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samedi 9 octobre 2010

Le Survivant des Monts Lointains



Night Passage
1957
James Neilson
Avec: James Stewart, Audie Murphy, Dan Duryea, Olive Carey


C'est Anthony Mann qui aurait du tourner ce film, hors, c'est à un gars de la télévision qu'échut la tâche, et ça se sent. James Stewart joue de l’accordéon pour vivre. Comme souvent, il joue le gars tout fragile de partout mais qui en fait est un grand tireur qui s’auto-refoule. Audie Murphy est son jeune frère, pile du mauvais coté de la force, avec son attirail clinquant et son attitude de loubard des années cinquante. Le scénario est un peu complexe, guère passionnant. Le déchirement familial peine a produire l’effet escompté, et l’une des deux stars meurt sans qu’on soit plus touché que cela. Dan Duryea reprend son personnage de Winchester ’73 en plus cabotin, et donc en moins crédible. Il y a une ou deux nanas qui gravitent aussi autour de ce beau monde, histoire de rajouter du piment à la mayonnaise.
Tout cela rend le film sympathique, mais non passionnant, au point que ce qui retient le plus l’attention au final, ce sont les petits détails qui ne s’accordent pas avec l’imagerie habituelle du western. Primo, le James Stewart qui joue de l’accordéon, ce qui donne lieu à une intéressante confrontation avec Audie Murphy lorsqu’il lui joue un air de leur enfance. Deuxio, les décors finaux, avec ces mines et leur téléphérique, qui tranchent bien sûr avec les lieux typiques du western, la ville, le désert, le canyon.
On est content aussi de voir un film graviter autour d’une ligne de chemin de fer en construction, avec le riche visionnaire dans son wagon, parce que ça nous rappelle Il était une fois dans l’Ouest, alors qu’en principe c’est Il était une fois dans l’Ouest qui aurait dû nous rappeler ce film et d’autres du même genre. C’est ça le problème d’être né trop tard et de se construire une connaissance cinéphilique à rebours, en piochant au hasard des diffusions et des sorties DVD sans avoir le fil conducteur de l’Histoire en tête.
Enfin, on note la prestation d’Olive Carey, la femme d’Harry Carey, qui elle aussi contribue à imprimer la marque de sa famille dans l’Histoire du Cinéma. Elle joue également dans La Prisonnière du désert, où elle pleura, paraît-il, après que John Wayne rendit hommage à son mari avant de s’éloigner à travers une porte.


Captures: USMC sur Western Movies

lundi 21 septembre 2009

L’homme qui tua Liberty Valance


John Ford
The man who shot Liberty Valance
1962
Avec: John Wayne, James Stewart, Lee Marvin

Un western que j’affectionne, parce que outre le thème de la légende qui remplace la réalité, le film parle de la fine ligne qui existe entre la lâcheté et l'anti-violence, non pas que le personnage de James Stewart soit un lâche, mais son comportement peut être interprété comme tel. La phrase pivot est celle de John Wayne: "C'était mon steak Valance", c'est à partir de là que se joue le film. C'est ce genre de phrase qui dit quel genre d'homme vous êtes. Si vous la dites, la confrontation est inévitable, vous risquez votre peau, mais vous gardez la face. Si vous ne la dites pas et que vous ramassez le steak, vous êtes, disons prudent, voire un lâche, mais vous restez vivant.
Depuis le jour où j'ai vu ce film, je me demande comme tout le monde si je suis John Wayne ou James Stewart, parce qu’heureusement nous avons en Occident la chance de vivre dans une société où l’on peut mourir de sa belle mort sans avoir jamais eu la moindre occasion de choisir entre la bravoure et la lâcheté. Quelle ligne de conduite adopter dans ce genre de situation, où est la limite, à partir de quand faut il répondre à la provocation et à l'insulte, à partir de quand faut il dire stop, quand vaut-il mieux laisser courir? C'est une question essentielle que le film a le mérite de poser de façon magistrale. Pour le reste, j'adore le personnage de James Stewart, et j'adore la force désabusée de John Wayne, et j'adore le jeu de Lee Marvin! Mais ce film ne fait pas vraiment partie de mes Ford préférés, peut-être à cause de l’atmosphère trop urbaine, peut-être à cause du noir et blanc, mais quoi qu’il en soit, il démontre que John Wayne est un très grand acteur, aux facettes beaucoup plus multiples que l’on pourrait penser.
Affiche: western movies

