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dimanche 10 mai 2009

Un tueur nommé Luke


La notte dei serpenti
1970
Giulio Petroni

Enfin du spagh donc, et plutôt du bon. Giulio Petroni remet le couvert pour une introduction nocturno-pluvieuse style La mort était au rendez-vous, puis l'ambiance se fait caniculaire. Les cigales chantent, les mouchent bzztent à tout va, la musique de Riz Ortolani, loin des envolées symphoniques de Morricone, grince, égrenne ses quelques notes hispanisantes de ci de là pour bien montrer que c'est l'heure de la sieste, l'heure où seuls les chiens et les gringos mettent le nez dehors.
Luke (Luke Askew), notre héros gringo pouilleux sirote sa tequila et passe son temps à se faire brimer par les mexicanos revolutionaro-bandidos. On frémit à l'avance. Ce gars là va se réveiller, et ça va barder.
Luigi Pistilli est là aussi, en chef de milice mexicana. Il flaire, le coin de la bouche relevé, un bon coup, parce qu'on s'en doute, il ne fait pas vraiment partie des gentils. Il se greffe sur une sombre histoire d'héritage, quatre notables du village, le maire, le tenancier, le curé, la pute, qui veulent récupérer la fortune d'un enfant. Le gringo doit faire le pigeon, mais le moment où il troque son chapeau de paille troué pour son authentique chapeau de pistolero lui fait retrouver tous ses moyens. C'est lent, et c'est bon, c'est presque du western tantrique: un zeste de flashback flouté sur les bords mais net au centre, un zeste de folie, une trogne hallucinée, un accès de violence aussi bref que la pluie d'orage, l'intrigue se dévoile lentement, et personne, pas même le gringo n'est réellement sympathique. Seul l'enfant Manuel, joué par Luciano Casamonica (déjà employé par Petroni dans Tepepa) est identifiable comme un être non encore corrompu par l'argent, et sa mère (Magda Konopka), qui exerce ses dons de sorcière au peyotl sur les péons, détonne un peu par son opposition passive aux hypocrisies de la religion officielle, incarnée par le repoussant curé du village (joué par Franco Valobra).
Chelo Alonso est tout aussi insupportable que dans Saludos Hombre en prostituée arrogante au possible et sûre de son sex-appeal. La pute, elle aussi s'oppose aux bonnes mœurs officielles, mais elle a le cœur aussi sec que tous les commerçants du coin, dont le tenancier, et l'âme aussi lâche que celle du maire. La maison de Manuel et de sa mère représente donc une sorte d'ilot libertaire - voire hippie (la consommation de peyotl) - au sein d'une société corrompue et sclérosée, seul endroit où l'on voudra bien tendre la main à Luke, seul endroit où il pourra se refaire.
Au bout d'un moment évidemment, ça pète, des soldats mexicains se font descendre, des bandidos se font descendre, notre homme se fait torturer, puis il s'échappe de prison exactement comme Roy Rogers dans Silver Spurs (à moins que ce soit Tex Ritter dans Take me back to Oklahoma). La fin sans surprise n'a aucune espèce d'importance, encore qu'on ait droit à une justification oedipo-Tellienne du pourquoi du comment de la déchéance de Luke. On frémit! On a passé un bon moment de spagh, bien écrit, bien réalisé, bien monté et bien sonorisé, ce qui est déjà énorme. A revoir dans une copie restaurée, et en VI, car pour une fois, j'ai trouvé la VF sacrément baclée.

PS: Merci Sartana!

samedi 20 décembre 2008

Tepepa


Tepepa

1968
Giulio Petroni

Avec Tomas Milian, Orson Welles, John Steiner.

Les révolutions passent, et l’armée en gris continue d’aboyer sur les pauvres péons. Tepepa (Tomas Milian) le voit bien, lui qui a dû rendre les armes devant cette armée honnie, alors pourtant qu’il avait gagné la révolution. Au moment précis où il allait se faire fusiller, l’européen de service (tiens un anglais cette fois (John Steiner, pas vraiment à la hauteur d’un Franco Nero ni même d’un Lou Castel, mais à la maigreur intéressante)) le tire de là au moment fatidique (« apunten armas », ou quelque chose du genre) pour mieux le descendre lui-même. C’est que le sieur Tepepa a violé sa donzelle quelques années auparavant, et que celle-ci s’en est suicidée. Vengeance oblige donc, le docteur anglais sort son Mauser pour flinguer le révolutionnaire, mais s’en trouve empêché pour cause de poursuivance gouvernementale. Petit à petit, l’anglais va apprendre à apprécier Tepepa pour le dévouement qu’il porte à sa cause et va commencer à douter de sa culpabilité.

