giuliano n'embrasse Corinne Marchand et quitte la ville, alors que s'élève la langoureuse chanson de générique. Et si tu trouves ça beau, n'en aie pas honte, c'est effectivement beau comme du western spaghetti! 

PS: même si à proprement parler, il ne s'agit pas de l'armée mexicaine, je considère que ce film participe de ce grand génocide oublié.

lundi 20 août 2012

Texas



1969
Il Prezzo del Potere
Tonino Valerii
Avec: Giuliano Gemma, Warren Wanders, Ray Saunders, Antonio Casas, Benito Stefanelli

J'ai vu ce film une première fois il y a dix ans à la cinémathèque et je n'avais rien compris. L'organisateur de la séance nous avait prévenu, il avait fait comme il avait pu, avec les moyens du bord, le film était incomplet. Je l'ai revu aujourd'hui en version plus complète, mais en italien sans sous-titres. Je n'ai donc toujours rien compris aux détails de cette intrigue qui transpose l'assassinat de JFK dans l'Ouest au lendemain de la guerre de Sécession. Vouloir regarder du western spaghetti est un chemin de croix, jonché de mauvais films que l'on regarde malgré tout pour voir la scène à sauver du film (il y en a toujours une), et parsemé de très bons films que l'on a souvent du mal à voir dans de bonnes conditions.
Texas est de la deuxième espèce. À vrai dire cela se sent curieusement dès le générique, qui n'est pourtant qu'un plan fixe sur une carte des États-Unis. C'est bizarre, hein, mais tout de suite on le sait: ça va être un bon film! La musique langoureuse de Luis Bacalov s'élève et comme les chiens de Pavlov, on salive d'avance. Le fait de ne pas comprendre très bien l'italien permet de se concentrer sur la technique de Valerii. Contrairement a Castellari, Tonino Valerii ne cherche pas à épater la galerie, et pourtant on sent une maîtrise de la mise en plan et de la dramaturgie tout entière au service de l'intrigue, une fluidité dans les mouvements de caméra qui n'est pas là pour en mettre plein la vue, mais bien pour s'effacer devant les personnages. Tout cela produit un film qui se suit parfaitement bien, avec le plaisir d'une mise en scène intelligente. Les moyens sont relativement conséquents en terme de figuration et de décor, même si les puristes de la vraisemblance trouveront naturellement à redire sur la crédibilité visuelle d'un film aussi ambitieux du point de vue scénaristique et historique. En effet, même si on ne comprend qu'un mot sur dix de l'italien et que sa vision de la VF remonte à dix ans, la tonalité générale du film se comprend très bien, les thèmes du traitement des noirs et du conflit d'un certain progressisme face aux vieilles traditions du Sud sont les pierres angulaires du récit, ainsi que la corruption, le pouvoir de la presse, l'importance de l'Etat, l'histoire du Texas. Et malheureusement, tout cela se ressent très peu au niveau des décors et de la figuration: très peu de noirs sont employés, les décors, la vestimentation sont ceux d'un western spaghetti classique, rien ne cherche à faire "vrai" par rapport à la richesse des thèmes abordés. Gageons qu'avec les mêmes moyens que Valerii obtiendra plus tard pour Mon Nom est Personne, il aurait réussi un film autrement plus beau et cohérent.




La distribution comme d'habitude, ravira les amateurs de western italien, on retrouve le barbu chevelu qui se fait sans cesse martyriser par Terence Hill dans Trinita, subissant ici un sort tout aussi peu enviable, Antonio Casas, qui disparaît bien vite, et bien d'autres encore. Mais certaines têtes secondaires de western spaghetti ont des rôles particulièrement bien écrits par rapport à la norme du genre, en particulier Benito Stefanelli en Shérif corrompu, montrant de véritables talents de comédien, Joaquin Parra (photo ci-dessus) le meurtrier sacrifié qui réussit en peu de plans à construire un personnage. Dans la catégorie des non-habitués, Ray Saunders, touchant à force de clamer son innocence, Warren Wanders en espèce d'agent secret et Manuel Zarzo, formidable en infirme aux béquilles meurtrières, enrichissent aussi le film de façon très convaincante. Dans le registre notables en veston, Fernando Rey est bien là, et le président (Van Johnson) et le vice-président à qui incombe la tâche de lui succéder (Jose Suarez) ne sont pas non plus traités à la va-vite, Valerii prenant le temps de développer chaque personnage. 




Dans tout ça finalement, c'est Giuliano Gemma qui est peut-être le moins convaincant. Son visage sied assez mal au rôle, et il n'est pas aidé ici par sa tenue trop banale, voire moche. Mais on l'aime bien le Giuliano, et alors que l'intrigue se développe, de coups fourrés en trahison, de révélations en discussions politiques et éthiques, Tonino Valerii fait un sans faute sur le plan dramaturgique et émotionnel, avec la mort violente et crispée du Noir (Ray Saunders) et l'arrivée théâtrale de Gemma en plein procès avec son ami mort sur le dos. Car malgré tout le sérieux de l'entreprise, Tonino Valerii fait bien un western spaghetti, d'un esthétisme bien présent avec des scènes que l'on ne peut trouver que dans le genre. Il fait mouche avec la séquence de la roulette russe à un seul joueur, il fait mouche avec la scène du duel dans le noir avec un cigare, il fait mouche avec la destruction des bandits à la dynamite (anticipant Mon Nom est Personne). La bagarre entre Gemma et Warren Wanders est l'une des plus convaincantes jamais vue dans le western italien et ce plan de Warren Wanders et Jose Juarez se serrant la main au dessus du cercueil du président recouvert du drapeau américain, aux cotés de sa veuve éplorée (Maria-Luisa Sala) est tout simplement magnifique. Vous l'avez donc compris, Texas est un western italien à voir, en français avec des bouts d'italien dedans, en anglais, en japonais, en VHS décadrée et rippée en 8 bits, comme vous voulez, mais voyez-le!

Où le voir: dans votre salon, dans votre chambre, dans vos chiottes, je m'en fous, mais voyez-le !

Captures: Rex Lee et El Puro sur Western Maniac (Voyez-le, ce film!)

mardi 2 septembre 2008

Ciel de plomb


1968
E per tetto un cielo di stelle
Giulio Petroni
Avec : Giuliano Gemma, Mario Adorf

Le titre français est superbe, plein de promesses de désenchantement lugubre et de violence frappée au coin de la destinée. Un titre pareil pour un western, bien-sûr, une fois qu’on l’a lu, on trouve ça évident. Mais bravo tout de même au gars qui a trouvé ça il y a quarante ans, il fallait y penser le premier ! L’intro aussi est pleine de promesse de mortalité désespérée dans un monde de lenteur extrême. Giuliano Gemma enterre en plein désert des innocents qui sont morts à sa place. La musique d’Ennio Morricone opère de son charme inimitable mais souvent imité tandis que Mario Adorf observe la scène de loin, sans rien dire. Giuliano Gemma sait que Mario Adorf l’observe et Mario Adorf sait que Giuliano Gemma le sait. Enfin, Mario Adorf se décide, prend une pelle sur sa mule, et va aider Giuliano Gemma à enterrer ses cadavres. Il pourrait lui dire un mot, il pourrait lui dire « bon sang, quel massacre, que Dieu ait pitié de leurs âmes », mais non il se tait, car il habite au pays du western spaghetti, où la violence va de soi, où les hommes communiquent par le regard, la pose et la nonchalance, où chacun sait ce qu’il a à faire sans se préoccuper d’un stupide vernis de civilisation. Quand on enterre des innocents dans le désert, on raconte pas sa vie.


