jeudi 13 décembre 2007

Réédition de "Il était une fois le western européen"

On peut maintenant en parler puisque la news est sûre. Le livre de Jean-François Giré Il était une fois... le western européen sera réédité en 2008. La date de sortie est prévue en Septembre
La première édition, parue en 2002, était rapidement devenue introuvable car éditée à 2000 exemplaires seulement selon l'auteur. Le livre en question est une véritable bible, présentant analyses sur le genre par thèmes, rappel du contexte politique économique et social en Italie année par année, et surtout la liste quasi-complète des six cent westerns européens, avec fiches exhaustives, iconographie très riche, et critiques pour les plus intéressants d'entre eux, sans oublier un segment spécial pour les trois Sergio du genre: Sergio Leone, Sergio Corbucci et Sergio Sollima.
Tous les autres livres sur le sujet étant beaucoup plus anciens et tout aussi difficiles à trouver (encore que le mythique Seul au monde dans le western italien ne soit pas si introuvable que ça), Il était une fois le western Européen est rapidement devenu une légende, le livre que tout fan se doit d'avoir. Malgré quelques réserves que l'on peut apporter sur certaines critiques de l'auteur (une certaine tendance à la paraphrase qui parfois gâche les seules bonnes idées d'un film, peut-être parfois un peu de complaisance avec certains réalisateurs (dont Corbucci dont les navets ou les films insignifiants ne sont pas vraiment reconnus comme tels (d'ailleurs, vous prendrez bien une parenthèse de plus ?)), des résumés de films inutiles quand on voudrait avoir un avis, même concis, sur le film), Il était une fois le Western Européen est un livre indispensable dans lequel on se perd des heures et des heures avec plaisir, tout comme vous vous êtes perdus dans cette phrase trop longue. Une somme de travail considérable étalée sur des années et des années (j'imagine) par un passionné qui était là à la grande époque et qui peut donc en parler en connaissance de cause.
La bonne nouvelle pour ceux qui ne l'ont pas et la moins bonne pour ceux qui l'ont déjà, c'est que la réédition sera plus grosse, plus riche, plus grasse, plus calorique. En gros, la question pour ceux qui l'ont déjà est: le rachète-je ou pas? Si la réponse est oui, il vaut peut-être mieux jeter un oeil sur le coupon ci-dessous qui vous économisera quelques frais:



Pour ma part, je ne suis pas encore décidé. J'ai déjà vu beaucoup des "grands" westerns européens, et je veux prendre mon temps pour voir ceux qui manquent à mon palmarès. Quand je découvre un western italien pour la première fois, je ne consulte plus le Giré. D'abord parce que j'ai l'impression de le connaître par coeur, ensuite parce que j'ai acquis une certaine forme d'automatisme envers le genre et que je suis plus friand de critiques un peu moins consensuelles, comme celles que l'on peut trouver sur le forum Western Movies. Comme une sorte d'émancipation en somme...

Plus d'info: http://www.westernmovies.fr/forum/viewtopic.php?t=5669
En passant, l'autre livre mythique en français sur le genre: Seul au monde dans le western italien.

samedi 8 décembre 2007

Le fort de la dernière chance




The guns of Fort Petticoat
1957
George Marshall
Avec: Audie Murphy



Tintintin ! Un fringant lieutenant imberbe (Audie Murphy), déserte après que son colonel ait fait massacrer une tribu entière d’Indiens sans défense. Il part au Texas - vidé de ses hommes par la guerre de Sécession - pour aider les femmes de la région à se défendre des Indiens. Il rassemble tout son harem, au début hostile, puis coopérant, dans une Mission, et c’est un peu Alamo qui se rejoue, mais avec des femmes.



Des femmes mais pas des femmelettes. Elles se battent, et bien, et elles ne manquent pas de personnalité ces femmes, tout le contraire d’un Audie Murphy un peu trop propre, un peu trop lisse, un peu trop net. De même, si l’histoire n’est pas sans attrait ni originalité, la réalisation est bien fade et semble manquer cruellement de moyens. Toute l’action ou presque se situe dans cette mission encore plus délabrée que le fort Alamo, certains indiens sont bedonnants, et on ressent très nettement un manque de rythme alanguissant qui vous fait penser qu’on aurait mieux fait de se mettre un bon vieux spagh malsain plutôt que cette série B presque achevée par son happy end beaucoup trop ampoulé pour être apprécié. Quoi qu’il en soit, voilà à nouveau un film où les Indiens sont clairement les méchants du film, mais où il est montré tout aussi clairement que c’est bien à cause des blancs, et en particulier des galonnés stupides, que les guerres indiennes ont lieu. Un scénario bien ficelé avec moult rebondissements mais une réalisation bâclée et ans ampleur, légère déception donc. Il est étonnant de voir qu’un film comme Buffalo Bill, datant de 1944, peut paraître plus moderne que celui-ci datant de 1957, mais on ne peut que remercier France 3 de nous présenter ce type de western, original dans son scénario mais très classique dans sa forme. Un film à réserver uniquement aux fanatiques du genre, ou aux nostalgiques du western à l’ancienne.

mardi 4 décembre 2007

[HW]: Guy Bedos dans Kaamelott



Je voulais enregistrer le film sur Mitterrand pour me distraire et regarder Recherche Maison ou Appartement pour m'instruire. Du coup j'ai allumé la télé trop tôt et je suis tombé sur Kaamelott. Je n'aime guère tomber sur Kaamelott parce que j'ai le projet de regarder ça depuis le début un jour. En même temps, j'aime bien tomber sur Kaamelott parce que à chaque fois c'est un petit bonheur.
Il y avait donc là quatre personnes attablées qui discutaient, dont le Roi (Alexandre Astier) et Guy Bedos. Il faut remarquer que quand on tombe par hasard sur Kaamelott, on a quand même une forte probabilité de tomber sur quatre personnes attablées qui discutent.
Guy Bedos racontait l'histoire de ce petit garçon qu'il avait élevé jadis et l'émotion montait. Peu de gags verbaux anachroniques, l'auteur ne cherchait visiblement pas à faire rire. Juste la voix de Bedos qui faisait l'acteur et qui ne cherchait pas à faire rire non plus. Bedos parlait, et Astier se taisait et on entendait les poules caqueter dans le fond. On se régalait des costumes et on se régalait du talent de l'auteur à savoir faire vivre une grande histoire en quelques lignes de dialogue. Et puis quand le final atteignait son sommet émotionnel, Bedos avait les yeux mouillés et on se rendait compte qu'il y avait une petite musique douce très belle.
Un grand petit moment de télévision, presque un grand moment de cinéma.

jeudi 29 novembre 2007

Buffalo Bill

Buffalo Bill
1944
William A. Wellman
Avec : Joel McCrea, Maureen O’Hara, Linda Darnell, Anthony Quinn
L’histoire de Buffalo Bill, ami et défenseur des Indiens, de son rôle dans les guerres indiennes au Wild West Show.

