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dimanche 21 janvier 2024

La Chevauchée Des Sept Mercenaires

 


1972

The Magnificent Seven Ride

George McCowan

Avec : Lee Van Cleef

Quatrième film de la série des Sept Mercenaires, tous inspirés de l'indémodable matrice d'origine signée John Sturges, La Chevauchée Des Sept Mercenaires ne m'a guère donné envie d'explorer les opus deux et trois. Certes, on commence avec le sourire jusqu'aux oreilles lorsque démarre le générique avec l'emblématique musique d'Elmer Bernstein, mais on se rend rapidement compte que l'on est en présence d'un western de seconde zone. Les yeux saignent d'abord (mais ce n'est pas la faute du film) parce que la copie proposée par C8 est fade et délavée. Ce n'est pas un grand film restauré avec amour et c'est recadré, ce qui donne l'impression de regarder un téléfilm que l'INA aurait exhumé de ses placards. 

Mais même ce que l'on voit sur la pellicule ne soulève pas l'enthousiasme. Les décors sont minimalistes, les costumes font également penser à une série TV des années 60. A part Lee Van Cleef, toujours impeccable mais qui commence à montrer son âge, peu de gens sont connus, peu d'acteurs sortent du lot. L'histoire est basique. Chris - parce que oui, on doit accepter que le personnage joué par Lee Van Cleef est le même Chris que celui du premier film joué par Yul Brynner - est devenu un Shérif implacable et sévère. Il commence par refuser d'aller à nouveau aider des pauvres mexicains terrorisés par un bandido ("J'ai passé trois fois cette frontière pour combattre des bandits... Trois fois j'ai failli y rester...") , mais bien sûr, les évènements vont lui forcer la main.

En l'occurrence, les évènements sont constitués du rapt, du viol et du meurtre, par des jeunes désœuvrés, de la femme de notre pauvre Lee Van Cleef. C'est de sa faute aussi, pris d'un élan gauchiste incompréhensible, il avait été clément avec l'un des jeunes et l'avait libéré. Le laxisme de la justice est effrayant, on comprend pourquoi C8 diffuse ce film. Accompagné d'un journaliste qui est là pour imprimer la légende, Chris finit par retrouver sa femme morte dans un buisson. Refusant même de la regarder, Chris ne prend pas la peine de l'enterrer dignement et la laisse pourrir sous un tas de cailloux, parce qu'il faut vite qu'il tue les trois beatniks qui ont fait ça. Semblant se remettre de la mort de sa femme avec une étonnante rapidité, Chris, toujours flanqué de son journaliste, va rapidement faire la peau de deux des coupables sans prendre le temps de leur lire leurs droits. Puis ils vont se retrouver dans un village mexicain dont les hommes ont tous été tués, et les femmes toutes été violées, par le fameux bandido mexicain. Or le troisième coupable du meurtre de la femme de Chris a rejoint la bande du mexicain. La boucle est bouclée, Chris va donc pouvoir aider les femmes violées, recruter du monde et décimer la bande, youpi!

En plus d'être basé, bien sûr, sur le film d'origine, La Chevauchée Des Sept Mercenaires s'inspire également des Douze Salopards, ou, pour rester dans l'univers western, de La Poursuite Sauvage. Chris va recruter cinq bagnards qu'il a lui-même mis en prison pour faire le boulot. Astuce intéressante, il commence par les impliquer dans le kidnapping de la femme du bandido pour s'assurer de leur loyauté et les empêcher de passer dans l'autre camp. Le septième mercenaire n'est autre que le journaliste qui va troquer son rôle d'observateur impartial pour participer pleinement aux festivités. Scène surréaliste, à l'arrivée de la troupe dans le village, Chris va littéralement offrir une femme à chacun de ses nouveaux acolytes. Etrangement, celles-ci semblent accepter d'être affectées à un bandido americano avec le sourire, alors même que ceux-ci sont censés empêcher un probable futur viol de masse par les bandidos mexicanos. C'est pas très woke tout ça! 

