Affichage des articles dont le libellé est John Wayne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est John Wayne. Afficher tous les articles

samedi 30 janvier 2016

La Piste des Géants



Quatre-vingt cinq ans séparent ce western des Huit salopards de TarantinoQuatre-vingt cinq ans, et si peu en commun à part un grand nombre de chapeaux et une certaine propension à vouloir trucider son prochain. Premier grand western parlant à se vouloir épique et grandiose sur un passage héroïque de l'histoire américaine, The Big Trail suit les traces de monuments du cinéma muet que sont The Covered Wagon (James Cruz), Pony Express (James Cruz) et Le Cheval de Fer (John Ford), mais il n'aura pas, semble-t-il, le succès de ces derniers. Racontant, comme The Covered Wagon, le long voyage des colons dans leurs chariots bâchés, The Big Trail ne lésine absolument pas sur les moyens mis en oeuvre, que ce soit la figuration, les grands espaces, le matériel ou les péripéties. En plus des méchants et des indiens, les gentils colons doivent lutter contre les éléments, neige, boue, rivières à traverser. Il semblerait que les équipes de tournage aient cherché à réellement tourner sur les lieux mêmes empruntés par les migrants de l'époque. Un réel tour de force pour ce film grandiose à la hauteur de sa réputation. Certaines scènes forcent l'admiration aujourd'hui, telle cette descente de chariots le long d'une falaise avec palans et grosses cordes. On voit les chariots descendre, petit à petit, et ce plan large est déjà incroyable en soi. Même pendant les dialogues entre les protagonistes qui ont fini de descendre, le reste des chariots continue de descendre doucement dans le fond. Et ce n'est pas une toile peinte, ça bouge vraiment. Là où de nos jours, le réalisateur confierait son film à deux ou trois graphistes pour torcher un arrière plan potable, Raoul Walsh était obligé de planifier en grand, de prévoir plusieurs équipes sans doute pour filmer tous les plans en même temps, pendant la descente réelle des chariots. Sans doute très rare, voire impensable de nos jours. De même, l'incroyable richesse de la ville de départ, avec son bateau à roue, son improbable bric à brac sur les quais et dans les rues, sa vie grouillante dans chaque recoin de l'image: tout cela est vrai, Raoul Walsh n'avait pas le loisir de retravailler tout ça en post-prod, de supprimer tel figurant mal placé, de changer la balance des blancs du ciel non raccord avec celle du plan d'avant. Comme le travail des ingénieurs d'antan qui construisaient ponts et fusées sans ordinateur impressionne les ingénieurs d'aujourd'hui, assistés par des simulateurs de tout poil, il en sera bientôt de même pour le travail des cinéastes d'autrefois, qui impressionnera les cinéastes du futur, quand ils auront tout oublié des techniques de l'époque. Ce film, qui raconte l'histoire des pionniers des Etats-Unis, deviendra bientôt également un témoignage des pionniers du cinéma, quand on aura totalement oublié comment se faisait un film sans l'aide du numérique. 
Pour un film de 1930, le son est également très bien exploité, tel ce bébé qu'on entend pleurer hors-champ, au début du film. La technique balbutiait à peine, mais Walsh et son équipe avaient déjà intégré le fait que le spectateur serait capable de discriminer les bruits, de faire la part des choses entre le son ambiant, les dialogues et la musique. Souvent on a accusé le cinéma parlant de s'être imposé au détriment d'une certaine qualité générale de mise en scène et de photographie, mais ce film n'en est pas un bon exemple. L'action et le mouvement restent au cœur du film, les dialogues ne font qu'accompagner l'ensemble.
The Big Trail est bien sûr aussi le premier film de John Wayne, tout jeunot, en éclaireur ami des indiens. Même si ces indiens constituent effectivement une menace dans le film (avec chariots mis en cercle défensif comme dans Lucky Luke), le personnage joué par le futur Duke défend leur mode de vie, allant jusqu'à déclarer qu'ils lui ont tout appris. Encore une fois, la légende d'un western pré "Flèche brisée" qui serait farouchement anti-indien en prend un coup. John Wayne n'a pas encore cette aura, ce regard à la fois mélancolique, ni sa démarche si particulière qui feront sa renommée. Il a par contre déjà cette fâcheuse tendance à déclamer des tirades interminables devant les dames, et de fait, il n'irradie pas encore l'écran. J'ai beaucoup plus remarqué le jeu des méchants, Tyrone Power Sr. en tête, avec sa stature énorme et sa dentition effroyable qui fera douter n'importe qui qu'il ait pu être le père de l'élégant Tyrone Power. A la fin, la petite histoire classique de la vengeance westernienne rejoint la Grande, comme dans les meilleurs films du genre, comme dans La Chevauchée Fantastique, qui, neuf ans plus tard assoira définitivement la réputation du Duke. Un classique à voir absolument!  

dimanche 26 janvier 2014

La Rivière Rouge



Red River
1948
Howard Hawk
Avec: John Wayne, Montgomery Clift, Joanne Dru, Walter Brennan, Harry Carey Jr., Harry Carey