Profitons de ce blog pour revoir quelques idées reçues sur le génocide indien, idées reçues en général apportées par le western. Premièrement, la disparition des peuples Indiens est pour une très grande part due à l’arrivée de nouvelles maladies apportées par les Européens et non pas à des massacres en règle par les Tuniques Bleues comme pourraient le faire croire l’imagerie western. Ainsi, certaines tribus furent entièrement décimées au XVIIe siècle avant même d’avoir vu leur premier blanc. Les massacres successifs ne suffisent en effet pas à expliquer la disparition de quasiment tout un peuple. Deuxièmement, contrairement à ce que peut faire croire la culture ‘western’, l’anéantissement des Indiens était une affaire pliée dès 1850, c'est-à-dire avant la période 1870-1890 que couvre la plupart des westerns. Les massacres, batailles et spoliations de traités évoquées dans les westerns ne concernent donc que le reliquat d’une multitude de peuples déjà totalement détruits par les maladies, les massacres, les déportations, les traités violés, les guerres successives et les tentatives d’acculturation et de civilisation forcée du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Quand on pense à la disparition des Indiens, on a souvent en tête le Général Custer ivre de violence tel qu’on peut le voir dans Little Big Man ou représenté sous les traits du Général Allister dans Blueberry, mais – sans nier les horreurs engendrées par ce type de personnages (généraux/colons/marchands d’armes, chasseurs de bison etc) qui eurent leur part dans le drame Indien – il est très réducteur de ne le cantonner qu’à cela.
En ce qui concerne la vision des Indiens dans le western, on a aussi souvent tendance à résumer la chose de façon simpliste : avant les années 1960, l’indien dans le western est un être méchant et dangereux qu’il faut exterminer, après 1960, l’indien est le bon sauvage parfait, le cinéma américain réalise l’abomination de l’extermination indienne et se fouette consciencieusement. En réalité, la prise de conscience avait débuté à la fin du XIXe siècle (soit beaucoup trop tard quand même) et le cinéma, s’il utilisait l’indien comme méchant dans la plupart des serials, ne tarderait pas, sinon à huer le massacre indien, au moins à reconnaître la spécificité du peuple indien et à dénoncer les multitudes de traités violés et les idées reçues sur les Indiens par les gens de l’époque. Tom Mix dans les années 30 prend déjà la défense des Indiens, Joel McCrea continue dans ce Buffalo Bill en 1944. Le western ne fait donc pas exception dans le cinéma américain, toujours prompt à réagir sur les points noirs de l’histoire de son pays (voir l’ensemble des films contestataires sur le Viet-Nam). Le western est quasiment toujours accusé à tort chez nous d’être extrêmement oublieux de l’Histoire, alors qu’en France on attend toujours un film sans concession sur la guerre d’Algérie ou sur Pétain, ou même pendant qu’on y est sur les guerres Napoléoniennes ou sur les horreurs des guerres de Vendée.
Buffalo Bill est donc un éclaireur qui connaît bien les Indiens. Il tente – souvent sans succès – de faire comprendre aux différents galonnés et aux huiles de la nation que les Indiens sont un peuple qui n’entre en guerre que quand on les cherche. Malgré tout, Buffalo Bill reste attaché à son camp et participe activement au massacre des bisons et aux batailles où il finira par tuer son ami Main Jaune (Anthony Quinn). En plus de tout cela, il fait la cour à la belle Maureen O’Hara qui voudra bien l’épouser malgré ses airs rustres. Elle lui donnera un fils et partira l’élever dans l’Est, à l’abri de la civilisation. Cette scène, où Buffalo Bill choisit en 5 minutes entre vivre avec sa famille et courir dans les plaines avec l’armée est extrêmement bien jouée par Mc Crea qui sait parfaitement montrer la soif de chevauchée qui coule dans le sang de cet homme. Ironiquement, le film se termine dans cette civilisation qu’il abhorre, où Buffalo Bill décide de montrer, à travers son show, de vrais indiens au monde entier.
L’ironie se place là aussi, dans le fait que Buffalo Bill a montré des indiens au monde entier, alors que les indiens du film sont joués qui par Linda Darnell, qui par Anthony Quinn. Linda Darnell déjoue les clichés, en institutrice indienne, mais son rôle n’a finalement pas une importance extrême. Anthony Quinn, pas encore découvert par Fellini, fait l’indien du mieux qu’il peut, mais manque malgré tout de crédibilité. Etrange paradoxe de vouloir faire un film qui rende sa place aux indiens sans leur donner de rôle.
La déchéance de Buffalo Bill dans l’Est, et son nouveau départ grâce à son show terminent donc ce film riche en péripéties, en humour, en action et en émotion. Un certain humour de caserne « Fordien » est en effet délicatement positionné ça et là au cours du film. L’émotion se cristallise surtout autour des scènes familiales : la demande en mariage, l’accouchement, la séparation et la mort de l’enfant, tandis que l’action et la révolte de la bonne conscience sont tout entières tournées vers les scènes indiennes. Un film surprenant, qui a le mérite de tordre le cou aux clichés que l’on se fait sur les « vieux » westerns.

dimanche 11 novembre 2007

China 9 Liberty 37

Monte Hellman et Tony Brandt
Amore, piombo e furore
1978
Avec Fabio Testi, Warren Oates et Sam Peckinpah dans un petit rôle.



Le pistolero Clayton Drumm va être pendu. Il se voit offrir le deal habituel : tu tues un mec, on te laisse la vie sauve. Il accepte, et puis finalement il préfère coucher avec la femme de celui qu’il doit tuer. Il faut dire qu’elle est très jolie…
Des poules en fond sonore, un rythme lent comme si on avait la vie devant soi alors qu’on a toujours la mort dans le dos, des accords d’harmonica et de guitare, un érotisme latent, on sait tout de suite que l’on est dans l’univers ‘western moderne’ propre à Sam Peckinpah et Monte Hellman. China 9 Liberty 37 peut être décrit comme suit : un western italo-espagnol dirigé par Monte Hellman avec Warren Oates et Fabio Testi, et Sam Peckinpah dans un petit rôle. Voilà qui a au moins le mérite de faire saliver.
Le film est visionnable gratos sur bmovies.com (où vous pourrez également voir Bad taste de Peter Jackson), donc il n’y a pas à hésiter les poteaux, foncez.





Pour ceux qui hésitent quand même, le film mérite plus d’être vu comme une curiosité que comme le chef d’œuvre oublié du western cryptico-psychologique. Tourné en Espagne à Almeria, Tabernas ainsi qu’en Italie, le budget du film semble riquiqui. Le réalisateur préfère naturellement s’attacher davantage aux relations complexes entre personnages et aux tréfonds de l’âme qu’au déroulement de l’intrigue, ce qui peut marcher avec des acteurs consistants, mais qui ne fonctionne pas complètement avec un Fabio Testi en demi-teinte que l’on a connu plus inspiré. Certaines ellipses sont brutales, comme si des scènes n’avaient pas fini d’être tournées. Le démarrage est lent, mais l’action s’emballe un peu plus vers la fin. La musique, très seventies, est belle mais n’est pas suffisante pour relever le niveau d’une œuvre que les conditions de visionnage sur bmovies ne permettent pas de juger dans des conditions optimales (bien que la qualité soit meilleure que sur movieflix.com).
Je ne tiens donc pas trop à m’avancer plus avant sur cette perle, j’aimerais le voir sur un DVD devant ma vraie télé plutôt que devant mon PC et ses enceintes pourries. A vous de vous faire une idée !

samedi 10 novembre 2007

Will Penny le solitaire



Will Penny

Tom Gries

1968

Avec Charlton Heston, Joan Hackett, Donald Pleasance


Les aventures d’un cowboy vieillissant dans un Ouest enneigé et désanchanté. Will Penny (Charlton Heston) se fait moquer de lui parce qu’il est vieux, puis Will penny a une échauffourée avec une bande de hors la loi pas nets, menés par un Donald Pleasence bien chtarbé, puis Will Penny ramène un ami quasi mort chez un médecin suite à l’échauffourée, puis il accepte un boulot l’hiver en montagne, puis il est laissé pour mort par la bande de hors la loi pas nets qui l’ont retrouvé, puis…