Le reste du film se suit sans déplaisir. Entraînement aux armes, discussions sur la stratégie à adopter, papotages avec ces dames, mise en place des défenses du village, le film cherche à reproduire la recette du film de Sturges avec mention passable. On note que la thématique de la vengeance a tourné court vu que le troisième coupable est mort on ne sait pas trop comment. Mais c'est pas grave, Chris a trouvé une remplaçante à sa femme dans le village. On note aussi que contrairement à Calvera dans le film d'origine, le chef des bandits est totalement sans saveur et sans intérêt, à part que dans la précipitation il tue sa femme qu'il était venu libérer, c'est ballot. Les scènes de bataille sont bien menées, ça canarde dans tous les sens, c'est efficace. Allez en vrai ça fait le taff, on a passé une soirée honnête, et ça reste moins abrutissant que regarder BFM en continu.

Image : lasbugas sur western movies

samedi 23 février 2013

Colorado

La resa dei conti
Sergio Sollima
1967
Avec: Lee Van Cleef, Tomas Milian

Voici quelques captures de ce grand classique du western européen.




Au centre, Nello Pazzafini, l'un de ces habitués des seconds rôles que l'on repère et auxquels on s'attache. Il fait, dans ce très réputé western de Sergio Solllima une apparition éclair. Clignez des yeux, il va être abattu par Lee Van Cleef.



Ha, non, avant cela, la caméra se décale un peu vers la droite pour faire apparaître un pendu. Il y a quelque chose de réjouissant dans le western spaghetti, la morbidité d'un plan savamment composé est toujours dégoupillée par l'ironie de la situation, soulignée ici par l'ignorance crasse des trois malfrats.



Une belle caricature de baron prussien, avec son monocle, son balai dans le cul et ses moustaches en pointe. Il a beau avoir un holster fait sur mesure pour dégainer plus vite, il n'aura aucune chance face à Corbett (Lee Van Cleef) qui doit pourtant extraire un colt de 700 pouces de long de son pantalon. Valorisation de la technicité, toujours, cet amour des armes, mais qui ne vaut pourtant rien face à l'instinct du vrai surhomme.



Une image comme ça, avec un pistolero qui descend de cheval dans un tel décor, sur fond sonore de chtouings à la guitare du grand Morricone, c'est ce que j'appelle du cinéma. Les décors, avec ces maisons de torchis et ces bouts de bois qui se dressent au ciel, évoquent tout à la fois le Mexique, des habitations indiennes, et les bidonvilles du 20e siècle. En une image, Sollima crée un langage, un monde distant du western américain et pourtant si familier...



Toujours cet attachement à démontrer la technicité de ses personnages: Cuchillo (Tomas Milian) se protège derrière son cheval pour échapper à Corbett.



Le blaireau dans la bouche du barbier, repris quelques années plus tard par Valerii dans Mon nom est Personne.



Cuchillo donne corps à la caricature du Mexicain, il en joue, il la joue. Pouilleux à l’extrême  les habits déchirés, il joue au lâche et fait semblant - devant les gringos - de supplier, de demander pardon, en implorant et implorant encore, pour mieux se moquer d'eux quand ils ont le dos tourné.



Un autre exemple sur la même thématique, associé cette fois-ci à ce que la plupart des gens des pays développés ne connaissent plus: mendier pour manger. Mais au final, Cuchillo se jouera de tous ces gros bras du ranch. Cuchillo, c'est un peu la revanche du tiers-monde sur l'occident.



"Même les animaux ont besoin de manger".



"Une chance pour moi que les murs de mon pays soient faits de boue et de crachats!"



Fernando Sancho, ou la police au service du pouvoir, plutôt qu'à celui du citoyen.



La dextérité de Cuchillo aux couteaux, dextérité qui lui donne son nom. Là encore, Sergio Sollima renverse un poncif mexicain. Le couteau est d'habitude une arme de lâche, sournoise, douloureuse utilisé par d'odieux greasers sournois, comparée aux revolvers, qui tuent net et sans bavure, et dont l'usage en duels donne une vision presque chevaleresque. Ici, Cuchillo s'en sert d'égal à égal face à l'homme au revolver et paraît donc à chaque fois désavantagé. Le couteau ne se recharge pas, le couteau ne permet pas de tirer loin. C'est alors le revolver qui devient une arme de lâche, un symbole des puissants qui oppriment les pauvres péons.



