mercredi 21 janvier 2026

La Poursuite Implacable

1973
Revolver
Sergio Sollima
Avec : Oliver Reed, Fabio Testi

Il fait nuit, deux hommes fuient. L'un est blessé, l'autre est joué par Fabio Testi. Le blessé finira pas mourir au bord d'un canal dans les bras de son ami. Dans le froid hivernal, Fabio Testi porte le cadavre de son ami sur son dos, alors que débute la chanson "Un Ami", d'Ennio Morricone, avec des paroles en français. Il ne m'en faut pas beaucoup plus, la scène est fugace, mais elle a quelque chose de mortifère et beau à la fois, les jambes raides du mort, Fabio Testi qui semble peiner comme Django tirant son cercueil. L'enterrement a quelque chose de pathétique, le visage du mort effleurant des graviers grossiers du bord du canal. J'ai reproché à Vincent Jourdan de parfois s'attacher à pas grand chose pour juger positivement un film, et je fais pareil ici, en pleine conscience.

La poursuite implacable, le titre français, résonne comme le titre d'un western de John Ford. Revolver, le titre original, sonne mieux, mais n'est pas beaucoup plus explicite. Le film s'inscrit dans le genre Poliziottesco, mais moi il m'a surtout rappelé les films poisseux français des années 70, en général avec Lino Ventura ou Yves Montand, où un homme plus ou moins banal se retrouve embourbé dans un merdier inextricable et dont il ne parviendra pas à s'extriquer, même à la toute fin. Oliver Reed, les yeux brumeux de l'alcoolique, le visage bouffi, cherche à retrouver sa femme coûte que coûte, sans comprendre la moitié de ce qui se trame autour de lui, et tout aussi buté que Franco Nero dans Texas Adios. Pour avoir une chance de retrouver sa femme, il doit faire évader Fabio Testi, sans qu'on comprenne de prime abord le rapport avec la scène d'enterrement initial, ni avec le meurtre d'un type apparemment important à Paris, ni avec ce chanteur à succès et à gueule d'ange (Daniel Beretta). 


L'ambiance est lourde, et Sergo Sollima joue avec les tensions psychologiques et son récit déstructuré, plus qu'avec les outrances chères au genre. L'action est en effet assez rare et on n'aura pas droits aux scènes "à faire" et aux poncifs vus dans Le Clan des Pourris ou dans La rançon de la peur. La scène de l'évasion de Fabio Testi par exemple, lente et progressive, fait mouche. Pas d'esbrouffe, pas de grandes idées, mais une précision dans l'exécution qui rend la scène très crédible. L'ambiance hivernale qui baigne l'ensemble du film rajoute à la tension, Fabio Testi, athlétique, dans son manteau hivernal, avec ses jambes interminables, est très convaincant. Oliver Reed est un peu plus poussif, mais c'est parfaitement cohérent avec le personnage, tant l'inutilité de ses démarches est criante. Les trognes familières des truands pullulent autour d'eux, les deux hommes finissent par faire équipe et courent vers l'inéluctable, de Milan à Paris, de planque en planque et d'appels téléphoniques crispés en désillusions, tant toutes les portes vers lesquelles ils tournent se révèlent pourries et corrompues. Seule la séquence dans les Alpes, très belle visuellement, dénote un peu, semblant donner un léger répit aux personnages, avant qu'un hélicoptère ne vienne les rappeler à la réalité. 



Au final, même si comme je l'ai dit, les scènes d'actions sont assez rares, une bonne partie du casting va y passer, et ceux qui resteront en vie seront détruits psychologiquement. Le film ne fait donc pas dans la dentelle, et on reconnait bien la patte de Sergio Sollima, l'évolution des caractères des deux personnages au contact l'un de l'autre et de l'action et la description d'une société de puissants qui utilisent les plus modestes comme de simples pions. Je recommande donc plutôt chaleureusement ce film à ceux qui seraient convaincus que Sergio Sollima n'est l'auteur que de trois bons westerns.


Captures piquées sur l'excellente critique de DvdKassik

lundi 19 janvier 2026

Sergio Sollima, le cinéma au couteau



2025

Vincent Jourdan

Après nous avoir déjà régalé voici quelques années avec son livre sur Sergio Corbucci, Vincent Jourdan se remet à l'ouvrage sur le troisième Sergio, à savoir bien sûr Sergio Sollima, connu à travers le monde des aficionados du western spaghetti, pour ses trois westerns : Colorado, Le dernier face à face et Saludos Hombre. Bien sûr, on ne saurait consacrer un livre entier sur trois films seulement, et c'est bien sur le reste de la filmographie que j'espérais que Vincent Jourdan parviendrait à me faire saliver, comme il sut le faire dans Voyage dans le cinéma de Sergio Corbucci, avec son évocation d'une myriade de péplums, de comédies et de polars inconnus pour la plupart en France. Etant beaucoup moins porté sur la chose cinéphilique qu'à une époque, en témoignent mes récentes bafouilles sur Fast and Furious, cet enchantement pour ce cinéma invisible chez nous sera resté à l'état d'envie, je n'ai en effet jamais franchi le pas de chercher activement les films décrits dans le livre sur Corbucci, mais ça ne m'empêche pas d'apprécier toujours le cinéma de ces années là, et les gens qui en parlent avec talent.