… puis ça se tasse un peu. Jusque là on prenait plaisir à suivre les pérégrinations de ce cowboy voulu authentique et pourtant pas si vieux que ça. Le travail des cowboy était bien rendu, leur vie de misère également, dormant dehors et ayant du mal à se lever le matin, nourris par la bouffe infecte de Slim Pickens. Ensuite, l’errance de Will Penny à la recherche d’un travail captait l’attention. La confrontation avec la bande de Donald Pleasance faisait détourner les yeux des plus sensibles et comblait l’amateur de spagh’ avide de cruauté et de bandits bigarrés. Le souci c’est qu’après ça, on tombe dans le pire du cliché à la hollywoodienne. Will Penny est sauvé par une femme (Joan Hackett) et son petit garçon qui avaient trouvé refuge dans la cabane que Will Penny devait occuper. Ces trois là vont donc être forcés de cohabiter pendant les longues heures d’hiver enneigé. Si on était resté dans le spaghetti malsain, les trois auraient fini par s’étriper sadiquement dans un crescendo tristement lugubre décrivant posément la noirceur de l’âme humaine. Là on passe plutôt à Blanche Neige et les sept nains. La gaucherie du cowboy face à l’hygiène de vie de la femme, l’attachement naissant du cowboy à la vie de famille, l’amour indicible qui se révèle dans les demi-confessions pourraient être des scènes géniales si elles étaient menées avec intelligence, malheureusement on connaît la musique, et Tom Gries ne fait rien pour nous éviter l’embarras de ce genre de situations cucul déjà subies mille fois pendant lesquelles le cœur de la ménagère de moins de cinquante K€/ans est censé chavirer. L’apothéose est cette soirée de Noël, pathétique au possible bien heureusement gâchée par le retour de Donald Pleasance et sa bande. C’est ensuite une certaine tension qui demeure jusqu’à l’anéantissement final des malfrats dans un bon style bien western qui fera dire à ceux qu’ils ont vu le film: « Si c’est bien ? Ben c’est un western quoi… », comme si un western ne pouvait être ni bon ni mauvais, un western étant juste un western et l’œuvre n’ayant pas besoin de qualificatifs plus explicites pour justifier son existence. Le final en anti-happy-end, le réalisme des situations et des accessoires, l’action bien menée et une musique agréable font pourtant de ce Will Penny un bon western, dans la veine crépusculaire, malgré les violons dégoulinants dans la cabane. De toute façon, rien ne vous empêche de le voir, pas moyen d’être déçu, il s’agit d’un western, c’est pas moi qui le dit, c’est les gens.

mardi 30 octobre 2007

[HW] - Cerebus



Présentation :


Cerebus est une BD canadienne, en anglais, auto-éditée par son auteur Dave Sim, entre 1978 et 2003. Etant donné la richesse exceptionnelle de cette BD, le bref dossier qui va suivre n’est bien sûr qu’une simple introduction, une vision partielle et subjective de l’œuvre.
Le personnage principal est un oryctérope nommé Cerebus. En anglais, oryctérope s’écrit 'aardvark', et ce mot est connu pour être le premier mot véritable du dictionnaire. De là à se demander comment Dave Sim a procédé pour trouver son personnage, il n’y a qu’un pas. De même, ‘Cerebus’ serait à l’origine, une coquille orthographique non intentionnelle du nom propre ‘Cerberus’ (Cerbère). Cerebus était publié mensuellement sous forme de comics, mais il est nettement préférable de découvrir ce chef d’œuvre méconnu de la BD en recueil, les fameux « phonebooks » de plusieurs centaines de pages. La BD elle-même est en noir et blanc, et elle n’a jamais été traduite en français, ni même en quoi que ce soit d’autre pour ce que j’en sais. Par ailleurs l’œuvre est si complexe, touffue et empreinte de multiples références historiques, littéraires, philosophiques et politiques que je plains celui ou celle qui osera ne serait ce qu’un début de tentative de traduction. Les fans anglophones eux même en sont encore à essayer de décrypter ce que certains épisodes veulent dire, car Dave Sim semblait avoir peur de rendre certaines choses trop lisibles, trop évidentes. Résultat, c’est parfois carrément obscur. En ce qui concerne l’anglais, il s’agit d’un anglais littéraire et recherché. Dave Sim adore également reproduire phonétiquement les accents divers et variés ainsi que le l’argot, histoire d’être sûr qu’aucun lecteur étranger ne ressorte sain d’esprit d’une lecture de son œuvre ;-).
Enfin, il parsème littéralement ses pages de gros pavés de textes à lire (un peu comme dans Watchmen), le genre qui vous fait dire « non, putain, faut vraiment que je lise tout ça ? », histoire de vous décourager encore plus.
Si tout ça ne vous a pas fait trop peur, vous pouvez continuer à lire l’exposé, car il s’agit tout simplement d’une des meilleures BD de tous les temps.






L’auteur :
Dave Sim a commencé à dessiner Cerebus comme une simple parodie mensuelle de Conan le barbare. A l’époque, Dave Sim était, comme tout auteur de BD qui se respecte, vaguement de gauche, féministe et drogué. Après un trip un peu fort en LSD, il se fait interner pendant quatre jours et conçoit le projet assez délirant de continuer les aventures de Cerebus jusqu’au numéro 300 (soit 25 ans sur la même BD tout de même), en auto-édition, le but étant que l’œuvre elle-même soit auto-financée, c'est-à-dire que seuls le manque d’intérêt des lecteurs ou une subite dépression de l’auteur aurait pu arrêter l’aventure (pour employer un terme de real-TV). Et Dave Sim tint son pari. Les ventes furent toujours suffisantes pour continuer, année après année, à dessiner inlassablement, avec pour seul patron éditorial sa propre conscience, et ce jusqu’en 2003, date du dernier numéro.
Au bout de quelques numéros, Dave Sim fit appel à Gerhard pour dessiner les décors, ce qui lui permit de se concentrer plus en avant sur l’histoire et surtout la préparation de l’histoire. Suite à l’idée d’Alan Moore de mettre des notes à la fin de From Hell, Dave Sim fit la même chose à la fin des derniers ‘phonebooks’, ce qui lui permit de s’exprimer sur de très nombreux sujet annexes, mais ce qui permit surtout au lecteur de se rendre compte à quel point Dave Sim s’investissait dans son travail, que ce soit au niveau des recherches préparatoires ou du dessin. Au fil du temps, Dave Sim se raidit, il passa progressivement de « de gauche » à « ultra-conservateur », de « athée » à « croyant » et de « féministe ou apparenté » à « anti-féministe forcené ». Son anti-féminisme surtout, fit tâche d’huile à partir du très fameux numéro 186, qui contient en annexe un texte violent et lourd sur l’opposition hommes/femmes (je résume). Cerebus – qui contient pourtant les personnages féminins les plus fouillés que j’ai pu lire en BD, en particulier Astoria et Jaka – était jusqu’alors une série avec un lectorat féminin très important comparé aux séries de super-héros classiques. A partir du numéro 186, c’était fini. Dave Sim enfoncera le clou quelques années après avec Tangent, un brûlot anti-féministe, anti-femmes et anti-hommes féministes. Dave Sim considère l’homme comme un être doué de raison par opposition à la femme, être émotionnel, incapable de se maîtriser et qu’il est convenable de baffer de temps en temps quand vraiment elle ne veut pas entendre raison. Dave Sim considère également que la femme a pris le pouvoir dans nos sociétés occidentales eut égard aux nombreux exemples de discrimination positive que l’on rencontre partout. Vous pouvez lire Tangent ici pour vous faire une idée. Attention, c’est en anglais, et c’est assez mal écrit contrairement à Cerebus, le texte est quasi illisible tant il multiplie les parenthèses et les digressions.
Si tout cela ne vous a toujours pas découragé, on peut passer à l’œuvre elle-même tome par tome, qui est, je le répète, une des BD les plus riches de tous les temps.







