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jeudi 18 janvier 2024

L'Or de MacKenna


 MacKenna's gold

1968

Jack Lee Thompson

Avec: Gregory Peck, Omar Shariff, Eli Wallach, Telly Savalas

Gregory Peck se retrouve un peu malgré lui dépositaire d'une carte au trésor, et bien sûr, toute une troupe de gens pas très honnêtes vont se mettre à la recherche dudit trésor, comme dans un spagh de routine. Sauf que là, ils sont vraiment nombreux. Outre un Omar Sharif en grande forme, sa bande hétéroclite incluant Ted Cassidy en Apache patibulaire, on trouve Eli Wallach qui malheureusement ne tient pas dans ce film le rôle de sa vie, le chauve Telly Savalas en chef pas très honnête de la cavalerie, une indienne (Julie Newmar) qui se bat à oilpé sous l'eau, une blonde qui reste habillée (Camilla Sparv), un prêcheur, un épicier, un anglais et un vieillard aux yeux jadis brûlés par les Apaches. Ah oui, et des Apaches bien sûr, plein d'Apaches toujours là au mauvais moment.


Julie Newmar


On a du mal à suivre, mais ce n'est pas trop grave, car la plupart de ces gens meurent assez rapidement pour cause de dépassement de budget. Le film lorgne beaucoup vers le film d'aventures. On a droit à une descente en rapides, des chevauchées en accéléré, un pont de corde, une entrée de vallée indiquée par l'ombre d'un pic au lever du soleil et un tremblement de terre final qui a très mal vieilli mais qui devait produire son effet à l'époque. Rien de bien passionnant, la morale est sauve, le destin a fait que la montagne d'or ne profitera à personne. Mais signe des temps tout de même, les deux survivants finissent avec une sacoche pleine d'or sans même être au courant. 
Gregory Peck est tout de même assez fade, bien propret et bien sapé. Clint Eastwood avait été pressenti pour le rôle, et le film aurait sans doute une aura différente aujourd'hui. La musique est signée Quincy Jones, mais je ne l'ai pas trouvée particulièrement marquante. Si vous switchez de la VO à la VF, vous noterez que la chanson du générique est chantée par Johnny Halliday, mais de mon point de vue, ce n'est pas vraiment un atout supplémentaire au film. 


Gregory Peck

Au final, le véritable atout du film, ce sont ses décors. Tourné aux Etats-Unis et non pas en Espagne comme c'était souvent le cas pour les westerns américains à l'époque, la scène d'introduction est une merveille, d'autant que la version diffusée par Arte a été bien restaurée. Tout le reste du film est parsemé de vues magnifiques sur des lieux emblématiques de l'Arizona et de l'Utah, dont la fameuse Monument Valley, qui donnent envie de prendre un vol direct sur un Boeing malgré les risques. A noter tout de même que selon Allociné, "le lieu central du film, le fameux Canyon del Oro, fut acheté pour les besoins du film. Cette démarche était nécessaire dans la mesure où celui-ci, d'ailleurs déjà classé comme zone à risque, fut réduit en poussière pour les besoins de la fin du film." Ce serait donc pour cela, que dans la profusion de gros plans assez datés du tremblement de terre final, certains plans d'ensemble sont tout à fait réalistes et ne semblent vraiment pas être des maquettes. Il semble incroyable avec nos yeux d'aujourd'hui qu'on ait pu détruire un lieu aussi magnifique pour un film qui n'a pas vraiment fait date dans l'histoire du cinéma.





mercredi 27 janvier 2021

Les Chasseurs de Scalps


 

1969 

Sydney Pollack 

Avec: Burt Lancaster, Ossie Davis, Telly Savalas 

Ce qui faisait le sel de ce film à l'époque, (et encore il y a une trentaine d'années quand je l'ai découvert) c'était la rupture avec les conventions habituelles du western (Burt Lancaster énaurme dans son contre-emploi), le côté iconoclaste de l'ensemble faisant souffler un petit vent de folie grisant (largement porté par Telly Savalas) et décoiffant. Une prise de position à la fois plus adulte et moins théâtrale pouvait faire croire au spectateur qu'on ne se moquait plus de lui, et qu'enfin on arrêtait de lui servir le mythe du héros de l'ouest tantôt droit et valeureux, tantôt abject mais romantique, pour ne montrer par le biais de l'humour que des hommes assez grossiers versus des hommes plus cultivés, renversant au passage leurs clichés respectifs (ie le kebla (Ossie Davis) et les natives sont finalement les plus finauds et respectables), le tout emballé, du coup, dans une critique anti-raciste bienvenue (si). 

 

Aujourd'hui, si j'ai encore été sensible au jeu des acteurs et à la qualité de l'ensemble (et pis une image restaurée ça aide aussi), si certaines trouvailles, telle cette bagarre sans vainqueur final où la boue empêche de distinguer le blanc du noir, ont encore réussi à m'épater, je trouve que le motif global de la fable est devenu lourdingue et pataud, que le manque de rythme rend parfois les ficelles un peu grossières (au point d'avoir l'impression parfois, qu'on se moque de moi), et que le film désormais défonce des portes qui ont été largement ouvertes depuis bien longtemps. On sait où on nous emmène, sauf qu'on a vu tellement de films qui mettent des coups de pied dans les conventions du western, et parmi ceux-là tellement de chefs-d’œuvre, que là, pour le coup, on a du mal à vraiment accrocher. 

 Mais sinon c'est bien...

 

 Photo: Western Movies

samedi 24 octobre 2020

Cinq cartes à abattre


 

 

1968

Henry Hathaway 

Avec: Dean Martin, Robert Mitchum

Des joueurs de poker attablés s'adonnent tranquillement à leur passion, quand soudain, c'est le drame, l'un d'eux est surpris à tricher. Dans Lucky Luke, le malfrat aurait été recouvert de goudron et de plumes, mais ici il se fait pendre haut et court. Le héros de notre histoire, joueur de poker professionnel interprété par Dean Martin, tente bien de s'interposer, mais échoue à empêcher la mort du malheureux. Cette triste histoire semble bien vite oubliée dans les jours qui suivent, la vie reprend ses droits, un nouveau pasteur (Robert Mitchum) arrive en ville. Mais voilà qu'un mystérieux tueur assassine les joueurs impliqués dans le lynchage les uns après les autres.