En réalité, dans Sergio Sollima, le cinéma au couteau, Vincent Jourdan va plus loin même qu'une biographie érudite émaillée de pépites cinéphiliques. Il parvient à faire revivre, pour le lecteur français de 2025, l'Italie, l'Italie du fascisme, l'Italie de la guerre, l'Italie de la reconstruction. Dans son travail extrêmement documenté, d'un style recherché et fluide, l'auteur parvient à mêler la petite histoire de Sergio Sollima, la description d'une effervescence artistique qui allait le nourrir, intellectuellement et au sens propre, et la grande Histoire, les lois fascistes, la chute de Mussolini, les exactions allemandes, l'immédiat après guerre  qui auront également leur impact évident sur la construction du cinéaste. Vincent Jourdan explore toutes les facettes artistiques de son sujet, de l'homme féru de littérature au passionné de cinéma, qui deviendra par ailleurs critique et parviendra à sortir, au lendemain de la guerre, un ouvrage sur le cinéma américain, que Vincent Jourdan semble avoir pu se procurer, mise en abyme savoureuse d'un passionné de cinéma, écrivant sur un cinéaste passionné de cinéma qui a lui même publié un livre sur le cinéma. Sollima, passé également par le théâtre aura eu un certain succès comme dramaturge et faiseur de comédies, avec déjà un goût prononcé pour un certain mordant social, et c'est là aussi la force du livre, de faire revivre, ne serait-ce qu'en imagination, des pièces qui seraient sinon destinées à l'oubli. Pour résumer, j'ai kiffé toute cette partie, me rappelant par ailleurs qu'un autre grand artiste du western, William S. Hart, avait également eu une carrière non négligeable au théâtre, finissant également par préférer lui aussi la pellicule aux planches. 

Ensuite, Sergio Sollima commence sa carrière de cinéaste et le livre est toujours aussi passionnant, le réalisateur ayant touché aux films d'espion de type sous James Bond, au western donc, au Giallo et aux films noirs. Pour chaque film, l'auteur décrit précisément la genèse de l'œuvre, la pré-production et le casting, puis le tournage avant de faire une analyse des points les plus saillants du film, pour finir par un aperçu de la réception critique de l'époque et de la réévaluation des années récentes. Vincent Jourdan cependant n'évite pas deux écueils, relativement mineurs, mais fréquents chez les passionnés. Le premier consiste à noyer le  lecteur sous une accumulation sans fin de noms d'acteurs et d'actrices, des plus réputés aux plus obscurs, du premier rôle au cinquième couteau, en donnant en plus pour chacun une partie de son pedigree passé et futur. Pour ma part je suis heureux de savoir que Nello Pazzafini a un rôle dans Agent 3S3, massacre au soleil, mais on a tout de même assez vite une sensation de trop plein, ce défaut s'atténuant quand on aborde le western et les films noirs. Le deuxième est un biais qui revient à surévaluer les œuvres mineures du cinéastes à l'aune de ses réalisations les plus réussies. Agent 3S3 Passeport pour l'enfer, Agent 3S3, massacre au soleil et Requiem per un agente segreto sont trois films relativement insignifiants, assez pénibles à regarder pour être totalement honnête, et on cherche le petit détail qui préfigure les films à venir, les éléments de scénario qui commencent à dessiner une thématique globale de la filmographie du cinéaste, et les scènes qui sortent du lot pour se dire qu'on n'a pas totalement perdu son temps. Je plaide coupable, j'ai tellement consciemment surévalué certains westerns sur ce blog sur une seule scène un peu flamboyante ou sur un bel air de trompette, que je pense que moi aussi j'aurais relevé la scène de l'avion de Agent 3S3, massacre au soleil et la scène du four de Requiem per un agente segreto. Quand on rentre dans le vif du sujet, c'est à dire l'analyse des trois westerns du maestro, et de ses films noirs, la richesse d'analyse et la précision d'écriture de Vincent Jourdan font mouche. C'est de très haute volée et on sent le très grand respect de l'auteur pour le cinéaste et pour tout ce cinéma là, pour le musicien Ennio Morricone omniprésent dans la filmographie de Sollima, pour les décorateurs, les acteurs et les actrices. Sans jamais chercher à tirer la couverture à lui, Vincent Jourdan donne vraiment envie de découvrir tous ces films, et je me suis déjà procuré Revolver (j'y reviendrai sans doute, car c'est très bon) et je vais essayer de dénicher La cité de la violence.

Les années télé du cinéaste, décrites à nouveau avec talent et précision, permettent une belle découverte, Sandokan, une série télé d'aventures exotiques au succès international phénoménal à l'époque. J'y ai jeté un œil, ça a l'air rafraichissant et intéressant, mais pas au point de regarder l'intégralité de la série. Kabir Bedi, l'interprète principal, semble très charismatique, et il faudra également que je cherche à voir Le Corsaire Noir, dernier grand film de Sollima avec le même acteur, dont l'affiche est somptueuse (toutes les affiches des films de Sollima sont présentées en couleur au centre du livre). Merci donc Vincent Jourdan, pour ce livre très riche, très bien écrit, et qui m'a permis de me replonger avec délice dans ce cinéma que nous aimons, de découvrir l'émergence d'un artiste, à l'heure des choix pendant la guerre et dans l'après guerre, et toute la partie inconnue pour ma part de la carrière télévisuelle du troisième Sergio.