Mais voilà, après cette bonne première séquence, le film part dans une toute autre direction. Le western spaghetti tragique et crépusculaire fait place à la comédie simple, non parodique et sans complexe. En soit ça n’est pas un problème, et dans la mesure où la violence reprend ses droits de façon fugace et régulière, cela aurait pu donner un film d’exception, où le rire est désamorcé quand on s’y attend le moins par le retour à la tragique réalité, rendant par là même cette violence encore plus choquante. Malheureusement ce n’est pas le cas car l’aspect comédie est raté, les gags sont lourdement appuyés et prévisibles, les dialogues sont longs, plats et répétitifs, le doublage est à peine correct et on s’ennuie poliment en attendant de sourire un peu. Le personnage de Mario Adorf est tellement stupide qu’il est impossible de l’apprécier. Giuliano Gemma lui, joue son rôle « sympa » avec son aisance habituelle mais ça ne suffit pas. La relation entre les deux ne fonctionne pas, et il n’y a pas seulement un semblant d’indice qui explique pourquoi Gemma s’attache à un type aussi idiot. Les quelques bonnes idées de scénario (le faux télégraphe, l’attraction de la sirène (décidément cette fascination du western italien pour le cirque…)) ne parviennent pas à rattraper les multiples scènes navrantes (la séduction de la veuve, l’arnaque de la banque, le ranch délabré, le truc sur les lapins, le cracheur de feu) ! Le tout n’est au demeurant pas si mauvais et reste tout à fait regardable, mais après une aussi prometteuse introduction, ça énerve grave le spectateur de bonne composition qui commençait à être bercé par la musique de Morricone et par la mortalité ambiante. La fin rattrape un peu le tout, enfin l’amitié entre Giuliano Gemma et Mario Adorf commence à être crédible, enfin Giuliano Gemma montre ses failles, enfin l’humanité des personnages transparaît. Mais c’est trop tard, on a le sentiment que le film est parti dans la mauvaise direction, malgré un réalisateur de talent (La mort était au rendez-vous, Tepepa), malgré Giuliano Gemma, malgré Ennio Morricone, et en dépit d’un titre français magnifique et d’une intro flamboyante. Tant pis, c’est toujours ça de pris !

Où le voir : DVD studio Canal. Chez Studio Canal, ils ont vraiment bien pris le pli de chez Evidis. Le résumé de la jaquette n’a en effet rien à voir avec l’intrigue ! Encore un petit effort les gars : mettez aussi des photos d’illustration qui proviennent d’un autre film et vous arriverez enfin au niveau de qualité Evidis. Par contre il faudra baisser un peu le prix aussi, sinon, on joue plus !

mardi 5 août 2008

Adios Gringo



Adios Gringo
Giorgio Stegani
1965
Avec : Giuliano Gemma

Giuliano Gemma est dans les ennuis jusqu’au cou, comme dans Wanted, et comme dans Le Dollar Troué. Heureusement il est bon et rapide, comme dans Wanted, et comme dans Le Dollar Troué.

Giuliano Gemma n’est pas à proprement parler un très grand acteur. Il a une belle gueule d’ange et un sourire éclatant mais son jeu d’acteur n’a rien d’époustouflant malgré son immense notoriété et ses fans à travers le monde. Mais Gemma est également un athlète capable entre autre de sauter sur un cheval sans utiliser les étriers et de se remettre debout d’un coup de reins sans utiliser ses bras. Vous me direz que ça ne fait pas de lui un bon acteur, mais pour avoir essayé de faire le même truc sur ma pelouse cette après-midi, je peux vous assurer que ça demande un entraînement ad-hoc. Essayez un peu pour voir, faites des étirements préalables, échauffez vos muscles, allongez-vous sur une surface plutôt molle, lancez vos jambes en arrière et essayez de vous relever d’un coup sec. Après deux ou trois échecs, vous serez forcés de l’admettre : Giuliano Gemma est un grand acteur ! Dans Adios Gringo, il nous fait ça en plus les mains liées. Ça force l’admiration.
Vous êtes en train de vous dire que je n’ai pas grand-chose à raconter sur ce petit western pour enfants, et vous avez raison. Il est très similaire à Wanted et au Dollar Troué, mêmes intrigues à base de quiproquos, de héros pris au piège d’une machination, même suspense sans réel enjeu tant il est clair que le héros en ressortira vainqueur et blanchi. L’intrigue est bien menée, la mise en scène fluide, l’interprétation sans faille. On retombe en enfance et on se prend au jeu de la candeur de l’ensemble. C’est tout simple, si vous avez adoré Wanted et le Dollar troué, vous aimerez aussi Adios Gringo. Et en plus il y a comme toujours Nello Pazzafini, et une belle fusillade finale dans les rochers, alors…

Où le voir : acheter le DVD Studio Canal. VF only, pas de bonus, image non restaurée mais correcte et au format. Tout comme Seven 7 qui ne présente plus de version italienne, Studio Canal fait beaucoup moins bien que sur Le Grand Silence. Evidis avec sa politique de DVD à bas prix a malheureusement tiré la qualité vers le bas. Les éditeurs se contentent désormais de graver les masters sur un disque, de nous prévenir qu’on risque 300 000 euros d’amende si on télécharge, et basta, circulez, y’a rien d’autre à voir !