"Il se cache paraît-il dans le champ de canne à sucre". Le western européen a toujours aimé les incongruités ou les pseudo-incongruités, les lieux inattendus dans le cadre d'un western. Un champ de canne à sucre, un bel endroit pour mourir.



La fronde, qui comme le couteau, démontre la supériorité en courage et en intégrité du péon, malgré l'avantage technologique de ses poursuivants.






Sans cheval, Cuchillo rampe plus qu'il ne marche, patauge dans la boue, se déplace à quatre pattes, se fond dans le décor, homme rendu à son état de bête par les hommes qui le pourchassent, parce que s'il s'arrête pour s'expliquer, ils vont le tuer.



Un savoureux plan, qui en plus d'inaugurer un duel inédit, montre l'état des pieds du pauvre gars qui sert de bouc émissaire aux pulsions perverses de quelques privilégiés.



Un traitement de la lumière solaire, qui éblouie et irradie les personnages, ainsi que le spectateur.



L'intérêt trop grand que l'on peut apporter au genre peut en diminuer la saveur. Cette dune, visible dans tant de westerns tournés en Espagne, est en fait une dune au bort de la mer. A chaque fois que je la vois, j'imagine les acteurs regardant la mer étale, les narines emplies d'iode, tandis que l'on est censés croire à un désert accablant au fin-fond des Etats-unis. Mais que cela ne vous empêche pas de savourer ce chef-d'oeuvre du western italien à sa juste valeur.