samedi 22 novembre 2025

Fast and Furious 10




2023
Louis Leterrier
Avec : toujours la même bande + Jason Momoa

340 millions de dollars, c'est ce qu'à coûté ce dixième épisode de la "saga" no brain Fast and Furious. Pour donner un ordre d'idée, le premier film avait coûté 38 millions de dollars et en avait rapporté 207. Très bien, c'est une belle somme 340 millions, mais c'est dommage qu'elle ne se voit pas à l'écran. C'est dommage que pour un tel budget, il n'y ait pas un mec avec un peu d'autorité pour dire, non mais, vous vous foutez de ma gueule là? Ils sont où mes 340 millions? Les accidents de bagnoles ne sont pas crédibles, l'explosion à Rome fait de l'effet la première seconde, mais c'est tout, la bagnole de Toretto qui traine des hélicoptères en feu derrière elle, est limite risible, l'explosion des camions au-dessus du barrage est loupée, mais surtout, surtout, cette descente en voiture du barrage est hideuse, d'une laideur abominable! Lorsque Toretto (Vin Diesel) se retourne, à un moment, pour voir l'étendue des dégâts, le plan sur le barrage est incompréhensible, il y a du rouge, de la fumée, du noir, des flammes. Toutes ces scènes pyrotechniques invraisemblables ressemblent à ce qu'elles sont, des successions d'image artificielles, mal gaulées, effectuées par des gens qui n'ont pas pris le temps d'étudier la cinématique, à quoi ça ressemble un corps qui chute, comment sont projetés les débris, quelle fumée serait générée réellement par une bombe qui explose dans Rome. On ne ressent pas la masse des objets, il n'y a pas de texture, les carcasses de voiture qui font d'interminables tonneaux n'ont pas de pesanteur, pas de substance, elles sont éthérées, brouillonnes et hors de toute réalité tangible. Rome, Londres, le Portugal ne sont même plus des terrains de jeu pour scènes d'action survitaminées, ces lieux de tournage ne sont plus qu'un calque, un couche parmi d'autre dans le millefeuille de plans superposés qui constituent une scène. Je pardonne beaucoup de choses dans un film d'action débile, et je parviens souvent à y prendre du plaisir, mais il faut respecter le contrat de base : des scènes d'action efficaces. Et là, pour 340 millions de dollars, le compte n'y est pas.

Même au niveau du scénario, je peux encaisser beaucoup. Le 7, c'était Jason Statham qui se vengeait. Le 9, c'était John Cena qui se vengeait. Là ils nous sortent Dante (Jason Momoa), le fils du trafiquant de drogues mort dans le 5, qui veut se venger. Le mec a toujours une longueur d'avance sur tout le monde à un point que ça en devient ridicule, ce n'est plus de la planification intelligente, c'est de la prescience. "Tu es exactement là où je voulais que tu sois", dit il à Dom Toretto lorsque celui-ci se retrouve coincé en haut d'un barrage, encadré par deux camions citerne. Je ne vois pas comment il aurait pu anticiper ça à ce point quand on voit tout le bordel qui a eu lieu avant, surtout que 5 minutes avant le même Dante était dans une voiture en train de pourchasser Dom. Comment est il arrivé en haut de cette montagne, épaulé par le traitre Aimes (Alan Ritchson) qui était pourtant 5 minutes avant dans un avion, et coïncidence, le reste de la bande de Dom se pointe justement à cet endroit dans un autre avion, pile au bon moment pour se faire shooter. Ha ha, tu as cru m'avoir lui dit Dom, mais tu as fait l'erreur de me laisser ma voiture. Hop, Dom s'en sort en dévalant le barrage en voiture, mais oui, mais ça aussi c'était prévu par notre super méchant, et hop, il fait sauter le barrage. Notre héros va-t-il s'en s'en sortir, et sauvera-t-il son fils par la même occasion? Il faudra attendre l'épisode 11.

En tout cas, le thème clair de cet épisode, c'est que tant que Dominic Toretto est dans sa caisse, il peut tout faire. Jouer au foot avec une bombe de plusieurs tonnes dans les rue de Rome, sauter d'un avion et atterrir sur deux voitures ennemies, résister au harponnage inamical de deux hélicoptères, utiliser l'énergie cinétique pour projeter ce qu'il reste des hélicoptères sur d'autres ennemis, défoncer des murs, défoncer des terrasses, et toujours toujours continuer à rouler, quoi qu'il arrive. Oui, c'est fatiguant.

Fatiguant également est Jason Momoa. Les méchants qui cabotinent gâchent toujours les films, à l'exception de Heath Ledger dans The Dark Knight qui avait un rôle qui exigeait ce cabotinage. Mais le cabotinage de Chris Hemsworth dans Furiosa vous flingue le film, et là pareil, la surenchère de Jason Momoa dans Fast and Furious 10 achève encore un peu plus un film qui n'avait déjà pas grand chose pour lui. Comment prendre au sérieux un méchant qui est censé vouloir une vengeance froide et implacable s'il ne cesse de faire des blagues pourries et de rigoler quand Vin Diesel lui met une beigne? Nul.

Sinon, la moulinette Fast and Furious continue son œuvre. Cipher (Charlize Theron) a passé deux épisodes, donc elle peut désormais passer du côté des gentils, même si, soyons honnête, ça ne se fait pas tout seul. Elle et Letty (Michelle Rodriguez) ont une très longue scène ensemble, dans les souterrains d'une base en Antarctique, où elles ne discutent nullement d'un autre homme, ce qui fait que Fast and Furious 10 pourrait bien être le premier film de la franchise à passer le test de Bechdel ! D'accord, l'essentiel de leur dialogue consiste à se foutre des pains dans la tronche, mais ça reste une forme de communication après tout. A l'issue de cette confrontation, les deux femmes font équipe, marchent un peu dans la neige, là, un sous-marin sort des glaces, et qui c'est qui sort de l'écoutille? Gisèle (Gal Gadot) qui était morte à l'épisode 6. Qu'est ce que je vous avais dit hein, quand elle est morte? QU'EST CE QUE JE VOUS AVAIS DIT??? 