jeudi 10 juillet 2008

Le dernier jour de la colère



I giorni dell’ira
Tonino Valerii
1968
Avec Giuliano Gemma, Lee Van Cleef

Le dernier jour de la colère est un western grinçant. Un western beaucoup plus dur que ne le laisserait de prime abord présager son équation première, Tonino Valerii + Giuliano Gemma = western virevoltant et bien troussé. Certes Giuliano nous fait un petit grimpé de poutre athlétique, mais il le fait seul, détesté de tous, avec son pantalon trop court et son Colt en bois pour seul rêve d’un avenir meilleur. Certes, Tonino Valerii nous offre un duel rigolo à base de vieilles pétoires qui pourrait présager la légèreté de ton de son futur Mon nom est Personne, mais l’intermède est bien court au milieu des grincements ambiants.
Car oui, passé le plaisir de regarder un western spaghetti correctement réalisé, avec des acteurs corrects et un budget correct, on constate que ça grince, ça déchante, ça désenchante, ça crépusculise ! Les brimades et le mépris dont souffre Scott Merry (Giuliano Gemma) au début du film sont lourdement appuyés, trop lourdement appuyés même, sauf pour nous autres aficionados du genre pour qui rien n’est jamais trop appuyé. Gemma, on l’a déjà dit, est plus à l’aise dans les rôles joyeux, mais malgré tout, ses yeux de chien battu et sa bouche tuméfiée restent gravés dans la mémoire. Et la ville de Clifton respire la pourriture même, tranquille en apparence, aucun coup de feu n’a été entendu depuis des années et le Shérif a perdu son revolver sans que cela ne l’inquiète le moins du monde. Mais Tonino Valerii montre que la violence peut prendre plusieurs formes, des vexations et injures récurrentes aux faibles (le bâtard, le borgne) à la corruption la plus totale. Le temps des fusillades est passé, mais la violence a changé de camp, ce sont désormais les petits notables qui sont les plus ignobles.
Arrive Talby (Lee Van Cleef, égal à lui-même, avec son faux sourire aux yeux plissés et coins qui retombent pendant qu’il mordille sa pipe), un pistolero survivant de l’époque des fusillades, bien décidé à s’installer d’une manière ou d’une autre. Talby va mettre un coup de pied dans la fourmilière en prenant la défense de Scott et entraînera la fuite de celui-ci. S’ensuit une relation père/fils, maître élève qui n’en est pas une, à base de « leçons » qui tiennent en une phrase, du style « quand tu tires sur un homme, achève le, sinon un jour, c’est lui qui te tuera » un poil trop naïves pour être totalement crédibles. On n’oublie pas alors que le western spaghetti est un genre populaire vieux de quarante ans, dont le premier degré sans faille peut faire sourire aujourd’hui alors qu’il offrait à ces films un succès phénoménal à l’époque. L’intéressant n’est pas alors cette pseudo-initiation, mais l’évolution des deux personnages, Talby révélant alors son ignominie (il est en fait pire que les notables qu’il persécute) et Scott oscillant d’abord vers le pouvoir grisant de son habileté aux armes et le désir de vengeance, pour retourner finalement vers plus de mesure et de justice. Le film ou Giuliano Gemma jouera un salaud n’est pas celui-là ! Néanmoins, c’est ce que l’on croit pendant un bout de temps, jusqu’à ce que le bon fond du personnage mentionné en début de film prenne le dessus.
A nouveau, la fin qui ressasse une à une les leçons précédemment citées sent fortement la recette scénaristique enfantine qui ne ferait plus recette aujourd’hui. Mais ça n’empêche pas ce film de grincer méchamment, par son scénario, par ses personnages et jusque dans sa musique de Ortonali, faussement enjouée et qui délivre de fréquents coups de cuivres assourdissants et brutaux. La ville corrompue, thème cher au genre, la fascination pour les armes (le revolver du Doc Holliday, les leçons de Murph), les décors proprets qui cachent mal la saleté des âmes, la saturation du soleil d’Almeria et ces trognes, toujours ces trognes, Al Muloch qui vient boire un coup et tabasser Giuliano Gemma avant de se faire descendre, le banquier et le juge, petits notables haïssables par leur couardise et leur cupidité, Benito Stefanelli qui vient faire une balade à cheval et puis s’en va, et la dernière « leçon » : « quand on commence à tuer, on ne peut plus s’arrêter » qui préfigure les excès de bodycount et la surenchère du genre, tous ces motifs incontournables sont en outre agrémentés de détails stylistiques savoureux comme ces tonneaux alignés que Talby ouvre les uns après les autres avant de mettre le feu, la lance à incendie des pompiers dont le fonctionnement est filmé en détail ou encore ce cheval qui mange dans un fourreau ou la recherche visuelle des décors du nouveau saloon, Tonino Valerii ne fait pas les choses à moitié, même si sa mise en scène n’atteint pas le niveau de Mon nom est Personne.
Car bien sûr il y a des défauts, des trucs pas raccords, des maladresses qui font tâche. Et je n’en citerais qu’une : lorsque Talby se fait traîner par les trois malfrats à cheval autour de l’arène, outre le fait que la planche sur laquelle il repose est un peu trop évidente, je regrette amèrement que la musique qui s’élève alors ne prenne pas toute sa place. Les trompettes s’envolent pour retomber aussitôt afin de laisser l’un des bandits formuler une ânerie inutile, puis le thème reprend son souffle comme sur une radio amateur ou l’animateur monte et descend le son en fonction de ce qu’il a à dire. Leone n’aurait jamais fait un truc pareil, il aurait sabré les commentaires des truands pour laisser toute sa place à la musique, et c’est ce genre de détails anodins qui s’ils avaient été évités, auraient pu hisser de nombreux westerns spaghetti au niveau des films de Sergio Leone.


Où le voir : L’excellent DVD Seven 7 bien sûr. Je vous conseille fortement de le regarder en version italienne. En effet, si vous le regardez en VF, toutes les scènes coupées à l’époque (et il y en a de nombreuses, au point que le film ne devait pas ressembler à grand-chose) resteront en italien sous titré. Vous avez donc une alternance forcée entre le français et l’italien. Mais ce n’est pas ça le plus gênant, à cause des scènes coupées, on observe des disparités entre la VF – qui a du être subtilement modifiée pour s’accommoder des scènes coupées – et la version italienne. Ainsi la référence à la leçon « Ne refuse jamais un défi » n’apparaît plus en VF lorsque Scott défie Talby de sortir du Saloon. A voir donc en italien, pour être au plus près de l’œuvre d’origine.

dimanche 29 juin 2008

Le retour de Ringo

1965
Duccio Tessari
Avec : Giuliano Gemma, Fernando Sancho



On prend les mêmes et on ne recommence pas. Sorti à quelques mois d’intervalle d’Un pistolet pour Ringo, Le retour de Ringo n’en est pas la suite, malgré le titre, le casting identique, du réalisateur au compositeur en passant par l’ensemble des acteurs. Il semblerait que le réalisateur ait décidé d’utiliser le nom de Ringo tardivement au cours de la production du film, peut-être surpris lui-même par le succès de son premier film. Ringo est un personnage totalement différent, un officier qui perd tout ce qu’il a lors de son retour au pays. C’est ce retour que le titre évoque, et non pas le retour du Ringo rigolo du premier épisode pour de nouvelles aventures. Le retour tragique, thème de centaines de westerns spaghetti, de nombreux westerns américains avant eux, de quelques péplums encore avant jusqu’à la matrice odysséenne originelle, est ici traitée de la façon la plus misérabiliste qui soit. Ringo ne supportant pas le choc de voir sa région sous la coupe mexicaine, sa femme aux mains d’un autre et sa petite fille dans une maison qui n’est plus la sienne sombre dans la dépression, se laisse maltraiter et laisse les autres se faire maltraiter jusqu’à ce qu’un déclic lui fasse reprendre ses esprits et faire ce que tout le monde attend de lui depuis une heure : descendre tous les bandidos !