jeudi 10 novembre 2011

Le train sifflera trois fois

High Noon
1952
Fred Zinnemann
Avec: Gary Cooper, Grace Kelly
Encore un classique de mon enfance que je n'avais pas revu depuis des lustres, empêché par un souvenir vivace d'inaction totale, et par les propos de Hawk sur son Rio Bravo qui serait l'anti-High Noon par excellence. Et comme j'aime beaucoup Rio Bravo, j’ai attendu longtemps. L’autre jour je l’ai vu chez Noz aux cotés de deux Terence Hill retitrés: Trinita remet le couvert et Trinita reprend l’avantage. J’ai pris le Gary Cooper.
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High Noon commence par cette belle image de Lee Van Cleef. Etrange destinée de cet acteur, qui fait que rétrospectivement on attache de l’importance à ses rôles de seconds couteaux. En tout cas, dans ce film, même si son personnage n’est pas très développé, il survit pendant quasiment toute la durée du métrage. C’est déjà bien.
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Les lèvres bougent pendant la chanson du générique, mais on n’entend pas leurs paroles. L’effet est étrange, comme si on épiait les deux hommes, et comme si le réalisateur nous prenait pour des gens intelligents, capable de comprendre un film sans en avoir toutes les clés.
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La ballade, chantée par Tex Ritter, est langoureuse à souhait, ce qui a pour effet de dédramatiser la chevauchée de ceux dont on ne saurait pas encore qu’ils sont les méchants si l’on n’avait pas reconnu Lee Van Cleef.
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La chanson s’efface au profit des cloches. C’est beau. On se dit que Leone dans ses films n’a fait qu’exacerber un esthétisme déjà en place pour mieux nous le révéler.
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En parlant de Leone, une gare et trois truands, on y est. L’un deux se rafraichit la figure dans un baquet qui traine par là. Le pittoresque au service du cinéma.
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Les yeux incroyablement perçants de Grace Kelly, dont c’est l’un des premiers films.
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Des seconds rôles bien écrits. Le film a l’intelligence de ne pas leur faire faire ce que l’on attend d’eux: les couards restent couards, les indépendants restent indépendants, les butés restent butés, et le Shérif Kane sera finalement aidé par la personne qu’il attendait le moins.
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Gary Cooper, encore beau, fringant et sûr de lui, n’a pas encore commencé sa mue en vrai héros de western.
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Le juge se barre et emporte son drapeau avec lui. C’est la civilisation qui recule devant la barbarie. Je n’ai pas bien compris en quoi ce film pouvait être une dénonciation du maccarthisme, mais ce genre de plan va certainement à l’encontre du mythe de l’Ouest en perpétuelle marche en avant vers la civilisation.
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Le maitre d’hôtel (Howland Chamberlain si j’en crois imdb), un savoureux petit enfoiré, mesquin et détestable.
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Le swearengen du coin, encore un tout petit personnage intéressant (Larry J. Blake toujours selon imdb), légèrement louche et pas vraiment sympathique non plus.
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Le regard de Gary Cooper commence a trahir la pression, le découragement, la peur…
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… au point qu’il se laisse aller à pleurer sur son bureau. Pas étonnant que le Duke n’ait pas aimé.
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L’omniprésence de cette horloge, filmée quasi en temps réel, en plans de plus en plus rapprochés, contribue fortement à l’efficacité du film, sans aucun temps mort malgré l’absence totale d’action.
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Autre gimmick visuel, seules lignes de fuites de ce western essentiellement urbain, les rails vers l’horizon, échappatoire impossible puisque de là vient le danger.
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La dernière minute avant l’arrivée du train est extraordinaire, succession de plans de plus en plus rapides et de plus en plus rapprochés, qui permet de revoir tous les personnages du film…
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… jusqu’à cette belle composition.
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Gary Cooper a achevé sa métamorphose. Sueur, saleté, peur, mais aussi classe et détermination, on y est, le western peut commencer.
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Formidable mouvement de grue qui symbolise la solitude du shérif face au danger. De nos jours ce genre de plan révèle des hordes de soldats pixélisés à l’infini. Là on découvre du vide, économie de moyens pour effet maximal.
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Quand je disais que le western vient seulement de commencer, en plus il n’est pas avare de poncifs.
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Le héros à terre. Belle image d’impuissance couplée à une belle scène d’action. Efficace.
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Encore un poncif oui, mais un poncif avec Grace Kelly n’est pas un poncif.
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Autre plan redoutablement bien mené: la rue qui soudainement se remplit de monde alors que la ville semblait désertée.
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Le plan final, qui me fait plus penser à la scène parodique que l'on trouve dans Lucky Luke que l’inverse. C’est le problème d’être né trop tard pour avoir découvert les choses dans l’ordre.


samedi 2 juillet 2011

Barquero

Barquero!
1970
Gordon Douglas
Avec : Lee Van Cleef, Warren Oates, Forrest Tucker, Mariette Harley