samedi 19 septembre 2009

L’homme de la plaine


The man from Laramie
Anthony Mann
1955
Avec : James Stewart, Arthur Kennedy


C'est mon préféré du duo Stewart/Mann en ce qui me concerne (mais je n'ai jamais vu l'appât), cette appréciation venant paradoxalement de mon goût prononcé pour le tragique, la démesure, les déchirements familiaux. Trois scènes ici répondent magistralement à ce besoin: le massacre des mules et la destruction des chariots, qui allient le désastre humain exprimé avec force par le jeu de Stewart à la simple horreur de s'en prendre à des bêtes innocentes (je dois être un grand sentimental, mais la scène qui m'a le plus marqué dans Pale Rider, c'est la mort du chien...); la mutilation de la main de Stewart, là aussi rendue beaucoup plus crédible par le jeu outré de Stewart que par l'étendue des dégâts que j'aurais imaginés beaucoup plus irréparables à bout portant, et enfin, clou du spectacle, la charge de l'aveugle, moment presque absurde confinant à la folie. Ces trois moments, presque perturbants dans une intrigue somme toute classique intégrée dans le cadre balisé du western "classique" parviennent sans effort à déloger le final, beaucoup moins surprenant dans sa forme, dans son air de déjà-vu et dans sa morale convenue du bad guy puni là où il a pêché...
Affiche: Metek sur Western Movies

vendredi 3 juillet 2009

Winchester '73



1950
Anthony Mann
Avec : James Stewart, Dan Duryea, Rock Hudson

Winchester ’73 est une sorte de film à sketch, dont le fil narratif est la Winchester ’73 du titre, l’arme la plus réputée de l’époque où se déroule le film (1876). Fusil à gagner lors d’un concours à Dodge City, dont le juge est le fameux Wyatt Earp, tous les cowboys n’ont d’yeux que pour elle, les enfants rêvent de la toucher, les malfrats tueraient pour l’avoir, les indiens aussi. Passion des armes dans un pays qui s’est construit avec les armes, certains donneraient tout pour avoir cette arme parfaite, une sur mille, parfaite d’entre les parfaites. Elle passe de main en main au cours du film, prétexte à un certain nombre de portraits chaleureux, ce qui donne à cette première collaboration entre Anthony Mann et James Stewart une relative absence de profondeur, une certaine insouciance du fait que la plupart des personnages rencontrés ne seront plus revus ensuite.
Le shérif Wyatt Earp d’abord, à mille lieues des interprétations mâchoires serrées ultérieures. Will Geer interprète un Wyatt Earp tout sourire, blagueur, presque débonnaire, mais qui fait bien sentir tout de même que sa réputation n’est pas usurpée. Il est tellement éloigné des autres interprétations que l’on connaît de cette légende de l’ouest que l’on se demande bien qui Mann pouvait bien avoir en tête lorsque les dialogues ont été écrits.
Le personnage du marchand d’armes ensuite (John McIntire). Il semble vulnérable face aux trois bandits dans le relais reculé, pourtant à aucun moment il ne perd le contrôle de la situation, ce qui en fait un personnage extrêmement plaisant à voir évoluer. Puis curieusement, c’est dans son environnement normal, celui de la vente d’armes aux indiens, qu’il se fait avoir comme un bleu (par un Rock Hudson pas encore connu). Encore un personnage qui ne réagit pas vraiment comme on l’attend.
C’est ensuite au tour du pleutre (Charles Drake), personnage peu fréquent dans les westerns, empli jusqu’à saturation de héros imperturbables. Celui-ci abandonne sa fiancée (Shelley Winters) en pleine poursuite avec les indiens. La poursuite est cinématographiquement belle, dans le sens où l’on remarque le travail accompli : le bruit de la roue, innocent gimmick, qui vient un temps masquer les cris des indiens, puis l’apparition des indiens au loin, sur une crête de colline qui oscille comme le titre au début, comme la destinée des personnages. Soudain la caméra nous montre les poursuivis du point de vue indien, et le plan est beau, on se rend compte de la distance qui leur reste à parcourir pour les rattraper, on prend conscience que la poursuite n’est pas un jeu, que chacun a sa chance et doit compter avec la distance et les accidents du terrain. Les poursuivis sont finalement recueillis par l’armée, menée par un officier très sympathique mais peu sûr de lui (Jay C. Flippen), des soldats très jeunes et peu expérimentés. Encore un poncif qui ne se comporte pas comme dans votre western du dimanche soir. L’officier doit son salut à l’aide de nos deux aventuriers, James Stewart et Millard Mitchell. On a également droit à un cours d’histoire militaire par les armes : Custer aurait perdu à Little Big Horn parce que l’armée n’avait pas de Winchester ! Bon, soit…si le film est financé par Winchester, il faut le dire ! :)
Le plus gros morceau en termes de personnage secondaire est encore à venir. Dan Duryea, sorte de Billy The Kid qui aurait réussi à vivre un peu plus vieux, vicieux mais charmeur, plein de bons mots mais dangereux. Il s’empare du fameux fusil en supprimant le pleutre, pauvre pleutre qui aura tout de même su retrouver un peu de courage avant de mourir. Dan Duryea est le bandit frimeur et sans scrupules, à qui rien ne résiste. Et pourtant, il perd à son tour sa superbe, en même temps que sa Winchester, comme si décidément tout le monde dans ce film devait à un moment où à un autre agir d’une façon à laquelle on ne s’attend pas ! Et c’en est fini des personnages secondaires qui éclipsent la quête du « héros », le reste est pure action, Dan Duryea meurt de façon théâtrale, les coups de feu pètent à travers une diligence en mouvement, et James Stewart peu assouvir sa vengeance contre son frère Stephen McNally dans les rochers, avec un duel à la winchester des plus sympathiques, où le danger ne vient pas nécessairement des tirs directs eux-mêmes, mais des ricochets induits. Magistral ! Pas aussi noir et magistral que les futures collaborations entre Stewart et Mann, mais magistral quand même !
Capture: New York Sun