Phonebook 1 : Cerebus
S’il n’y en a qu’un que vous ne devez pas lire, ce doit être celui-là. Dave Sim se cherche, les dessins sont loin d’être à la hauteur, et si chaque historiette se suit sans déplaisir, ça n’a rien de fracassant. Néanmoins, l’univers Cerebus se forme petit à petit. Certains personnages récurrents et très intéressants apparaissent ici pour la première fois (Dave Sim aime bien faire apparaître des personnages réels, caricaturaux au sens physique et comportamental : ici Groucho Marx, puissant homme de pouvoir, qui gouverne avec tout le non-sens dont serait capable le groucho Marx réel), et le graphisme s’améliore de page en page, un peu comme celui de Lewis Trondheim au cours de son célèbre Lapinot et les carottes de Patagonie. Important donc à lire une fois qu’on est devenu accro, mais ne surtout pas commencer par ce tome là.



Phonebook 2 : High Society (585 pages)
1413, dans un monde d’heroic fantasy imaginaire. Après quelques imbroglios hilarants au cours desquels Cerebus organise son propre kidnapping afin de toucher lui-même la rançon, Cerebus se fait aider d’Astoria pour devenir riche, puis premier ministre. Le déroulement de la campagne électorale, la toute puissance du pouvoir et la perte de celui-ci sont dépeints avec un humour constant et une précision hors du commun. Jamais la politique n’avait été à ce point captivante. Apparition du récurrent The Roach en parodie de super-héros. Cerebus à ce stade, est encore un être relativement intelligent et vif d’esprit. Au cours des volumes de cette saga, il deviendra de plus en plus primaire et borné.
C’est le volume que j’ai lu en premier (vers 1998) et j’ai tout de suite vu qu’il s’agissait d’une BD hors du commun, par son propos, par ses expériences narratives et graphiques et par son humour. Le style de dessin (associé au noir et blanc) peut rebuter les plus habitués des splendeurs visuelles photoshopées, mais on s’y habitue vite. Dans ce tome, Dave Sim fait encore tout tout seul, dessin des personnages, des décors, scénarios, dialogues etc…







Phonebook 3 : Church and State 1 (592 pages)
Déchu de son poste de premier ministre, Cerebus se retrouve du jour au lendemain en tête de liste des nominations pour devenir Pape (ce qui prend 250 pages tout de même). Ceux qui le soutiennent espèrent en faire une marionnette, mais ils apprendront vite qu’avec Cerebus, il est impossible de prévoir quoi que ce soit. Cerebus goûte donc à nouveau au plaisir et aux déconvenues d’un pouvoir encore plus absolu. Toujours beaucoup d’humour apportés par de nombreux et complexes personnages secondaires, dont la vieille et hilarante Mrs. Henrot-Gutch, ainsi que la parodie de Wolwerine, toujours via le personnage de The Roach dont on découvre « Les origines » en tant que ‘Captain Coakroach’. A la fin du volume, Cerebus est aux prises avec un géant qui ressemble à La Chose des 4 fantastiques et se fait littéralement éjecter de son palais.



Phonebook 4 : Church and State 2 (624 pages)
Au cours des 155 premières pages, Cerebus prend sa revanche sur le Géant “La Chose”, avec au passage une apparition de Mick Jagger et une parodie à mourir de rire du Dark Knight de Frank Miller, le roach se transformant en « Secret Sacred Wars Roach » avec le costume noir de Spider-man. Le reste du volume est beaucoup plus sombre, avec l’ascension de la Tour Noire et la rencontre – sur la Lune – du Juge qui lui prédit qu’il mourra « alone, unloved and unmourned ». Ces deux volumes de « Church and State » représentent l’apogée du style « classique » de Cerebus, fait d’un mélange d’humour, de thèmes ‘heroic fantasy » très poussés (magie omniprésente, êtres maléfiques, voyages dans des « sphères » parallèles au monde normal etc) et d’histoires politiques complexes (voir par exemple le système de nomination des Papes…). A partir de ce volume, Dave Sim ne travaille plus seul, il est aidé par Gerhard pour les décors, ce qui donne à Cerebus une splendeur visuelle dans un style « gravure, rayures et clairs obscurs » qui fait penser à Bernie Wrightson.







Phonebook 5 : Jaka’s Story (484 pages)
Après son retour de la Lune, Cerebus n’est plus Pape. Le pouvoir en place est une dictature matriarcale autoritaire menée par Cirin. Cerebus trouve refuge chez Jaka et son mari Rick, Jaka étant le seul vrai amour de Cerebus, au sens romantique du terme. Jaka est apparue sporadiquement dans tous les volumes précédents, mais sans qu’elle tienne une place prépondérante. Jaka’s Story marque une rupture dans le style Cerebus. Dave Sim s’attache à décrire le quotidien presque tranquille d’un couple presque normal troublé par l’apparition de Cerebus. Plus de magie, plus de trucs « heroic fantasy », plus de parodie de superhéros, même si les irruptions de personnages réels continuent (ici Oscar Wilde et Margaret Thatcher).



Phonebook 6 : Melmoth (250 pages)
Cerebus est en état quasi-cataleptique après avoir découvert la disparition de Jaka à la fin de Jaka’s Story. Ce volume est un premier indice du trouble que peut apporter parfois une trop grande liberté accordée à un auteur. Dave Sim est en auto-édition et peut donc faire ce qu’il veut. Il en a à ce stade, clairement un peu marre de ne faire que du Cerebus et préfère raconter à sa façon les derniers jours de l’écrivain Oscar Wilde, tout en continuant à montrer en parallèle les changements de société introduits par le régime Ciriniste. La parenthèse est brève, mais désarçonnante, le lecteur n’est pas habitué à lire des biographies d’auteur littéraire en BD, fussent elles imbriquées au sein de leur BD favorite. Le dernier épisode, avec le réveil de Cerebus, est à la fois une libération violente pour Cerebus (initiation d’un bain de sang à venir) et une libération pour le lecteur. Que faut il penser de ce volume ? Quel éditeur accepterait ce type de parenthèse dans une série régulière ? C’est ce qui fait à la fois le charme et l’irritation propre à Cerebus, car l’auteur gardera par la suite l’habitude de désarçonner régulièrement ses fans.









Phonebook 7 : Flight (245 pages)
C’est le grand retour du Cerebus « classique » qui montre que Cerebus malgré sa petite taille est un guerrier hors pair. La première partie de cet album est en effet un immense carnage de Cerebus et son épée face aux soldates Cirinistes avec une appréciable aide du tordant ‘Punisherroach’ qui entame le combat avec ses arbalètes semi-automatique et ce cri du cœur : « All right you stinking lezbos, let’s boogie ! ». Outre ce retour à la parodie de superhéros, c’est également le retour des thèmes ‘héroic fantasy’ de sa magie et des voyages de sphères à sphères. Une pure jubilation, dans laquelle Dave Sim expérimente de plus en plus la dilatation du temps, l’étirement sur un grand nombre de page d’actions et d’évènements relativement courts, de façon semble t-il à se rapprocher du « temps réel » du lecteur.

Phonebook 8 : Women (245 pages)
Cirin, Astoria et Cerebus cherchent tous depuis le début à réussir l’Ascension, c'est-à-dire littéralement une ascension physique à travers les cieux pour rencontrer Tarim, le Créateur. Au cours des péripéties de ce volume, chacun des trois protagonistes, ainsi que le mythique Suenteus Po convergent vers le palais Papal où doit avoir lieu l’ascension. Un phonebook assez décousu et au final assez peu mémorable, à part la fameuse parodie du Sandman de Neil Gaiman.