Jakob (John Cena), lui, n'aura pas profité longtemps d'être passé du côté des gentils puisqu'il doit se sacrifier à bord de sa voiture lance-roquettes (passons...) pour sauver son frère. On voit la voiture s'écraser, s'embraser, exploser, mais ça n'empêchera pas nos scénaristes favoris de le faire revenir si le besoin s'en ressent (et en vrai, le personnage était plutôt sympathique). Monsieur Personne (Kurt Russel) reste aux abonnés absents, donc à sa place on a droit à sa fille (Brie Larson) qui n'apporte pas grand chose à l'histoire. Brian (Paul Walker) est toujours absent, vu que Paul Walker est mort, mais franchement, avec tous ces mecs qui veulent se venger de toute la bande épisodes après épisodes, c'est quand même bizarre qu'il réussisse à ne jamais être impliqué. Il va vraiment falloir faire tourner la planche à CGI messieurs. Han (Sung Kang) est toujours ressuscité, et ses retrouvailles avec Deckard Shaw (Jason Statham) qui pensait l'avoir tué dans le 6 auraient pu être très savoureuses, mais ça tombe un peu à plat. Les deux lourdingues Tej (Ludacris) et Roman (Tyrese Gibson) passent leur temps à se chamailler et ça en devient pesant, et Megan Ramsey (Nathalie Emmanuel) fait surtout de la figuration dans cet épisode. Et à la toute fin, on retrouve, enfin, Dwayne Johnson, puisque, pour ceux qui ont suivi, il s'était embrouillé avec Vin Diesel, et qu'il ne souhaitait donc plus participer à l'aventure Fast and Furious, mais que dans l'histoire, pour ceux qui ont suivi, c'est bien son personnage Hobbs qui tue le père de Dante (même si je ne vois pas comment il aurait pu le savoir, vu que Dante est dans la flotte au moment ou Hobbs presse sur la gâchette, ça c'est pour ceux qui ont vraiment tout suivi), et donc, ce serait assez curieux que Dante ne cherche à se venger que de Dominic Toretto, et pas de celui qui a réellement tué son père. Mais, si j'ai bien suivi, la brouille entre Dwayne Johnson et Vin Diesel n'est pas tout à fait terminée puisque le retour de Dwayne Johnson dans la "saga" se fera par l'entremise d'un deuxième spin off centré sur sa géguerre avec Dante et non pas dans la série normale, puis la "saga" se conclura par un Fast and Furious 11, ou alors un Fast and Furious 10 épisode 2, ce qui serait débile, à moins qu'ils fassent un Fast and Furious 10, la trilogie, ce qui serait encore plus débile, mais quand on aime on ne compte pas.

On verra tout ça quand ça sortira, et il faudra même attendre le respect de la chronologie des médias pour ça, parce que si, à la rigueur, je peux me déplacer pour voir un Mission : Impossible au cinéma (même si j'ai loupé le dernier), ça n'arrivera pas pour un Fast and Furious. A bientôt tout de même.

dimanche 16 novembre 2025

Fast and Furious 9




2021
Justin Lin
Avec : toujours la même bande, mais sans Dwayne Johnson

La scène d'introduction est pas mal, on assiste à une course de voiture en 1989. Les couleurs sont légèrement sepia parce que c'était il y a très longtemps 1989. Le pilote est Toretto, mais Jack Toretto (J. D. Pardo), le père de Dominic Toretto (Vin Diesel). Y a comme un accrochage, et le père meurt, carbonisé dans sa voiture. Le jeune Dominic Toretto hurle. Boudiou, le truc, c'est qu'au bout de 10 films merdiques de cette trempe, à force de faire revivre des gens, à force de leur inventer des passés sortis de nulle part, tous ces personnages finissent par gagner en épaisseur malgré leur peu de caractérisation psychologique de départ. C'est ainsi, et on finit par s'y attacher, et on retrouve Dom, devenu père à son tour, qui répare un vieux tracteur et demande une clé de 12 à son fils. "Tu es sûr?" lui demande-t-il, le regard affectueux, lorsque celui-ci lui tend un tournevis. Comme c'est meugnon...

Bon, c'est meugnon, mais pas au point d'en faire une "saga" de référence non plus. Entre le déjeuner et le café, les scénaristes ont l'idée de créer un frère à Dominic Toretto: Jakob, joué par John Cena. Pourquoi on n'en a jamais entendu parler pendant les 8 premiers épisodes? Pourquoi même pas une petite allusion? Bah c'est parce que c'est un paria, il a bricolé un truc dans la voiture de son père, et c'est à cause de lui que son père est mort. Donc entre Dominic et Jakob, c'est à la mort à la mort. Voilà comment on installe le nouveau méchant du film. Cipher (Charlize Theron) est prisonnière de ce nouveau méchant, j'ai pas compris comment. Elle est prisonnière dans une prison de verre, sans accès à aucun ordinateur, vu qu'elle pourrait hacker la CIA avec un Nokia 3310. Elle n'a même pas de chiottes dans sa prison de verre, donc concrètement je ne sais pas comment elle fait. Mais elle continue de parler doucement, d'analyser ses geôliers, notant des origines scandinaves chez les Toretto du fait de la mâchoire assez carrée de Jakob. Passionnant. 