En attendant, on subit avec délice les affres d’un anti-héros impuissant, son alcoolisme incognito, son passage à tabac, dans une ville désertique et oppressée, battue par un vent « spaghettien » qui semble souffler en continu le désespoir des opprimés, sa mutilation inéluctable et presque volontaire. On regarde médusé Giuliano Gemma être l’ombre de lui-même, plus un sourire, plus un regard pétillant, plus aucune vie dans son allure dépenaillée (Gemma est d'ailleurs au fond un peu fade dans un rôle de looser, on n'y croit pas assez, sans que cela ne nuise trop au film). On assiste avec plaisir à des nœuds familiaux tragiques, de la découverte de sa propre petite fille par le héros à son propre enterrement factice, nappés d’émotions Morriconiennes exquises. Le mariage forcé de la belle Lorella de Luca et sa culpabilité, le retour de Ringo qui retrouve sa maison et son bureau après de nombreuses années, le choc quand sa femme le reconnaît, autant de scènes indispensables pour ce genre de scénario, autant de petites pépites parsemées pendant l’attente jusqu’à ce que cela se débloque, vers 60 minutes.

Et alors au bout de ces 60 minutes, Giuliano Gemma redevient lui-même, grand sourire, grands yeux, performances athlétiques et petite phrase rituelle (« je t’expliquerai »). Les morts commencent alors à pleuvoir, d’abord tranquillement, puis en pagaille, les colts font entendre leur musique rythmée par le gros son de la dynamite. Et en vingt minutes, tous ces gens qui s’étaient observés pendant une heure s’entretuent jusqu’au dernier. Et c’est typiquement là le genre d’extase proprement sadomasochiste que recherchent tous les amoureux du genre : ça virevolte, ça tombe, ça saute, ça flingue. Oh bien sûr, rien n’est parfait : il y a un indien parfaitement ridicule, des cabrioles de Gemma vraiment too much, mais dans l’ensemble la réalisation parfaitement honnête des combats permettra même aux réfractaires au genre de passer un bon moment.

Contrairement à la violence du premier Ringo, Duccio Tessari traite ici les meurtres et la cruauté comme une affaire sérieuse, chaque cadavre ayant son importance. Contrairement à la mort du méchant dans Un pistolet pour Ringo, la mort du méchant dans Le retour de Ringo est théâtralisée à outrance. Ce n’est d’ailleurs plus Fernando Sancho, qui a décidément une tête trop sympathique qui tient le rôle du vrai salaud de service. Contrairement à Un pistolet pour Ringo, rien n’est dédramatisé, aucune ironie distante ne cherche à séparer le spectateur du premier degré du spectacle auquel il assiste. En 1965 et en deux films, Duccio Tessari aura réussi à faire une synthèse de toute la production de westerns italiens des dix ans qui suivront. C’est assez fort et les deux films sont suffisamment réussis pour que l’on achète les deux excellents DVD Seven 7 qui les mettent à la disposition des spectateurs des années 2000.

samedi 28 juin 2008

Un pistolet pour Ringo

1965
D. Tessari

Avec G. Gemma, F. Sancho

Prototype parfait du western spaghetti familial, machine à propulser le mythe Ringo tout en propulsant la star Giuliano Gemma, immense succès populaire, Un pistolet pour Ringo est loin de n’être qu’un petit film rigolo où Giuliano Gemma passe son temps à réclamer un pistolet en VF alors que c’est bien un révolver qu’il voudrait (le titre étant lui correct, puisque c’est bien un pistolet qu’il obtient au final). Propulseur de mythe donc, puisqu’une ribambelle de spagh’ avec Ringo dans le titre suivront après 1965, ce nom aux sonorités si latines – à l’instar de Django d’ailleurs – proposant immédiatement une reconnaissance de style, une version dérivative du western où l’on accentue le caractère espagnol du Grand Ouest plutôt que son essence anglaise. Certes, il y avait bien un Ringo chez John Ford, mais tout de même, intituler un film « Un pistolet pour Ringo », c’est clairement affirmer aux spectateurs qu’ils vont voir autre chose qu’une chevauchée fantastique.
Et c’est bien le cas.
Rupture phénoménale avec le western américain, le nombre impressionnant de morts que
Shobary évalue à 59 force l’admiration (au sens artistique évidemment). Car il s’agit de 59 morts réelles, montrées et dramatisées, c'est-à-dire qu’aucune mitrailleuse ne vient renforcer le bodycount en taillant dans l’armée mexicaine, aucune explosion ne vient démolir un escadron entier en quelques secondes. Un mort toutes les deux minutes en moyenne, les péons tombent comme des mouches, les administrés tombent comme des mouches, les bandits tombent comme des mouches. C’est un vrai carnage qui ne marquera pas l’histoire, tant ces morts sont insignifiants. A peine voit-on les larmes d’un enfant brièvement lorsque décidément, il faut bien montrer la méchanceté des méchants. Les autres victimes sont oubliées instantanément dans la bonne humeur, ce qui permet de faire passer cette violence hallucinante pour un spectacle bon enfant que vous pourrez montrer aux jeunes de 7 à 77 ans, la mort devenant ainsi un motif purement divertissant quasiment dénué de toute arrière-pensée négative.
Cette bonne humeur communicative envahit tout le film, malgré le thème pourtant tragique de la prise d’otage. Fernando Sancho sourit, Giuliano Gemma sourit, tout le monde sourit alors que la gravité de la situation et les cadavres qui s’amoncellent devraient au minimum alarmer la veille sanitaire. Le personnage du Shérif (George Martin) qui lui semble s’inquiéter des otages et de la vie des gens semble d’ailleurs totalement décalé : qu’est ce que c’est que ce type qui stresse tout le temps alors qu’il suffit de sourire pour être heureux ? Ces sourcils qui se froncent toutefois de temps en temps quand les mises à morts sont un peu trop cruelles sont vite remplacés par des bons mots, des tournures d’esprit et des astuces de scénarios feuilletonesques. La tentative de viol obligatoire du genre est par exemple préalablement désamorcée par une phrase de Ringo (« Ne vous inquiétez pas, elle est entre de bonnes mains »), tout comme la façon dont le chef est tué à la fin désamorce toute sensation de libération d’une angoisse qui n’a de toute façon jamais vraiment été construite.
Giuliano Gemma impose son personnage de beau gosse athlétique, toujours en mouvement, toujours en action, en témoigne son arrivée galopante dans le ranch des otages, qui se termine par une descente de son cheval en pleine course suivie d’une petite grimpette sur le muret comme le ferait un gosse de quatre ans. Sapé impeccablement, le personnage de Ringo est en effet un gosse qui joue à la marelle et s’amuse de ses adversaires tout en affichant un cynisme et un pragmatisme imperturbable. Son fameux « question de principe » ahané à tout propos en fait au fond un être antipathique qui descend tous ceux qui sont un peu plus antipathiques que lui dans le cadre souvent limite de la légitime défense. Bien sûr on finit par comprendre que Ringo a bon fond et qu’il n’est pas le Judas – style homme sans nom - qui se vend au plus offrant pour 30%, néanmoins, malgré son air propret et son futal qui lui moule avantageusement le postérieur, Ringo est bel et bien un héros de western spaghetti. Cette suspicion d’antipathie ne se retrouve pas dans les autres rôles de Gemma, dans les Wanted, Dollar troué, et autre Retour de Ringo.
Aussi bien que Giuliano Gemma fait Giuliano Gemma, Fernando Sancho fait Fernando Sancho. Grosse bedaine et grande gueule au rire déployé, il descend avec son long colt toute personne amie ou ennemie ayant l’audace de s’opposer à lui. Poncif à lui tout seul du bandido mexicain, Fernando Sancho est le principe même du film, son huile essentielle, sa substantifique moelle. Autour de lui gravitent l’action, la violence et les jeux de dupe. Un peu bête, mais rusé, inquiétant tout en étant jovial en permanence, antipathique tout en étant charismatique, le gros bourru se fait le film à lui tout seul, ou presque. Les rôles féminins sont secondaires mais loin d’être anecdotiques, la confrontation entre Nieves Navarro et Lorella de Luca, la menace permanente qui pèse sur Lorella de Luca et la séduction de Nieves Navarro par Antonio Casas offrent de belles scènes rarement vues dans des westerns spaghetti.