Cinéaste assez peu réputé, ou en tout cas jugé assez quelconque comparé aux maîtres Ford et Hawk, Hathaway signe ici un petit film efficace, bien qu'assez poussif. Efficace dans le déroulement sans accroc d'une intrigue très typée roman policier, avec sa litanie de meurtres successifs inexpliqués qui peu à peu font monter l'angoisse au sein de la population de la ville. Les soupçons permanents, les inquiétudes des participants au lynchage, les bagarres entre survivants et la personnalité trouble du nouveau pasteur parviennent à forger une atmosphère à la fois oppressante et excitante de part le mystère de l'identité du tueur. Et ce, même si les moins futés des spectateurs auront rapidement compris qui est le tueur. Consciente de cette faiblesse, la scénariste prend le parti de révéler l'identité de l'assassin bien avant la fin, tout en réservant une surprise sur le rôle pervers de l'un des auteurs du lynchage initial. On y trouvera même une ébauche de réflexion sur la vengeance avec un grand V, ce thème récurrent du western, qui est ici questionnée, non pas sur sa moralité, mais sur son efficacité et sa légitimité dès lors que le vengeur risque de se tromper et d'envoyer des innocents ad patres. La figure du vengeur, si souvent justifiée et valeureuse dans la grammaire westernienne, devient ici un ange noir et aveugle.

Malgré ces qualités, le film reste poussif, tourné à l'ancienne et sans éclat particulier (on est quand même en 1968, on aurait apprécié un peu plus d'audace formelle dans ce qui donne plus l'impression d'être un épisode d'une série télé des années 50). Si on apprécie de voir un acteur noir (Yaphet Kotto) jouer un rôle positif et relativement bien écrit, je dois avouer être complètement passé à côté des rôles féminins, baillant plus qu'à mon tour à chaque fois qu'elles apparaissent. Inger Stevens m'avait déjà été passablement insupportable dans Pendez-les hauts et courts et je n'ai pas du tout été touché par le choix de vie qui s'offre à notre héros entre la mère maquerelle, jouée donc par Inger Stevens, et la mimi petite brune bien sous tout rapport jouée par Katherine Justice. Dean Martin choisira-t-il une femme de mauvaise vie, conforme à son rang de joueur de poker professionnel, ou choisira-t-il la respectabilité d'une nouvelle vie honorable et un peu plan plan? A vrai dire, on s'en fout un peu, les échanges verbaux entre ces trois là parasitent totalement l'intrigue policière en cours. La confrontation Dean Martin versus Robert Mitchum, parfait en pasteur inquiétant, est bien plus intéressante.

 Au final, un western que je ne conseillerais certainement pas à quelqu'un qui voudrait s'initier au genre, mais qui ravira certainement les nostalgiques d'un certain cinéma d'antan qui voudraient s'occuper un dimanche pluvieux, sous un plaid, avec un bon grog entre les mains.

Capture: western movies     

dimanche 4 octobre 2020

Comanche Station

 


1960

Budd Boetticher

Avec: Randolph Scott, Nancy Gates, Claude Akins, Skip Homeier

 

Ce petit western de série B est le dernier d'une collaboration de sept films entre le réalisateur Budd Boetticher et l'acteur Randolph Scott, collaboration dont la renommée n'a fait que s'accroître avec les ans dans le cœur des fans de western. Ces films, si l'on en croit Wikipedia, se hissent à la hauteur des films de John Ford et d'Anthony Mann et sont de véritables petits bijoux cinématographiques.

Fort de cette réputation, il peut être tentant, à la vision de ce film, de pousser un "bruh" de déception comme le fait mon ado de fils quand il découvre qu'il y a du chou-fleur au dîner. Il faut bien le dire, on est loin de La Prisonnière du désert de John Ford ou de L'homme de l'Ouest d'Anthony Mann, pour ne citer que deux chefs-d’œuvre qui se rapprochent plus ou moins, par certaines thématiques développées, de ce Comanche StationBudd Boetticher n'a en effet pas la même ambition, pas le même cahier des charges et ne peut se payer ni John Wayne, ni Gary Cooper. Pourtant c'est justement de cette sécheresse de moyen et de son format ramassé que naît l'intérêt de son film. Budd Boetticher et son scénariste Burt Kennedy visent l'efficacité narrative et la simplicité avant tout.

Le premier thème est celui de la femme blanche enlevée par les Indiens. Celle-ci, jouée par Nancy Gates, est échangée par Jefferson Cody (Randolph Scott) contre quelques couvertures et une Winchester. Pleine de gratitude pour son sauveur, la femme échange quelques mots avec lui sur son avenir. Son mari voudra-t-il toujours d'elle? On admire toujours cette manière de dire les choses dans les films de cette époque sans les expliciter totalement. En gros, son mari risquait-il d'infliger à sa femme une double peine, à savoir la répudier, sachant qu'elle avait été très probablement violée par une partie de la tribu? Moins élaborée et tranchée que dans La Prisonnière du désert qui pointe plutôt le risque d'acculturation totale de ces femmes, dès lors qu'elles passaient plusieurs années loin de la civilisation blanche, la thématique prend une autre ampleur lorsqu'on découvre que le personnage interprété par Randolph Scott n'a pas délivré la femme pour toucher la récompense de 5000 dollars promise par son mari à qui la lui ramènerait, mais parce qu'il est lui même à la recherche de sa femme enlevée par les indiens voilà 10 ans. Ainsi, découvre-t-on que notre héros est un de ces fantômes errants, parcourant sans relâche les vastes plaines à la recherche d'une chimère, une femme très probablement morte, mais bien qu'il en soit parfaitement conscient, il ne peut s'empêcher de la chercher, probablement jusqu'à sa propre mort. Tout cela n'est pas détaillé dans le temps très court que dure le film, mais transparaît parfaitement dans le visage buriné et figé de Randolph Scott. Évidemment, on n'atteint pas la force et la finesse des sentiments ambivalents d'un Ethan Edwards joué par John Wayne dans La Prisonnière du Désert, mais on dépasse tout de même en émotion la série B lambda tournée à la chaine.


 

La deuxième thématique, qui m'a rappelée L'Homme de l'Ouest d'Anthony Mann, est celle d'un couple forcé de cohabiter avec des gens mal intentionnés. Après l'échange inaugural, Jefferson Cody et sa protégée sont rejoints par trois bandits plutôt patibulaires. Le chef de la bande fomente rapidement le plan de se débarrasser de Jefferson Cody pour toucher la prime de 5000 dollars à sa place. Et comme la femme risquerait de témoigner contre eux, il prévoit également de supprimer la femme, puisque le mari offre 5000 dollars même si on lui ramène sa femme morte. La tension monte rapidement dans le petit groupe qui doit d'abord réussir à retourner à la civilisation sans se faire éliminer par les indiens qui rodent. Pas de scène de strip tease forcé ici comme dans L'Homme de l'Ouest, mais de nombreuses remarques du chef des bandits sur la beauté de la femme, sur la lâcheté de son mari qui préfère offrir une récompense plutôt que de partir à sa recherche lui-même, sur le fait qu'elle lui donne envie de se poser et de fonder une famille. "C'est une sacré épreuve de devoir choisir entre 5000$ et vous" dit-il presque menaçant. Mais on n'est qu'au début des années 60. Les méchants à cette époque, savent se tenir et ne sont pas encore les psychopathes à sens unique toujours plus sadiques des films d'aujourd'hui. L'un des bandits exprime même ses doutes et son désir de revenir sur le droit chemin. Le chef lui-même sauvera le héros d'un mauvais pas lors d'une attaque d'indiens. La psychologie de l'ensemble du casting en sort renforcé, et en 74 minutes, le film dresse le portrait d'un groupe humain bien plus riche que certains films ne parviennent à le faire en 2h40 aujourd'hui.

