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lundi 20 décembre 2010

Adios Hombre


Sette pistole per un massacro
Mario Caiano
1967
Avec: Craig Hill, Eduardo Fajardo, Piero Lulli


Il y a bien longtemps que je n’avais mis une galette spaghetti dans la machine, et ma foi j’avais un peu perdu mes repères. Grand dieux ! Qu’est ce que c’est que ces décors minables au possible ? Une ville tout sauf crédible (le fronton de la banque qui fait toc, au secours!), vide, au ciel bas et froid ! Pas d’Almeria, pas de chaleur, pas de mobilier, le néant. Mario Caiano a beau soigner ses plans et ses perspectives, on se retrouve brutalement plongé dans la misère spaghettienne la plus nue. Lorsque Craig Hill (en bonne place dans le palmarès des acteurs de western spaghetti sans charisme) rentre dans le saloon, il y a un peu plus de monde, on pourrait y croire, on se dit même que cela ressemble à un effet recherché mais on est alors frappés par l’indigence de la vestimentation. Où sont les tenues baroques et étudiées, où est le choc esthétique procuré par les accessoires, où est le soin apporté au détail ? Eduardo Fajardo a rarement été aussi peu inquiétant, tant il est mal sapé et même Piero Lulli ne fait guère d’effet engoncé dans son costume simili-cuir mal ajusté.
Heureusement, peu à peu, le charme ineffable du western italien agit. Après deux ou trois chtouig à la guitare de la partition de Francesco de Masi, après deux ou trois coups de feu à l’écho ultra exagéré, après l’apparition de têtes aimées comme celle de Nello Pazzafini, on reprend plaisir au truc, la machine se remet en marche, le cerveau se remet sur les rails, et youpi, on n’a plus qu’à cataloguer la ribambelle de points positifs de l’entreprise. En premier lieu, un scénario solide, bien ficelé, bien mené et que l’on suit avec plaisir jusqu’au bout. Bon, étant donné le pitch – à savoir une bande de bandits qui tient une ville en otage – on se serait attendu, de la part d’un western italien, à plus de démesure dans les sévices, brimades et autres violences diverses à l’encontre de la population locale, mais comme le dit en introduction Jean-François Giré dans un argumentaire un peu bancal, Caiano fait partie de ces réalisateurs qui ont affirmé leur personnalité en copiant le classicisme américain plutôt que le style Leonien (bon je caricature un brin, mais ça revient à ça). Donc, de la violence oui, ma non troppo. Quoi qu’il en soit, le huis-clos étouffant est bien mené, bien rythmé, avec en filigrane des histoires de trahison et de vengeance qui tiennent la route. Les femmes ne font pas que de la figuration, on apprécie l’implication de Giulia Rubini, l’importance des dialogues qui lui sont accordés, le temps consacré à son personnage. Spartaco Conversi apparaît à la fin pour notre plus grand bonheur, et même si l’on sait avant même que la diligence n’arrive qu’elle sera remplie d’hommes de loi, et bien ma foi le film a rempli son office, il a permis de passer une bonne petite soirée spaghetti sans prise de tête, tout en rêvant, comme d’habitude, de ce qu’aurait pu être le film avec plus de moyens, plus de tripes et plus de cran. Malgré tout, un spagh honnête quoi, ni plus, ni moins.



Le DVD Seven 7: image pas tip top, manquant de netteté, couleurs légèrement délavées par moment, un peu vives à d'autres moment, il manque les tons ocres du genre. Introduction factuelle de Jean-François Giré qui dit tout ce qu'il peut sur un film somme toute assez mineur malgré ses qualités de mise en scène.

mardi 23 février 2010

Un par un, sans pitié


Ad uno ad uno... spietatamente
1968
Rafael Romero Marchent

Avec: Peter Lee Lawrence, William Bogart, Eduardo Fajardo

Beaucoup moins bon que Deux croix pour un implacable du même réalisateur, on peine sérieusement à trouver des qualités à ce film, autant qu'on peine à lui trouver de réels défauts. L'ensemble n'est pas trop mal foutu, mais l'alchimie ne produit pas l'or dans les yeux attendu. Musique insignifiante, personnages non attachants, scénario peu rigoureux, absence de moments forts, Un par un sans pitié n'a finalement de bon que son titre. On a bien sûr plaisir à voir Peter Lee Lawrence, assez rare dans le genre, et Eduardo Fajardo, toujours un brin vicieux mais affreusement mal doublé, mais leur présence ne suffit pas à allumer la moindre étincelle. Le DVD M6 vidéo a une qualité d'image très bonne, ce qui donne un curieux effet quand on a visionné tant de vieux films muets et tremblotants dans les semaines précédentes. On crie à la supercherie, une image aussi nette, aussi détaillée pour un résultat aussi piètre? C'est presque du gâchis! Belle jaquette stylisée de Arthur de Pins, dont l'absence de signes distinctifs fait douter du fait que celui-ci ait vu le film, au contraire de ses autres collègues fluide glaciens. Et toujours cet insultant logo "Italian Flavour".