Film politique écrit par Franco Solinas (qui a scénarisé tous les westerns étiquetés de gauche : El chuncho, Colorado, El mercenario), démonstratif au point d’en être légèrement pesant, Tepepa est un vrai western Zapata de gauche pur et dur et – semble-t-il – sans distanciation ironique autre que la conclusion. L’armée régulière massacre, mutile, exécute les révolutionnaires et brule les villages. Les propriétaires terriens fouettent et exploitent les péons, les hommes au pouvoir bafouent les idéaux de la révolution. Dépossédés de leur simple droit à un petit lopin de terre, les hommes prennent les armes et d’une manière générale, perdent. La musique d'Ennio Morricone portée par des envolées ressemblant énormément à celles de Bruno Nicolai (d’ailleurs c’est lui qui a dirigé l’ensemble) ne prend non plus aucune distance ironique et souligne parfaitement la dramatique destinée de l’entreprise révolutionnaire, sans chercher à créer un quelconque lyrisme exaltant la beauté des idéaux : on se bat parce qu’il n’y a plus le choix.
Donc, ça ne rigole pas, et l’intrigue parallèle, la petite histoire qui veut rejoindre l’Histoire, n’est pas là pour faire marrer non plus, en jouant cette fois dans la cour du tragique flamboyant. « Qu’est ce qu’une femme, comparée à la révolution ? » pourrait être la phrase résumé du film, mais c’est tout le point de vue misogyne précédant cette phrase qui révèle un Tepepa antipathique, non limité à sa dimension de héros. Chaque personnage suit donc les traits propres à sa classe : Tepepa sauve son peuple, mais il massacre et viole comme un vulgaire bandit, l’Anglais sauve des vies et suit un bel idéal héroïque personnel (très prisé à notre époque individualiste), mais bien qu’il ait une certaine admiration pour Tepepa, il méprise profondément la race inférieure du Mexique (voir la scène initiale où les péons poussent sa voiture, et la conclusion finale du gamin Paquito, qui fait écho à sa première rencontre avec l’anglais, et prouve que le film n’a pas été écrit avec les pieds). Les péons sont présentés comme une masse facilement exaltable (voir la harangue de Tepepa après le massacre du village), animé d’un bel idéal révolutionnaire, mais le péon individualisé n’hésite pas à trahir sa cause quand le besoin devient trop insupportable (José Torres, sans les mains, que l’on a toujours plaisir à voir). On pourrait donc presque dire qu’en façade le film arbore un discours prorévolutionnaire appuyé, mais que par derrière, Franco Solinas a voulu démontrer que les hommes n’échappent pas à leur caricature (le révolutionnaire est un bandit, le médecin est une élite méprisante, le péon est un lâche). Alors, sous son discours politique, le film, qui fait écho à la physiognomonie, cette pseudo-science qui prétend reconnaître la personnalité aux traits du visage, thèse naturellement réfutée par le docteur anglais, chercherait-il finalement à la remplacer par un énoncé identique qui verrait l’appartenance de classe substituée aux traits du visage? Cela semble d’autant plus plausible, que le colonel Cascorro (Orson Welles, qui bougonne, maugrée et soupire avec ses yeux à la Garfield), lui, joue le méchant de première avec application, mais avec une lucidité et un recul qui fait qu’il n’est dupe, ni de son statut, ni de l’issue de ces massacres incessants. Il est le seul qui semble assez intelligent pour ne se prêter ni à des idéaux utopistes, ni à des idéaux individualistes bornés, ni à une obéissance aveugle à un quelconque régime, mais il n’en continue pas moins à jouer son rôle, comme s’il en était prisonnier. Le petit gamin qui à la fin devient un authentique révolutionnaire, le seul vrai personnage qui échappe aux travers de sa propre caricature pour n’en conserver que l’aspect pur et positif, peut sembler contredire cette analyse purement spéculative, pourtant la scène finale, qui voit Paquito chevaucher avec ses hommes avec une image de Tepepa en surimpression fut paraît-il une source de conflit entre le réalisateur Giulio Petroni et le scénariste qui détestait la scène, car il ne l’avait pas écrite, comme si Petroni avait voulu donner une fin plus jolie, moins désespérée à son film, avec une image plus « romantique » de la révolution. Ainsi, si Tepepa semble traiter son sujet avec sérieux, on constate déjà un point de vue amer sur l’idéal révolutionnaire, qui sera développé plus tard avec ironie dans d’autres westerns Zapata tels que El Mercenario, Companeros ou Il était une fois la révolution.
Mais voilà, je vous barbe avec une analyse tarabiscotée, et vous vous demandez encore si le film vaut le coup d’être vu. Réalisé par Giulio Petroni (La mort était au rendez-vous), le film est bien sûr tourné de manière très professionnelle, sans détails foireux, avec des moyens conséquents, une très belle utilisation des paysages almeriense, des morts partout, des soldats mexicains qui virevoltent, de la dynamite en veux-tu en voilà, Tomas Milian qui joue sérieusement sans (trop) cabotiner, une musique d’Ennio Morricone qui n’est pas sa meilleure mais qui tient le coup quand même, quelques scènes incongrues bienvenues (l’anglais dans le lit de la femme du geôlier), Orson Welles qui est une incongruité à lui tout seul, des flash backs au ralenti avec une femme qui court et qui pourrait vous faire croire que c’est pompé sur les flash back d’Il était une fois la révolution, sauf qu’une fois de plus, le film lui est antérieur (au point que je commence à me demander s’il y a quoi que ce soit d’original dans Il était une fois la révolution…), bref, c’est du bon, allez-y foncez, mais attendez un peu que Wild Side nous le sorte en français, au lieu de le regarder en anglais comme je l’ai fait.