Et quand, après une explication finale qui cette fois ne sort pas des sentiers balisés de la série B pan pan dans les rochers, la scène finale tout à fait inattendue viendra également souligner la force morale de cette femme qui n'a jamais cherché à défendre son mari en expliquant pourquoi il préfère payer 5000$ pour qu'on lui ramène sa femme plutôt que d'aller la chercher lui même, on se dit qu'effectivement, ce petit film vaut beaucoup plus que le simple qualificatif de Série B qu'on est tenté de lui accoler de prime abord.


 

Captures: https://forum.westernmovies.fr

 

 

 





mercredi 14 mars 2018

Joe l'implacable



1967
Joe l'implacabile
Antonio Margheriti
Avec : Rik Van Nutter, Halina Zalewska, Mercedes Castro

Antonio Margheriti est le réalisateur du correct Avec Django la mort est là (et son titre français idiot) et de l'excellent Et le vent apporta la violence avec Klaus Kinsky. On est loin, très loin de la réussite de ces deux œuvres avec Joe l'implacable. Le héros est un blondin argenté totalement inconnu, totalement fadasse, largement pire que Richard Harisson qui devient pour le coup une sorte de Daniel Day Lewis en comparaison. La réalisation est sans génie, sans recherche particulière, pas de cadrage tarabiscoté, pas d'utilisation particulièrement intéressante des décors espagnols. Le scénario tourne comme d'habitude autour d'une histoire d'or convoité par le plus grand nombre, avec des péripéties en veux-tu en voilà et des retournements de situation à n'en plus finir. J'avoue, à un moment, j'ai arrêté de suivre. Il y a des femmes aussi, au milieu de tout ça, un comparse comique et beaucoup d'explosions.
Car la grande originalité du film tient en ce que son héros préfère largement l'usage de la dynamite à l'usage des révolvers. Toujours habillé avec soin, le pli impeccable, il est une sorte de James Bond qui s'en sort toujours en faisant sauter ses adversaires au moment où l'on s'y attend le moins. L'explosion laisse à chaque fois en grand trou dans lequel ne reste qu'un chapeau ou une botte. C'est ce genre de petits détails finalement qui fait la saveur du film. On est là dans le western comédie, sans prise de tête, sans ambition artistique. Curieusement, quelque part au milieu du film, Joe fait sauter une montagne entière, suivie d'une inondation cataclysmique qui fout en l'air une partie des décors du film. Bien que cette scène ne fasse plus illusion aujourd'hui, il faut quand même reconnaitre que le tout est bien maitrisé et reste relativement spectaculaire. De même, toutes les soirées mondaines dans l'aristocratie locale étonnent par la richesse des décors et de la figuration (on pourrait se croire à certains moments dans Le Guépard), en totale opposition avec l'aridité et le dénuement habituel des canyons arides d'Almeria. Une relative profusion de moyens donc, pour un film banal, sans âme, sans grand intérêt, mais qui saura satisfaire les plus accros au genre.

Capture: http://blog.dvdpascher.net

lundi 12 mars 2018

Un train pour Durango



Un treno per Durango
Mario Caiano
1968


Un train pour Durango est un de ces westerns zapata qui n'a pas encore totalement basculé dans la parodie la plus pure de la fin du genre, mais qui est déjà très loin des chevauchées taciturnes des grands héros meurtris des spagh classiques des années 65-67. C’est un représentant du genre relativement médiocre, sans toutefois réussir à être totalement mauvais ou déplaisant. 
Au crédit du film on trouve déjà une certaine ambition de moyens, un soin de réalisation assez évident et une bonne tenue générale qui sauve le film de justesse. Il faut dire qu’il y a du beau monde à apporter sa touche à cette sympathique course au trésor : Mario Caiano, Enzo Barboni, à la réalisation et à la photographie, Anthony Steffen, Enrico Maria Salerno, Mark Damon, José Bódalo, Roberto Camardiel et Aldo Sambrell à la distribution, une palanquée de noms qui nous emmènent, sinon sur les terres d'un chef d'oeuvre, au moins en terrain connu, balisé et rassurant. Quelques blagues tournant la Révolution en dérision font mouche, par exemple sur la propension à promouvoir à peu près n’importe qui au grade de général ou de colonel. « Le colonel sera content de toi ! » « Lequel ? ». 
Quelques moments comiques dans le train semblent issues d’une veine chaplinesque assumée (Enrico Maria Salerno qui vole de la nourriture dans le train, la séquence de destruction du coffre au canon), certaines séquences distillent une étrangeté et un cynisme assez savoureux (le jeu macabre avec le revolver autour d'une table, les deux chefs de bande qui s'entretuent et qui réalisent qu'ils se sont fait avoir), d’autres lieux communs du western zapata, enfin - l’automobile, les soldats qui se font décimer - feront plaisir aux aficionados du genre dont je fais partie.
Ce qui fonctionne moins bien, c’est l’humour poussif et prévisible de situations comiques dont on devine la chute des kilomètres à l’avance. Qui n’a pas vu venir que nos deux lascars allaient se faire totalement dépouiller par le vendeur de billets avant de monter dans le train ? Qui n’a pas étouffé un bâillement devant le manège des peones qui baladent nos deux héros d’indic en indic ? Qui n'a pas ressenti une impression de déjà vu à chaque fois que Mark Damon apparaît de nulle part pour retourner la situation? Et qui n’avait pas deviné que la femme (Dominique Boschero) était plus intéressée par l’or que par n’importe quel mâle qui lui tourne autour ? ET surtout, au-delà de ça, le duo principal censé porter le film est légèrement boiteux. Si Enrico Maria Salerno fait le job, sans toutefois provoquer de sympathie débordante, on n’en dira pas autant d’Anthony Steffen, mauvais de bout en bout. Habituellement inexpressif dans le rôle de pistolero ténébreux, il est ici contraint de forcer son talent, de sortir de ses gonds et de tenter de faire rire. Entendons-nous bien, j’aime cet acteur, mais je défie quiconque de rire quand il fait semblant de se défoncer les papilles avec un piment local. On peut au moins lui reconnaître d’aller au bout du bout du ridicule et de l’autodérision, allant jusqu’à se déguiser avec des vêtements de péon deux fois trop petits pour lui. Mais ça ne suffit pas pour emporter l'adhésion, et malheureusement, j’ai peur que ce soit cette image, et cette image seule, qui me reste en mémoire quand j’aurai totalement oublié le film dans six mois…