Dès le lendemain de la diffusion de l’Homme des vallées perdues, Arte nous gâtait derechef avec La Rivière Rouge, que je n’avais encore jamais vu non plus. Et j’en vois déjà venir certains. Putain, ce mec qui nous fait chier depuis des années avec son blog western prétentieux, non seulement il n’avait jamais vu Shane et Red River (faut le dire en angliche, ça fait mieux), mais en plus il attend que ça passe sur le service public pour le voir. Et bien je vous emmerde messieurs les spécialistes. J’ajoute par la même occasion que je n’ai jamais vu non plus The Big Trail, ni l’Appât, ni Canyon Passage, ni Fureur Apache, ni Les Pionniers de la Western Union, ni La Charge Fantastique, ni Yellow Sky, ni CowBoys & Aliens ! Ouaah le nuuul ! 
En tous cas, pour la Rivière Rouge, c’est fait. L’image n’était pas tip top je trouve pour un chef d’œuvre du septième art. Soit aucune restauration n’a été faite, soit le matériau d’origine est trop abîmé, soit je suis très fatigué, mais en tout cas, ça manque de définition. En plus c’est en noir et blanc, en noir et blanc ! Si ça ne tenait qu’à moi, je vous aurais colorisé tout ça pour que ce soit un peu plus flatteur à l’œil ! En noir et blanc ! Qui regarde encore du noir et blanc aujourd’hui. Pire ! Dans ce film, Wayne est méchant ! Pourquoi personne n’a jugé bon de remonter le film pour adoucir son personnage pour que ce soit un Wayne bien droit comme il faut ? C’est insensé cette époque ! 
Alors c’est vrai à la fin ça se termine en joyeux fist-fight paternaliste où tout le monde est réuni dans la joie, un peu comme dans les films du vieux Duke, cependant pendant toute la durée du film, Wayne apparaît de plus en plus tyrannique, violent et buté, dans l’un de ses rôles les plus intéressants de sa carrière avec celui de La Prisonnière du désert. Montgomery Clift, tout jeunot à coté, paraît bien frêle, mais parvient bien à transmettre sa crainte mêlée de respect pour son aîné. Joanne Dru est un peu sous-exploitée dans son rôle de « femme de caractère » comme on dit à chaque fois qu’une femme est un tant soit peu indépendante. Est-ce qu’on dit que John Wayne est un homme de caractère ? Non, mais bon on s’écarte du sujet.
On voit aussi dans ce film Walter Brennan qui interprète déjà un vieil édenté, qui joue son dentier au poker avec un indien, et c’est toujours un réel plaisir de voir cet old timer rouspéter et bougonner dans son coin. Ce film est également l’occasion de retrouver Harry Carey, le légendaire acteur du temps du muet, et là aussi, ce n’est pas sans émotion qu’on le voit interagir une dernière fois avec la jeunesse du parlant. Son fils a également un petit rôle, mais pas avec lui, ce que personnellement je trouve un peu dommage, j’aime bien quand des filiations d’acteurs, des hommages des uns envers les autres se téléscopent avec l’histoire en elle-même.
Le scénario en lui-même est un poncif westernien total, mais est l’occasion de rappeler combien les cattle drives et la vie pouvaient être rudes en ces temps là, d’une part à cause de la dangerosité des lieux, mais aussi par le manque d’information des gens à cette époque. J’ai particulièrement apprécié cette interrogation permanente sur l’existence ou non d’une ligne de chemin de fer à Abilène, qui revient en permanence comme un leitmotiv, Wayne mettant sans arrêt en doute la parole des hommes (tu l’as vu ce train ? Non c’est quelqu’un qui m’en a parlé). J’ai aussi aimé la joie du conducteur de train quand il voit le bétail, les cowboys accueillis en fanfare à Abilène par une population affamée. Personnellement je n’ai jamais sauté de joie à la vue d’une vache, et il est bien parfois que le cinéma nous rouvre les yeux sur ce qu’on a, qui nous semble acquis, sans avoir besoin de recourir « à une bonne guerre » pour nous remettre les priorités en place. Il y a sûrement des tas d’autres trucs terribles à dire sur ce film, mais je vais laisser faire les spécialistes. C’est un chouette film, avec des indiens, de l’humour, Stumpy, des vaches, John Wayne et un brin de harcèlement patronal. Franchement, il n’y a rien à dire d’autre. Merci Arte.

Image: USMC sur Western Movies

mercredi 3 avril 2013

La Caravane de feu



1967
The War Wagon
Burt Kennedy
Avec John Wayne, Kirk Douglas

L'idée même du chariot blindé est une extrapolation enfantine sur la classique attaque de diligence. On imagine bien la succession d'idées qui aura permis d'accoucher d'un tel concept. On part sur une diligence normale qui exceptionnellement transporte de l'or, avec un garde armé d'une Winchester à la gauche du cocher.  Bien sûr, la scène a déjà été vue mille fois, alors on s'imagine ajouter des gardes armés dans la diligence, mais cela ne suffit pas contre une bande d'outlaws tout aussi armés et déterminés. On en vient donc naturellement à cogiter cette diligence blindée à laquelle on adjoint une tourelle munie de sa mitrailleuse ad hoc pour rajouter un peu de piment. On aurait pu aller plus loin et positionner carrément un canon, mais le problème du recul de l'engin dans un endroit aussi confiné est quand même gênant. Le poids probablement titanesque de la solution retenue n'aura pas été un problème pendant le tournage: le fameux chariot de guerre a été fabriqué en bois, peint couleur métal. L'équation du nombre exact de chevaux nécessaires pour tracter réellement un engin pareil n'est donc pas posée, alors que le défi se posera à Leone pour sa monstrueuse diligence dans Il était une fois la Révolution
Malgré toutes ces considérations techniques, on obtient quand même un concept fort intéressant, d'autant que le chariot de guerre est vu ici comme une monstruosité menaçante, une perversion de riche corrompu. On aurait tout aussi bien pu imaginer un film dont les héros auraient eu à voyager ensemble dans une diligence blindée, avec confinement intolérable, intériorisation forcée, chaleur suffocante et siège à soutenir face à d'invisibles ennemis. Mais là niet, Wayne et Douglas veulent tout faire péter, récupérer le magot, non sans s'être livrés à d'intenses joutes verbales entre-temps pour asseoir leur statut de star. Leur numéro se déroule sans accroc, rien à redire, chacun dans sa catégorie, chacun veillant à laisser suffisamment d'espace à l'autre, pour un partage totalement équitable de couverture, un respect mutuel qui force le respect. Les seconds rôles eux, s'effacent poliment devant le binôme, au point de n'être plus que des canevas de rôles. Burt Kennedy lui-même réalise platement son film au service de ses stars, au point que le chariot de feu apparaît lui aussi comme un motif secondaire. La seule entrave au divertissement calibré que constitue son film viendra de la façon dont la morale est, in fine, sauve. L'or, planqué dans des tonneaux de farine, se répand tonneau après tonneau sur la piste. Pas de chance, une colonie d'indiens pouilleux en exode se jette comme des vautours sur la farine pour en faire des tortillas, ne semblant pas être capables de faire la différence entre farine et métal précieux. Le Duke compose donc une mine dépitée en entrevoyant ces sous-hommes réussir les tortillas les plus jaunes jamais cuisinées et s'en aller ensuite déféquer le résultat de leur tambouille entre deux tumbleweeds. C'est quand même la fin la plus involontairement subversive jamais vue dans un western ! A voir absolument!