Où le voir ? Je viens de vous le dire, faut attendre encore un peu…


mardi 2 septembre 2008

Ciel de plomb


1968
E per tetto un cielo di stelle
Giulio Petroni
Avec : Giuliano Gemma, Mario Adorf

Le titre français est superbe, plein de promesses de désenchantement lugubre et de violence frappée au coin de la destinée. Un titre pareil pour un western, bien-sûr, une fois qu’on l’a lu, on trouve ça évident. Mais bravo tout de même au gars qui a trouvé ça il y a quarante ans, il fallait y penser le premier ! L’intro aussi est pleine de promesse de mortalité désespérée dans un monde de lenteur extrême. Giuliano Gemma enterre en plein désert des innocents qui sont morts à sa place. La musique d’Ennio Morricone opère de son charme inimitable mais souvent imité tandis que Mario Adorf observe la scène de loin, sans rien dire. Giuliano Gemma sait que Mario Adorf l’observe et Mario Adorf sait que Giuliano Gemma le sait. Enfin, Mario Adorf se décide, prend une pelle sur sa mule, et va aider Giuliano Gemma à enterrer ses cadavres. Il pourrait lui dire un mot, il pourrait lui dire « bon sang, quel massacre, que Dieu ait pitié de leurs âmes », mais non il se tait, car il habite au pays du western spaghetti, où la violence va de soi, où les hommes communiquent par le regard, la pose et la nonchalance, où chacun sait ce qu’il a à faire sans se préoccuper d’un stupide vernis de civilisation. Quand on enterre des innocents dans le désert, on raconte pas sa vie.