Tel Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche qui interdit, seul, en 1504, l’accès au pont de Garigliano à toute une armée, Travis (Lee Van Cleef) fait face, quasi-seul, à une armée d’outlaws sanguinaires et leur interdit de traverser une rivière, buté, borné, burné. Lee Van Cleef a les biscottos d’un chevalier, il a la lance des chevaliers (un interminable fusil de précision) prend la défense des faibles et porte un nom aux consonances moyenâgeuses. Face à lui, Remy (Warren Oates) et Marquette (Kerwin Mathews) aux noms qui fleurent bon également la vieille Europe, trépignent, jurent et s’énervent. Warren Oates est sapé comme le Prince Noir, le Bad Guy par excellence mais qui n’a pas totalement abandonné sa morale chevaleresque, en témoigne cette scène du massacre inaugural où il contrecarre le viol d’une habitante par l’un de ses hommes en tuant à la fois son mercenaire et sa (présumée) victime. On peut-être assassin de masse et ne pas prendre l'honneur des dames à la légère.
Mais avant d’en arriver là, à cette révélation d’un archétype par son contraire, Travis était l’outcast, le mec pas intégré, le type qui profite du poncif de la communauté en marche sans vraiment en faire partie. Il était Charon, faisant passer les colons de l’enfer de la civilisation au paradis promis des terres vierges et inexplorées de l’Ouest, alors même que certains (le révérend) envisagent une topologie exactement inverse, le paradis étant la civilisation en avant et l’enfer le monde des sauvages et des outlaws. La symbolique se précise pourtant lorsque Remy arrive avec sa horde sauvage par le mauvais coté de la civilisation, style cancer des colons. Travis devient alors bel et bien le gardien de ce paradis face aux foudres de l’enfer, même si d’une part les colons qui l’accompagnent sont eux-mêmes un poil corrompus, et si le lieu géographique de l’enfer évolue au gré de l’histoire et des transferts de population en barge ou en radeau. Dans tout ça, Warren Oates fait du Warren Oates, pète les plombs, tue symboliquement la rivière, mère nourricière mais castratrice du fait qu’elle l’empêche d’atteindre son but, et Lee Van Cleef fait du Lee Van Cleef, c'est-à-dire qu’il fume sa pipe en plissant des yeux, et ça suffit, bordel de merde, à en faire l'un des acteurs de western les plus marquants de toute l’histoire du cinéma.
Avec sa barge, Lee Van Cleef bâtit également un point de passage entre le western américain et le western européen. Comme le dit Tavernier en bonus, Gordon Douglas absorbe les influences sans maugréer, digère le tout et en ressort un produit fini pas dénué de qualités. Les thèmes de la frontière en mouvement et de la civilisation en marche cohabitent joyeusement avec la violence à outrance et l’absence de morale des outlaws, sans bien sûr que cohabiter signifie se compléter. Le tout paraît en effet un poil bancal, la violence al’italiana semblant plaquée par effet de mode sans le cynisme transalpin qui relève habituellement la sauce, et les grands mythes américains en paraissent du coup superficiels. Mais peu importe, malgré une légère baisse de rythme au milieu, le film tient fort heureusement bien le coup, à l’aide également d’une bonne musique et de seconds rôles très bien construits, comme le français Marquette et son dandysme de façade, l’homme des bois Mountain Phil (Forrest Tucker) et sa truculente bonhommie mangeuse de fourmis et l’énigmatique Anna Hall (Mariette Harley) femme intelligente, libre et cultivée, qui va chercher encore plus loin que Bayard ou Charon pour qualifier Lee Van Cleef, en le traitant purement et simplement d’homme préhistorique. A voir ou revoir pour ceux qui auraient jugé la chose un peu précipitamment à l’époque de sa sortie.

vendredi 2 octobre 2009

Pas de pitié pour les salopards


1968
Giorgio Stegani

Avec: Lee Van Cleef, Antonio Sabato, Lionel Stander, Bud Spencer, Gordon Mitchell

Comme Joel McCrea dans Buffalo Bill, comme Steve McQueen dans Tom Horn, Lee Van Cleef a du mal avec les us de la société civilisée. Là il doit prendre le thé et démontrer par la même occasion un talent certain pour la comédie, que nous n’avions pas eu l’occasion de voir lors de sa carrière américaine tant il mourrait vite, ni lors de sa carrière italienne où il était plutôt ténébreux. Bud Spencer également nous surprend en apparaissant sans barbe, dans un registre sérieux, sans baffe et sans bougonnement, alors qu’il avait déjà connu partiellement le succès dans ce registre avec les premiers Colizzi. Antonio Sabato est plutôt fade et se contente, comme dans Aujourd’hui ma peau, demain la tienne, de découvrir ses grandes dents blanches à tout propos. Lionel Stander chique crache et sermonne faussement à tout va dans un numéro qui n’a plus rien de provocateur aujourd’hui. Film étrange autant que vaguement décevant, Pas de pitié pour les salopards commence comme une sorte de comédie anarchique plaisante, où trois pieds nickelés volent les pauvres (la paie des mineurs) dans une sorte de vision édénique du moindre effort associé à un mignon pacifisme béat (voler, oui, tuer, non). Puis, le propos se fait moralisateur, à l’américaine (y compris au niveau de la musique de Riz Ortolani), avec cette figure du bandit individualiste qui se range petit à petit au coté de ceux qui bâtissent la civilisation en marche. Gordon Mitchell apparaît tel l’Ankou, drapé de noir et presque famélique, et se charge de remettre l’affaire sur les rails du western spaghetti avec un vice affirmé (les otages dans l’église) et un bodycount direct et indirect impressionnant (en particulier lorsqu’il est acculé en haut d’un mirador). Et il n'est pas le seul flingueur, puisque le film est au moins largement aussi meurtrier que Robocop 2.