PS: appelez le 110!

dimanche 1 janvier 2012

L'ange et le mauvais garçon


1947
Angel and the badman
James Edward Grant
Avec: John Wayne, Gail Russell, Harry Carey, Bruce Cabot


Curieux western qui paraît atypique dans la carrière de John Wayne, et qui l’est d’autant plus qu’il en est le producteur. C’est l’histoire de Quirt Evans (John Wayne), un homme violent, mais pas foncièrement mauvais – comme pourrait le faire penser le titre – qui est recueilli par une famille de quakers, non-violents. Le film est en noir et blanc, le générique possède une touche de série B des années 30, et on y trouve d’ailleurs les noms de Harry Carey et de Yakima Canutt (comme assistant réalisateur). Le contraste entre cette mise en matière tonitruante (la musique de serial) et le calme nonchalant de l’ensemble du film est saisissant. La caméra s’attarde sur les réactions charmantes de Penny (Gail Russell) , tombée instantanément amoureuse de Quirt, qui écoute les propos délirants du blessé révélant un passé empli de femmes et de fureur. On observe aussi tranquillement la vie de la ferme, le biberon d’une jeune chèvre, la messe des quakers, et Quirt qui évolue peu à peu, sans appui grossier de la caméra. John Wayne adoucit un peu son personnage habituel, Quirt est moins brute et plus attentionné : la femme n’est pas ici un être que l’on se contente de respecter pour s’en éloigner dès que possible, c’est bel et bien une femme que l’on tente de comprendre. Ajoutons en outre que le comédien de doublage de la VF n’est pas l’habituel Raymond Loyer, mais –si j’en crois wikipedia – Claude Bertrand, qui lui donne ici une voix très tendre. Le DVD en ma possession n’ayant pas la version originale, je n’ai pas pu juger si John Wayne lui-même a adouci son timbre de voix pour ce film (On trouve le film en VO en streaming facilement, mais la qualité est épouvantable.)
Si on est mal disposé, l’ennui finit pourtant rapidement par s’installer, le film étant bien bavard, l’action rare et la conclusion évidente. La rechute, suivie de l’électrochoc salutaire qui orientera définitivement Quirt dans la voie de la non-violence se suivent sans réelle émotion. L'ensemble manque finalement de densité. Quelques scènes réussies nous réveillent, dont toutes celles faisant apparaître Harry Carey, l’immense star du western muet, qui tourne ici son dernier western. C’est lui qui sauve Quirt au final, et qui lui permet de s’en sortir en renonçant à la violence tout en se débarrassant de ses ennemis, ce qui est un beau tour de force. Le film sera un échec cuisant au box-office, ce qui ne doit pas vous empêcher de le savourer comme une curiosité.

samedi 31 décembre 2011

Ce vieux John Wayne… (3)



Et voici la dernière fournée de « John Wayne vieux », ces films mi-réussis mi-ratés de sa fin de carrière, qui manquent d’ampleur par absence de grands réalisateurs aux commandes, mais qui sont en général sauvés par la prestance du Duke, ou par notre bienveillance à son encontre. A noter que John Wayne est imprimé à jamais dans l’inconscient américain puisque pas plus tard que dans la saison 7 de Desperate Housewives, Felicity Huffman doit sa démarche « à la John Wayne » à un abus de galipettes avec son amant.



L’on commence donc avec Les Géants de l’Ouest (The Undefeated, 1969) de Andrew V. McLaglen. On a du mal à le croire comme ça, mais c’est sorti la même année que La Horde Sauvage, pourtant c’est d’un classicisme à toute épreuve. McLaglen nous montre un monde où les rancœurs de la guerre de Sécession se règlent à coup de Bourbon, un monde dans lequel un jeune indien peut courtiser sans problème une femme de race blanche. Trop gros, ça passe pas, tout comme cet espèce d’enthousiasme collectif Fordien des hommes en groupe, que l’on nous ressert depuis Le cheval de fer. La communauté soudée, qui fait passer l’honneur avant tout, les décisions prises ensembles, avec concours de belles phrases et envolées lyriques : on va les aider ces maudits sudistes, de toute manière, les seuls vrais salauds ce sont ces cons de français avec leurs sabres, yihaaa ! C’est plaisant, ça vous arrache un sourire complaisant envers la race humaine, mais ça ne fait pas un grand film. Heureusement il y a Rock Hudson, et il y a John Wayne, qui font un beau numéro d’acteurs, ainsi que toute la clique habituelle (Ben Johnson, Harry Carey Jr, Bruce Cabot). Malgré son âge, Wayne papote avec une dame et lui parle de fonder une famille. On lui pardonne, c’est la magie du cinéma.