Mais voilà, après cette bonne première séquence, le film part dans une toute autre direction. Le western spaghetti tragique et crépusculaire fait place à la comédie simple, non parodique et sans complexe. En soit ça n’est pas un problème, et dans la mesure où la violence reprend ses droits de façon fugace et régulière, cela aurait pu donner un film d’exception, où le rire est désamorcé quand on s’y attend le moins par le retour à la tragique réalité, rendant par là même cette violence encore plus choquante. Malheureusement ce n’est pas le cas car l’aspect comédie est raté, les gags sont lourdement appuyés et prévisibles, les dialogues sont longs, plats et répétitifs, le doublage est à peine correct et on s’ennuie poliment en attendant de sourire un peu. Le personnage de Mario Adorf est tellement stupide qu’il est impossible de l’apprécier. Giuliano Gemma lui, joue son rôle « sympa » avec son aisance habituelle mais ça ne suffit pas. La relation entre les deux ne fonctionne pas, et il n’y a pas seulement un semblant d’indice qui explique pourquoi Gemma s’attache à un type aussi idiot. Les quelques bonnes idées de scénario (le faux télégraphe, l’attraction de la sirène (décidément cette fascination du western italien pour le cirque…)) ne parviennent pas à rattraper les multiples scènes navrantes (la séduction de la veuve, l’arnaque de la banque, le ranch délabré, le truc sur les lapins, le cracheur de feu) ! Le tout n’est au demeurant pas si mauvais et reste tout à fait regardable, mais après une aussi prometteuse introduction, ça énerve grave le spectateur de bonne composition qui commençait à être bercé par la musique de Morricone et par la mortalité ambiante. La fin rattrape un peu le tout, enfin l’amitié entre Giuliano Gemma et Mario Adorf commence à être crédible, enfin Giuliano Gemma montre ses failles, enfin l’humanité des personnages transparaît. Mais c’est trop tard, on a le sentiment que le film est parti dans la mauvaise direction, malgré un réalisateur de talent (La mort était au rendez-vous, Tepepa), malgré Giuliano Gemma, malgré Ennio Morricone, et en dépit d’un titre français magnifique et d’une intro flamboyante. Tant pis, c’est toujours ça de pris !

Où le voir : DVD studio Canal. Chez Studio Canal, ils ont vraiment bien pris le pli de chez Evidis. Le résumé de la jaquette n’a en effet rien à voir avec l’intrigue ! Encore un petit effort les gars : mettez aussi des photos d’illustration qui proviennent d’un autre film et vous arriverez enfin au niveau de qualité Evidis. Par contre il faudra baisser un peu le prix aussi, sinon, on joue plus !

lundi 9 juillet 2007

La mort était au rendez-vous



Da uomo a uomo
1967
Giulio Petroni

Avec Lee Van Cleef, John Philip Law

Un petit garçon voit toute sa famille massacrée un soir de pluie par 4 ou 5 types très tibulaires, et ce qu’il va faire devenu adulte, et bien, ce n’est pas trop difficile à deviner. Jeune et fougueux, il va chercher à se venger bien sûr, sauf que, sauf que, il y a le Colonel Mortimer sur son chemin.