 Oui, c'est bien Anthony Steffen, à gauche

dimanche 8 novembre 2015

Les Sept Mercenaires


Il y avait longtemps que je n'avais pas revu cet incontournable western américain, mais c'est comme si je l'avais vu hier. Je me rends compte que chaque plan du film est à ce point gravé dans ma mémoire que quand je le revois, je suis incapable de prendre du recul sur le film. Il s'ensuit que Les Sept Mercenaires n'est pas pour moi un film que l'on juge, c'est devenu, comme pour les contes, une sorte d'acquis culturel  au même titre que Pierre et le Loup ou Le Renard et Le Corbeau. Une oeuvre qui est si universelle qu'on ne la remet pas en question. Qui s'amuserait à faire une critique en bonne et due forme du Petit Chaperon Rouge? Qui va pointer le simplisme des caractères des héros des Trois petits Cochons? Qui fera remarquer que les moments d'introspection sont artificiels dans Le Petit Poucet? Les Sept Mercenaires se trouvent là, bien installés le cul sur leur piédestal d'oeuvre populaire indépassable, si linéaire et efficace qu'on n'en voit pas les baisses de rythme, ni les incohérences, ni les facilités. Non vraiment, ne comptez pas sur moi pour dire du mal de ce western brillant, archétypal, inévitable et super chouette. Yul, Charles, Steve et James, et Eli, bien sûr, Eli, qu'on a toujours plaisir à revoir tous, même pour la millième fois, la musique qu'on a toujours plaisir à entendre, les scènes d'introduction, le laïus sur le courage asséné par Bronson aux gamins, tout est bon, tout est toujours là où on l'avait laissé la dernière fois. Les Sept Mercenaires, ça fait partie de la famille, c'est comme un meuble qu'on voit sans y faire attention. Ils sont là comme une évidence, et puis c'est tout! 

samedi 21 février 2015

Mon nom est Shangaï Joe

Robert Hundar

1972
Il mio nome e' Shanghai joe
Mario Caïano
Avec : Chen Lee, Piero  Lulli, Gordon Mitchell, Klaus Kinski, Robert Hundar, Rick Boyd

Revoir Mon nom est Shangaï Joe alors que récemment, un gars tranquille se faisait refuser l'entrée dans un wagon parce qu'il est noir, est une épreuve pour l'homme rationnel persuadé que l'humain s'améliore avec les siècles. En 1882, notre héros Shangaï Joe (Chen Lee), un Chinois avec chapeau pointu, part pour le Texas Andalou, où il ne subira que vexations, brimades, voire tentatives de meurtres. L'agressivité est permanente, les seuls personnages positifs qu'il rencontre sont des peones mexicanos qui sont encore plus mal traités que lui, vu qu'ils sont esclaves. Notre héros, contrairement aux autres chinks, aux blacks et autres bougnoules a de la chance car il est diablement expert en zarts martiaux, ce qui fait qu'il démolit systématiquement ses tourmenteurs, parfois de façon relativement gore. Ça soulage diablement notre mauvaise conscience, mais il faut savoir que dans la vraie vie, les victimes du racisme sont rarement capables de faire des bonds de deux mètres sans élan, et qu'ils subissent et se résignent sans rien dire. Cependant, ce n'est pas le sujet de ce blog, pas plus que l'esclavage qui semble avoir encore un bel avenir chez Daesh (je rajoute ça pour équilibrer un peu).
Au bout d'un moment, le racisme n'est plus le sujet principal, Shangaï Joe se contente de rencontrer des cinglés plus psychopathes les uns que les autres, et dont les motivations sont tout sauf claires. Robert Hundar commence par faire une apparition très courte mais très impressionnante. Ce gars là avait quand même un physique vachement imposant, mais il ne peut pas rester longtemps, il se fait bouillir la tête dans une marmite de riz. Gordon Mitchell n'est pas mieux loti, non seulement on ne comprend pas bien ce qu'il fout là, mais en plus il se bat comme d'habitude dans ce qui ressemble à une carrière romaine, alors que le film bénéficiait pourtant d'un budget qui semblait jusque là raisonnable. L'explication vient ensuite, Klaus Kinski fait une apparition de 5 minutes, maigre et toujours aussi givré. Il a dû engloutir le reste du budget, et du coup, il ne reste pas longtemps non plus, notre Chinois lui fait la peau. Tout cela est très décousu, mais se suit avec plaisir néanmoins. Les combats sont corrects mais ont quand même pris un sacré coup de vieux. Il faut dire qu'il y a deux jours, je me suis mis The Raid 2 qui en comparaison donne l'impression que Shangaï Joe a été tourné au ralenti (et d'ailleurs c'est souvent le cas). The Raid 2 de Gareth Evans, fait suite à The Raid (du même), qui en soi était déjà un film d'arts martiaux très bien maîtrisé, d'une violence démesurée, bien qu'à la longue invraisemblable. The Raid 2 fait mieux, en réussissant à la fois à être plus posé, plus crédible tout en étant plus violent et moins film concept (c'est à dire un film qui se tient en grande partie sur l'originalité d'un pitch de départ, à savoir pour The Raid, une escouade de flics qui attaque un immeuble rempli de gangsters, le pitch c'est juste ça, le réalisateur part là-dessus, fait un huis-clos dans son immeuble et explore toutes les facettes possibles comme dans Piège de Cristal, sauf qu'au bout d'un moment on atteint les limites du concept.). The Raid 2 évite cet écueil, tout en allant crescendo dans la violence et l’invraisemblance, comme dans un jeu vidéo. Le dernier combat, entre Cecep Arif Rahman et Iko Uwais, alors même que celui-ci vient de démolir la fille aux marteaux (Julie Estelle) et l'homme à la batte de base-ball (Very Tri Yulisman) dans un combat d'au moins dix minutes, est tout bonnement anthologique. The Raid 2, un film que je vous conseille si vous avez le cœur bien accroché!



mardi 17 février 2015

Arizona Colt

Arizona Colt
1966
Michele Lupo
Avec: Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Nello Pazzafini

Parfois il faut faire pause dans sa vie effrénée, revenir à ses amours, back to basic, ressortir un vieil enregistrement sur un vieux DVD-R qui prend la poussière, écouter la belle musique à l'harmonica du générique et retrouver le sourire en voyant s'afficher les noms de Guiliano Gemma, Fernando Sancho et Nello Pazzafini. Parfois il faut se laisser porter, apposer un voile pudique sur tous les défauts, ne pas voir l'intention commerciale évidente de réitérer le succès du premier Ringo. Ne pas réfléchir. Je n'aime pas les types qui réfléchissent, dit Fernando Sancho. J'ai suivi son conseil, j'ai mis mes neurones en veilleuse, apprécié le spectacle, les qualités d'athlète du beau Giuliano, le rire gras du gros Fernando, la veulerie de l'inénarrable Nello Pazzafini, les boissons explosives de Double Whisky (Roberto Camardiel). Ne pas se prendre la tête, suivre avec bonne humeur les différentes tonalités du film, du plus comique au plus tragique. Ne pense pas, ressens dit Yoda, ressens cette étrange charge émotive apportée par la sonorité si particulière des armes à feu du western spaghetti, imprègne toi de la sueur et de la lumière d'Almeria. Prépare toi doucement à l'inévitable carnage final avant que Giuliano n'embrasse Corinne Marchand et quitte la ville, alors que s'élève la langoureuse chanson de générique. Et si tu trouves ça beau, n'en aie pas honte, c'est effectivement beau comme du western spaghetti! 