Dans ce neuvième opus, on retrouve Mia Toretto (Jordana Brewster), la sœur de Dominic. En fait je ne m'étais pas rendu compte qu'elle n'était plus là depuis un ou deux épisodes. Et oui, c'est qu'elle est censée filer la parfaite vie de famille avec Brian, disparu lui, parce Paul Walker est décédé dans la vraie vie. Et là, soudain, Fast and Furious devient une franchise féministe. Mia est là, mais Brian n'est pas là. L'homme reste au charbon, à s'occuper de ses gosses et de celui de Dom, la femme part sauver la planète (oui parce qu'il est encore question de retrouver un machin qui pourrait détruire le monde). Et c'est d'autant plus un film féministe qu'on assiste à une scène de bien 5 minutes où deux femmes, Mia Toretto (Jordana Brewster) et Letty (Michelle Rodriguez) parlent entre elles en bouffant des ramen à Tokyo. La scène semble avoir été tournée pour faire plaisir à Michelle Rodriguez qui râlait sur la place des femmes dans la série, et pour que le film passe le test de Bechdel. Pour rappel, le test de Bechdel met en évidence le sexisme des films ou livres en l'évaluant à l'aune de trois critères : 

  • Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre ;
  • qui parlent ensemble ;
  • et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme.

En fait, il est effectivement difficile de trouver des films mainstream qui respectent cette règle, Mad Max : Fury Road, par exemple, en fait partie. Ici, les scénaristes se sont légèrement foirés, parce que si les deux femmes parlent de leurs tourments et de leurs états d'âme, elles évoquent également leur rapport avec le mâle alpha de la "saga" : Dominic Toretto, ce qui de facto ne respecte pas la troisième règle. Mais déjà, c'est un progrès, la scène m'a sauté au yeux, c'est dire si on n'a pas l'habitude de voir ça dans un actioner.
Ce qui m'a également sauté au yeux, c'est ce qui suit cette scène. Tenez vous bien. Han (Sung Kang) n'est pas mort! Alors attendez, il faut rembobiner. Pour rappel, la petite astuce temporelle qui faisait revenir Han dans les épisodes 4 à 6 avait pour but de ne pas faire de résurrections bidon dans la "saga". Une résurrection bidon plus tard (celle de Letty), nos valeureux scénaristes font finalement revenir Han. Han avait pourtant été tué par Deckard Shaw (Jason Statham) hein, on voit la voiture s'embraser avec Han dedans! Ben non, Han n'explique pas trop comment, mais c'était un tour de passe passe orchestré par Mr Nobody (Kurt Russel) pour que Han s'occupe d'une fille qui a un rapport avec le truc que tout le monde cherche et qui pourrait signifier la fin du monde. OK mais bon, le réal Justin Lin doit être bien embêté. Il avait sorti un DVD Collector "97 Special Edition" de Fast and Furious: Tokyo Drift où l'on voyait Jason Statham, dans la foule, surveiller Han. Il va falloir sortir un Blu-Ray "2013 Definitive Edition" avec une incrustation de Kurt Russel, rigolard, en train de surveiller Statham surveillant Han. Difficile de faire plus con que cette résurrection, mais ça permet de voir Han faire une accolade avec Sean Boswell (Lucas Black) du troisième épisode, qui a ici un petit rôle sympa, et de voir dans la scène post générique Deckard Shaw écarquiller les yeux quand Han frappe à sa porte.
Pour le reste, c'est le portnawak habituel, avec plein de puissants électro-aimants qui attirent les voitures adverses, mais un portnawak qui touche ici au sublime, lorsque Roman (Tyrese Gibson) et Tej (Ludacris) viennent shooter un satellite en voiture! Si si, ils l'ont fait, propulser une voiture dans l'espace avec nos deux loustics dedans, respirant dans des vieux scaphandres de plongée, pour détruire un satellite qui pourrait activer un machin qui pourrait bien provoquer la fin du monde. Comme le notent eux-mêmes les deux protagonistes, deux mecs, pas blancs, issus des bas-fonds, qui ont une scène dans l'espace, c'est la classe. On pense ce que l'on veut de cette série débile, de son machisme, de ses invraisemblances, mais elle a le mérite de mettre en avant une tripotée de héros bigarrés, divers et qui sortent des sentiers battus.
Pour la fin de la trame narrative de ce neuvième épisode, on s'en doutait, Jakob se rachète, Dominic pardonne, parce que la famille c'est la famille, et Cipher perd à nouveau. Le monde est sauvé, ouf, on peut finir par un barbecue final qui devient aussi iconique que le banquet à la fin d'Astérix. Il faut dire le bénédicité. Il manque quelqu'un, une voiture de sport se gare, on devine que c'est Brian, mais on ne le verra pas. Snif, je verserais presque une larme.  Allez, plus qu'un avant la sortie de FAST 11. Fast and Furious 9 n'ayant rapporté "que" 726 millions de dollars, on peut espérer que tout cela va bientôt toucher à sa fin.