On passe rapidement à une production du même type, The Big Jake (1971, George Sherman), une œuvrette plutôt sympa et décontractée, bien ficelée, bien menée, bien troussée, bien balancée mais sans l’ampleur qu’un grand réalisateur n’aurait manqué de tricoter au sein du canevas de départ. Pour autant, on est en droit de ne pas bouder son plaisir : une intro magnifique avec même des extraits du tout premier western tourné (Le vol du rapide) ancre l’œuvre dans la veine crépusculaire mais sans le coté désenchanté. Ce qui justifie illico la présence d’automobiles et de motocyclettes dans l’histoire. Et les cascades réalisées à moto ont un effet immédiat : non seulement elles renouent avec les facéties virevoltantes de Tom Mix, mais elles rejoignent également toutes ces séries B des années 30 avec John Wayne, ces « John Wayne maigres », qui mélangeaient allègrement les automobiles les chevaux et les trains dans des poursuites toujours plus folles. Certes ce constat ne fait pas naître une émotion à la hauteur d’une Prisonnière du désert ou d’un Fils du désert, mais au moins ça rend le film un peu moins creux qu’un simple Voleurs de trains. Pour le reste, les interprétations sont très bonnes (dont Richard Boone), les interactions entre personnages fonctionnent, les caricatures aussi, et les multiples types d’armes (derringer, pistolet, fusil à lunette, machette…) aussi. Hop comme dirait Achille.




Les cordes de la potence ensuite (1973, U.S. Marshall Cahill), réalisé à nouveau par Andrew V. McLaglen, fonctionne bien, malgré l’âge avancé de son interprète principal. Wayne laisse un peu la place aux deux jeunes gamins (Gary Grimes, un de ceux du Sang dans la poussière, et Clay O’Brien, présent déjà dans Les Cowboys) qui tiennent le principal de l’intrigue sur leurs frêles épaules. Les méchants, George Kennedy en tête, ont une bien belle présence, et Andrew V. McLaglen leur concocte des plans classieux sous la pluie digne des meilleurs spagh. On note la présence de Jackie Coogan, le Kid de Chaplin, en poivrot qui manque de se faire assassiner dans son sommeil, et puis Harry Carey Jr. dans un petit rôle. Le Duke s’endort avec le double chien de son shotgun armé, ceci face à ses prisonniers. Tant pis pour eux s’il a la bougeotte pendant son sommeil ! Neville Brand nous fait un numéro savoureux de demi Comanche, amateur de cigares, le scénario est plutôt intéressant, bref, une fois de plus, si ce Duke n’est pas un chef d’œuvre, il y a tout ce qu’il faut pour passer un bon moment, sans ode inutile à la gloire du Duke. Plutôt pas mal, donc, même si on ne peut pas s’empêcher de sourire devant l’aisance des personnages à se mouvoir avec épaule trouée ou jambe cassée.



On termine avec Le dernier des géants (The Shootist, Don Siegel, 1976) qui émeut tout le monde à cause de la résonance entre le destin de l’acteur et celui du personnage (en allant jusqu’à présenter une intro faite de stock shots des films du Duke), mais qui ne fonctionne que par ce biais là. En effet, pour le reste, il faut bien dire que les derniers instants d’un vieux pistolero atteint d’un cancer ne sont guère passionnants. C’est Wayne que l’on regarde mourir, et non pas John Bernard Books. Le film en devient sordide et voyeuriste, même si en réalité, Wayne n’avait pas encore fait sa rechute quand il a tourné ce film. La patte de Siegel ne se reconnaît qu’à la toute fin, sinon c’est filmé de façon plate et conventionnelle. Tué dans le dos de deux coups de shotgun, notre héros a le temps d’acquiescer lorsqu’il voit Ron Howard (que l’on a vu aussi dans Du sang dans la poussière, qu’est ce qu’ils avaient ces jeunots à faire du western avant d’être des hommes !) jeter au loin son arme avec dégout, faisant suite à une thématique à peine esquissée du gamin qui veut se mesurer à la légende. Si j’en crois imdb, cela aurait dû être le personnage de Ron Howard lui-même qui tuait J.B. Books, dégoûté ensuite par son acte. Wayne a demandé à rajouter le barman en intermédiaire, allez savoir pourquoi. Du coup, plus rien ne fait sens, on ne comprend pas pourquoi le barman tue Books, on ne comprends pas trop non plus pourquoi le personnage de Ron Howard est si dégoûté de son acte qui est pourtant plus un réflexe qu’un assassinat délibéré. En bref, Wayne a perverti le film. Admiratif de Don Siegel et de son Dirty Harry, il rend le travail de celui-ci impersonnel à force d’exigences ajoutées les unes après les autres (il a aussi fait supprimer une scène où il abat un homme dans le dos). Sans doute l’une des raisons pour lesquelles tous ces « John Wayne vieux » sont relativement fades et sans saveur, la star imposant une routine standardisée et une norme aseptisée à ses réalisateurs.



lundi 8 août 2011

La Prisonnière du désert


The Searchers
1956
John Ford
Avec : John Wayne, Jeffrey Hunter, Ward Bond, Harry Carey Jr. Nathalie Wood