A la fin, il ne reste plus personne, un plan large montre le nombre – absurde – de cadavres, ce qui fait dire à Stander sa seule réplique vraiment drôle, quasi auto-parodique : « laissons les morts s’enterrer entre eux !».

Où le voir : je ne vous apprends rien : DVD Seven 7 au format et en version intégrale

dimanche 20 juillet 2008

Le Grand Duel


Il Grande Duello
1972
Giancarlo Santi
Avec Lee Van Cleef, Horst Frank

Y’a un bandit planqué avec une meuf dans un genre de grange. Disséminés et cachés un peu partout dans les alentours, des chasseurs de primes attendent le bon moment pour gagner 3000 dollars. La diligence qui doit passer par là doit attendre que le carnage ait eu lieu. Parmi les passagers exaspérés, Lee Van Cleef au calme toujours olympien. Le grand problème avec ce grand duel, c’est que le bandit en question, joué par Peter O’Brien, a vraiment trop un air de Barry Gibb avec cette pilosité ondulante et ce pantalon taille haute qui sont bien loin du style XIXe siècle. Bon, c’est sûrement l’époque qui veut ça, mais là, c’est un poil too much. La recherche de crédibilité historique n’est jamais au centre des préoccupations des amateurs de western spaghetti, mais on a quand même du mal à adhérer pleinement à une intrigue quand à tout moment, on s’attend à voir notre jeune outlaw chanter en falsetto sur un air disco, même si en 1972 on en n'était pas encore là.

Cependant la grande qualité de ce grand Duel, c’est que cette entorse capillaire et vestimentaire au style western est le seul défaut du film ! Absolument rien à reprocher au reste : musique, intrigue, trognes, budget, qualité de réalisation, tout est top moumoutte. Le film est réalisé par Giancarlo Santi, qui fut assistant de Petroni et de Leone, un gars qui a donc déjà de bonnes cartes de visite. Les amateurs seront même ravis de découvrir de nouveaux décors, le film n’ayant a priori pas été tourné à Almeria pour une fois. Et vous pourrez même le regarder avec votre grand-mère puisque la violence y est bon enfant : pas de délires vicelards sauce spaghetti ici (mais un petit massacre à la mitrailleuse tout de même), juste une bonne intrigue type vengeance/polar avec un Lee Van Cleef impérial (et sapé correctement). Du spaghetti soft donc, mais du spaghetti quand même. On y retrouve les chasseurs de prime déjantés de la Horde Sauvage, vilains, mesquins et presque difformes. On y retrouve la ville sous la coupe d’un odieux trio de frangins dont l’un est bien sûr un homosexuel refoulé psychopathe. Cela tombe sous le sens. Ces trois frangins sont joués par Horst Frank méchant et ambitieux, Marc Mazza méchant mais surtout motivé par sa quête de la vérité, et bien sûr Klaus Grunberg au visage pustulé, méchant et homo, tout de blanc vêtu, qui caresse son foulard de soie comme un doudou d’attardé et qui utilise son revolver toujours de façon dégoutée et curieuse. C’est fin, c’est subtil, c’est raffiné, c'est politiquement correct à donf, bref c’est spaghetti comme on aime.
Et ce qui tombe sous le sens aussi, c’est la prestation de Lee Van Cleef, inquiétant et aquilin comme toujours, très fin tireur comme toujours, rusé comme toujours, jouant au chat et à la souris avec notre jeune outlaw disco comme toujours. On s’attend presque à ce qu’il dise « Mon garçon, c’est grâce à un joujou comme celui-ci que je suis arrivé jusqu’à l’âge que j’ai en faisant le métier que je fais » D’ailleurs il dit un truc du genre. Petit à petit, on comprend pourquoi il est un shérif déchu qui n’a plus le droit de porter l’étoile. Petit à petit on comprend pourquoi il veut protéger le jeune outlaw disco. Le scénario n’accumule pas d’invraisemblances scénaristiques à faire fuir les gens normalement constitués : le quota normal de morts est atteint, mais sans que chaque mort soit traitée comme un simple motif esthétique : la recherche de la vérité et la justice ont ici un sens : chaque cadavre engendre des conséquences. On découvre finalement qui est le meurtrier à la suite de nombreux flashbacks en noir et blanc, et cette révélation est un poil inattendue, bien que pas indécouvrable pour les amateurs chevronnés de 6e Sens. Le tout dans une superbe musique de Bakalov (reprise dans Kill Bill comme tout un chacun sait maintenant) qui rappelle un Morricone en grande forme. Le film est plaisant, pas prise de tête, ni noir ni pessimiste, bref, le film parfait pour un dimanche soir, et c’est vraiment agréable de voir qu’en 1972, le genre avait encore suffisamment de sérieux pour offrir un spectacle populaire et soigné comme celui-ci.