Fast and Furious : Hobbs and Shaw


2019
David Leitch
Avec : Dwayne Johnson, Jason Statham, Idris Elba, Vanessa Kirby

On avait pas assez de Fast and Furious, voici les spin offs. Celui-ci est centré sur Luke Hobbs (Dwayne Johnson) et Deckard Shaw (Jason Statham). La "saga" n'est déjà pas terrible dans l'ensemble, ce spin off ne réhausse pas le niveau. Si on a plaisir à revoir Vanessa Kirby qui jouait la princesse Margaret dans The Crown, le reste est exactement comme d'habitude, avec peut-être plus de tentatives d'humour un brin décalé (en particulier l'agent Locke (Ryan Reynolds) qui en fait des tonnes). Hobbs et Shaw se lancent des vannes à n'en plus finir, et les scènes d'action sont pour la plupart pitoyables. Encore une fois parce que les effets spéciaux ne sont pas au niveau de ce qu'on pourrait attendre d'un film qui a coûté 200 millions de dollars, mais aussi parce que le méchant (Idris Elba) est une espèce d'être humain "amélioré" qui peut faire des trucs improbables et qui a une moto qui a l'air de pouvoir se relever toute seule et se conduire toute seule. On touche là vraiment aux limites de cette notion de suspension de crédibilité, on est prêt à croire n'importe quoi, des technologies de traçage hyper pointues aux accidents super spectaculaires où personne ne meurt, mais quand l'essence même de la "saga", à savoir les bastons et les courses de bagnoles, est parasitée par ce qui lorgne de plus en plus vers la science fiction, on décroche.

C'est un virus super dangereux qu'il faut récupérer ici, la routine quoi. Vanessa Kirby joue la sœur de Deckard Shaw, elle s'est inoculé le virus je crois, donc il y a un décompte fatal qui est enclenché. Personne ne croit sérieusement qu'elle va mourir et la moitié de l'humanité avec elle. L'originalité, on va dire, c'est que tous les gentils se retrouvent aux îles Samoa pour un prétexte que j'ai déjà oublié, ce qui permet à Hobbs de retrouver sa famille. Le temps de préparer une petite bataille, les gentils d'un côté avec leurs sens de la débrouille, leurs tongs et leurs bagnoles d'un certain âge, et les méchants de l'autre, avec leur hélicoptère et toute leur technologie. Je vous passe les détails, mais ce film permet de vérifier un axiome connu des films d'actions: quand un hélicoptère tombe, s'il n'y a que des méchants dedans, l'hélicoptère explose. S'il y a un gentil dedans, l'hélicoptère n'explose pas, et le gentil se fait une bosse. La morale de l'histoire, c'est que l'humain, l'amitié, le travail d'équipe et le cœur priment sur la meilleure des technologies, c'est le petit message que veut faire passer le film avec des sabots énormes à tous ceux qui rêvent d'humain amélioré. Le méchant du film est désactivé, et on comprend que ce n'est pas fini, que le vrai méchant reste dans l'ombre. On devrait donc avoir une suite au spin off. Sauf que, à l'époque où sort ce film, Dwayne Johnson et Vin Diesel se sont embrouillés comme deux bons gros mâles alpha, au point que Dwayne Johnson déclarera ne plus vouloir participer à la série. Et effectivement, pas de Dwayne Johnson dans Fast and Furious 9. Mon dieu, et s'il ne revenait pas? Et si ce mystérieux méchant restait pour toujours dans l'ombre? Je n'en dors plus la nuit.

samedi 15 novembre 2025

Fast and Furious 8




F. Gary Gray
2017
Avec : toujours les mêmes, mais sans Paul Walker et avec Charlize Theron

Je ne vous cache pas que je commence à fatiguer. Cet épisode, c'est celui avec le sous-marin. Voilà. C'est nul et c'est long. Paul Walker n'est plus là, mais honnêtement est-ce que ça change grand chose? Non, le casting est désormais tellement pluriel qu'on y fait presque pas attention.  Après une course de bagnole très couleur locale à Cuba où Dom (Vin Diesel) gagne la confiance d'un caïd du cru en lui laissant la voiture qu'il a pourtant gagné, arrive Cipher (Charlize Theron) qui joue encore une hackeuze bien gaulée et extrêmement talentueuse. Je dis encore, pas parce qu'elle aurait déjà joué ce rôle ailleurs, mais parce qu'on a déjà Nathalie Emmanuel dans le casting qui coche cette case. Grosse déception du film, Charlize Theron ne parvient pas à créer une méchante réussie. Elle vit dans un avion constamment en l'air, marmonne, parle doucement, est toujours très rationnelle (trop) et explique à Dom des choses sur l'évolution, ne comprend pas pourquoi il a laissé la voiture au Cubain, c'est pas logique, tatati, tatata. On n'écoute déjà plus beaucoup. Dom entre au service de Cipher, car la famille s'agrandit, Dom a désormais un fils, il ne le savait pas, nous non plus, c'est normal c'est sorti de la tête des scénaristes, comme ça, après la pause café. Dom a un fils qu'il a eu avec Elena Neves (Elsa Pataky) à l'époque où Letty (Michelle Rodriguez) était présumée morte. On voit Vin Diesel pleurer, les amis, on voit Vin Diesel pleurer! Bref, ce fils est retenu en otage par Cipher, pour contraindre Dom à travailler pour elle. Le but est comme d'habitude de récupérer un truc ou un bidule qui met le monde en danger. Donc Charlize Theron est fadasse, ne comprend pas bien cette histoire de "famille" et de "confiance". Elle qui est experte réseau, elle devrait savoir que le réseau humain est tout aussi important que les réseaux informatiques, c'est très bref, mais le cubain dont Dom a gagné la confiance au début, il lui filera un petit coup de main pour se sortir des griffes de Cipher. Oui madame l'experte bien gaulée, oui! ça ne sert à rien d'être intelligente et d'une logique implacable, ce qui sert dans la vie, c'est l'amitié, la famille, la tribu, les contacts, la débrouille, oui madame! C'est ça la morale Fast and Furious!