Tout a été dit déjà sur ce film. Il n’y a qu’à lire les commentaires sur Western Movies ce mois-ci, le film est intouchable. Sa réussite tient au mystère des personnages, à la mysticité des lieux, à son message anti-raciste, à la beauté de ses plans, de ses non-dits, de toutes les qualités intrinsèques, extrasèques, archisèques, sous-textuelles, sur-textuelles, intra-textuelles, pré-textuelles, post-textuelles, bi-textuelles, constructivistes, déconstructivistes et post-modernistes de sa réalisation. Pourtant, passé la première demi-heure, l’ennui pointe et tire, le rythme s’affadit, ça devient barbant. Ce qui fonctionne en littérature (cette sensation du temps qui passe) ne marche pas aussi bien au cinéma : vertige de la quête, l’ellipse cinématographique anéantit la temporalité. Le début est formidable, haletant, tendu, fort bien tous ces non-dits, ces regards, ces caresses sur des vareuses, ces personnages cadrés dans des portes. OK, c'est du beau cinéma, mais ensuite? Deux fantômes errants, changeant de saisons, de pays, de costumes pour toujours revenir au même point ? On croirait presque par moment, un road movie des années 70, dont le but serait plus le cheminement en lui-même que le but à atteindre, avec Monument Valley en personnage à part entière. Alors oui c’est vrai, le final est magnifique, le mythique « Let’s go home Debbie », puis la porte qui se referme sur l’outcast Ethan, où le Duke vient de faire – cerise sur le gâteau – son petit hommage à Harry Carey, oui superbe, plus belle scène du septième art tout ça OK, je veux bien, n’empêche qu’avant ça on a eu une de ces abominables chansons que John Ford ne pouvait s’empêcher de placer ça et là dans ses films, on a eu une horripilante mexicaine avec ses castagnettes, on a eu l’exécrable séquence avec Look, la grosse indienne pataude, séquence sauvée in extremis par la découverte de sa mort qui remet du drame dans la grosse farce, on a eu un interminable mariage avorté qui retarde l’échéance, désamorce beaucoup de choses pour faire avancer des intrigues secondaires qui finalement n’ont pas tant d’importance que ça, bref on a eu du Ford de chez Ford comme on n’aime pas trop, à part chez les inconditionnels amoureux du vieux borgne.
Et pourtant dans tout ça, il y a toujours cette ambivalence, l’attaque finale qui s’apparente plus à un massacre (on voit peu de morts, mais on se rend bien compte que le campement est surtout composé de femmes et d’enfants, le Duke qui scalpe son homologue indien, pourtant tué par un autre, et Ward Bond, qui se fait féliciter au final alors qu’il n’a perdu apparemment aucun de ses hommes et que sa troupe hétéroclite a tout de la bande de mercenaires pas vraiment officiels), Ethan, le personnage du Duke, totalement perfide dans ses actes et sa froideur (Ne laisse-t-il pas le personnage joué par Harry Carey Jr. courir droit vers la mort, sans rien faire pour le retenir, ne risque-t-il pas sciemment la vie de Martin (Jeffrey Hunter) pour abattre ses poursuivants dans le dos ?) mais qui a ses sursauts d’humanité et d’amour pour son prochain, il y a ces blanches captives des Comanches, devenues folles – scènes glaçantes – et en même temps les morts indiennes, les scalps de Scar, vengeant ses fils, toute la richesse du cinéma de Ford qui prend l’Homme comme il est, et qui l’aime, dans toute la richesse de ses contradictions.

vendredi 13 mai 2011

Ce vieux John Wayne... (2)

On commence ce deuxième aperçu de la carrière tardive de John Wayne avec le très réputé El Dorado. Ce film ne peut pas vraiment être classé dans les « John Wayne vieux ». L’acteur n’a alors que 59 ans et il tient encore parfaitement la route, sept ans après Rio Bravo. Pourtant, Howard Hawks ironise déjà de façon fracassante sur l’inexorable décrépitude de son héros : handicapé par une balle dans le dos, le Duke est forcé de conclure le shoot out final avec un bras paralysé. L’image de fin qui le voit boiter de concert avec l’excellent Robert Mitchum est dans toutes les mémoires. Hawks réédite son exploit de Rio Bravo, sens du timing, de l’action, sens de l’humain, sens de l’humour, El Dorado est une perle que l’on revoit toujours avec plaisir et dont on connaît les plans par cœur (attention, Mississippi va faire choir la pancarte sur un méchant !). Il est juste un poil en-deçà de son illustre prédécesseur parce qu’il manque un bon petit Degüello pour faire vibrer notre corde opératique, mais par contre, l’absence du My rifle my pony and me remplacé par une hilarante concoction anti-gueule de bois penche plutôt en sa faveur.



Trois ans plus tard, Wayne ne tient plus la route dans Rio Lobo. Grossi, bouffi, vieilli, il fait peine à voir avec sa bedaine qui dépasse de son ceinturon. Howard Hawks en joue et le fait traiter de « confortable » par la donzelle de service. Hawks lui-même est moins en forme également. La longue introduction en pleine guerre de Sécession est censée donner de la matière à l’amitié entre le Duke et les deux sudistes, mais elle a pour effet de dédramatiser le drame qui se joue ensuite à Rio Lobo (y compris la peu crédible vengeance), alors que dans Rio Bravo et El Dorado, les non-dits sur le passé des protagonistes renforçaient au contraire leurs zones d’ombre et leurs personnalités ; tandis que la dramaturgie pouvait prendre toute son ampleur. En outre, le fade Jorge Rivero n’est pas Robert Mitchum, le passage par la case prison est réduit au strict minimum, et le traitement « bonne humeur » des scènes d’action en désamorce la portée. Pourtant cette bonne humeur communicative est plutôt à porter au crédit du film, tout comme la très belle musique de Jerry Goldsmith (inclut l’excellent générique de début), la performance exaltée de Jack Elam qui a la meilleure ligne du film (« You don't mind if I shoot, do you? It makes me feel better. ») et l’attaque de train très bien menée. J’avais peu de souvenirs de ce film à part la double détente du deux-canons de Jack Elam liée avec du fil de fer et la winchester du méchant qui lui explose à la gueule. Je croyais me souvenir qu’il en mourrait, mais non, une des multiples jolies filles du film vient accomplir sa vengeance. Dommage, un méchant qui se tue tout seul, sans l’aide du gentil, cela aurait été une belle fin ironique pour ce dernier western du maître Hawks.