Phonebook 9 : Reads (245 pages)
Un volume qui porte bien son nom de par la quantité de texte à lire. En parallèle, Cerebus et Cirin combattent à mort pour savoir qui aura le privilège de participer à l’Ascension. Le combat est dilaté à l’extrême, chaque mouvement, chaque geste, chaque regard est rendu par le nombre de cases nécessaires pour vivre l’action à 100%. Cerebus, couvert de sang et Cirin, mal en point également, finissent par se retrouver tous deux sur un trône qui décolle et file à vitesse grand V vers l’espace. Ce tome se conclut sur le fameux texte misogyne du numéro 186 marquant la rupture avec une grande partie de son lectorat. Indépendemment de son point de vue sujet à controverse, Reads est à nouveau un exemple de ce qui peut arriver quand un auteur est laissé en roue libre totale sans contrainte éditoriale : la plupart des textes de Reads n’ont qu’un rapport très lointain avec l’histoire même de Cerebus, ce qui est au mieux intriguant, au pire, le symptôme d’un auteur qui n’écrit plus que pour lui-même. Néanmoins, ce combat entre cerebus et Cirin, formidable et émouvant à la fois parce qu’il concerne des personnages mis en place depuis des centaines et des centaines de pages est l’un des temps fort de Cerebus.

Phonebook 10 : Minds (285 pages)
Le volume qui raconte cette fameuse ascension et la rencontre avec Tarim le créateur. Cette fameuse rencontre fut aussi l’objet d’une certaine déception parmi les fans que la mégalomanie de l’auteur commençait à exaspérer, car, sans vouloir faire spécifiquement de spoiler, il n’est guère difficile de deviner qui, un auteur de BD sans contrainte éditoriale sera tenté de personnifier en tant que Créateur de son personnage de papier. Ainsi l’irruption du monde réel, même de façon indirecte, dans ce monde de moins en moins ‘heroic fantasy’ est à nouveau de nature à désarçonner les moins ouverts d’esprit. Un épisode néanmoins mémorable et très éclairant du point de vue de l’auteur sur l’horreur du personnage de Cerebus.






lundi 22 octobre 2007

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford


 

Avis à chaud...

The assassination of Jesse James by the coward Robert Ford
2007
Andrew Dominik
Avec: Brad Pitt, Casey Affleck.

Ce western d’Andrew Dominik me faisait peur, on le disait bavard, long, je craignais un nouveau naufrage à la Wyatt Earp, prétentieux, empreint d’une petite philosophie de comptoir censée éclairer la vie d’un célèbre bandit d’un jour nouveau. Heureusement il n’en est rien. Andrew Dominik évite tous les pièges du « western réaliste qui pète plus haut que son cul ». En premier lieu, la musique est belle, assez loin des gammes hollywoodiennes, capable d’émouvoir sans recourir à trois tonnes de violons larmoyants. Ensuite le bavardage n’a à aucun moment recours à des petites phrases toutes faites, les dialogues ne prétendent pas vous expliquer la vie, ni vous faire vous pâmer devant tant d’à propos de la part de simples desperados de l’ouest. La voix off qui égrène le film de temps à autre est magnifique, à la fois poétique et instructive dans sa manière de divertir le spectateur sans chercher à le noyer sous un flot de belles phrases creuses : en particulier, la présentation du bandit Jesse James au début et la narration de la vie misérable de Robert Ford après son assassinat sont un exemple parfait de ce qu’une voix off est capable d’apporter en plus des images.



 



Le scénario est à la hauteur. Il ne s’attache pas uniquement, comme pouvait le faire penser la bande annonce, à faire passer Robert Ford comme un groupie qui tue son idole. On remarque surtout cette représentation de la peur qui atteint tous les membres du gang James, et la méfiance extrême de Jesse James capable de tuer un de ses hommes sur simple soupçon de trahison. Cette peur, toujours présente, est le moteur du film, c’est elle qui véhicule les hommes, pendant que les femmes et leurs foyers sont les centres de gravité des cheminements masculins. Le fameux assassinat en question, recèle tout de même une petite surprise, et l’impopularité qui s’ensuit de son assassin rend mal à l’aise, puisque l’on a vu tout au long du métrage que Jesse James était bien un enfoiré de première. Alors certes Robert Ford était bien un lâche, mais Jesse James était loin d’être la brigand bien-aimé dépeint par la légende, aussi la fin de Robert Ford en devient elle touchante, car il était un lâche, mais un lâche qui luttait tout de même pour sa vie.
Les images sont magnifiques, paysages hivernaux froids, humides et mélancoliques de campagnes vides entrecoupés de plans grouillants et riches de villes presque modernes et de quelques plans Fordien à travers des portes. On pense aussi à Malick. Andrew Dominik succombe tout de même à deux tics agaçants : filmer à travers des vitres non planes, de façon à monter son attachement au réalisme de détail (hé oui, les vitres planes, ça ne fait pas très longtemps que ça existe) tout en créant un effet de flou artistique. Quand il ne peut pas filmer derrière une vitre, il crée cet effet de flou lui-même (c’est le deuxième défaut agaçant) : le centre de l’image est net, le tour est flou. On peut trouver mille bonnes raison à cela, peut-être le réalisateur cherche-t-il à dire que sa vision de Jesse James n’est pas plus réaliste que les autres, lui aussi regarde le célèbre bandit à travers des verres déformants, mais à la longue le double procédé devient un tic lassant.
Les deux acteurs sont très bons, on cite toujours Casey Affleck, mais c’est vraiment Brad Pitt qui m’a impressionné : le visage maigre, les yeux presque malades, engoncé sous un énorme manteau de fourrure avec ses deux flingues hauts sur la hanche. Andrew Dominik s’attache en effet à dépeindre le quotidien maladif de ces hommes qui vivent mal chauffés dans l’hiver : poumons crachotants, glaire en veux tu en voilà, regards vides et attitudes voûtées. La force physique n’est pas de mise, c’est le sang froid aux armes qui importe le plus.
Cet assassinat de Jesse James est en définitive un très bon film pour peu que le spectateur soit averti de ce qu’il va voir : pas de gunfights, pas de chevauchées, presque le zéro action. Mais de beaux plans de ciels nuageux, la peur et la paranoïa des bandits en proie à la chasse des autorités, et à la tentation de la trahison, la mélancolie d’une vie qui de toute façon ne mène à rien. Tout cela est mené de façon plaisante et sans ennui à condition de savoir ce que l’on va chercher. Dommage au final, que le film se disperse sur trop de personnages, on ressort avec l’impression que le film aurait dû s’attacher uniquement sur Jesse James, ou uniquement sur Robert Ford et en particulier un peu plus sur ce qu’il advient de lui après l’assassinat. Peut-être la version longue corrigera-t-elle cette légère double insatisfaction.



vendredi 19 octobre 2007

T'as le bonjour de Trinita



Cet article est un mix de la notule sur ce film dans mon dossier Western spaghetti de Dvdrama et d'une de mes interventions sur le forum western movies


Little Rita nel west

Ferdinando Baldi
1967
Avec : Terence hill, Rita Pavone Gordon Mitchell

Quand on voit le DVD
(Avec Evidis, tout est permis), et le titre, on s’attend au pire. Rita del West (Rita Pavone), jeune femme qui tire juste et frappe fort est complice avec un chef indien (Gordon Mitchell) qui se trimballe avec un club de golf. Ils cherchent à amasser le plus d’or possible pour le détruire, car l’or avilit l’homme. Sur sa route, Rita devra se mesurer à Ringo sous son poncho et à Django, qui tire toujours son cercueil avec ses mains bousillées. Puis elle trouvera l’amour en la personne de Trinita, bien que ce film soit antérieur à la série des Trinita.