PS: même si à proprement parler, il ne s'agit pas de l'armée mexicaine, je considère que ce film participe de ce grand génocide oublié.

jeudi 12 février 2015

Pour un whisky de plus

A gauche, Robert Hundar, à droite, Antonio Casas


Calvaca et uccidi
José Louis Boreau
1963

Avec: Alex Nicol, Robert Hundar, Antonio Casas

Continuons cette micro-anthologie du western Espagnol pré-Leone, avec Pour un Whisky de plus, aka ... Et pour un whisky de plus, aka Ville Sans Loi. L'image du DVD ESI est très très moyenne (rayures, tâches, couleurs brunâtres), ce qui ne rend pas service à ce film déjà très mineur. Encore une fois, les espagnols à l'époque se contentaient d'imiter le western américain dans des décors pratiquement vides de figuration. Mais dans ce film, on a quand même une belle explosion au début, et une fusillade finale bien fournie avec un paquet de gens qui pleuvent des toits. 

On retrouve le thème immuable de la ville tenue par des notables qui font régner la loi du plus fort avec un homme de main tout de noir vêtu (Robert Hundar). Le film prend le pari de jongler avec trois autres poncifs absolus du western américain: 1) Le Shérif vieillissant qui fermait plus ou moins les yeux jusque là, qui n'a personne pour l'aider, qui décide de s'y mettre et qui se fait descendre. 2) Le brave type, sorti de prison, qui ne veut surtout pas d'ennui, et qui se retrouve finalement pris dans la tourmente. 3) Le héros alcoolique, qui arrête de boire pour l'amour d'une femme et finit par liquider toute la vermine.
Dans le rôle du 1) on retrouve Antonio Casas qui plus tard se fera descendre par Lee Van Cleef alors même qu'il venait de lui offrir à bouffer dans un Leone bien connu. Dans le rôle du 2), c'est Luis Induni, un gars qui officiera comme second couteau dans tout un tas de spagh et dans le rôle du 3), c'est Alex Nicol, un acteur américain qui parvient à donner une certaine crédibilité à son personnage, sans trop en faire. Cependant, aucun de ces poncifs n'offrira d'éclairage nouveau sur le genre, aucune scène ne dépasse le stade du grattage circonspect de menton dans l'esprit dubitatif du spectateur, tant la mise en scène est plate, maladroite, linéaire, le doublage indigent et les dialogues barbants. Et donc, comme pour 4 balles pour Joe, comme pour L'ange noir du Mississippi, comme pour La furie des Apaches, comme pour 5 rafales pour Ringo, je ne saurai point vous recommander ce film, car vous allez vous ennuyer et vous allez trouver cela très mauvais. Mais si pour une raison ou pour une autre vous décidez malgré tout de le regarder, je vous enjoins à la clémence. Appréciez le comme un petit témoignage d'un cinéma certes raté, mais simple et honnête, et révolu à jamais.

Cinq rafales pour Ringo


Cinco pistolas de Texas
1965
Ignacio F. Iquino



Continuons à explorer le fond du panier du western espagnol. Espagnol mais pas que! Cinq rafales pour Ringo, aka Ringo le Hors la loi, aka La Revanche de Ringo est une production Eurociné, tout comme L'ange Noir du Mississippi, c'est à dire qu'il y a du pognon français dans ses veines. Malheureusement, pas de quoi crier cocorico tant ce film est oublié sitôt vu, comme les autres.

Daté de 1965, c'est à dire postérieur au mois d'août 1964 qui selon la légende Leoniene à vu Pour une poignée de dollars conquérir le monde à partir d'une seule salle, on aurait pu s'attendre à ce que Cinq Rafales pour Ringo commence à contenir quelques éléments de langage spaghetti. Et bien que nenni, on reste dans une imitation du western américain, et Ringo n'existe pas du tout dans ce film, malgré ce que les exploitants français ont essayé de nous faire croire après trois retitrages postérieurs.




C'est l'histoire d'un Shérif (Anthony Taber) qui arrive dans une ville trop paisible pour être honnête et qui va faire un peu de ménage. Au crédit du film, un personnage de croque-mort et son acolyte bougon et édenté, une blonde à chapeau (Maria Pia Conte) dont notre intransigeant Shérif tombera amoureux (il choisit la fille de banquier plutôt que la fille de saloon, où est passé le romantisme?) et une bagarre que mon indulgence qualifie de plutôt efficace dans le bureau du Shérif. Pour le reste, mon attention s'est largement dissipée durant toute l'intrigue et j'ai rapidement perdu le fil des rebondissements. A la fin, la cavalerie vient prêter main forte au héros. Fin du spoiler.

mercredi 11 février 2015

La loi de la violence



Legge della violenza
1969
Gianni Crea

Un pistolero ténébreux aux yeux bleus arrive en ville et prend le pouvoir petit à petit. Un bon petit gars du coin qui croit en la loi va avoir bien du mal à rétablir la justice. Malgré de bonnes intentions et un scénario plus complexe qu’il n’y paraît (le vengeur ténébreux, George Greenwood qui devient rapidement de plus en plus antipathique), La Loi de la Violence ne vaut pas un clou. Décors miteux, situations traînant en longueur, l’ennui est patent et ne s’apaisera nullement au cours du règlement de compte final. La musique de Stelvio Cipriani très inspirée des thèmes d'Ennio Morricone avec des coups de cloches de ci de làles gros plans dans les yeux, une séquence de fouet éprouvante qui ne l'est (éprouvante) que parce qu'elle est mal filmée, loin, très loin de son modèle du temps du massacre, tout cela n'y changera rien! Regarder ce film équivaut à perdre une heure et demie pendant laquelle vous auriez pu voir Le Septième Sceau, Pierrot le Fou, ou même, pourquoi pas, Matrix Reloaded. Difficile ici d'avoir ne serait-ce qu'un petit capital sympathie pour ce film, malgré toute ma meilleure volonté.

Bonus pour Vincent d'Inisfree:



Une scène modérément intéressante : le pistolero ténébreux finit par se retourner pour que la belle (Igli Villani) sorte de son bain tranquillement. Sauf que ce pervers s'est placé devant un miroir pour mieux l'observer à son insu.