Pour le reste, le réalisateur fait ce qu’il peut avec un budget assez serré, qui sans être ridicule montre clairement ses limites dans les scènes citadines. Sans réelle ampleur, la mise en scène est toutefois de grande qualité et le film se suit avec grand plaisir. La musique signée Ennio Morricone ne fait pas malheureusement partie des grands classiques du maître. Dirigée par Bruno Nicolai, on retrouve bizarrement parfois des sonorités et des ruptures de rythme qui rappellent plutôt le style de musique proposé habituellement par Luis Bacalov. Toutefois la chanson du générique qui se déploie pendant que la bande de Fernando Sancho traverse le Rio Bravo fait le petit effet attendu. Alors que Sancho porte sur son visage un sourire heureux de bonheur qui fait plaisir à voir, bien qu’il vienne tout juste de tuer deux soldats, la scène résume parfaitement le film : un bon petit moment de détente au sein d’un environnement de violence extrême, mais factice.


vendredi 3 août 2007

Le blanc, le jaune et le noir


Sergio Corbucci
Il bianco, il giallo e il nero
1975
Avec : Eli Wallach, Tomas Milian, Giuliano Gemma


L’histoire : prout, paf pif paf, blam blam blam, tagada tagada, pif paf, prout.

1975, le western italien se meurt. Certains travaillent à lui offrir un enterrement honorable (Keoma, Mannaja, Adios California) suite à l’épuisement de la veine parodique, Sergio Corbucci préfère jeter son dernier western dans la fosse commune de la vulgarité.
Le prologue est plutôt amusant, bien qu’une fois de plus Jean-François Giré ait jugé bon de le raconter in extenso dans son livre Il était une fois… le western européen (c’est d’ailleurs le défaut majeur de ce livre : la paraphrase n’était pas une gêne énorme en 2002 quand le livre est sorti, il le devient aujourd’hui que de plus en plus de westerns italiens sont disponibles). On subit ensuite une irritante musique des frères De Angelis, qui est d’autant plus mauvaise qu’elle vous trotte encore dans la tête trois jours après et que vous finissez par l’apprécier : on pourrait appeler ça de l’auto matraquage de masse. Les gags qui tombent à plat et les situations saugrenues s’enchaînent ensuite selon l’immuable cahier des charges de ce type de comédie : un peu de scato, un peu de burlesque, un peu de Tex Avery, beaucoup de bastons.
On a toujours plaisir à revoir Eli Wallach. Il a bien vieilli ici, et – fait remarquable – il joue un vrai honnête shérif un peu stupide mais pas tant que ça. A part ça, sa prestation reste tout de même en demi-teinte, très effacée.
Il faut dire qu’en face de lui, il y a Tomas Milian. L’acteur habitué des rôles déjantés – de l’albinos givré de Sentence de Mort au bossu timbré des polars futurs en passant par le burlesque Providence, Tomas Milian signe ici son rôle le plus loufoque, le plus exagérément cabotin, le plus énervant aussi. Interprétant un japonais apprenti samouraï légèrement con, doublé en VF de façon horripilante, il donne littéralement envie de lui coller des baffes tellement son jeu est exacerbé.
Heureusement, Giuliano Gemma est là pour exaucer notre souhait, grâce lui soit rendue d’en foutre plein la tronche au japonais. Gemma est un bandit suisse, légèrement dandy, un peu snob, mais pas vraiment attachant. Il devient même le plus antipathique des trois, car il est le seul finalement à être vraiment malhonnête. Son jeu est sobre, beaucoup moins efficace que dans Ben et Charlie.
Aucune des trois stars ne parvenant à emporter l’adhésion, les gags ne réussissent pas non plus à sauver l’entreprise. Du mal de dents navrant aux pets de poney, on soupire d’incrédulité. Il faut croire qu’il faut être dans un état d’esprit second pour apprécier ce genre d’humour et que j’ai raté le train pour celui-là. Les erreurs de vocabulaire à répétition du samouraï finissent par faire rire, pas parce qu’elle sont drôles, mais bien parce qu’elle sont répétées si souvent qu’on finit par succomber au matraquage. Quant au scénario, il est si navrant que ce n’est pas la peine d’en parler.
Et pourtant, Le Blanc le Jaune et le Noir a une certaine tenue, une réalisation efficace, des moyens conséquents et une bonne humeur communicative qui finit à la longue par faire céder la résistance du plus endurci des spectateurs. De façon incroyable, on finit par s’attacher au samouraï et à son sens de l’honneur presque anachronique dans ce type de film et on finit par prendre le personnage d’Eli Wallach en pitié. D’une façon incroyable, on prend le train en marche et on finit le film en se disant qu’on n’a pas passé un si mauvais moment que ça (surtout qu’à ce stade, on est déjà en train de se dire que la musique des frères De Angelis n’est pas si nulle finalement). Serait-ce le miracle Sergio Corbucci, ou plus prosaïquement le symptôme d’un sens critique émoussé ?
Pour avoir vu ce film en partie en famille et m’être tapé la fin seul, abandonné par tous ces lâches incapables de perdre 1h30 de leur vie devant un truc idiot, j’en suis maintenant convaincu : plus on regarde des westerns spaghetti, moins on est difficile !

jeudi 5 juillet 2007

Ben et Charlie – [HW] - L’armée des morts



Soirée clash à nouveau pour votre narrateur, clash entre deux films de genre qui n’ont rien à voir entre eux, le western et le film de zombie. Vraiment rien à voir ?