Hobbs (Dwayne Johnson) se retrouve en prison, je ne sais plus trop pourquoi. Pourquoi j'en parle alors? Parce qu'il y retrouve Deckard Shaw (Jason Statham) qui est au cœur des deux seules séquences que je trouve réussies du film. La première, celle de l'évasion opportuniste qui suit l'arrivée de Hobbs en taule. Jason Statham est grave convaincant, il fonce, il saute partout, il virevolte, il est déterminé. Depuis qu'il est dans la série, il apporte un surplus d'énergie à des films qui n'en manquaient pourtant pas. La deuxième, c'est encore Deckard Shaw qui va sortir le bébé de Dom Toretto de l'avion de Cipher en plein vol. Shaw se bat contre à peu près tous les tueurs de l'avion tout en protégeant le bébé dans son cosy et en lui faisant des risettes. C'est fun, c'est rigolo. Egalement, dans une autre scène, lui et Hobbs s'envoient des tas d'insultes menaçantes de mâles alpha, du style  "je vais t'enfoncer les dents tellement profond que du devras passer par derrière pour te les brosser ", c'est long, c'est moyen, et tout d'un coup Jason Statham sort un grand sourire, on ne sait même pas si c'était un loupé de l'acteur qui aurait dû finir dans le bêtisier où si c'était écrit. En tout cas, cela suffit à réconcilier nos deux lascars. Rappelons que Deckard Shaw était le grand méchant de l'épisode 7, celui qui a tué Han, et que c'est ce gars là que Dom va appeler à l'aide pour sauver son fils, épaulé en plus par son frère Owen Shaw (Luke Evans) qui rappelons le, était le méchant du 6, celui qui a écrasé pleins d'innocents avec un tank sur une autoroute et maintenait Letty sous sa coupe. La rancune n'est pas tenace dans Fast and Furious.

Dom qui est contraint de jouer les méchants, c'est une assez bonne idée du film, pas vraiment exploitée jusqu'au bout, mais j'essaie, hein, j'essaie de trouver des points positifs. Parce que là, je crois que j'ai fait le tour. Comme dans Fast and Furious 4, l'ensemble des scènes d'action est plombé par des effets spéciaux numériques totalement loupés. Cipher, la hackeuse, hacke l'ensemble des voitures autonomes de New York, juste pour foutre le bordel et permettre à Dom de récupérer toujours un truc qui pourrait mettre le monde en péril. La scène pourrait être intéressante, mais c'est mal gaulé, il pleut des voitures, il y en a trop, la suspension de crédibilité ne marche plus, l'incrustation des voitures qui roulent toutes seules est loupée, on a l'impression d'assister à un concept plus qu'à une scène réelle, on s'ennuie. Pareil avec les sous-marin. Je ne sais pas où ça a été tourné, mais la Sibérie post-soviétique paraît irréelle, comme si on était dans un de ces horribles multivers alternatifs que l'on voit dans les films Marvel. Le sous-marin qui sort des glaces sonne faux, Letty qui parvient à stabiliser sa voiture sur de la glace en train d'être brisée, cela sonne faux, surtout que toutes les voitures des méchants y passent. La petite équipe de Dom qui vient le protéger in extremis de l'explosion du sous-marin en formant un rempart avec leurs voitures, ça sonne faux aussi. Tout est moche, loupé, sans intérêt. Pourtant cette chose rapportera 1,2 milliards de dollars, j'ai du mal à comprendre.

A la fin, c'est barbecue sur un rooftop à New York. On boit de la Corona. Dom décide d'appeler son fils Brian. Oui, parce que sa mère Elena (tuée par Cipher au fait) ne lui avait pas donné de premier prénom pour que son papa puisse lui en choisir un lui-même. Le dévouement des femmes envers leurs hommes dans ces films est incroyable. Le père de ton fils s'en va pour retrouver sa première greluche qui a retrouvé la mémoire, et toi, tu restes plein d'admiration pour lui, et tu fais exprès de ne pas donner de premier prénom à ton fils pendant des mois, pour que son paternel puisse lui en donner un, si un jour il le souhaite. Incroyable. Michelle Rodriguez a plusieurs fois critiqué la place et le rôle des femmes dans la franchise, et menacé de quitté la série. Même si toutes les femmes de la série ont des rôles de femmes d'action assez développés pour le côté action, il faut bien avouer qu'elles sont rarement moteur de ladite action, et toujours dans le sillage des mâles alpha. Mais c'est pas grave, plus que trois films à tirer, après on pourra parler d'autre chose.


mercredi 12 novembre 2025

Fast and Furious 7




2015
James Waan
Avec : toujours les mêmes, rejoints par Kurt Russel, Jason Statham et Nathalie Emmanuel


Justin Lin jette l'éponge, jugeant sans doute avoir bouclé la boucle avec la mort de Han à la fin du sixième épisode. Il refile le bébé à James Waan qui signera l'opus le plus profitable de la série, récoltant la rondelette somme de 1,5 milliard de dollars au box office mondial, soit excusez du peu, le double de Fast and Furious 6. On pourrait penser que ce résultat exceptionnel est dû à la morbidité du public, curieux de voir comment les scénaristes allaient gérer la mort - réelle - de Paul Walker, mais Fast and Furious 8 récoltera 1,2 milliard de dollars, invalidant largement cette théorie. 