L'Ange noir du Mississippi




Bienvenido, padre Murray
1962
Ramòn Torrado
Avec: René Muñoz, Fernando Sancho

A nouveau, il est facile de céder aux moqueries pour ce film, non seulement mineur, mais mineur même dans le cœur des plus acharnés des aficionados du western européen. Pourtant, L'Ange Noir du Mississippi est une curiosité à plus d'un titre. D'abord par son sujet, le racisme enduré avec philosophie par un pasteur noir dans une ville de l'Ouest, sujet finalement relativement rare dans le western (et malgré le récent succès du Django de Tarantino, c'est un sujet que l'on continuera à ne pas voir souvent). Les westerns traitant du racisme anti-noir ou anti-indien sont généralement assez pesants et plein de bonnes intentions souvent maladroites. 
Celui-ci n'échappe pas à la règle, mais ça n'empêche pas une certaine efficacité dans la violence et son impact, celle du lynchage inaugural, celle, situationnelle, de l'accueil glacial réservé au pasteur par ceux-là même qui espéraient sa venue. Mon œil contemporain, non historien, sourit à nouveau de l'ironie qui veut qu'une telle ode à la tolérance soit tournée dans la dictature franquiste pendant que la plus grande démocratie du monde était occupée à mettre un terme à sa propre ségrégation raciale dans la violence. Mais passons, c'est encore ma vision tordue des choses. Sans grande originalité, notre pasteur (René Muñoz, fluet et placide, très convainquant) parvient, à grand renfort de petits arrangement avec la religion, à mettre un paquet de gens de son coté, y compris le grand Fernando Sancho, occupé à roder le personnage exubérant qui fera sa gloire. La religion, et c'est un point qui n'a pas dû déranger les franquistes, est vue comme civilisatrice, un antidote à la violence, alors même que l'actualité nous rappelle tous les jours que la religion est la plus grande source de violence dans ce monde. Encore ma vision tordue des choses. Notons tout de même que notre pasteur se retrouve obligé de passer à l'action. Après avoir assommé deux bandidos, il se signe rapidement, pour conjurer le mauvais sort. J'ai voulu y voir un lien avec Tuco, un air de famille de plus avec ces grands films à l'origine de ce blog, films qui m'ont amené à découvrir des petits films dispensables comme celui-ci, mais pas inintéressants...


Captures: Stéphane sur Western Maniacs

mardi 10 février 2015

La furie des Apaches



El hombre de la Diligencia
1964
José María Elorrieta

La furie des apaches aka Furie Apache aka La vengeance des Apaches est un très honnête petit western espagnol fauché pré-Léonien, inspiré de la Chevauchée Fantastique de John Ford, avec une menace indienne permanente qui permet aux blancs encore en vie de régler leurs différents différends entre eux.  Bien sûr, les amateurs de fous-rire et autres écumeurs de nanardises auront matière à se délecter d'un cinéma qui a mal vieilli, et qui n'avait pas les moyens de ses ambitions, mais qui fut pourtant suffisant pour divertir toute une génération de spectateurs pas encore abreuvée en masse par la télévision.
Du western espagnol pas encore spaghetti donc, même si on trouve déjà ça et là des postures, des trognes, des regards qui n'échapperont pas aux connaisseurs. Même au sein du pourtant peu reconnu western espagnol, José María Elorrieta n'est pas une pointure recommandée par les aficionados. Pourtant sa réalisation est très correcte, à condition bien sûr de se mettre dans l'ambiance et d'apprécier le charme désuet de ces petites productions. Les acteurs ne se font pas spécialement remarquer non plus, ni par leur jeu, ni par une renommée qui aurait pu arriver ultérieurement pendant le boom du western spaghetti. Sur western maniac, on souligne qu'Aldo Sambrel est peut-être un gars qu'on aperçoit de loin au fond à droite, ce qui en dit long finalement sur la postérité du film. Le doublage français est caractéristique des doublages à la chaîne de l'époque, peu portés sur la nuance et très théâtraux. Contrairement à certains, j'ai apprécié la voix off de l'introduction qui tente d'apporter une touche de lyrisme à l'américaine en plaquant des dates et des lieux de l'histoire américaine sur fond de canyons espagnols. En somme, la plus grande curiosité de tout cela, c'est que ce type de film, qui aurait pu largement être oublié de tous, soit encore disponible de nos jours (grâce au boum des dvd des années 2000), et qu'une génération qui n'était pas née à l'époque soit en mesure de le regarder, et même - étrangement - de l'apprécier.

jeudi 23 octobre 2014

La route vers l'ouest


The Way West
1967
Andrew V. McLaglen
Avec: Kirk Douglas, Richard Widmark, Robert Mitchum 

Encore une de ces odyssées en chariots bien trop longues pour qu'on ait le courage de s'y coller jusqu'au bout. Du trio de stars, seul Kirk Douglas retient l'attention, de par la noirceur de sa composition. Le reste n'est que clichés, tirades grandiloquentes, ennui pesant, malgré quelques petits seconds rôles sympas. Si ce film a pu fonctionner à l'époque, il est plutôt à éviter aujourd'hui. 

mercredi 22 octobre 2014

Sur la piste de la grande caravane

1965
The Halelujah Trail
John Sturges
Avec: Burt Lancaster, Donald Pleasence

Pour: Sympathique western parodique qui permet de passer agréablement son temps dans des décors somptueux, aux côtés de Burt Lancaster, dans la bonne humeur générale. A la fin, les indiens découvrent le Champagne, à leurs dépens.

Contre: Interminable pochade à grands moyens, longue comme un jour sans pain, pas drôle, surjouée, plombée par des chansons sans intérêt, dont tous les gags tombent à plat, et qui n'a malheureusement pas cette espèce d'humanisme chaleureux que même les plus mauvais Ford ont.

Sans opinion: sans opinion

Spoilers: toute la cargaison de whisky, argument central du film, va disparaître pour que la morale soit sauve. Comment ça vous vous en doutiez dès le début?

Bonus: pour Vincent d'Inisfree. Il y a dans ce film, de nombreuses scènes de bain.