vendredi 12 juin 2009

La flèche brisée


Broken Arrow
1950
Delmer Daves
Avec James Stewart, Jeff Chandler

La flèche brisée est le film du mois sur Western Movies, l’occasion pour moi de redécouvrir ce western mythique. Pourquoi mythique ? Parce qu’il est considéré comme le premier western « pro-indien », le premier western à dépeindre les indiens non pas comme des hordes sanguinaires et cruelles, ou comme un simple danger rôdant, mais comme un peuple, avec ses coutumes, ses traditions, son sens de la parole et de l’honneur. Succès retentissant à l’époque de sa sortie, La flèche brisée est désormais le jalon à partir duquel les WASP prennent soudain conscience que les indiens sont human after all, arrêtent de produire des serials où les apaches tournent autour des chariots en criant wouhou et commencent à se flageller consciencieusement en produisant des films comme Soldat Bleu ou Little Big Man dans lesquels le blanc est une ordure raciste et les Tuniques bleues d’immondes monstres qui massacrent squaw et papoose comme on massacre des bébés phoques, tout en évoquant par ce biais, une autre guerre, plus contemporaine des années 60 et 70.
Mais comme on a déjà pu le dire ici, cette vision est largement caricaturale, les américains n’ayant pas attendu si longtemps pour s’émouvoir de la disparition de tout un peuple. Ce qui fait que non seulement la réputation du film est usurpée, mais en outre, les belles intentions du réalisateur tombent un peu à plat. En effet, se poser en bon moralisateur et en défenseur de la cause indienne 60 ans après Wounded Knee, en faisant jouer tous les rôles indiens par des blancs, c’est mieux que rien mais ça a dû quand même froisser quelque peu les rescapés de l’autre camp. Avoir une approche pédagogique en nous montrant toutes les étapes du mariage, le conseil de guerre ainsi que les tortures dans un souci louable de ne pas faire passer les Apaches pour des enfants de cœur, fort bien, mais avec presque 60 ans supplémentaires qui sont passés depuis la sortie du film, la théâtralité surannée, la solennité de leurs poses, leur communication basée sur des métaphores visuelles, le tout associé à une fâcheuse tendance à l’exotisme font que malgré tous les efforts de l’équipe, la représentation des indiens ressemble plus désormais à un foutage de gueule généralisé qu’à un hommage sérieux rendu au peuple indien. Pour ainsi dire, quelqu’un de non préparé qui regarderait ce film après Danse avec les loups risquerait bien de se marrer un bon coup tant les costumes des indiens manquent de crédibilité.
Pour autant, le film - bien que largement parasité par le message plein de bonnes intentions du film, les dialogues prévisibles sur le mode "De quel coté es-tu?" et la découverte pataude aux visibles ficelles que les indiens sont cools et civilisés – n’est pas complètement mauvais. Les vingt premières minutes sont très prenantes, en fait tant que les indiens sont encore une menace imprécise, tant que Jeff Chandler en Cochise conserve une aura inquiétante. Les efforts authentiquement historiques de Jeffords (James Stewart) pour faire passer le courrier ainsi que la rébellion de Geronimo sont autant de moments forts et bien rendus.
L'embuscade finale également, est non seulement inattendue, mais plutôt bien menée : on constate d'abord que Cochise est le héros du film à égalité avec Jeffords, puisque le principal de l'action est porté sur lui, tuant au couteau et à la flèche. J'aime le regard du blanc qui regarde son fils tomber une flèche dans le ventre, la caméra qui s'attarde sur le père, tué au couteau, charrié par les eaux, le tireur embusqué qui hurle qu'il ne peut pas tirer parce que ses potes sont dans la ligne de tir (ce petit coté "humain" dans les fusillades, où même les salauds sont attentifs à la sécurité des leurs est malheureusement trop absent du western italien où l'humanité des victimes et des tireurs est totalement niée au profit du seul esthétisme de la scène), ce joli plan en contrejour et contreplongée de l'un des tireurs, ce petit cri de Sunsiareeh quand Jeffords se prend sa deuxième balle, ce petit cri qui dit tout, et bien sûr Jeffords qui réalise la mort de sa belle, et le discours de Cochise, étonnant de bon sens malgré l'excellente répartie de Jeffords "
Speak to her!", tout cela me touche.