Car oui, Paul Walker est mort d'un accident de voiture alors que le tournage n'était pas terminé, ce qui est bien sûr ironique à plus d'un titre. Cette mort réelle, est télescopée par la mort scénaristique de Han (Sung Kang) et j'avais souvenir d'une affiche légèrement abjecte montrant les membre de la "famille" de Dom à un enterrement, jouant sur la confusion entre la mort factice de l'un et la mort réelle de l'autre. Mais je ne retrouve pas cette affiche, donc il faut croire que j'ai rêvé, ou qu'il s'agissait d'un fake.

Quoi qu'il en soit, il s'agit donc du dernier épisode où l'on verra Brian (Paul Walker) puisqu'il ne saurait être question ici d'une résurrection bidon. Encore que, est-ce que Fast and Furious ne sera pas la première franchise au monde à faire revenir un acteur majeur en version numérique? Après le rajeunissement de Harrison Ford dans le dernier Indiana Jones, les incrustations furtives dans certains Star Wars, on sent bien qu'il y a juste un dernier petit bout de rempart, un vestige de morale désuète qui empêche nos producteurs chéris de faire revenir une star décédée pour un premier rôle . Quand les fan fictions générées par IA déferleront sur les réseaux, ces derniers verrous sauteront illico presto. En attendant, le Brian de Fast and Furious prend une retraite bien méritée avec la naissance à venir de son deuxième enfant. Les scènes finales qui devraient respirer le bonheur ont pourtant tout d'un éloge funèbre. Message caché : démarrer une vie de famille, c'est commencer à mourir, c'est tellement mieux de jouer au caïd et de continuer à faire des burns sur un parking...

Pour le scénario, on est passé d'un film de casse potable (Fast and Furious 5), à une film de style Mission Impossible délirant (Fast and Furious 6) jusqu'à ce fatras impressionnant de scènes d'actions toutes plus débiles les unes que les autres dans Fast and Furious 7. C'est peut-être ça finalement qui a tellement attiré les foules. Plus une once de vraisemblance, une suspension de crédibilité permanente, un épuisement de l'esprit critique par le trop plein, le bruit, la fatigue oculaire.  Encore, les bagnoles qui sautent d'un avion, il me semble que ça avait déjà été fait (Terminal Velocity, 1994, Natassja Kinski), mais la bagnole qui saute d'un gratte-ciel à l'autre, je ne crois pas, et Vin Diesel qui parvient avec sa voiture à aller plus vite qu'un parking qui s'effondre tout en projetant sa voiture contre un hélicoptère, en lui balançant un sac de grenades le tout sans mourir, je ne crois pas non plus. N'oublions pas Dwayne "the Rock" Johnson qui casse son plâtre avec ses biscottos avant de défoncer un drône avec une ambulance, puis de canarder ledit hélicoptère avec une mitrailleuse qui fait deux fois sa taille, portée à bout de bras. Schwarzie avec sa sulfateuse dans Terminator ferait presque pitié. Jason Statham également, avec sa détermination à paraître implacable, indestructible, robotique, hyper puissant, en fait tellement trop qu'il en devient comique. Et Jason Statham étant Jason Statham, on se doute bien que celui-ci ne devrait pas rester méchant trop longtemps. On note également l'arrivée de ce bon vieux Kurt Russel, deus ex-machina, venu sauver Dom de la mort au meilleur moment, et qui donne crédit illimité à son équipe pour foutre le bordel absolument partout sur la planète. A partir de là, on n'a plus besoin de savoir d'où viennent toutes les bagnoles et toutes les armes qu'ils démolissent au cours des films à venir, ce n'est jamais plus un problème. C'est également la première apparition de Ramsey (Nathalie Emmanuel), qui joue une hackeuse. Les hackeurs dans ces films sont des êtres surnaturels capables de tout détourner, tout pirater, tout déverrouiller avec une connexion 56k intermittente, dans une bagnole poursuivie par des centaines de bagnoles de méchants. Bref, il s'agit encore ici de récupérer une invention diabolique, l'œil de Dieu, qui espionne tout et tout le monde à la fois, et qui bien sûr ne doit pas tomber entre de mauvaises mains, les bonnes mains étant bien sûr américaines. Heureusement, Roman (Tyrese Gibson) est là pour apporter un peu de distance ironique au film quand il demande s'il peut s'en servir vite fait pour checker ses mails. Nathalie Emmanuel, belle comme une voiture de course, fait tout son possible pour ne pas paraître trop bombasse nunuche dans sa nouvelle famille d'adoption. On la gratifie quand même d'une sortie de l'eau en bikini façon James Bond girl, mais il me semble que c'est la dernière fois qu'elle sera sexualisée de la sorte dans la franchise. Je ne manquerai pas de corriger si je me trompe. Enfin, on revoit avec plaisir Lucas Black de retour à la fois par des images reprises de Fast and Furious : Tokyo Drift et dans de nouvelles scènes se passant immédiatement après. Entre les deux scènes, Lucas Black a pris 9 ans, et ça, curieusement, ça choquerait limite plus que toutes les cascades débiles qu'on se tape pendant les interminables 137 minutes de cet épuisant opus.