Ben & Charlie
1972,
Michele Lupo
Amico, stammi lontano almeno un palmo
Avec : Guiliano Gemma, George Eastman


Ben & Charlie vivent de tricheries au poker et de coups fumeux, mais ils rêvent de make it big, Ben surtout, qui est amoureux d’une femme à qui il voudrait offrir ce qu’il y a de plus beau. De tricherie, ils passent subtilement (si l’on peut dire) à un banditisme plus classique.
Ben et Charlie est un excellent western-comédie, teinté d’ironie amère par subtiles touches, de loin en loin. La comédie rappelle les Trinita dans la façon qu’ont Ben (Guiliano Gemma) et Charlie (George Eastman) de se battre comme deux frères qui n’ont jamais grandi. Les répliques fusent et Ben, déjà bien amoché, s’exclame « Mais fallait le dire que tu voulais vraiment te battre ! ». Cette camaraderie dans la baston fait chaud au cœur, et on a instantanément envie de parcourir un bout de chemin avec ces deux là. La comédie se fait aussi parodique, dans sa représentation des trois malfrats qui s’associent pour le meilleur et pour le pire avec Ben et Charlie. Les trois sbires apparaissent plus comme des échappés du cirque Archaos ou d’un sous Mad Max que d’une bande de hors la loi du XIXe siècle. Mais qu’importe, le western spaghetti a ses charmes, et les puristes du western américain se les prennent dans la gueule ! Malgré tout, bien que Ben déambule en haillons tout au long du film, il n’est pas un succédané de Trinita. Pas de fayots, pas de rots, pas de pets, pas de baffes en accéléré, pas de sieste. Ben est toujours joyeux, toujours tout sourire, comme un gosse qui ne voit pas la réalité en face. Charlie est plus sombre, plus raisonnable, mais bien qu’il essaye sans cesse de se séparer de Ben, le destin les réunit toujours.

De la part de Michele Lupo, réalisateur de l’honnête Arizona Colt et du fabuleux Adios california, on est en droit d’attendre un niveau de qualité minimum, et on l’a. Le film n’est pas fauché, et c’est déjà un très bon point dans cette atmosphère « dépôt de bilan » où pataugent de si nombreuses productions italiennes. Les décors sont nombreux, les détails pullulent. La réalisation est tout à fait honorable, pour une fois on n’a pas besoin de recoller les morceaux soit même pour comprendre ce qu’il se passe. Au fur et à mesure que l’intrigue progresse, le ton se fait plus sombre, plus mélancolique. Ben croise la route d’une putain dont il est amoureux et étale au grand jour sa détresse intérieure. De ce fait, nos deux compañeros deviennent de vrais bandits, et la violence, qui jusqu’ici était inexistante prend ses droits. Aldo Sambrell reçoit un bel impact sanglant dans le poignet, et Charlie le paye cher au cours d’un passage à tabac bien dans le ton habituel du genre à sa période la plus tragique. Lors du dénouement dans une ville quasi-fantôme, on assiste au premier mort par balle du film, en la personne de 3%, petit comptable qui rêvait de la vie au grand air. Ben n’aime pas que l’on tue ses amis, et il laisse enfin la poudre parler. Dans le rôle, Guiliano Gemma pourrait paraître fade mais il ne l’est pas. Avec ses cheveux bouclés sous son chapeau, il fait un peu penser à Harpo Marx, toujours excité, toujours en mouvement. George Eastman est très bien lui aussi, toujours grand, toujours sombre, et lui aussi laisse ses pulsions meurtrières s’exprimer en lynchant un bandit dans une belle scène en caméra subjective. George Eastman est magnifique également dans la scène d’introduction. Couvert de poussière, il dort dans un abreuvoir à sec devant un pénitencier. Il attend, des jours et des jours, la nuit, le jour, sous la pluie, au soleil, pendant que le générique et la belle chanson « Let it rain, let it pour » se déploient. Il attend que Ben sorte de prison. Il suffit de petites scènes comme ça pour faire d’un film passable un film cher à son cœur. Le western spaghetti est un univers où les hommes ont le temps, qu’ils attendent Charles Bronson à la gare ou Guiliano Gemma à la sortie du pénitencier, ils sont dans un système temporel différent du notre, non soumis aux mille tracasseries des dates et des heures de la vie moderne. Et c’est pour ça aussi qu’on aime le genre.



L’armée des morts
Dawn of the dead
2004
Zack Snyder

Avec: Ving Rhames




De nos jours rien ne va plus, les mort-vivants sont dopés, ils courent très vite !

Attention aux gâchages (spoilers).



L’armée des morts est un remake du fameux Dawn of the dead de Romero. Snyder a repris la trame du film de Romero en enlevant le seul truc intéressant dans l’original : la critique contestataire de la société de consommation. Oups !!! Effacez ça, c’est la phrase type pour se la péter en dîner mondain. Rewind. Non, Snyder a repris la trame du film de Romero en gardant l’essentiel de ce qui fait le jus de l’original : des zombies qui bouffent des gens ; tout en boostant l’efficacité narrative aux normes en vigueur dans les années 2000. Le coté social on s’en tape, on n’est pas là pour réfléchir, on est là pour sursauter, faire ouhh et haaa à chaque trouvaille visuelle. L’introduction télévisuelle ahurissante du film de Romero est abandonnée pour un prologue plus sage où l’on s’amuse à relever les indices de l’apocalypse à venir (« En réa, pour une morsure ? »). On a à peine le temps de regretter l’intro de Romero que l’action démarre sur les chapeaux de roue, dans le pur style slasher ou la petite madame se réfugie dans la salle de bain. Le zombie est leste, il est rapide, mais il n’est pas intelligent au point de se servir d’une hache comme Jack Nicholson. Pas de problème, s’il ne peut utiliser sa tête pour réfléchir, il l’utilise pour enfoncer la porte. La fuite en voiture qui suit est une démonstration de maîtrise technique formidable, à l’exception d’une voiture en SFX CGI qui vient à toute allure s’exploser contre une station essence (où un truc comme ça), lors d’un fabuleux plan vu d’hélicoptère qui montre le chaos en marche. Le claquemurage dans le centre commercial curieusement rappelle plus Day of the Dead que Dawn of the Dead avec son petit chef de la sécurité tyrannique qui finalement à l’air bien plus dangereux que les zombies eux-mêmes. Coté gore, il y a un peu moins d’éviscérations que dans les Romero, par contre Snyder va beaucoup plus loin dans le macabre glauque avec ce docteur Pratt qui fait accoucher sa femme zombie et qui refuse de se séparer de sa petite famille cannibale. Le reste du huis-clos dans le centre commercial manque un peu plus d’inventivité, il y a bien une tentative de sauvetage d’un armurier qui tourne court, mais sinon, on aurait aimé être un peu plus surpris. Qu’à cela ne tienne, la suite est un pur moment d’horreur, une image visuelle qui marque à jamais. Nos humains, enfermés dans des bus blindés, sortent du centre commercial, et se retrouvent à avancer presque au pas dans une marée mort-vivantesque incroyable. Ils sont partout, ils cernent les bus, ils menacent de les renverser. L’image fulgurante rappelle la descente des Bleus en 98 en bus sur les champs Elysées, elle évoque les rassemblements de fans et les mouvements de foule dès que Mickael Jackson ou Lorie font une apparition publique. Le message est clair : l’humain a dans notre société un comportement de zombi affamé. Les morts vivants, c’est nous, dès que l’on fait la queue pour acheter une console de jeu, dès qu’on poireaute une matinée entière au téléphone pour acheter des places de U2, dès qu’on s’excite comme une puce pour voir Spiderman 3 (même s’il faut bien admettre, dans le cas de Mickael Jackson, que physiquement la star ressemble plus à un zombi que ses fans). Ce moment clé du film passé, on a quelques trucs dégueu à base de tronçonneuses et d’explosions quasi-nucléaires pour terminer sans le happy end en vigueur de nos jours, signe que l’on a affaire là à un film assez respectable.

