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samedi 20 février 2010

Deux croix pour un implacable


Due croci a Danger Pass
Rafael Romero Marchent
1967
Avec:
Peter Martell

Ha ha ha! Moi de toute façon, un spagh qui commence avec la chanson langoureuse d'une voix de bellâtre qui hurle le désespoir humain, ce n'est plus la peine de me parler, je suis déjà parti, les yeux hypnotisés par le générique dessiné avec les croix de partout et les revolver qui crachent. Ensuite vous pouvez me mettre tous les défauts du monde, un dialogue incompréhensible dans une prison, une torche qui enflamme une maison aussi vite qu'une flaque d'essence, un quaker qui assomme un implacable d'un seul coup de poing (alors que celui-ci venait de se maraver grave avec le fils du tyran local), sans oublier bien sûr un nombre incalculable de types qui tombent des toits en faisant haaa comme des gamins, et bien c'est trop tard, rien ne viendra altérer l'inénarrable bonheur qui m'envahit alors.

Le scénario est des plus basique. Un garçon voit ses parents massacrés, sa sœur emmenée en quasi esclavage par le puissant du coin. L'enfant grandit, il revient au bercail pour nettoyer tout ça, avec l'aide d'un fermier sympa et d'un horticulteur rigolo (tiens non?). Rien que ça, de toute façon, ça me suffirait, une fratrie démantelée d'un coté, une dynastie despotique de l'autre, une haine sans limite d'un coté, une méchanceté sans borne de l'autre. C’est la base quoi. Les scénaristes nous rajoutent pourtant quelques subtilités bien senties, comme ce sous-texte sur la vengeance qui n’appelle que la violence, mis en exergue par le regard haineux et soudain incrédule de Peter Martell à la toute fin du film (oui, je spoile). Le héros, loin d’être le pistolero taciturne habituel, n’est finalement qu’une bête stupide qui passe sont temps à se jeter dans la gueule du loup et qui ne doit son salut qu’au jeune Quaker (Luis Gaspar) apôtre de la non violence. Et bien pour le coup, ça nous change des vengeurs froids et méticuleux qui épluchent consciencieusement le casting des seconds rôles.
Rafael Romero Marchent est le frère du réputé Joaquin Romero Marchent (Condenados a Vivir). Sa réalisation est honnête et solide, dépourvue de génie mais dotée de moments de fulgurence mélodramatique qui mériteraient de figurer dans le best of du genre. Ainsi le meurtre inaugural de la familia a réussi à me mettre les larmes aux yeux, moi qui ait déjà supporté virtuellement tant de familles massacrées dans le petit monde odieux du western latin, et malgré les défauts habituels du genre (en particulier le doublage) ! Faut dire que pour m’aider il y a une très bonne musique de Francesco De Masi avec des trompettes lugubres à souhait. Peter Martell est très bien, et les deux seconds rôles féminins font mouche, la sœur du héros d’abord (Mara Cruz) avec sa cicatrice ténue, mais bien présente et qui hurle soudain sa haine cataclysmique, et la blonde sœur du méchant ensuite (Dianik Zurakowska) roulant les larmes de l’innocence soudain perdue. Mario Novelli est le méchant au fouet, pas si caricatural qu’à l’accoutumée, il est beau, il tient parfaitement son rôle ! Le carnage final manque un peu d’à propos mais il faut bien finir sur une rue parsemée de cadavres. En résumé, un bon petit spagh pour les amateurs du genre, dont les magnifiques accents grandiloquents et le scénario de tragédie familiale exacerbée suffisent à masquer les évidentes faiblesses.

Où le voir : DVD SNC M6 avec VF et VI. La jaquette « Fluide Glacial » de Thierry Robin tient le coup visuellement, et finalement je commence à m’attacher à ces drôles de jaquettes, qui passeraient beaucoup mieux sans les imbéciles logos « Italian Flavour » et « 100% western spaghetti ». La qualité de l’image est correcte au niveau de la définition, complètement loupée au niveau de l’étalonnage. On a bien un bon premier tiers du film qui manque totalement de luminosité comme si tout le film se passait en nuit américaine. Mais à la limite, cela étoffe le propos en rappelant ces quelques secondes d’obscurité avant la mort du Christ ou un truc du genre, ces bricoleurs de SNC/M6 ont sans le vouloir élevé la qualité intrinsèque de l’œuvre !