vendredi 17 octobre 2014

Joe Limonade

Jo Limonade
1964
Oldrich Lipsky

Arte nous a donné récemment l'occasion de voir cette curiosité Tchèque de 1964, non dénuée de qualités formelles et d'inventivité. Ce western en noir et blanc, truffé de scènes musicales et d'éléments parodiques, propose un scénario ironique confrontant les pires soudards de l'Ouest, adeptes du Whisky et de la bagarre, aux ligues de vertu, pronant la sobriété par dessus tout. L'originalité vient du fait que le côté des vertueux se trouve comme champion un chevalier blanc qui est également un commercial pour la célèbre boisson gazeuse KolaLoka. L'ironie cinglante du film vient qu'à chaque morceau de bravoure, il fait un placement produit, s'assurant de bien mettre en évidence sa bouteille de soda face caméra. En outre, les ivrognes devenus sobres, deviennent meilleurs en tir, ne se ratent plus, et économisent à la société des frais médicaux. 
L'aspect parodique, mêlant bagarres dantesques sous l'oeil atone des barmans, capacités athlétiques et justesse de tir ahurissantes du héros, propriétés décapantes voire explosives des tord-boyaux servis dans les saloons, force brute de l'homme de main du saloon qui bouffe son verre après avoir bu son - corrosif - whisky, bastons en accéléré, tricheur du saloon et ses multiples gadgets et cartes qui tombent de ses poches quand le héros le secoue par les pieds, tout cela fera immanquablement penser à Lucky Luke, même au plus endormi des aficionados. 
Le héros, mélange de Tom Mix et Tex Ritter ou autre Gene Autry, est bien sûr un hommage direct aux héros des séries B des années 30, avec son costume blanc impeccable qui reste blanc même quand il descend d'une cheminée. Comme Benoit Brisefer, il a bien sûr un point faible: l'alcool, même à faible dose, le fait tomber raide évanoui. On passe un bon moment, d'autant que l'esthétique du film, très travaillée, offre un florilège de plans étudiés, de perspectives exagérées et de mouvements non naturels, accentuant l'aspect burlesque, presque dessin animé de l'oeuvre. Pour autant, toutes ces qualités n'en font pas un grand film, tout au plus une curiosité, un brin longuette tout de même surtout du fait des incessantes chansonnettes, mais qu'on remercie bien bas Arte de nous avoir présentée dans une aussi belle copie.

Capture: Edocle sur Western Maniacs.
En bonus, la critique du film dans le Paris-Match du 12 juin 1965 (cliquez pour lire):



samedi 4 octobre 2014

4 balles pour Joe


Cuatro balazos
1964
Agustín Navarro


C'était en 2004 ou 2005. Depuis quelques années déjà, c'était l'effervescence dans le petit monde des aficionados du western spaghetti car le grand boom du DVD était là. De nombreux films sortaient, tous genres confondus, et les westerns spaghetti allaient enfin pouvoir être vus par une génération lassée d'attendre les diffusions télé, trop jeune sans doute pour avoir profité à plein de la manne de la VHS. Les sorties s'échelonnaient , sans réelle hiérarchie, et on trouvait de tout, du connu et de l'inconnu.
4 balles pour Joe (qu'incidemment il faut prononcer Joey comme dans Joey Starr et non pas Joe comme dans Joe Dalton) faisait partie de cette fournée de films mineurs aux titres pourtant aguicheurs: 4 balles pour Joe, Django le Proscrit, Cinq rafales pour Ringo. On les trouvait en kiosque, et bien vite à deux ou trois euros dans les brocantes et sur cdiscount.
Comme tout le monde dans la blogosphère - vous noterez comme ce mot est devenu has been - je m'étais acheté ces films à pas cher, je les avais mis dans le lecteur, j'en avais regardé cinq minutes, et les avais remis, bien vite dépité, dans leur boîte. Certains sur les forums (pour les plus jeunes, un forum est un espace d'échange pré-facebook/twitter) regardaient jusqu'au bout, poussaient les autres à en faire de même, mettaient en avant le peu de moyen de l'entreprise, louaient le sérieux et l'intégrité de l'affaire et mettaient un nom sous tous les seconds rôles du film. 
C'est que pour la plupart, ces films étaient des "proto-spagh", c'est à dire des westerns européens certes, mais qui intervenaient avant la révolution Leone, des films d'un classicisme absolu qui copiaient la manière américaine avec application.
Dans 4 balles pour Joe, la première image m'avait marqué. Un cowboy assis sur un muret, à coté d'une route qui paraît trop moderne, accompagné d'un mouvement de caméra trop amateur. Je crois que je m'était arrêté là, horrifié par le flagrant manque de moyen de cette amorce. Dix ans plus tard, je me dois de réparer cette injustice, parler de ce film qui a tout de même du financement français dans les veines, un scénario solide, une réalisation qui tient la route. Premier point, le cowboy raté de la première image aura son importance plus tard, tout se tient, tout fait sens. Deuxième point, le titre n'est absolument pas mensonger. Joe se prend quatre balles, pas une de moins pas une de plus. Il se les prend dès le début en pleine nature, et petit raffinement du réalisateur Augustin Navarro, la caméra s'attarde sur son cheval qui continue à avancer avec le cadavre de son maître sur le dos, avant finalement de le voir choir par terre. Ce n'est certes pas original, mais ça marche. Suite à ce meurtre, Cathy Dalton (Liz Poitel) est accusée et condamnée à faire de la prison. La belle ne supporte pas l'idée et s'enfuit en courant avant de se faire écraser par une charette. On remarque que la charette ne s'arrête pas, à nul instant on ne voit le conducteur de la charette s'approcher pour voir comment va la malheureuse. La charette a en effet rempli son office d'instrument des divines voies impénétrables, elle peut disparaître. C'est un cinéma de l'économie, qui va droit au but et ne se déroute pas pour capturer des moments d'humanité. Cathy Dalton morte dans les bras du Shérif (Fernando Casannova), tout le monde redoute alors l'arrivée de Frank Dalton (Paul Piaget), car c'est bien la soeur du redoutable bandit qui vient de traverser sans regarder à gauche et à droite. Mine de rien, Augustin Navarro parvient à créer une belle tension dramatique lorsque la ville retient son souffle en attendant l'arrivée de Frank Dalton. Par contre, en 1964, il n'y a pas encore eu Pour Une poignée de dollars, il n'y a pas encore eu Django, il n'y a pas encore eu Le Temps de Massacre, ce qui fait que quand Frank Dalton arrive, il ne massacre pas les villageois, il ne fouette personne, il arrive seul et préfère mener sa petite enquête. Propre comme un sou neuf, il semble faire le concours de la chemise la mieux repassée avec le Shérif. Pour la crasse, la sueur, la barbe de trois jours, il faudra attendre encore quelques mois.




Le cowboy du tout début qui en sait plus que les autres sur qui a tué Joe meurt aussi à son tour. A ce stade, si vous n'avez pas été attentif au scénario dès le début, c'est mort pour vous, et vous ratez le seul intérêt du film, c'est à dire une enquête policière bien ficelée qui demande un minimum d'attention de la part du spectateur. Au moins ne serez vous pas dérangés par une psychologie de comptoir. Le héros est droit dans ses bottes, héritier direct de Tom Mix. Un court instant, on veut nous faire croire qu'il pète un câble, qu'il se laisse dominer par son pouvoir, mais on sait bien que ce n'est qu'un piège. L'identité du coupable n'a finalement pas grande importance, on observe avec bienveillance le réalisateur faire de son mieux avec peu de moyens, on remarque les plans de la piste (de la route goudronnée avec de la poussière dessus en fait) qui sont réutilisés plusieurs fois pour faire croire à une longue chevauchée. On sourit lorsqu'une montre musicale prend soudain une importance majeure dans le film (Sergio, avais-tu vu ce film?), on s'amuse des personnages qui poussent des tonneaux en arrière plan pour simuler l'activité d'une ville américaine de la deuxième moitié du XIXe siècle. Tout cela concours à recréer sous nos yeux cet Ouest de carton pâte, totalement déconnecté de la réalité, mais qui existe pourtant dans un coin de nos mémoires, cet Ouest fantasmé à travers des séries B et des séries TV de troisième zone, cet Ouest imaginaire où la géographie et l'histoire n'ont pas de prise et qui nous servait de terrain de jeu. Y retourner de temps en temps ne sert pas à grand chose, mais autorise au moins une certaine indulgence pour ce type de film.