Difficile de ne pas au moins sourire
devant cette caricature en règle de tous les poncifs du western Italien : le shérif cherche vainement à empêcher Ringo d’aller abattre un ancien complice, puis découragé il lance « c’est bon c’est bon, je vais chercher les cercueils ! », Django réclame une mort « à l’américaine » et la scène des pieds de Et pour quelques dollars de plus est parodiée. En outre, le film présent sur le DVD Evidis n’a plus grand-chose à voir avec le film d’origine, sorti en 1967. D’une part, il est raccourci de 24 minutes, 24 minutes de chansons de Rita Pavone, qui était très connue à l’époque. D’autres part, un certain nombre de gags verbaux ont été rajoutés au cours du doublage français pour sa sortie en France dans les années 70. Car ce petit film à petit budget avec l’inconnu Terence Hill n’est jamais sorti en 1967 en France. 1970, après l’explosion de la farce On l'appelle Trinita, les exploitants partent à la recherche de tout film antérieur joué par Terence Hill et inexploité en France, afin de le retitrer « Trinita » et de s’en mettre plein les fouilles. Et dans le cas de ce Little Rita nel west, ils sont allés plus loin que le remaniement du titre : ils ont rajouté des lignes de dialogues (quand les personnages sont hors champ ou filmés de loin) par rapport à la version d’origine. Résultat, on entend une allusion à Cap Canaveral avant l’explosion des grottes, les personnages lancent des citations du genre « Confucius disait toujours : rends moi mon or ducon » ou encore « Trotsky disait toujours : quand faut y aller, faut y aller… ». Bref, du travail d’amoureux de l’œuvre originale par des acharnés du respect dû aux auteurs.

Et pourtant, si vous n’êtes pas un fan hardcore qui veut la version française et la version italienne, je pense que c’est bien la version française qu’il faut chercher à voir.
En effet - et bien que je n'ai pas vu la version italienne - j'affirme sans risque qu'on peut très bien se passer des chansons de la miss Pavone pour peu que l'on ait peu d'intérêt pour la chanteuse.
On se retrouve alors avec un film court, déstructuré et remixé. T'as le bonjour de Trinita devient une oeuvre à part, cohérente et parfaitement dissociable de Little Rita nel West. Les dialogues anachroniques en font une oeuvre post-moderne où l'exploitant du film prend soin d'améliorer et de refaçonner un matériau fade pré-Trinitesque en farce post-Trinitesque de meilleure tenue, avec pourtant un budget post-prod minimaliste, tout en mettant en avant la dérision même du projet (voir la blague sur le budget riquiqui du film).
De nos jours où la télévision passe son temps à faussement se moquer d'elle même (voir les farces auto-ringardisées que sont les nouveaux Intervilles ou l'Eurovision), on pourrait ne pas y prêter attention. Mais là, la sortie de ce film dans les années 70 en France, plusieurs années après la sortie italienne, mais quelques années avant les films des ZAZ est tout à fait intéressante en soit. Et le redécouvrir, brut de chez brut en DVD dans les années 2000, sans aucun recul apparent de la part d'Evidis sur l'oeuvre bâtarde présentée (voir le résumé totalement sérieux sur la jaquette joliment ocre) - comme si Evidis n'avait même pas compris que le film, même en 1967 était déjà une parodie - donne un piquant supplémentaire au film.
Et on se prendrait même au jeu en déclarant qu'il est possible que le résumé "sérieux" d'Evidis fonctionne en fait comme une blague, un faux air de "on vous a bien eu hein?" pour ajouter une dimension de relecture parodique supplémentaire (Evidis parodiant les résumés affligeants des westerns de série B italiens) à un film dont l'objet initial finit par se perdre au fil de ses multiples ajouts de surcouches de dérision.
En bref, un film bien mauvais et parfaitement dispensable, mais si vous tenez à le voir et que vous parlez français, il est indispensable de le voir en VF, dans sa version Evidis avec la jaquette dans les mains!

lundi 15 octobre 2007

Les quatre desperados

Los desesperados
(Quei disperati che puzzano di sudore e di morte)
1969
Julio Buchs
Avec : Ernest Borgnine, George Hilton


Un caporal sudiste courageux (George Hilton) est forcé de déserter pour pouvoir se marier au plus vite - honneur oblige - avec sa fiancée qui est sur le point d’accoucher. Quand il parvient enfin à le faire, celle-ci est morte en couches. Pour ne rien arranger, Sandoval , le père de la fille (Ernest Borgnine), un puissant notable, le rend responsable de ses malheurs et le flanque dehors avec son bébé en pleine épidémie de choléra. Et signe que vraiment Dieu lui en veut, son fils ne tarde pas à mourir de faim. Un homme normal aurait un peu envie de se venger. D’ailleurs, c’est ce qu’il fait.

Dommage que le caporal en question soit joué par George Hilton, on était sinon à deux doigts du chef d’œuvre tragique, noir au désespoir inéluctable planant tel un vautour au dessus de l’arène (le genre qu’on adore quoi…). En effet, George Hilton déjà abominablement passable la dernière fois que je l’ai vu (Je vais, je tire, je reviens, il me semble), est encore plus insipide, fade et insignifiant dans ce film là. Sa tenue change légèrement, elle évolue au fur et à mesure de sa quête vengeresse, mais son jeu, non ! Toujours le même regard vide, à l’exception d’un bref moment au saloon où il tente de montrer qu’il est timbré. Car l’une des forces du film est de signifier que le caporal auquel on s’identifie au début devient à la longue nettement pire que le patriarche obtus à qui il voue sa haine démesurée. Mais avec George Hilton aux commandes d’une telle destinée, la puissance ravageuse de sa vendetta fait plouf. Anthony Steffen ! Julio Buchs eut-il choisi le légume Anthony Steffen plutôt que la soupe George Hilton, la face du monde spaghetti en aurait été changée à jamais, préservant ce film espagnol d’un oubli injuste. Car Anthony Steffen eut au moins apporté – involontairement – sa légendaire dégaine pitoyable et son regard de chien famélique pour donner au moins un certain semblant de début de substance au personnage. Mais le mal est fait, on se demande pourquoi Julio Buchs ayant réussi à avoir Ernest Borgnine n’a pas pu trouver mieux que George Hilton, mais c’est sûrement une autre histoire.



LA scène où George Hilton essaye d'exprimer quelque chose


Pour être tout à fait honnête, la transparence laiteuse de l’un des deux interprètes principaux n’est pas le seul obstacle qui sépare Les quatre desperados du chef d’œuvre méconnu. Il y a aussi quelques inévitables défauts du genre western spaghetti. On peut à nouveau les recenser pour les novices, mais les aficionados n’y font même plus attention : ellipses sauvages, caractérisation à la serpe de certains personnages, rythme inégal, circonvolutions scénaristiques inutiles, décors vus mille fois (bien que ce film-ci innove pas mal à ce niveau là), oubli total de certaines sous-intrigues. Pour ne rien arranger, les couleurs ne sont pas très belles, (défaut peut-être du à l’encodage Zone 1 (NTSC ?) du DVD ?) et le doublage anglais est comme toujours très pauvre, très haché, du niveau de jeu d’Hélène et les garçons, - même Ernest Borgnine semble réciter ses lignes en lisant un prompteur.