Mais tout cela ne fait pas un très bon film non plus. L’attaque des chariots, poussive, datée alors que certaines attaques que j’ai pu voir dans les serials des années 30 paraissent plus inventives, l’attaque de la diligence avec les flèches misérables qui volent mollement avant de faire ploc par terre sont déjà le signe que le film a très mal vieilli. Et surtout, l’idylle entre Jeffords et Sunsiareeh (Debra Paget) plombe totalement le film, chiante au possible, noyée dans une mélasse de violons insupportables, sans qu’à aucun réel moment on n’ait envie de s’intéresser au devenir de ce couple dont l'enjeu interracial ne fait plus mouche aujourd'hui. Comme ces deux là ont environ un bon tiers du film ensemble à blablater sans se toucher, c’est un tiers du film sans intérêt, un tiers du film à regarder sa montre. Un tiers du film pesant qui casse le rythme d’une intrigue déjà largement parasitée par les signaux verts clignotant de la bonne conscience américaine en action, ça en devient presque un miracle que La flèche brisée puisse malgré tout être encore vu comme un western correct qui se suit sans déplaisir.

dimanche 19 août 2007

Les Affameurs



Anthony Mann


1951


Bend of the river


Avec: James Stewart, Arthur Kennedy, Rock Hudson





Un homme au passé trouble (James Stewart) escorte un convoi de fermiers vers la terre promise. En route, ils croisent un autre homme au passé trouble (Arthur Kennedy). Une fois la terre promise atteinte, les fermiers sont aux prises avec un homme d’affaire peu scrupuleux qui ne leurs envoie pas le ravitaillement qu’ils ont pourtant payé.



Apparemment, les hommes sont différents des pommes. Une pomme véreuse doit être jetée, alors qu’un homme véreux peut redevenir pur. Il y a le Bien, le Mal, et les hommes qui cherchent à appartenir à un camp ou à l’autre. Il semble d’ailleurs que Les Affameurs cherche à présenter tous les types d’homme, d’un bord ou de l’autre et leurs évolutions d’un bord vers l’autre. Glyn McLyntock (James Stewart) est l’homme jadis mauvais qui tente de devenir bon, en espérant que la société le lui permettra. Cole Garret (Arthur Kennedy) est l’homme jadis mauvais, qui fait semblant d’être honnête mais qui choisit vite la solution de l’argent mal gagné, convaincu que de toutes façons la société ne lui pardonnera jamais. Il y a le patriarche Jeremy (Jay C Flippen), bon du début à la fin (apparemment ça existe). Puis il y a ceux qui naviguent à vue : la fille Laura (Julie Adams), un instant tentée par la vie facile dans la ville minière et Trey Wilson (Rock Hudson qui décidément ressemble physiquement à Sylvester Stallone) qui semble toujours faire le choix du plus fort. Il y a ensuite le cas inverse : l’homme d’affaire Tom Hendrickx (Howard Petrie), d’abord honnête et généreux qui devient un enfoiré sans scrupules lorsque la fièvre de l’or l’atteint. Et enfin on trouve les baddies, les vrais, qui sont juste mauvais parce que sinon la vie serait ennuyeuses : les hommes de mains prêts à trahir à la première occasion, dont un grand costaud assez inoubliable avec son calot rouge sur la tête. La vie n’est donc qu’une suite d’interrogations pour certains et d’épreuves pour d’autres afin de choisir ou de confirmer un choix de vie approprié à sa conscience, et pas seulement dictée par les évènements.