samedi 22 mars 2014

Chacun pour soi




1967
Ognuno per se
Giorgio Capitani
Avec : Van Heflin, George Hilton, Klaus Kinski, Gilbert Roland

Réussite formelle autant qu'artistique, Chacun pour soi allie le meilleur du western européen et du western américain. Au premier, il emprunte les sales gueules, la noirceur et le nihilisme, au second un sens de la mesure et un soin particulier à la réalisation qui donne de la profondeur au scénario. On assiste aux habituels coups fourrés du spaghetti, mais ce n'est pas un jeu car tous les personnages sont fouillés et ambivalents. On assiste aux habituelles fusillades, mais on ne s'amuse pas à compter les morts comme d'habitude. On reconnaît, comme à chaque fois, les décors d'Almeria, mais ils sont si bien mis en valeur qu'on y croit sans peine, y compris cette fameuse dune filmée dans tous les sens. Tout est maîtrisé, cadré, sans que jamais Giorgio Capitani - dont c'est le seul western - ne perde de vue son histoire, sans jamais que le manque de moyens ne vienne le faire dévier de son objectif. Capitani porte une attention extrême aux détails, ici un revolver caché sous une pierre, là un flacon de quinine qui aura son importance, sans oublier ces deux tueurs du début qu'on retrouvera à la fin. Des détails toujours, comme Van Heflin encourageant son cheval, comme cette marmite qui se remplit d'eau au milieu de la mine, comme ce petit pas de danse de Gilbert Roland avant une fusillade, des détails donc, qui placent Chacun pour soi sans peine au-dessus du tout venant.

Capitani s'appuie sur une distribution solide, Van Heflin en tête, formidable en vieux chercheur d'or fatigué mais lucide, et George Hilton à contre-emploi, dont on regrette d'ailleurs que la relation père fils avec Van Heflin soit un peu oubliée quand le duo se transforme en quatuor. Les rôles de Kinski et Roland sont plus convenus mais tout aussi maîtrisés. Curd Ridel insiste dans la présentation du DVD (très bien, mais quelque peu noyée par la profusion de références) sur l'homosexualité entre Kinski et Hilton. Je n'ai pas trouvé cette relation si évidente que ça, mais cela semble faire consensus partout. [Edit suite à discussion en commentaires]  Sachant que le personnage de Kinski à pris le rôle du père du personnage de Hilton, j'y vois plutôt une relation incestueuse pédophile qui aurait perduré une fois l'âge adulte atteint. On voit d'ailleurs Hilton les yeux plongés dans le décolleté d'une serveuse, ce qui semblerait bien indiquer que sa relation avec Kinski est subie. Son désarroi lorsque celui-ci meurt serait donc plutôt lié à la perte du père, et non pas à la perte de l'amant. 

Quoi qu'il en soit, le film, par son thème et ses personnages, m'a quelque peu fait penser au double album des Monts de la Superstition de Charlier et Giraud. Même si le déroulement de l'histoire et les péripéties sont totalement différents entre les deux oeuvres, c'est cette minutie dans la réalisation, la richesse des situations qui tirent à chaque fois pleinement parti de tous les éléments disponibles (aridité, relief, manque d'eau, folie lancinante) qui emportent l'adhésion pleine et totale du lecteur/spectateur. L'un comme l'autre forment une réussite du genre, et si vous avez aimé l'un, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer l'autre.

Capture: DVD Artus

mercredi 3 avril 2013

La Caravane de feu



1967
The War Wagon
Burt Kennedy
Avec John Wayne, Kirk Douglas

L'idée même du chariot blindé est une extrapolation enfantine sur la classique attaque de diligence. On imagine bien la succession d'idées qui aura permis d'accoucher d'un tel concept. On part sur une diligence normale qui exceptionnellement transporte de l'or, avec un garde armé d'une Winchester à la gauche du cocher.  Bien sûr, la scène a déjà été vue mille fois, alors on s'imagine ajouter des gardes armés dans la diligence, mais cela ne suffit pas contre une bande d'outlaws tout aussi armés et déterminés. On en vient donc naturellement à cogiter cette diligence blindée à laquelle on adjoint une tourelle munie de sa mitrailleuse ad hoc pour rajouter un peu de piment. On aurait pu aller plus loin et positionner carrément un canon, mais le problème du recul de l'engin dans un endroit aussi confiné est quand même gênant. Le poids probablement titanesque de la solution retenue n'aura pas été un problème pendant le tournage: le fameux chariot de guerre a été fabriqué en bois, peint couleur métal. L'équation du nombre exact de chevaux nécessaires pour tracter réellement un engin pareil n'est donc pas posée, alors que le défi se posera à Leone pour sa monstrueuse diligence dans Il était une fois la Révolution
Malgré toutes ces considérations techniques, on obtient quand même un concept fort intéressant, d'autant que le chariot de guerre est vu ici comme une monstruosité menaçante, une perversion de riche corrompu. On aurait tout aussi bien pu imaginer un film dont les héros auraient eu à voyager ensemble dans une diligence blindée, avec confinement intolérable, intériorisation forcée, chaleur suffocante et siège à soutenir face à d'invisibles ennemis. Mais là niet, Wayne et Douglas veulent tout faire péter, récupérer le magot, non sans s'être livrés à d'intenses joutes verbales entre-temps pour asseoir leur statut de star. Leur numéro se déroule sans accroc, rien à redire, chacun dans sa catégorie, chacun veillant à laisser suffisamment d'espace à l'autre, pour un partage totalement équitable de couverture, un respect mutuel qui force le respect. Les seconds rôles eux, s'effacent poliment devant le binôme, au point de n'être plus que des canevas de rôles. Burt Kennedy lui-même réalise platement son film au service de ses stars, au point que le chariot de feu apparaît lui aussi comme un motif secondaire. La seule entrave au divertissement calibré que constitue son film viendra de la façon dont la morale est, in fine, sauve. L'or, planqué dans des tonneaux de farine, se répand tonneau après tonneau sur la piste. Pas de chance, une colonie d'indiens pouilleux en exode se jette comme des vautours sur la farine pour en faire des tortillas, ne semblant pas être capables de faire la différence entre farine et métal précieux. Le Duke compose donc une mine dépitée en entrevoyant ces sous-hommes réussir les tortillas les plus jaunes jamais cuisinées et s'en aller ensuite déféquer le résultat de leur tambouille entre deux tumbleweeds. C'est quand même la fin la plus involontairement subversive jamais vue dans un western ! A voir absolument!





PS: appelez le 110!