La mort était au rendez-vous est le parfait western italien, qui copie tout sur Leone (et surtout Et pour quelques dollars de plus) avec talent et bonne conscience, et qui parvient tout de même à dégager un parfum d’authenticité de genre réjouissant. Adulte et enfantin à la fois, le scénario offre son lot de violence à l’italienne tout en restant sobre dans la démesure. Les relations père/fils entre Lee Van Cleef et Clint East… heuu John Philip Law ainsi que le thème de la ville corrompue et les magouilles du méchant inscrivent le film dans un registre adulte et sombre, tandis que le motif de la vengeance bornée associée à des éléments figuratifs simplistes (l’éperon, le tatouage, la balafre etc) rappellent la logique de films destinés plutôt aux plus jeunes comme Le Dollar Troué ou Wanted avec leurs revolvers aux canons sciés et leurs fers de marquage qui reviennent tels des leitmotivs visuels tout aux long du film.
De même, contrairement à des films ultérieurs type Sabata, la mort porte sa signification, même chez les méchants. Lorsque Clint… heuu John Philip Law abat l’un des meurtriers et accomplit ainsi sa vengeance, il se retrouve confronté au frère du défunt ivre de rage qui est bien décidé lui aussi à se venger. La litanie n’en finit pas, et bien que la pirouette scénaristique qui fait du frère l’un des meurtriers recherché permet facilement de faire oublier que la vengeance appelle toujours la vengeance, ce passage montre des méchants à visage humain, au sens tragique prononcé comme dans les tous meilleurs westerns spaghetti de la période noire.
Par contre, les coups de pute continuels entre Clint Philip Law et Lee Van Cleef à base d’abandon répétés dans le désert – sans aucune conséquence dramatique – contrebalancés par des sauvetages de l’un par l’autre à chaque fois qu’une situation délicate pointe le bout de son nez, rappellent plus l’esprit « libertaire » du western spaghetti, où les contingences matérielles n’ont décidément pas prise sur la réalité. Lee Van Cleef, abandonné sans cheval au milieu de nulle part, arrive dans le pueblo, déguisé en peon avec des ânes et des armes en nombre suffisant pour fomenter une petite révolution. Et il arrive pile avant que Clint Philip Law soit cuit à point, ce qui tombe plutôt à pic.
Cette dualité de genre, entre le registre sombre et flamboyant, et le registre aventures enfantines se retrouve également dans la mise en scène. Giré en parle dans son livre, La mort était au rendez vous offre deux très belles séquences : d’abord, le massacre inaugural, sous la pluie battante, grinçant et persécuté par une musique asynchrone d’Ennio Morricone, indique très clairement qu’on n’est pas ici pour voir un film où John Wayne va taper la discute pendant trois quarts d’heure avec une nana sous un arbre, avec tout le respect qu’on lui doit. Ensuite cette scène, où Lee van Cleef se moque gentiment de Clint Philip Law enterré sous le soleil pendant que la musique d’Ennio Morricone s’entête et accompagne tous les villageois qui surgissent de leurs maisons les uns après les autres pour venir le déterrer, donne une idée du talent de réalisateur de Petroni quand il s’en donne la peine. A l’inverse, la volonté de vouloir trop en mettre, de condenser en un quart d’heure une résistance paysanne type Les sept mercenaires, puis un siège éprouvant et lancinant sur fond d’ersatz de Deguello à la Rio Bravo/Alamo puis un shoot’em up dans la poussière à la Et pour quelques dollars de plus démolit complètement la crédibilité de l’entreprise et range plutôt le film dans le genre « aventures à la queue leu leu où on ne se prend pas la tête ». Tant pis et tant mieux. La mort était au rendez vous, à défaut d’être le grand film qu’il aurait pu être, est le parfait étalon du parfait western spaghetti, ce qui n’est pas rien. Le type de western spaghetti avec un titre pas trop con, ce qui vous permet déjà de le proposer à votre entourage sans entendre fuser les rires, sans trop de démesure violente et tortionnaire, ce qui pourrait permettre à votre môman et à vos enfants de le voir avec plaisir, suffisamment bien réalisé, suffisamment inventif et haletant pour que ceux qui ont vu Et pour quelques dollars de plus il y a un certain temps déjà ne ricanent pas trop devant le plagiat du style Leonien, suffisamment réussi, en bref, pour s’adresser à tout le monde, et pas seulement au fan indulgent qui saute au plafond de joie dès qu’il y a un peu de trompette ou Anthony Steffen qui dégaine...

Où le voir : Et c’est là en plus ce qui est génial, le film est disponible en DVD MGM avec piste française excellente. Le seul hic, c’est qu’il n’est pas dispo en France, il faut le commander sur Internet (AMAZONE.UK, PLAY.COM). Titre anglais : Death rides a horse. A vous de jouer !

[Edit] Désormais disponible en DVD franco-français!

On m'appelle Providence


Des gadgets, de la crasse et de la castagne! Oyez oyez, laissez vous entraîner par Providence!!

La vita, a volte, e’molto dura, vero Provvidenza
Giulio Petroni
1972

Avec:Tomas Milian, Greg Palmer

Providence est un chasseur de primes habillé comme Charlot, fin élégant et racé, qui voyage dans une diligence transformée en voiture gadget à la James Bond, et qui livre sans cesse le même bandit aux shérifs locaux. L’histoire n’a pas d’importance, le film n’est que gags, crasse et gros délires.