jeudi 1 octobre 2009

Le dernier des salauds


Il pistolero dell’Ave Maria
Ferdinando Baldi
1969

Avec : Leonard Mann, Peter Martell

« A quoi penses-tu ? » - On vient de voir un gros plan sur les yeux de Sebastian (Leonard Mann), suivi d’un gros plan sur des cloches qui tintent, suivi d’un re-gros plan sur les yeux fixes de Sebastian, saupoudrée de la musique ad-hoc, la scène est assez belle et commence à bien fonctionner, car on comprend fissa que le Sebastian, il lui est arrivé des trucs méchants dans sa jeunesse. C’est outré et c’est tant mieux ! C’est pompé sur Leone et c’est re-tant mieux ! Et puis Rafael (Peter Martell) gâche tout d’un nanardesque « A quoi penses-tu ?» auquel Sebastian répond d’un également nanardesque et renfrogné « Rien », histoire de détruire par le verbe inepte ce que la force des images ampoulées avaient si bien commencé à faire passer. C’est le propre du genre, capable de nous transporter bien haut à l’aide de trucs opératiques frissonnants, pour nous faire retomber la seconde d’après avec du mauvais cinéma, comme lorsque Anna (Luciana Paluzzi) tente d’en coller une au vil Tomas (Alberto de Mendoza) et que celui-ci lui bloque le bras et lui rétorque un puéril « Attention Anna, je te préviens, ne recommence jamais ça, sans ça… », ou encore lorsque Rafael fait semblant d’être mort et se relève tout joyeux en interpellant ses poursuivants avant de les descendre, comme s’il leur faisait une bonne farce.
Heureusement, Ferdinando Baldi nous en donne peu, de ce mauvais cinéma là dans ce tragique western spaghetti, tragique au sens antique grec, puisque ce film reprend assez lisiblement la trame de l’Orestie. Et il compense ces défauts par un sens du pathos bien appuyé sans frôler le ridicule. Tout le monde s’agite, tout le monde se hait. Ceux qui aiment, aiment la mauvaise personne, le carnage peut commencer, le feu purifiera tout.
Il ne manque vraiment pas grand-chose à ce film pour être un petit bijou parfait, il manque principalement deux comédiens qui sachent porter tout le poids de leurs destins brisés sur leurs épaules. A la rigueur, Peter Martell est capable d’une certaine expressivité, mais beaucoup trop désinvolte pour un mec qui s’est fait émasculer et qui est amoureux pour toujours d’Isabel qu’il ne pourra jamais avoir. En un seul regard résigné, Luciano Rossi, qui joue lui le mari officiel – mais chaste – de la belle Isabel, parvient à créer plus de profondeur et de sensibilité à son personnage que le pauvre Martell en 1h30 de pellicule. Mais Baldi est là pour compenser, une belle scène de beuverie désabusée, avec une danseuse inatteignable qui joue de la guibolle derrière lui, une musique mélancolique, et le tour est joué, on y croit, on est dedans, le personnage est raccord.
Isabel, c’est la belle Pilar Velasquez, et elle aussi, parvient avec relativement peu de temps d’antenne à composer un personnage extrêmement riche, qui va de l’innocente vierge asexuée, emplie de haine envers sa mère à la femme qui craque et qui sombre dans la folie à l’heurt des révélations en passant par la garce soudainement affriolante lorsqu’elle joue la maitresse du vil Tomas. Tous les autres seconds rôles sont impeccables, Luciana Paluzzi, rongée par le remord, Alberto de Mendoza, vil sans loi et bien sûr Piero Lulli, vicieux et méchant comme on l’attend.
Reste alors le cas Leonard Mann, fluet, l’air timide, les yeux doux, qui a bien du mal à se faire passer pour le ténébreux Sebastian, c'est-à-dire le gars arraché à sa mère, dont le père a été tué, élevé par sa vieille nourrice. Il devrait être inflexible, il est transparent, il devrait suer la haine, il est calme, il devrait inspirer la passion au spectateur, le spectateur n’est toujours pas bien sûr que c’est lui le héros après trois quarts d’heure de film! Une telle erreur de casting, associée avec la demi-erreur constituée par Peter Martell, alors que tout le reste est impeccable, c’est vraiment dommage.
Là aussi, Ferdinando Baldi compense. Il plaque la belle musique de Roberto Pregadio à chaque fois qu’il le peut, il filme ses magnifiques décors, riches et colorés, à foison, étale son budget, segmente la violence et fait monter la sauce avec brio. Comme l’indique Jean-François Giré, ce western là est le western latin par excellence, la musique, le décor baroque, le rôle des femmes, les figurants, les thèmes, les prénoms, le scénario antédiluvien, tout transpire la latinité. Adieu veaux, vaches, frontière, civilisation en marche, idéologie, ce western là n’a plus rien du vrai western, et c’est tant mieux.