Où le voir :Ne téléchargez pas ce film chez vous, c'est illégal. Téléchargez-le chez vos amis. Ou attendez qu’un éditeur français vous le sorte en DVD en 2025.

jeudi 10 juillet 2008

Le dernier jour de la colère



I giorni dell’ira
Tonino Valerii
1968
Avec Giuliano Gemma, Lee Van Cleef

Le dernier jour de la colère est un western grinçant. Un western beaucoup plus dur que ne le laisserait de prime abord présager son équation première, Tonino Valerii + Giuliano Gemma = western virevoltant et bien troussé. Certes Giuliano nous fait un petit grimpé de poutre athlétique, mais il le fait seul, détesté de tous, avec son pantalon trop court et son Colt en bois pour seul rêve d’un avenir meilleur. Certes, Tonino Valerii nous offre un duel rigolo à base de vieilles pétoires qui pourrait présager la légèreté de ton de son futur Mon nom est Personne, mais l’intermède est bien court au milieu des grincements ambiants.
Car oui, passé le plaisir de regarder un western spaghetti correctement réalisé, avec des acteurs corrects et un budget correct, on constate que ça grince, ça déchante, ça désenchante, ça crépusculise ! Les brimades et le mépris dont souffre Scott Merry (Giuliano Gemma) au début du film sont lourdement appuyés, trop lourdement appuyés même, sauf pour nous autres aficionados du genre pour qui rien n’est jamais trop appuyé. Gemma, on l’a déjà dit, est plus à l’aise dans les rôles joyeux, mais malgré tout, ses yeux de chien battu et sa bouche tuméfiée restent gravés dans la mémoire. Et la ville de Clifton respire la pourriture même, tranquille en apparence, aucun coup de feu n’a été entendu depuis des années et le Shérif a perdu son revolver sans que cela ne l’inquiète le moins du monde. Mais Tonino Valerii montre que la violence peut prendre plusieurs formes, des vexations et injures récurrentes aux faibles (le bâtard, le borgne) à la corruption la plus totale. Le temps des fusillades est passé, mais la violence a changé de camp, ce sont désormais les petits notables qui sont les plus ignobles.
Arrive Talby (Lee Van Cleef, égal à lui-même, avec son faux sourire aux yeux plissés et coins qui retombent pendant qu’il mordille sa pipe), un pistolero survivant de l’époque des fusillades, bien décidé à s’installer d’une manière ou d’une autre. Talby va mettre un coup de pied dans la fourmilière en prenant la défense de Scott et entraînera la fuite de celui-ci. S’ensuit une relation père/fils, maître élève qui n’en est pas une, à base de « leçons » qui tiennent en une phrase, du style « quand tu tires sur un homme, achève le, sinon un jour, c’est lui qui te tuera » un poil trop naïves pour être totalement crédibles. On n’oublie pas alors que le western spaghetti est un genre populaire vieux de quarante ans, dont le premier degré sans faille peut faire sourire aujourd’hui alors qu’il offrait à ces films un succès phénoménal à l’époque. L’intéressant n’est pas alors cette pseudo-initiation, mais l’évolution des deux personnages, Talby révélant alors son ignominie (il est en fait pire que les notables qu’il persécute) et Scott oscillant d’abord vers le pouvoir grisant de son habileté aux armes et le désir de vengeance, pour retourner finalement vers plus de mesure et de justice. Le film ou Giuliano Gemma jouera un salaud n’est pas celui-là ! Néanmoins, c’est ce que l’on croit pendant un bout de temps, jusqu’à ce que le bon fond du personnage mentionné en début de film prenne le dessus.