John Wayne apparaît paradoxalement plus vieux, mais plus en forme dans Cent dollars pour un Shérif (True Grit) tourné pourtant quelques mois auparavant, et que je me suis finalement décidé à revoir. L’acteur reçoit alors un Oscar pour son rôle de Rooster Cogburn, et tout le monde s’accorde pour dire que l’oscar récompense sa carrière plutôt que son jeu d’acteur dans ce film. Pourtant, il faut bien avouer que parmi tous les westerns de la fin de sa carrière, c’est bien dans celui-là que John Wayne est le moins John Wayne. Jurant, buvant, borgne et pitoyable, l’acteur en fait des tonnes pour donner de la matière à son personnage, et ça marche plutôt pas mal. Henry Hathaway filme avec talent et application une histoire convenue dont le principal ressort dramatique est la présence dans les basques du Duke d’une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux (Kim Darby). Puisque le remake des Coen est encore chaud dans les mémoires, on ne peut s’empêcher de constater que Hathaway a mis plus de chaleur et d’humanité dans son film sans gommer totalement le cynisme du livre. Mattie est certes la même jeune fille débrouillarde et calculatrice, mais son attachement pour son défunt père est visible au contraire de la Mattie des Coen qui apparaît alors comme un véritable robot. La scène des serpents bien sûr est moins percutante que dans ma mémoire (d’ailleurs il n’y a qu’un serpent) mais quand même sacrément angoissante. A la fin, le Duke saute à cheval par-dessus une barrière. C’est beau.



En 1975, John Wayne fait encore bonne figure dans Une bible et un fusil (Rooster Cogburn) tourné par Stuart Millar. Malgré le coté attachant de ce film conçu comme une suite au film de Hathaway, l’opportunisme de la chose apparaît trop clairement pour totalement adhérer à l’entreprise. Les scènes du bouquin de Charles Portis non exploitées dans Cent dollars pour un Shérif se retrouvent traitées ici (le lasso pour empêcher les crotales d’approcher, le tir sur les galettes de maïs – scènes que l’on retrouve d’ailleurs dans le film des frères Coen) un peu en décalé. L’association Wayne Hepburn paraît beaucoup trop artificielle pour fonctionner pleinement et les appels du coude en direction de African Queen sont bien trop constants pour amuser. Ajoutons à cela des méchants plutôt insipides, un suspense inexistant malgré la présence de nitroglycérine et un jeune indien sans beaucoup de relief, et on se retrouve bien en deçà du film de Hathaway. Malgré tout, la bonne humeur de l’histoire suffit amplement à éviter la lourdeur et l’académisme de la plupart des « John Wayne vieux ». Si vous voyez Cent dollars pour un shérif, ça ne vous fera donc pas de mal de voir celui-ci dans la foulée. En rayon, il me restera à vous parler de Big Jake, des Géants de l’Ouest, des Cordes de la potence et du mythique Dernier des géants pour clore ce tour d’horizon mi-complaisant mi-agacé du crépuscule westernien du Duke. Mais ce sera pour une prochaine fois, il ne faut pas abuser des bedaines d’armoires à glace, fussent-elles confortables.

Images: USMC, Laurent, Jicarilla sur western movies

lundi 11 avril 2011

Ce vieux John Wayne...

L’autre jour quelqu’un a cru bon m’alerter : « Tu as vu, ils passent plein de vieux John Wayne sur la TNT ! ». Je fus donc évidemment intrigué qu’une chaîne de la TNT puisse diffuser des westerns des années 30 en noir et blanc, mais après tout, pourquoi pas ? Naturellement, ces vieux « John Wayne » n’étaient pas les pêchés de jeunesse de l’immense star, mais bien des « John Wayne vieux », les westerns des années 70 qu’il tournait encore alors qu’il était devenu un vieillard. Il faudra que je m’y résolve : les films des années 70 sont devenus des vieux films pour tout un chacun. Mais l’essentiel n’est pas là ! Il y a du « John Wayne vieux » à la télé, c’est le moment de s’en remettre quelques uns. Mais juste trois alors, parce les « John Wayne vieux », ça use.




Commençons donc par Chisum (1971, Andrew McLaglen). Insupportable monument de paternalisme chevillé dans la bonne conscience des gros propriétaires bienveillants, Chisum est en outre chiant au point qu’on se retrouve vite malgré soit à zapper sur Le Pacte des loups ou American Beauty qui passent chez la concurrence. Wayne, tel un gros pouf sur son cheval, regarde l’horizon et médite sur le temps qui passe. Ben Johnson, le regarde de loin l’air compréhensif parce que c’est son pote de l’ancien temps où que le progrès et la corruption y venaient pas faire chier. La loi ça sert à rien quand c’est un méga propriétaire terrien comme le Duke qui est aux manettes : il est sympa avec ses employés, sympa avec ses voisins, juste et droit, le patron rêvé, l’utopie made in MEDEF. Peu importe que le vrai Chisum était bien moins fair play, le Duke en chef d’empire équitable, McLaglen nous l’avait déjà servi en plus drôle dans Le grand McLintock et c’était déjà pas terrible. On se console en voyant passer des seconds rôles connus et des légendes de l’ouest : Billy The Kid, Pat Garret, tout ça. Allez, on oublie.




On enchaîne avec Les voleurs de train (1973, Burt Kennedy). Après une intro sympatoche pompée sur Il était une fois dans l’Ouest, le film part bien, même si Ben Johnson et John Wayne semblent continuer le film précédent et en remettre une couche sur la nostalgie qui n’est plus ce qu’elle était et les histoires du temps passé. Burt Kennedy radote aussi puisqu’il il nous remet une belle fille qui se voit obligée de faire bouillir ses vêtements pour qu’ils soient plus moulants, comme Raquel Welch dans Hannie Caulder, et qu’il nous remet aussi un étrange homme en noir presque fantomatique comme dans le même Hannie Caulder. La suite devient franchement ennuyante malgré de très belles images. Des bivouacs, des chevauchées, des discussions à deux balles sur l’opportunité d’être honnête ou sur la vieillesse qui affaiblit l’homme, puis encore des bivouacs entrecalés de temps en temps de bonnes doses d’action bien menées. Curieusement, le film visuellement, fait penser à Mon nom est Personne, pourtant sorti la même année, mêmes tonalités de couleurs, et surtout, ces chevauchées furieuses de plusieurs dizaines de tueurs pressés avec le même type de montage alterné (mais sur une musique beaucoup moins belle) et une destinée tout aussi explosive qui rappellent bien sûr celles de la Horde Sauvage. Belle coïncidence, mais qui ne suffit pas à relever un film creux dont le twist final ne fait même pas hausser les sourcils. Mais quelle importance, le Duke reste le Duke, les paysages sont magnifiques, le film n’est pas désagréable.