Le DVD français : très bonne qualité d’image. VF seulement, et c’est dommage, les quelques dialogues nanardesques passent peut-être mieux en italien. L’arrière de la jaquette n’a rien à voir avec le film, bravo les gars ! Il paraît qu’il manque quelques scènes, dont un ultime flashback final et une scène avec Piero Lulli, mais sans que cela nuise trop au film.


Capture: Shobary

lundi 2 juillet 2007

Ciakmull, le batârd de Dodge City



Critique courte pour un western spaghetti dont le titre fait craindre le pire.

1969
Ciakmull, l'uomo della vendetta
Enzo Barboni

Avec : Leonard Mann, Peter Martell, Woody Strode, George Eastman

Ciakmull (Leonard Mann) regarde hagard, sa prison brûler pendant que les autres prisonniers épouvantés courent partout. Ciakmull est amnésique, il ne se souvient pas de sa famille ni de son passé. Il se secoue un peu avant de se transformer en torche humaine et finit par s’évader en compagnie de trois malfrats. Ces trois là (Peter Martell, Woody Strode, George Eastman) deviendront ses seuls vrais amis parce que laver son linge sale en famille quand on est amnésique, ce n’est jamais une partie de plaisir.
Les spagh se suivent et se ressemblent. Une bande de 4 ou 5 héros selon les cas, une musique enjouée, des noms de personnage exotiques, des tenues vestimentaires hétéroclites, des intrigues oedipiennes qui feraient passer Shakespeare pour Martine à l’école. Ici c’est tellement tordu et savoureux qu’il vaut mieux ne pas dévoiler le nœud familial agrémenté de conflit à la Rodos/Baxter pour laisser toutes ses chances au film. Parce que pour le reste, c’est du classique en ce qui concerne la mise en scène et l’interprétation. Leonard Mann est bon, sans plus, mais sa redingote est vraiment nickelle, crasseuse comme il faut, un poil sinistre comme on aime. Peter Martell est un peu moins ténébreux (c’est pas lui le héros) et il a une belle prestance, une belle intelligence dans le regard. Woody Strode est un peu sous-employé, mais il a un magnifique final, repris bien plus tard dans Keoma si je ne m’abuse docteur. Même George Eastman est bon quand il recherche l’or dans la cave (oui il y a aussi une histoire de banque dévalisée…), mais son poncho ne sied pas à merveille à sa grande taille. Enzo Barboni qui connaîtra plus tard la gloire en tournant la série des Trinita réalise ici un film sérieux qui se suit avec plaisir, avec de nombreuses péripéties secondaires qui s’intègrent parfaitement à l’action (les chasseurs de prime, le massacre des hommes de main), un budget honnête (on voit beaucoup de figurants et de matériel dans la ville de Dodge City) et surtout un pessimisme à toute épreuve, principale clé de voûte de cette petite production sincère et moins nanardesque que le titre ne laisse présager. On note également la belle utilisation, symptomatique du genre, des espaces naturels et du climat : la forêt, le froid, la boue, quelques scènes délicieusement incongrues comme la prestation de Woody Strode à l’orgue et un passage obligé chez Barboni : une belle castagne dans un saloon. Sans oublier de très gros plans sur les percuteurs et canons des armes en action. Tout est dit, il est inutile d’en rajouter des louches, l’amateur sera ravi, le puriste américain retournera maugréer dans son coin, le fan de Lorie ne saura point de quoi il retourne. C’est du solide, sans éclat particulier et sans faux col !

Où le voir : Il n’existe pas de DVD zone 2 de ce film, mais on peut trouver des vieilles VHS avec son détérioré, image recadrée et couleurs passées, comme le montre cette jaquette trouvée sur PriceMinister. Vu la rapidité des éditeurs français pour sortir des westerns spaghetti en DVD (comparé à nos voisins allemands), il faudra peut-être s’en contenter un petit bout de temps !