A nouveau, la fin qui ressasse une à une les leçons précédemment citées sent fortement la recette scénaristique enfantine qui ne ferait plus recette aujourd’hui. Mais ça n’empêche pas ce film de grincer méchamment, par son scénario, par ses personnages et jusque dans sa musique de Ortonali, faussement enjouée et qui délivre de fréquents coups de cuivres assourdissants et brutaux. La ville corrompue, thème cher au genre, la fascination pour les armes (le revolver du Doc Holliday, les leçons de Murph), les décors proprets qui cachent mal la saleté des âmes, la saturation du soleil d’Almeria et ces trognes, toujours ces trognes, Al Muloch qui vient boire un coup et tabasser Giuliano Gemma avant de se faire descendre, le banquier et le juge, petits notables haïssables par leur couardise et leur cupidité, Benito Stefanelli qui vient faire une balade à cheval et puis s’en va, et la dernière « leçon » : « quand on commence à tuer, on ne peut plus s’arrêter » qui préfigure les excès de bodycount et la surenchère du genre, tous ces motifs incontournables sont en outre agrémentés de détails stylistiques savoureux comme ces tonneaux alignés que Talby ouvre les uns après les autres avant de mettre le feu, la lance à incendie des pompiers dont le fonctionnement est filmé en détail ou encore ce cheval qui mange dans un fourreau ou la recherche visuelle des décors du nouveau saloon, Tonino Valerii ne fait pas les choses à moitié, même si sa mise en scène n’atteint pas le niveau de Mon nom est Personne.
Car bien sûr il y a des défauts, des trucs pas raccords, des maladresses qui font tâche. Et je n’en citerais qu’une : lorsque Talby se fait traîner par les trois malfrats à cheval autour de l’arène, outre le fait que la planche sur laquelle il repose est un peu trop évidente, je regrette amèrement que la musique qui s’élève alors ne prenne pas toute sa place. Les trompettes s’envolent pour retomber aussitôt afin de laisser l’un des bandits formuler une ânerie inutile, puis le thème reprend son souffle comme sur une radio amateur ou l’animateur monte et descend le son en fonction de ce qu’il a à dire. Leone n’aurait jamais fait un truc pareil, il aurait sabré les commentaires des truands pour laisser toute sa place à la musique, et c’est ce genre de détails anodins qui s’ils avaient été évités, auraient pu hisser de nombreux westerns spaghetti au niveau des films de Sergio Leone.


Où le voir : L’excellent DVD Seven 7 bien sûr. Je vous conseille fortement de le regarder en version italienne. En effet, si vous le regardez en VF, toutes les scènes coupées à l’époque (et il y en a de nombreuses, au point que le film ne devait pas ressembler à grand-chose) resteront en italien sous titré. Vous avez donc une alternance forcée entre le français et l’italien. Mais ce n’est pas ça le plus gênant, à cause des scènes coupées, on observe des disparités entre la VF – qui a du être subtilement modifiée pour s’accommoder des scènes coupées – et la version italienne. Ainsi la référence à la leçon « Ne refuse jamais un défi » n’apparaît plus en VF lorsque Scott défie Talby de sortir du Saloon. A voir donc en italien, pour être au plus près de l’œuvre d’origine.