Mais si on passe au dessus de ces inconvénients – et on passe dessus d’autant plus facilement qu’on en a l’habitude – quelle splendeur ! Quel sens latin du morbide ! Le film est espagnol, et ce n’est pas anodin de le dire. Je citais les défauts récurrents du western spaghetti, Julio Buchs en évite plein : pas d’exagération ridicule de la violence (on peut d’ailleurs considérer le final comme une sorte de pied de nez au massacre final de La Horde Sauvage, qui n’est pas un spaghetti, mais dont la violence a été fortement influencé par le western spaghetti), pas de traitement purement formel et anecdotique de la guerre de Sécession : elle est là et bien là, on assiste aux réunions des généraux, elle n’est pas juste un décor; pas de centaines de morts sans conséquence, pas de rebondissements invraisemblables. Mais une vraie ambition de la part du réalisateur de réaliser plus qu’une simple histoire de vengeance en mode automatique : un traitement humain des personnages, en particulier celui d’Ernest Borgnine, des scènes intimistes, des facteurs d’ambiance inattendus (la scène d’introduction, la féria finale avec les arènes et les toros), une musique réussie de Gianni Ferrio, sans pour autant plagier le style d'Ennio Morricone, dans laquelle on retrouve des accents classiques connus (Breccio y a reconnu le Concerto pour Aranjuez, on va dire qu’il a raison vu que j’y connais rien :-)) et qui participe au caractère lyrique de l’intrigue. La mort et la cruauté, toujours en filigrane, sont d’autant plus frappantes qu’elles surgissent toujours de façon brève, sans s’appesantir inutilement sur les effets les plus démonstratifs, à l’exception notable de la toute première scène de vengeance du ravioli George Hilton et de la fin longue et cruelle de Sandoval. Pas de vrai méchant, pas de vrai héros, juste deux hommes qui se haïssent pour le pire et pour le pire. Une vraie petite surprise que ce western en définitive, qui, pour peu que vous ne soyez pas allergiques aux endives crues (je parle de George Hilton, là, suivez un peu quoi…), comblera tous les amateurs de western spaghetti qui ont déjà vu les Leone, les Sollima, les Corbucci, les Castellari et qui en redemandent encore.



Où le voir : en vente sur Amazon.com sous le titre A bullet pour Sandoval, pour à peine plus cher qu’une soupe de légume fade, mais beaucoup plus intéressant. Le film est en anglais sans sous-titres, mais comme les acteurs disent leurs lignes avec l’application d’un CM2 qui récite la lettre de Guy Môquet, ça passe relax.

Et puisque je me suis acharné plus que necéssaire sur le jeu de George Hilton, vous pouvez retrouver des critiques un peu plus constructives et détaillées ici:




samedi 13 octobre 2007

Tempête à Washington


 

Advise and consent
1962
Otto Preminger


Dans les années 60, il y avait plus grave pour un homme politique américain que de se faire prendre en bouche par une jeune stagiaire. Il était en effet rédibhitoire d’avoir eu des tentations communistes dans sa jeunesse. C’est le cas de Robert A. Leffingwell (Henry Fonda) que le président des Etats-Unis (Franchot Tone) veut nommer Secrétaire d’Etat. A partir du moment où la décision présidentielle est prise, c’est effectivement la tempête au Sénat qui doit approuver le choix du président. Les adversaires de Robert A. Leffingwell et ses partisans vont se livrer une guerre de couloir sans merci.


Otto Preminger semble avoir fait une carrière constituée de films qui ne se ressemblent pas. On a vu déjà son amour des paysages grandioses et des formes de Marilyn Monroe dans le western Rivière sans retour. Il a également signé une comédie indépendante « libérée » - The Moon is blue, avec William Holden – qui fit scandale en son temps à cause de l’utilisation des mots « seduce », « mistress » et « virgin ». Evidemment, lorsqu’on voit de nos jours un film indépendant comme The Big Lebowski qui place le mot « fuck » trois fois par phrase, ça fait sourire, mais Otto Preminger s’illustrera encore par la suite avec The man with a golden arm – avec un excellent Frank Sinatra en joueur de carte junkie – surtout connu pour une puissante scène de sevrage qui fit sensation à l’époque et qui n’a pas grand-chose à envier à celle de Trainspotting aujourd’hui.

C’est au film politique que s’attaque Otto Preminger avec Advise and Consent, à ses magouilles, ses alliances, ses trahisons et ses coups bas. Comme Robert A. Leffingwell est joué par Henry Fonda – au demeurant assez peu présent dans le film – on épouse instinctivement la cause de ceux qui défendent sa nomination au poste de secrétaire d’état, mais on se rend compte bien vite que certains de ses partisans dépassent les bornes. Tout est passionnant dans ce film : l’aspect documentaire des procédures du Sénat (en particulier, le passage du pouvoir si le Président des Etats-Unis meurt), la défense de Leffingwell et son mensonge sur son passé communiste, les discussions sur la réponse aux Russes (Le sénateur Cooley (Charles Laughton) est partisan de la fermeté, il s’appuie sur une conception vétuste de la fierté, de la guerre et de la patrie en plein risque d’apocalypse nucléaire alors que Leffingwell est partisan de la négociation, au risque de devenir un nouveau Daladier), le sens du devoir du sénateur Briggs (Don Murray), qui veut faire échouer la nomination parce que Leffingwell a menti sous serment, même si cela signifie porter le discrédit sur son président et sur son pays, la contre-attaque enfin, fulgurante et fatale, des jeunes loups partisans de Leffingwell. Car il y a en effet pire, à cette époque, que d’avoir eu des tentations communistes dans sa jeunesse. Ce pire, je vous laisse le découvrir en regardant le film, car le but n’est pas ici de tout raconter.




Le film rend aussi hommage aux vieux briscards de la politique qui prennent cet épisode avec recul – que ce soit le sénateur Cooley qui au final est plus sympathique qu’il n’en a l’air ou le chef de la majorité (Walter Pidgeon) qui défend la cause de Leffingwell, mais pas à n’importe quel prix – alors que les jeunes se cassent les dents, emportés par leur passion et leur volonté de vaincre. Tous les personnages secondaires sont bien vus, car tous les personnages du film sont des personnages secondaires, en particulier le vice-président « incompétent » (Lew Ayres) qui au cours de la pirouette finale va se révéler plus décidé qu’on ne le soupçonnait. La mise en scène d’Otto Preminger est réputée pour sa souplesse et sa fluidité, on retrouve certains mouvements de caméra audacieux, des créations d’ambiance intéressantes (il semblerait qu’aucun Sénateur n’allume la lumière en rentrant tard le soir chez soi, et ce afin de profiter au maximum des effets de clair-obscur du noir et blanc J), une maîtrise des lieux, des personnages et de leurs intrigues par le biais de certains éléments clés qui reviennent régulièrement (le petit métro qui transporte les sénateurs, les visites guidées du Sénat) et qui font de Advise and Consent un film passionnant, jusque dans ses moindres détails. Et donc, mesdames et messieurs les ménagères de moins de vingt-cinq ans, je ne saurais que vous enjoindre à vous procurer ce film d’une manière ou d’une autre, à ne pas faire vos relous et à lâcher vos coms ;-)

lundi 8 octobre 2007

[HW] - Jason Bourne

Attention spoilers...







Les deux premiers Jason Bourne, finalement, étaient de formidables films d’action parce qu’ils relevaient du fantasme. La Mémoire dans la peau ressassait ce vieux fantasme de l’homme normal qui se révèle être un tueur indestructible. Ce thème a été exploité de très nombreuses fois, sous les formes les plus différentes, de la BD XIII (déjà pompée ailleurs par Van Hamme) au héros de A History of Violence. Ce qui marchait bien, finalement, c’était de s’identifier à ce type, au début presque comme monsieur tout le monde, et de réaliser avec joie qu’on disposait des moyens physiques, intellectuels, techniques et technologiques pour foutre la pâtée à tous nos ennemis. Ajoutez à ça une romance plutôt bien vue (malgré cette stupide scène de sexe totalement stéréotypée) et le suspens de l’intrigue (qui, quoi, comment, pourquoi, un réservoir de fuel explose t il réellement si on tire dessus avec un fusil de chasse ?) tout à fait conventionnelle mais bien menée, et vous passiez un agréable moment. Le petit plus, la valeur ajoutée par rapport à ce qui aurait donné un film d’action classique, c’est d’une part, l’acteur Matt Damon, vraiment bon et crédible, et d’autre part, un certain retour à plus de réalisme dans les scènes d’action et dans le déroulement des péripéties, ce réalisme allant également se nicher dans cet étonnant éventail de lieux européens où l’action se déploie. Un film d’action américain qui ose vraiment voyager en nous évitant les clichés, c’était agréable à voir. La mémoire dans la peau fut vraiment une bonne surprise, un divertissement calibré et efficace. Certains auraient peut-être voulu y voir plus que ça, mais les bonus du DVD les détrompaient bien vite. On y apprenait, si ma mémoire est bonne, que deux fins légèrement différentes ont été tournées, une par sensibilité présumée de l’opinion publique américaine vis-à-vis des assassinats secrets de la CIA après les attentats du 11 septembre 2001. Si le public avait réagi contre (« bouhhh, les salauds, ils exécutent des gens à l’étranger, sans procès et sans contrôle : pas bien ! ») on mettait la fin montrant que bouh c’est pas bien. Si le public avait dit « Ouais, faut tous les buter un par un, on s’en fout du droit international ! », alors on mettait la fin montrant que ouais c’est pas si grave, l’intérêt de la nation passe avant tout, bla bla bla… Quelque soit votre opinion et la fin finalement choisie (la différence est de toute façon assez subtile), ce genre de « prévoyance » montre bien les limites du cinéma de divertissement qui cherche à faire passer le message en vogue du moment plutôt que celui des auteurs (scénaristes, réalisateur).