Et vous allez me dire, que vient faire ce film dans un blog western, Tep ? J’aurais pu dire que c’est un western moderne, ou les zombis remplacent les indiens, le centre commercial c’est le fort, puis les bus ce sont les chariots, avec même ce petit enfoiré de chef de la sécurité qui meurt en héros à la fin, comme Henry Fonda dans Le Massacre de Fort Apache. Mais il n’est point besoin de balivernes comme ça pour parler de ce film, la filiation est voulue et démonstrative : lorsque Ving Rhames joue aux échecs à distance avec le vendeur d’armes, il joue sur un jeu d’échec « Alamo ». Tout est dit. A partir de ce moment là il est clair qu’il n’y aura pas de survivants, et la sonnerie des morts, c’est tous ces grognements qu’on entend au dehors…

dimanche 3 juin 2007

Le Dollar Troué



Du bon, du bon, du bon et du bon, ça donne un bon petit western.
Un Dollaro Bucato
1965
Giorgo Ferroni
Avec Giuliano Gemma et Nello Pazzafini dans un petit rôle que je ne rate jamais !

Un ancien officier sudiste se fait descendre dans un petit complot pas joli joli. Il survit grâce à une pièce d’un dollar qu’il tenait dans une poche près de son cœur. D’où le dollar troué les amis !

Le dollar troué est cher à mon cœur pour des raisons d’ordre nostalgique. Ne vous attendez donc pas à une critique objective de ma part dans laquelle j’exposerais consciencieusement les forces et les faiblesses de ce petit film sans prétention. C’est d’ailleurs parce qu’il est sans prétention que Le Dollar troué n’a aucune faiblesse. Il commence avec un bon petit générique animé avec une musique sifflée, et là déjà ce n’est plus la peine de me parler, je suis dans l’ambiance et rien ne saurait me faire voir le moindre petit défaut au film. Comme souvent dans le western italien, le héros est un soldat sudiste déchu, qui a bien du mal à se faire respecter par les vainqueurs nordistes. Comme souvent, tout le monde où presque est corrompu dans l’histoire, et comme souvent, le héros cherche des preuves matérielles de la fourberie des puissants, preuves qui ne serviront in fine à rien puisque tous les méchants meurent. Mais c’est pas grave, le film est bien, je vous dis ! L’idée de scénario qui donne son titre au film, déjà, je la trouve géniale, mais alors carrément géniale, superbe, magnifique. Et l’utilisation des révolvers à canon scié – dont la précision est quasi-nulle – que l’on rendait aux soldats sudistes pour les humilier, alors j’applaudis, je me lève, je crie, j’exulte, c’est vraiment ce genre de détails que j’adore dans le western italien.
De western spaghetti, ici, il n’est pas trop question. L’ambiance est proprette, les décors font penser à La petite maison dans la prairie, la violence ne fait pas de tâche de sauce. On a bien un passage à tabac – semble t’il assaisonné de gros sel sur les plaies – mais celui-ci est coupé au montage. Et puis il y a la traditionnelle tentative de viol qui rate grâce au héros qui se détache à l’aide de ses éperons, plus rapidement que David Copperfield. A part ça, rien ne saurait choquer le curé de votre paroisse. Ce qui fait vraiment plaisir également, c’est le soin apporté à l’ensemble. Tout se tient, tout est cohérent, le scénario ne succombe à aucune facilité, et franchement, ça devrait plaire à vos enfants ou à l’enfant qui sommeille en vous, comme dirait Steven. Je me suis déjà enflammé dans la critique de Wanted du même réalisateur : de temps en temps, ça fait vraiment plaisir de redécouvrir un petit film positif, manichéen où les méchants se font punir comme il faut et qui voit le Bien triompher. On repart revigoré et heureux de vivre. Le Dollar Troué ne casse peut-être pas la baraque au niveau délire exacerbé et flamboyance baroque, mais comme le dit Giré dans son bouquin, si tous les westerns italiens avaient été faits avec la même exigence de qualité que les films de Ferroni, le genre n’aurait peut-être pas été aussi décrié !

Où que c’est y donc que je peux le trouver ? Le film est passé sur la chaîne Action en 2005, et une personne charitable a bien voulu me prêter un enregistrement sur DVD-R. Merci à lui. Oups… j’espère que je n’enfreins pas la loi DAVDSI machin bidule là… La qualité de l’image n’est pas au mieux, beaucoup de tâches et de salissures. Neo Publishing, si tu nous écoutes…
[Edit 2008]: Film disponible en VF uniquement chez Studio Canal.

samedi 3 février 2007

Wanted




Un western italien «classique », sans fioriture et bon comme le bon pain.

Giorgio Ferroni
1967

Avec Giuliano Gemma, Teresa Gimpera, Serge Marquand et Nello Pazzafini dans un petit rôle remarqué de moine pas si catholique que ça.

Gary Ryan est nommé shérif d’une petite ville sans histoire sauf que, quand même, le maire de la ville est corrompu et voleur de bétail. Ryan est victime d’une conspiration, accusé de meurtre et recherché pour 5000 dollars. Il fera tout pour prouver son innocence.
Un petit film comme Wanted de temps en temps ça fait bien plaisir. Un héros positif, droit dans ses bottes, costaud, bon tireur et imaginatif, ça vous ragaillardit tout net. Une intrigue simple mais haletante, avec des rebondissements et du suspense, ça vous remet dans le droit chemin. Wanted ressemblerait presque à un western à l’américaine, avec son héros bien rasé, son début de liaison romantique avec la seule nana du film et sa musique heu… américaine. Le nombre de morts, les bagarres hyper punchy et un petit passage à tabac suffisent tout de même pour inscrire le film dans le registre « spaghetti » et Giuliano Gemma nous fait son show habituel, à savoir grands sourires aux dents blanches et sauts en tout genre dont le fameux « relevé sans les bras » après s’être pris une beigne. Pas de viol sadique, pas de sévices cruels, pas de mélancolie noire et désespérée, pas de contexte politique ni de discours « intellectuel », ici c’est l’Aventure dans le sens le plus divertissant du terme, un film uniquement destiné à occuper agréablement une heure et demie et qui devrait ravir les plus jeunes, tout comme Le Dollar Troué du même réalisateur. L’attention portée à certains détails du scénario (par exemple l’idée des fers pour maquiller les bêtes volées) tranche avec bon nombre de productions européennes où le souci des scènes « à faire » l’emporte bien souvent sur la crédibilité de l’ensemble. Un divertissement honnête qui ne constitue pas une entrée en matière fulgurante dans le monde du western italien mais qui se suit avec un plaisir amusé d’enfant coupable, surtout à la fin quand la jolie fille embrasse goulûment notre héros qui vient de se battre dans le purin !

