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lundi 24 août 2009

Les Colts de la Violence


1967
Mille dollari sul nero
Alberto Cardone
Avec: Anthony Steffen, Gianni Garko

Ça commence avec un gros plan sur la trogne en sueur d’Anthony Steffen, c'est-à-dire que ça commence de la façon la plus parfaite qui soit. On sait déjà qu’on va avoir droit à un film mal foutu, mal joué, mais qu’on va adorer ça. C’est le masochisme propre au genre. Une musique trompetissante s’élève sur les montagnes rocailleuses grisâtres d’Almeria, des détonations de Winchester retentissent à l’infini et notre homme fait mine de tomber. Le western spaghetti se décortique en motifs élémentaires insécables et incontournables : une musique, un homme qui tombe, une baston, puis sans transition, une pauvre loque qui se fait humilier, des sales gueules qui rient bêtement, un fouet qui claque. Les ingrédients sont là, le liant est le talent du réalisateur, la crème italienne prend où ne prend pas, je l’ai déjà dis ailleurs, tout est affaire de dosage, de talent, de respect du matériau. Le motif des sales gueules qui rient peut être glaçant s’il est placé en cours d’intrigue, que le tabassé paraît réellement souffrir, que les rires sont raccords avec les coups et le contexte ; il peut être ridicule s’il est placé dès le début du film, que le type qui se fait humilier est pour le moment inconnu, et que les rires semblent déconnectés des humiliations délivrées ou disproportionnés par rapport à leurs effets. Le talent est bien peu de chose, pourquoi en 1964 dans un film à petit budget, Clint Eastwood porte une tenue étudiée et splendide qui est encore aujourd’hui reconnue par n’importe quel quidam, pourquoi en 1967 dans ce film au budget sans doute comparable, Anthony Steffen a-t-il l’air encore plus pouilleux que d’habitude, vêtu éternellement des mêmes habits, sales, communs et si uniformes que les frontières entre le pantalon, la chemise et la veste deviennent indistinctes, comme si l’homme était moulé dans une coque beige inamovible et peu importe le film ? Avec si peu de soin porté au détail, Alberto Cardone peut bien situer le repaire du méchant dans un genre de temple précolombien pour provoquer un émoi esthétique, la maïzena fait des grumeaux au lieu de faire une crème fluide !

Mais comme pour Gringo joue sur le rouge du même Alberto Cardone, les grumeaux sont savoureux, et surtout totalement latins : la haine entre frères, la désintégration du noyau familial dont la mama parvient malgré tout, un temps, à empêcher le massacre, les dialogues extrêmement théâtraux et purement fonctionnels (Le « tu bois beaucoup trop » de Steffen à sa mère alors qu’il ne l’a pas vue depuis 12 ans), les traumatismes divers et variés, les situations outrées à la limite du ridicule, tout concourt à mettre en scène cette dramaturgie du désespoir si chère au genre. Et si Anthony Steffen est le même modèle de non jeu qu’il est d’habitude, Gianni Garko explose dans le rôle du méchant Sartana, instable, inquiétant, provocateur et fou, et grâce à lui, le film passe de justesse au cran supérieur. La mère est folle aussi, la fiancée est résignée, son frère est fou et muet, le reste du casting a peur de mourir, va mourir ou est déjà mort, les contre-plongées donnent le tournis, les mises à mort, que ce soit celle de la mère, celle du juge ou celle du type qui jouait le frère de Ramon dans Pour une poignée de dollars, durent, saignent, suent, dégoulinent de pathos mélodramatique jusqu’au bout des ongles recroquevillés. Ils sont tous en enfer et le spectateur est aux anges. J’aimais déjà beaucoup Gringo joue sur le rouge malgré une pile de défauts a priori insurmontables, j’aime autant Les colts de la violence, parce que malgré les décors fauchés, malgré la fausseté de certaines situations, malgré le ridicule, l’ennui ne pointe jamais son nez, et Alberto Cardone met tout son cœur à l’ouvrage pour apporter sa pelletée de torchis au boueux mais flamboyant édifice qu’est le western spaghetti.

Affiche: Western Movies
Merci à Sartana pour le film

samedi 13 janvier 2007

Gringo Joue sur le Rouge


1966
7 Dollari sul RossoAlberto Cardone
Avec : Fernando Sancho, Anthony Steffen
Durée : 98 minutes

Fernando Sancho est un chef de bande mexicain sans foi ni loi. Il attaque une ferme et tue tout le monde, sauf un petit garçon qui n’est autre que le fils de Gringo, le héros de cette histoire (Anthony Steffen). Le chef de bande enlève le gamin en vue de l’élever comme son propre fils. Quand Gringo revient à la ferme et trouve sa femme morte et son fils disparu, il voit rouge, le seul rapport que j’ai pu trouver avec le titre français. Le titre italien, au moins (7 Dollars sur le Rouge) est lié à l’intrigue : Fernando Sancho place 7 dollars sur la jupe rouge de la femme morte, pour que son mari puisse « s’en acheter une autre ». Mais Gringo n’est pas comme ça, il préfère se lancer dans une longue traque de 15 ans pour retrouver son fils. Seulement, qui sait ce qu’est devenu ce petit garçon après 15 ans d’éducation par un desperado ?

Gringo Joue sur le Rouge ne manque pas de détresse mélancolique, soulignée par une musique assez poignante, en particulier le morceau à la trompette qui accompagne les chevauchées errantes du héros. Le thème de la vengeance est bien sûr usé jusqu’à la corde, mais le fait que la traque dure quinze ans et que le fils recherché soit devenu adulte donne au final une histoire assez tragique, qui aurait même pu donner lieu à des interprétations bienveillantes à base de complexe d’Oedipe ou de comparaison flatteuse avec La Prisonnière du Désert, si par chance la forme avait été à la hauteur. Et là malheureusement, ce n’est pas le cas. Certes le montage laisse suffisamment d’espace à la musique pour qu’elle fasse son petit effet, mais Gringo Joue Sur Le Rouge est un film fauché : quand Fernando Sancho tire au revolver, il se contente de donner un coup de bras pour faire croire qu’il tire, mais on voit bien que seul le bruitage parvient péniblement à donner l’illusion d’un vrai coup de revolver. Le passage du temps est abrupt et très mal géré, à peine si l’on a rajouté quelques cheveux blancs par ci par là. Mais alors qui est ce beau jeune homme ? Ha mince c’est le fils de Gringo, ah bon, déjà 15 ans de passés ? Pourquoi Gringo il a toujours le même costume alors ? Cette absence d’attention ou de moyens portés aux détails gâche un film qui aurait pu être beaucoup plus prenant. Dommage.

Le DVD:

La qualité de l’image est correcte vu l’âge du film, mais il y a parfois des « trous » dans les mouvements, comme si des images avaient été supprimées. Couleurs complètement délavées.
Le résumé à l’arrière de la jaquette n’a rien à voir avec le film. Ensuite, quand vous mettez le film dans votre lecteur, le film démarre tout de suite, pas de menu, pas de chapitrage, rien, comme avec tous les DVD Evidis ! Pour presque le même prix, Seven 7 fait beaucoup mieux : image restaurée, bonus, menus…