Outre ces considérations psychologiques qui pourraient en faire bailler plus d’un, Les affameurs est un pur western comme pourrait le clamer haut et fort une jaquette Evidis. Un vrai spectacle qui ne manque pas de scènes d’actions et qui pourtant a un rythme très serein, très mélancolique et naturel. L’accrochage initial avec les Indiens, qui sert à démontrer les qualités d’homme de terrain de McLintock est très classique, mais très bien construit : Kennedy sauve d’abord la mise à Stewart, et on se dit que Stewart est à nouveau un de ces anti-héros qui va s’en prendre plein la gueule pendant tout le film, mais non, Stewart fait son affaire aux 4 indiens restants, un par un, et hors champ, de façon à donner à ses capacités un petit coté surnaturel.

Cet aspect indestructible et surpuissant se retrouvera au cours de la confrontation finale : abandonné seul, sans armes et sans cheval, McLintock fera preuves de capacités tout à fait exceptionnelles pour retrouver et retourner la situation en moins d’une demi-journée là ou les spectateur s’attendait à un longue quête de vengeance étalée sur plusieurs semaines. McLintock se débarrasse des hommes de main de Cole Garret les uns après les autres, toujours hors champ, et surgit là où on ne l’attend jamais, dans un séquence bluffante dont le parti pris spectaculaire enchante. Du western, du vrai !

Et des moyens qui vont avec : paysages superbes et grands espaces, convois de chariots, ville minière en effervescence et bateaux à vapeurs : allie la richesse psychologique des personnages à l’excitation de l’action intégrée dans un univers « western » à la fois typique et charmant et pimenté par un duo d’acteur épatant. Le grand Western classique et indémodable, riche et exaltant, avec tous les ingrédients nécessaires et le petit plus d’un cinéaste au sommet de son art.



lundi 9 juillet 2007

Quelques minutes de Je suis un aventurier

The far country
1954
Anthony Mann

Avec: James Stewart, Walter Brennan


Chez moi c’est un peu le Kadjhaksistan de Borat, je n’ai toujours pas d’enregistreur disque dur/DVD, juste un bon vieux magnétoscope qui fait crrr crrr. J’avais donc enregistré Je suis un aventurier diffusé il y a quelques mois sur Arte. Soudain, alors que je nettoyais ma télécommande, l’accident bête, le coup est parti tout seul, j’ai enregistré la bataille de Trafalgar en images de synthèse par-dessus. Damn! Ces engins devraient être interdits!
Tout ça pour dire que, comme naguère pour Le dernier train de Gun Hill, j’ai pris le film carrément vers la fin.
Mais ce qui fonctionna pour Sturges qui fait du cinéma commercial de qualité – en effet prendre ce film au milieu apporte une touche de mystère à l’intrigue qui peut la rendre plus profonde – ne fonctionne pas du tout pour un film d’Anthony Mann, qui façonne des portraits d’anti-héros forcés par la société de prendre leur destinée en main. James Stewart joue Jeff Webster, un type tout à fait capable de tirer, mais qui refuse de prendre le poste de shérif qu’on lui propose dans la petite ville de mineurs de Dawson en Alaska. Il semble en effet que la loi du plus fort règne, les méchants arrachant leurs concessions aux plus faibles. Comme tout anti-héros, notre James Stewart ne veut s’occuper que de ses affaires. On lui tue son vieux Ben (Walter Brennan toujours aussi Stumpy) et là il se met en branle et fait enfin ce qu’on attendait de lui : s’impliquer dans la société et dégainer son flingue.
Or donc quand on prend ce film vers la fin, la mort de Ben et le revirement de Jeff Webster coulent de source, sans émotion, sans libération, sans tension. On dirait presque un cliché pompeux, un court métrage résumé de l’intrigue type du western. L’important dans un film de Mann étant la progression morale de l’anti-héros, ses désillusions et ses faiblesses, il est inutile de vouloir se contenter d’une partie de l’œuvre seulement. Il me faudra donc la revoir.
Reste tout de même un gunfight final étonnant de modernité : les hommes se ratent, se blessent atrocement, se tirent dans les jambes, sans gestuelle étudiée, sans virtuosité. Jack Elam (si c’est bien lui) y passe froidement. Et avant le règlement de compte, ce cheval qui avance lentement, caméra dans les pattes, et la clochette qui sonne qui sonne… c’est beau comme du spaghetti !

mercredi 20 juin 2007

Les deux cavaliers


John Ford c’est chiant et c’est toujours pareil. Venez vérifier comment cette affirmation polémique est fausse.