Evidis, regarde et apprends ! Wanted est édité par Neo publishing au prix de 11.99€. Nous avons là une image d’une beauté à couper le souffle (enfin surtout si vous le regardez après un western Evidis), une bande son française ET italienne avec sous-titres français, des suppléments simples mais qui existent et un petit menu pour faire bien, sans oublier une jaquette réversible (soit une des affiches d’origine, soit un visuel plus sobre) et une livraison en un temps record. Le seul point commun entre Neo Publishing et Evidis c’est les commentaires un peu nazes à l'arrière de la jaquette (« Personne ne pourra arrêter sa soif de justice ! »). Alors voilà, les westerns Evidis sont vendus 4.99€ à Auchan ou 9.99€ en kiosque. En choisissant Neo Publishing pour une poignée d’euros en plus, vous avez un produit qu’on peut regarder sans se faire mal aux yeux et qui vous fait réellement plaisir. Alors je dis un grand Merci Neo Publishing !!!. Quant au Dollar Troué, par pitié Evidis, ne touchez pas à ce film. Seven 7, Wild Side, Studio Canal, Neo Publishing vite, sortez moi ça avant que les autres zozos gâchent tout. Et si vous pouvez nous sortir une version correcte de certains films massacrés par Evidis comme Adios California ou BlackJack, j’achète !

samedi 13 janvier 2007

Adios California


Réalisateur : Michele Lupo
Acteurs : Giuliano Gemma, Raymund Harmstorf, Miguel Bose, Paola Bose
Durée : 97 minutes
Année de sortie: 1977

A la fin de la guerre de Sécession, deux soldats sudistes, Willie et California se lient d’amitié et taillent la route ensembles. Tout le pays n’est que désolation, et la vie est dure pour les vaincus : faim, brimades, vagabondage… Pour ne rien arranger, les généraux nordistes payent des chasseurs de prime pour éliminer les anciens soldats sudistes qui ont commis des crimes, prétexte habile pour faire un peu de ménage dans l’armée en déroute. Lorsque Willie se fait tuer, California décide de retourner chez les parents de Willie pour leur remettre la médaille d’honneur gagnée par Willie pendant la guerre. Ici, il trouvera un bref moment de bonheur en compagnie d'Hélène, la sœur de son ami, qui lui permettra d’oublier la guerre, ainsi qu’un passé que l’on devine tumultueux (« Me battre, je n’ai fais que ça depuis que je suis né »). Mais la trêve est de courte durée, car les chasseurs de prime rodent toujours.

Le début du générique indique clairement que l’on a affaire à un Western Spaghetti de haute volée : un roulement de canonnade, sans musique, précise immédiatement le contexte de l’histoire, puis le thème musical s’envole, flamboyant, avant de laisser place à une introduction d’au moins dix minutes sous une pluie ininterrompue. Les conditions météo ne s’arrangeront guère par la suite : boue, froid, brouillard. Le beau temps ne revient que lorsque California décide de reprendre les choses en main. California est joué par Giuliano Gemma, qui tient là un de ses meilleurs rôles, loin de la candeur athlétique de Un pistolet pour Ringo ou Arizona Colt. Gemma a pris dix ans depuis ses débuts dans le western italien, les marques sur son visage et ses joues creuses ajoutent une profondeur à son personnage d’anti-héros, au passé trouble, sachant se battre, mais au moral de perdant pendant au moins les deux tiers du film. Son jeu rappelle Le Retour de Ringo en beaucoup plus convaincant. Raymund Harmstorf qui joue le chef des chasseurs de prime est également très bon, dans un rôle à la Tcheky Karyo, sans cruauté excessive, tout en subtilité dans sa redingote qui lui donne un air indestructible. Les panoplies vestimentaires sont à l’honneur ici : cache poussières détrempés, uniformes boueux, dépareillés et suintants des vagabonds sudistes, manteaux de fourrures des chasseurs de primes, capotes délavées et bagages en haillons. Les Etats-Unis d’après guerre sont décrits de la même façon, un pays de villes fantômes dévastées que personne ne semble vouloir prendre la peine de reconstruire. Le film bénéficie d’importants moyens, et le résultat est visuellement très réussi. La violence ne donne nullement dans la répétition gratuite en ce qui concerne le nombre de morts, mais les combats aux poings nus sont brutaux et très réalistes. La mort de Willie est un grand moment de surenchère baroque, boursouflée de ralentis surjoués, un vrai régal pour les amateurs d’exagération à l’italienne.

Le scénario tient ses promesses et évite les clichés du genre, même si l’association de California avec le chasseur de prime dans la dernière partie se fait trop rapidement pour être crédible. Cette dernière partie est un peu décevante par rapport aux fulgurantes images du début, on se retrouve soudain en terrain un peu plus balisé. Heureusement la toute dernière séquence, sauvage et brutale redonne tout son tonus au film, avec en prime une fin heureuse qui s’offre le luxe d’avoir un arrière goût amer et désenchanté. Sombre, mélancolique, crépusculaire et morbide, Adios California offre une vision de cauchemar des Etats-Unis d’après-guerre, tout en offrant un spectacle bien équilibré et distrayant. Que demander de plus, sinon une édition DVD plus soignée ? Ne jetons pas la pierre à l’éditeur, qui nous permet ici de redécouvrir en zone 2 et en VF un excellent fleuron du genre, et qui renverse la légende selon laquelle Keoma était le dernier grand western italien.

Quelques mots sur le DVD:

La qualité de l’image n’est pas tip top. Les couleurs manquent franchement de tonus, mais cela ne dessert nullement l’ambiance froide et sinistre du film. On est loin du résultat obtenu par un éditeur comme Seven 7. Ce n’est pas trop gênant quand on a affaire à des films comme T'as le bonjour de Trinita ou Gringo Joue sur le Rouge, mais c’est beaucoup plus dommage pour un western italien de qualité supérieure comme Adios California.

Comme pour tous les DVD Evidis, le film démarre sans menu préliminaire. Au moins peut-on naviguer d’une scène à l’autre avec la zappette, mais ce manque d’interactivité et de suppléments est presque une insulte pour un film qui mérite largement d’être redécouvert. Heureusement que des films comme Le Grand Silence ou El Chuncho n’ont pas été édités par Evidis, il y aurait eu carrément de quoi se mettre en colère.

Un mot sur la musique de Gianni Ferrio qui s’éloigne totalement des clichés Morriconiens en vigueur. Ici on s’approche plus de Pink Floyd, de Lalo Schifrin ou de Eberhard Schoener. La plupart du temps, cela convient parfaitement au ton mélancolique du film, même si parfois cela crée un décalage assez malvenu. Une bonne surprise au final, avec un thème récurrent suffisamment accrocheur pour rester en mémoire.