mercredi 26 août 2009

O'Cangaceiro


O’Cangaceiro
1969
Giovanni Fago

Avec: Tomas Milian, Eduardo Fajardo

Le western révolutionnaire, on le sait depuis qu’il existe, est, non sans ironie, fortement marqué à gauche. Dénonciation de l’impérialisme américain, des dictatures fascistes et du capitalisme. Aujourd’hui, la tendance analytique (qui va bien dans le sens du vent du moment) est de gratter sous la caution prolétarienne et de mettre en avant ladite ironie qui montrerait que les réalisateurs de westerns zapata ne croyaient pas à leur discours, employant donc une sorte de sous-sous-texte pour dire finalement, rien ne marche, on ne croit qu’en l’individualisme, et encore. Comme un genre de western nihiliste quoi : le capitalisme, tout ça c’est pas bien, mais faut faire avec, la révolution ne changera rien, comme le chantait Renaud : « ils font la fête au mois de juillet, en souvenir d’une révolution qui n’a jamais éliminé, la misère et l’exploitation ».

O’Cangaceiro ne déroge pas à la règle. La phrase clé est bien sûr cette remarque de l’ingénieur hollandais (Ugo Pagliai) sur le fait que si son entreprise peut faire des bénéfices en hausse de 80%, c’est bien parce que les pauvres n’ont rien à bouffer. Là, le film est dans le cadre. Et pourtant à la fin, Espedito (Tomas Milian) abandonne la lutte, genre ça ne sert à rien, tu peux toujours tuer un gouverneur ou deux, ça ne changera rien, la gangrène capitaliste est bien installée, pour régler ça il faudrait amputer sévèrement, voire couler le pays entier. Le film sort du cadre, Espedito s’en va, l’ingénieur hollandais s’en va aussi, leur conscience politique à tous les deux a évolué vers un ni-ni, on arrête tout et on s’efforce de survivre dans un monde de merde. Mais il faut dire que la révolution d’Espedito était d’emblée apolitique, à l’image de ces chefs de pillards qui se proclament général dans Companeros ou Saludos Hombre, avec en plus un coté mystico-chrétien-crétin souligné par son titre ridicule de Rédempteur.
Tout cela serait proprement à bailler d’ennui si on n’avait pas affaire à un petit western zapata de bonne tenue. On peut bien sûr lancer le débat sur cette dénomination puisque l’action se déroule au Brésil et n’est donc pas à classer dans la catégorie Western, mais honnêtement, je ne vois pas grande différence avec le genre, à deux ou trois détails près : les décors sont Brésiliens puisque le film a été tourné là-bas, on voit donc une végétation assez luxuriante, et le casting est brésilien aussi et tranche pas mal avec les gitans d’Almeria par sa couleur noire de peau. Enfin, les cangaceiros ont un joli costume. Mais pour le reste, l’armée se fait décimer, Tomas Milian joue toujours bien l’abruti exalté, Eduardo Fajardo est un méchant toujours excellent, et l’européen de rigueur est là (tiens, un Hollandais cette fois !) pour être confronté à la population locale (savoureuse scène de la voiture démantelée). Rien de bien neuf donc, mais que du plaisant, les bases sont là, mais avec une couleur un peu plus exotique, un peu comme lorsque Carlos Nuñez revisite le Boléro de Ravel. Deux belles scènes comme on en verrait plus dans le cinéma commercial d’aujourd’hui surnagent : celle où l’ingénieur hollandais lit Lord Jim de Joseph Conrad toute la nuit aux Cangaceiros (Je n’ai pas vraiment trouvé de résonance fracassante entre ce livre et le thème du film), et celle où le même ingénieur hollandais parvient au campement d’Espedito en suivant une piste formée d’hommes dans leurs hamacs. Belle conclusion sans doute, sous cette superbe et lancinante et brésilianisante musique de Riz Ortolani : la révolution ? Peuh, après la sieste !

Où le voir : DVD Wild Side, image propre mais VF foireuse à éviter, les voix sont étouffées voire inaudibles, passez donc la version italienne. Si vous êtes myopes et incapables de lire les sous-titres, vous êtes dans la merde. Deux bonus dans le coffret. Un entretien avec Giovanni Fago qui parle de son parcours, de son amour du cinéma et du Brésil, et de ses souvenirs sur le film. Très intéressant et émouvant. Le deuxième bonus est une intervention croisée de Noël Simsolo, Jean-François Giré et Jean Baptiste Thoret, les trois hommes retraçant les tenants et les aboutissants du western zapata. Noël Simsolo (auteur des Conversations avec Sergio Leone) place la barre assez haute en employant des mots comme "Brechtienne", Jean-François Giré se fait plus accessible mais n’apprendra pas grand-chose à ceux qui ont lu son livre, quant à Jean Baptiste Thoret il présente la thèse assez simpliste que le western américain n’a pu survivre que grâce au western spaghetti (quand on voit Major Dundee qui date de 64, on peut légitimement en douter) et va jusqu’à dire que La Horde Sauvage est un western spaghetti tourné en Amérique, affirmation qui me plairait énormément s’il s’agissait d’une provocation pure et simple, mais qui semble ici lancée de façon bien candide.

Image: western movies