Avec Les Cowboys (1972, Mark Rydell), on monte d’un tout petit cran, parce que la violence est beaucoup plus malsaine, le ton plus amer et la morale moins sauve. Je vous crache le spoiler : le Duke se fait descendre, en quasi-martyre, salement amoché, la scène est très forte, marquante, dérangeante. Dans son livre sur le western, Christian Viviani écrit : « […] The Cowboys, que John Wayne avait conçu comme une sorte de testament, semble bien être un mauvais tour que Rydell a joué à son interprète. En fait, cette histoire qui voyait des enfants aider Wayne à convoyer son bétail et qui, le long du périple, sous le coup de l’« apprentissage » de leur aîné, devenaient des tueurs sanguinaires, ne laisse apparaître que maintenant son ironie et sa verdeur. » Mouaiff, l’ironie et la verdeur n’apparaissent pas tant que ça, le film reste un parcours initiatique assez banal, et la vengeance finale, bien que cruelle, ne semble pas vouloir montrer que les gamins sont devenus sanguinaires, mais bien que la catharsis ayant opéré, ils sont maintenant devenus des hommes. Mais on peut tout de même laisser au film le bénéfice du doute, et de ces trois « John Wayne vieux » diffusés récemment par la TNT (me demandez pas la chaîne, elles sont toutes interchangeables dans mon esprit), c’est quand même bien celui-là le plus intéressant. Allez, j’ai plus qu’à me retaper Rio Lobo et Cent dollars pour un Shérif, et je vous en reparle, et peut-être même qu’un jour je regarderai The shootist, qui paraît-il est très émouvant. Et vive le Duke, même si au final, entre les « John Wayne jeune et maigre » et les « John Wayne vieux et gros », c’est quand même les « John Wayne mûr et massif » qu’il vaut mieux regarder.

Images: USMC, lasbugas et jamesbond sur Western Movies.

samedi 18 décembre 2010

Les Commancheros




The Commancheros
Michael Curtiz
1961
Avec:  John Wayne, Stuart Whitman, Ina Balin, Lee Marvin


Ce que l’on retiendra de cet ultime western de Michael Curtiz, ce n’est pas justement, qu’il fut son ultime western, terminé, pour cause de maladie, par John Wayne lui-même. On ne reviendra pas non plus sur la prestation en demi-teinte de Stuart Whitman en fade joueur de cartes, qui rappelle Tony Curtis dans Les années sauvages. L’on ne s’attardera pas non plus sur la sympathique prestation du bedonnant John Wayne, en Texas Ranger paternaliste, au cours de laquelle le Duke joue très bien le Duke comme il aimait à le rappeler, alors qu’on préfère se rappeler pour notre part de ses prestations dans La Prisonnière du désert ou Le fils du désert, dans lesquelles le Duke parvenait haut la main à surpasser le Duke.
C’est plutôt le personnage de Pilar Graile et son interprétation par Ina Balin pour le coup qui nous a marqué, tant par son sourire ravageur, sa personnalité indépendante, ses répliques imprévisibles, son intérêt trouble pour Stuart Whitman et son insensibilité totale à la virilité vieillissante du Duke. Dommage qu’une fois l’action pliée, elle rentre dans le rang, enlève son pantalon pour le troquer contre une robe et regarde langoureusement le lisse Stuart Whitman d’un air de femme bien élevée. Tsss.
Il reste à se mettre sous la dent beaucoup d'action, des indiens qui tombent comme des mouches, une apparition bien trop courte mais savoureuse de Lee Marvin, une autre apparition de Guin 'Big Boy' Williams et  des anachronismes en veux-tu en voilà (comme ces winchester dans les années 1840). Le film étant sympathique mais pas exceptionnel, je me réserve pour plus tard les westerns de Curtiz avec Errol Flynn (Les conquérants, La caravanne héroïque et La piste de Santa Fé), qui selon Christian Viviani, sont beaucoup plus personnels et intéressants.

Image: lasbugas sur western movies

dimanche 12 septembre 2010

Le fils du désert

Three Godfathers
John Ford
1948
Avec : John Wayne, Pedro Armendariz, Harry Carey Jr., Ward Bond


Le film débute sur la silhouette d’un homme à cheval, en contre-jour. Il s’agit de Cliff Lyons, posant nonchalamment sur sa selle à la manière de Harry Carey, auquel le film est dédié. Cet hommage à la grande star du muet – « bright star of the early western sky » - morte quelques mois plus tôt, est particulièrement significatif dans le cadre de ce film-ci. D’abord parce que le sang de la star coule dans les veines de l’un des acteurs principaux (son fils Harry Carey Jr. joue dedans quoi…), ensuite parce que Le fils du désert est une énième version cinématographique du roman de Peter B. Kynes, et que Harry Carey avait joué dans deux d’entre elles, la première en 1916 réalisée par Edward Le Saint, la seconde en 1919 réalisée par John Ford déjà, sous le titre Marked Men.
La version de Ford de 1919 est réputée perdue. Celle de Edward Le Saint l’est sans doute aussi. Il est donc difficile de juger sur pièces, mais le fossé technique et narratif qui existe entre le cinéma des années 10 et celui des années 40 est tel qu’il est difficile de parler de remake. Inutile de fantasmer donc sur une virtuelle comparaison entre les deux versions du même réalisateur. Dans les années dix, John Ford et Harry Carey écrivaient leurs scénarios à deux, ils tournaient en quelques jours. En 1948, l’écriture du scénario à lui seul prendra quatre semaines. La différence d’investissement est telle qu’on ne s’étonne pas que tous ces petits films du muet aient été si peu considérés, même par ceux qui les avaient produits, et finalement perdus. Aujourd’hui on s’en mord les doigts. Même tourné à la va-vite dans des conditions de production quasiment à la chaîne, on aimerait bien découvrir ce Marked Men. Mais je m’égare.