Dans le deuxième film, La mort dans la peau, fini le fantasme du monsieur tout le monde indestructible, puisque on sait désormais que Jason Bourne est un tueur méthodique, calculateur, opportuniste, sur-entraîné et sur-intelligent. Paul Greengrass va alors combler ce manque par un deuxième fantasme : celui de la toute puissance technologique et de l’omnipotence intellectuelle. Bourne maîtrise tout, entre partout, perce tout et déjoue tout le monde. Son amnésie, qui devrait à chaque fois le jeter dans la gueule du loup devient au contraire son principal avantage, ses adversaires ne sachant jamais quel va être son prochain lieu de déplacement (alors que justement, connaissant son handicap, ils devraient pouvoir deviner facilement ce qu’il va faire, mais bon…). Avec un simple téléphone portable, Bourne remonte la piste vers ses adversaires tout en ouvrant une voiture. Les caméras sont ses alliées, et plus les lieux sont enchevêtrés et complexes, plus il maîtrise (la poursuite à pied qui se finit dans le métro). C’est le fantasme de rêve pour tous ceux qui n’osent pas passer une porte sans se demander si c’est privé ou interdit au public, pour tous ceux qui ne trouvent jamais ce qu’ils cherchent sur Internet : allez voir La mort dans la peau, vous maîtrisez la complexité technologique de ce monde. Bien sûr, le réalisme du premier volet en prend pour son grade, bien que les combats et les poursuites gardent un minimum de vraisemblance.








Coté scénario, finie la romance, on se concentre sur l’action pure. Malheureusement, le cœur de l’intrigue a peu d’importance. Le pourquoi du comment Jason Bourne est à nouveau menacé, et la question de savoir qui est le traître à la CIA n’offrent pas une trame suffisamment riche pour faire un grand film, ce qui se constate en regardant le film plusieurs fois : il n’y a finalement guère que les excellentes scènes d’action pour retenir l’attention, avec cette fois un méchant tueur de taille (celui qui tue la fiancée de Bourne) et une adversaire/alliée bureaucratique assez complexe : Pam Landis. L’exploration du coté humain de Jason Bourne suit son petit bonhomme de chemin, sans vraiment d’éclat (Jason Bourne continue à être le robot monolithique du début), mais la scène finale face à la fille de son premier contrat montrait tout de même une certaine émotion. Au final, La mort dans la peau était donc une bonne suite, rattrapant la faiblesse d’un scénario ne révélant pas grand-chose par un fantasme technico-délirant laissant le spectateur fatigué par tant de prodiges Bourniens. Bourne le super-héros commençait légèrement à manquer de crédibilité, mais on en redemandait encore.







Dans le troisième, on allait donc voir ce qu’on allait voir, la fin du cycle, la résolution du mystère (heu… quel mystère au fait ?). Jason Bourne is back home. Il commence plutôt bien ce troisième volet, puisque plutôt que d’inventer une troisième raison bancale pour justifier le retour aux affaires de Jason Bournes, La vengeance dans la peau reprend à peu près là ou La Mort dans la peau se terminait. On pourrait même dire d’emblée que le film se termine bien également, puisqu’en sortant de la salle, vous avez exactement la même attitude qu’en sortant des deux premiers : vous marchez vite et droit, vous repérez les mobylettes qui passent, vous rentrez par un autre chemin pour tromper l’ennemi et vous serrez les poings dans vos poches, prêt à en découdre avec le premier qui fait mine de vous suivre. Mais une fois l’adrénaline retombée, il faut bien se rendre compte de l’évidence : Paul Greengrass n’a pas su créer de troisième réservoir à fantasme avec ce troisième volet : le fantasme du monsieur tout le monde indestructible opère évidemment encore moins que dans le deuxième volet, le fantasme de la toute puissance technologique commence à faire bâiller, et c’est à peine si on est surpris à deux reprises : le repérage par Echelon du mot clé qui déclenche tout, et le pourquoi donc Jason Bournes pique du linge sur les toits de Tanger alors qu’il est poursuivi par la police. A ces deux exceptions près, la surenchère technologique et les prouesses de Bourne ne font même plus hausser un sourcil. Depuis 24 heures chrono, on est habitué à voir des salles de machine contrôler l’ensemble des caméras et des satellites du monde entier. Depuis La mort dans la peau, on est habitué à voir Jason Bourne entrer n’importe où, et quand il ressort du bureau du traître (tiens putain ce qu’il y a comme traîtres à la CIA, ça fait plaisir de revoir Scott Glenn (le chef du traître), mais il a bien vieilli, faudra pas compter sur lui pour un Silverado 2), c’est à peine si on a fait attention à la manière dont il s’y est pris. Bourne est désormais en God-mode, il passe à travers les murs, il réchappe aux pires accidents de voiture indemne, il fait des chutes de 300 m dans l’eau avec une balle dans le dos et s’en va tranquillement en apnée vers sa quatrième aventure (peut-être). Les scènes d’action sont aussi époustouflantes que dans le deuxième volet dans la mesure où elles sont quasiment identiques : même baston avec un tueur, même course poursuite qui se finit de façon identique. Bref, on ne s’ennuie pas, mais c’est loin d’être l’extase primitive et brute des deux premiers opus.







Les fameuses révélations sur son passé auraient pu être le nœud de l’histoire, elles auraient pu recentrer l’attention sur un personnage largement déshumanisé au cours des trois films, mais il n’en est rien. La révélation que Jason Bourne avait lui-même choisi sa carrière de tueur ne font finalement ni chaud ni froid au spectateur, tant les tourments intérieurs du personnage sont ignorés au cours du film. La révélation de la relation passée avec Nicky aurait pu, elle, donner une dimension autre au film, un aspect tragique et désespéré, Bourne réalisant que son passé ne lui reviendrait jamais et qu’il n’aurait jamais une vie normale. Mais les scénaristes préfèrent se débarrasser de Nicky, alors que sa présence donnait du piment au film. Dommage. Vraiment dommage. La vengeance dans la peau reste un très bon divertissement, mais la série s’essouffle. Si un deuxième cycle devait être tourné, il faudrait freiner la surenchère, recentrer l’intrigue sur l’humain, ne pas mettre à nouveau un complot qui englobe tout (en fait Blackfriar englobait Treadstone, et puis quoi ensuite, un complot par le chef de la CIA, puis un complot par le président des Etats-Unis ?) et penser à renouveler la grammaire des scènes d’action. Mais quoi qu’il en soit, j’irai de toute façon, malgré toutes ces faiblesses, j'ai Bourne dans la peau…