On m’appelle Providence est un film qui a vieilli. Je ne dis pas ça comme une insulte lancée négligemment au film, mais plutôt comme un avertissement préalable nécessaire pour mieux l’apprécier. Les années 80 et 90 ont été beaucoup plus loin en terme d’humour poids lourd avec des films comme Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ou Y a-t-il un flic pour sauver la Reine ?. Les Nuls aussi sont passé par là, ce qui fait que en comparaison, le rythme assez lent, les tics appuyés de ce On m’appelle Providence pourraient rebuter les moins ouverts d’entre nous.

Et ce serait dommage. Car les références sont nombreuses : le héros incarné par Tomas Milian prend plus ou moins l’apparence de Charlot, et sa façon de se battre rappelle également les manières du petit vagabond. L’hommage s’arrête là car ni la tendresse de Chaplin, ni l’aspect social de ses films ne transparaît à aucun moment dans On m’appelle Providence. Providence, malgré son nom, n’est qu’un chasseur de prime uniquement motivé par l’appât du gain, n’oublions pas que nous restons malgré tout dans la tradition du western italien. Les Marx Brothers sont aussi cités avec le gag de Oklahoma Kid (Gregg Palmer) qui retient un arbre ainsi que Tex Avery et les gags du même Oklahoma Kid (un espèce de Bambino en moins teigneux) qui laisse une grosse marque dans le sol quand il plonge à terre. D’ailleurs un cheval « de série » s’en souvient encore. Bien sûr, l’humour à la Trinita n’est pas en reste, il y a de la crasse à faire crever les poissons des rivières, des bastons interminables, une partie de billard mémorable et des acteurs qui cabotinent à outrance. Et je ne vais pas énumérer tous les trucs de la diligence de Providence, il faut vous laisser un peu de découvertes, chers amis lecteurs. Parfois c’est gros, lourd et pesant, parfois c’est cinglant, inattendu et franchement drôle. Mais dans tous les cas, cela reste cohérent, assumé, filmé avec talent, très loin de certaines catastrophes comme Les ravageurs de l’ouest. Giulio Petroni est le réalisateur du remarquable La mort était au rendez vous et du très intéressant Tepepa, et on doit lui reconnaître le talent ici de réaliser son film avec sérieux et de ne pas sombrer dans la facilité. Ennio Morricone ajoute une touche légère et dynamisante au film, avec une musique réutilisée d’ailleurs dans un autre western dont le titre m’échappe présentement. Tomas Milian j’adore toujours autant. Ici il est presque parfait dans ce rôle de dandy droit et digne dans ses manières, escroc et roublard dans ses actes (ce qui au fond en fait l’antithèse du personnage de Chaplin, mais passons…). Alors On m’appelle Providence n’est certes pas un chef d’œuvre, mais il représente sans doute une réussite du western italien comique post-Trinita, en même temps qu’un point d’arrêt. Comment en effet aller plus loin dans le registre parodique après ça ? Comment continuer à retourner des codes déjà maintes fois détournés ? Comment continuer à introduire des fantaisies iconoclastes après la diligence de Providence ? Comment renouveler encore un genre en pleine décadence ? On m’appelle Providence n’est déjà plus vraiment un western, il constitue plutôt une parodie de parodie de parodie qui finit par se mordre la queue. Néanmoins, ceci ne doit pas vous empêcher de l’apprécier à sa juste valeur : un film drôle et réussi malgré tout, avec des acteurs, des trognes, une musique, des décors qui raviront de toutes façons les amateurs du genre.

Comment le trouver? Ma foi moi-même je serais bien en peine de le savoir. le DVD-R qu'on m'a prêté est en VF, l'image est assez correcte, mais je ne sais pas du tout quelle en est la source. Merci aux fans purs et durs d'écumer la terre entière pour trouver ces films, rechercher des VHS en bon état, récupérer une VF à droite, la rajouter à gauche. Si on devait s'en tenir au éditeurs français, on en serait réduit à critiquer les mêmes Evidis sans fin, au fur et à mesure de leur reparution en kiosque ou de leur réexploitation sous des packaging différents.
Bzzz crrr...

Ha, la personne qui m'a prêté le DVD-R me signale dans mon oreillette qu'il s'agit plus simplement d'un enregistrement d'une chaîne du câble. Raison de plus pour jeter la pierre aux éditeurs infoutus de sortir en DVD des trucs qui passent à la télé!