John Ford
1961
Two Rode Together
Avec James Stewart, Richard Widmark, Shirley Jones

Le lieutenant Jim Gary (Richard Widmark) parvient à grand peine à convaincre le cynique shérif Guthrie McCabe (James Stewart) de l’accompagner en territoire indien. Le but : récupérer chez les Indiens comanches tous les prisonniers blancs qu'ils ont capturés au cours des dix dernières années. Il s’agit d’enfants enlevés très jeunes dont les parents n’ont pas encore perdu espoir de retrouver la trace. Mais Guthrie McCabe sait bien qu’un blanc élevé chez les indiens devient un indien à part entière.

A force, il faut bien se faire une raison, les westerns de Ford ne sont pas des westerns d’action. Le réalisateur est plus intéressé par ses personnages que par le spectacle, bien qu’il ne rechigne pas à faire bouger tout son beau monde de temps en temps. Une fois ce postulat intégré, on peut savourer Les Deux Cavaliers comme il se doit, sachant que coté coups de feu, c’est l’un des Ford les plus avare qu’il m’ait été donné de voir. Heureusement, le film a d’autres atouts dans ses manches.
En premier lieu, c’est un film de James Stewart. Ce n’est pas le James Stewart sombre et fragile de Anthony Mann, c’est un James Stewart de comédie en roue libre totale, qui fait un numéro de cabotinage à s’en écarquiller les yeux de stupeur tellement c’est sidérant. - Ceux qui me rétorqueront avec mépris condescendant que James Stewart a déjà fait ce genre de show dans tel ou tel classique des années 50 que je ne connais pas sont invités à laisser leur mépris de coté et à m’indiquer les titres en questions, merci. – Ce « Stewart show » explose lors d’un bivouac au bord de l’eau où Widmark et Stewart mènent de front deux discussions imbriquées à n’en plus finir ; et lors d’un échange confondant de négativité entre Stewart et le commandant de la garnison. Stewart joue donc un aventurier vieillissant, antipathique mais drôle. Bien sûr, la force des évènements va faire évoluer le personnage dans le bon sens, mais jusqu’au bout il gardera son coté décalé, égoïste mais sympa quand même. A coté de ça, Widmark est Widmark, mais il a bien du mal à exister à coté de la tornade Stewart.
En deuxième lieu, Les Deux Cavaliers est un film qui fait mentir – encore - la réputation de vieux con d’extrême droite du maître Ford, par la complexité de son scénario qui évite la représentation caricaturale des indiens et qui pointe du doigt les faiblesses des blancs. Car ce qui frappe avant tout, c’est le pessimisme de l’œuvre. Une fois de plus, les indiens sont montrés comme un peuple humain, déchiré par des contradictions internes, et divisé entre les vieux sages et les jeunes va-t-en guerre qui montrent leurs muscles. Les blancs ne sont pas épargnés non plus, par le biais de la vente d’armes aux indiens, du non respect des traités et leur propension à la violence. Tout le monde est plus au moins mauvais, et quand quelques uns sont bons, comme ces pionniers qui vivent de l’espoir de retrouver leur progéniture, leur naïveté fait pitié. Entre ce pessimisme et le personnage drôle mais cynique de Stewart, les scènes de pure comédie, à base de baston pour se disputer une femme, ont bien du mal à faire mouche.
En troisième lieu, la progression du film de la comédie noire - Stewart déchaîné - au drame humain poignant - le lynchage de l’indien blanc incapable d’être un « blanc »- , même si elle crée un film bancal le cul entre deux chaises, témoigne de la richesse d’un cinéaste qui ose tout et ne se prive pas de surprendre à la fois ses admirateurs et ses détracteurs. Alors, s’il est clair que Les Deux Cavaliers n’offre pas la force enthousiasmante de La Prisonnière du Désert ni la pureté westernienne de La Chevauchée Fantastique, on ne regrette pas de s’être laissé porté par le brillant James Stewart au milieu d’une peinture peu glorieuse de l’humanité. Et ce n’est pas la fin sous forme de happy end - seulement vaguement happy - qui changera la perception de l’Homme qu’offre Ford à votre intellect.
Et merci Arte !!