Le fils du désert est un film magnifique. L’histoire est magnifique, les acteurs sont magnifiques, la photo est magnifique. Dieu soit loué celui-là n’est pas perdu. Oui, un non-croyant comme moi peut grincer des dents à la parabole chrétienne poussive, mais j’évite de grincer des dents, ça fait sauter les plombages. L’histoire est simple et belle, et notons que selon Larry Langman dans A guide to Silent Western, il y avait déjà un critique en 1916 pour trouver que le scénario et les personnages de la version de Edward Le Saint étaient invraisemblables. Peut importe de toute façon, si le politiquement correct de 1948 fait grincer des dents aujourd’hui, le politiquement correct d’aujourd’hui fera sauter les plombages des mes petits enfants dans cinquante ans. On a tout dit sur le coté volontairement gentil du film, les bandits bien sympas, le shérif (Ward Bond, formidable) qui s’appelle B. Sweet et qui n’est pas payé pour tuer les gens, la bonne humeur et l’absence de réelle violence. On l’a tellement bien dit ailleurs que c’est plutôt l’inverse qui m’a sauté aux yeux. Il y a d’abord le fait que la ville nommée Welcome s’appelait auparavant Tarantula. Il y a ce plan du bandit tenant un biberon d'une main et un revolver de l'autre. Il y a ce revirement du Shérif qui offre une prime à ceux qui abattront les fuyards quand il croit à tort qu’ils ont assassiné la femme et dynamité le puits. Et il y a aussi le personnage de Robert Hightower joué par John Wayne. Ses deux comparses ne sont pas réellement des bandits : Pedro (Pedro Armendariz) n’est qu’un voleur de chevaux, il a eu femme et enfants. The Abilene Kid (Harry Carey Jr.) n’est qu’un bandit en devenir. Mais Robert est un vrai bandit, c’est lui le chef, c’est lui qui monte le coup de la banque, et c’est un dur à cuir, pragmatique et presque insensible. Lorsque le Kid déclare qu’il ne pourra pas traverser le désert, Robert évalue la situation et acquiesce, en l’aidant à déboîter les talons de ces bottes. Lorsque Pedro, avec sa jambe cassée, demande un revolver pour se défendre contre les coyotes, Robert lui laisse son arme et l’abandonne sans se retourner alors qu’il sait très bien qu’il va se suicider. Deux des personnages principaux meurent pour la bonne cause, à l’image du sacrifice des trois canailles de Three Bad Men. Tous ces éléments bien sûr ne démontent pas l’analyse parabolique et gentillette du film, mais ils l’inscrivent dans un registre crédible et plus réaliste qu’on ne pourrait le croire. Et John Ford, connu pour filmer entre les pattes des chevaux, filme les guibolles chancelantes des hommes, les pieds las qui trébuchent dans la rocaille, les visages fiévreux sous le soleil, la poussière qui assèche et étouffe. Aujourd’hui encore, cette traversée du désert n’a pas perdu de sa superbe.

Bien sûr on ne négligera pas la nostalgie qui patine un film et le rend meilleur. Le bébé enduit de graisse de chariot qui avait bien fait rire ma mère, les cactus qu’on décapite pour en récupérer le jus – grand moment de mythologie du désert, les deux fantômes qui suivent John Wayne et qui, dans mon souvenir étaient présents beaucoup plus longtemps. John Wayne enfin, qui entre au saloon, un bébé dans les bras, demandant un biberon et une bière. Si ça c’est pas sublime ! John Wayne qui fait du John Wayne sans vraiment faire du John Wayne, le visage beaucoup plus torturé et moins monolithique que d’habitude, parfois si expressif qu’on a du mal à le reconnaître. Quand il obtient enfin sa bière, on est heureux avec lui, et c’est la grande force de ce film de faire passer autant de moments humains et réels dans un conte fabriqué de toute pièce.



Note : certains osent prétendre que Trois hommes et un couffin est un remake de ce film. Honte à eux :-)

Sources : John Ford par Patrick Brion. John Ford par Philippe Haudiquet
Capture: Western Movies

mardi 22 septembre 2009

Rio Bravo


Rio Bravo
1959
Howard Hawks
Avec : John Wayne, Angie Dickinson, Dan Martin, Walter Brennan, Bob Steele, Ward Bond, John Russel, Yakima Canutt, Gordon Mitchell

On ne présente plus ce film intemporel. Bob Steele joue dedans. Parler de Rio Bravo sans évoquer la prestation remarquée de Bob Steele (non créditée) en Matt Harris, l’un des hommes de main de Burdette revient tout simplement à parler d’Il était une fois dans l’Ouest sans parler de Woody Strode. De même, on ne peut pas passer sous silence les rôles de Ward Bond et de John Russel ; ce serait prouver au monde cinéphilique que l’on est passé complètement à coté de ce chef d’œuvre. A coté de ces acteurs capitaux, les autres bloqués dans la prison avec leur prisonnier ont beau toucher la grâce quand ils se mettent à chanter My rifle my pony and me, tandis que dehors sonne la musique du Deguello d’Alamo, on ne peut plus trouver grand-chose à dire. Le Duke est là bien campé, comme s’il était né pour ce film, s’essayant à la comédie avec Angie Dickinson (en joueuse de carte qui n’use pas beaucoup de son art, mais plutôt de ses autres atouts), Walter Brennan campe Stumpy pour la vie, Dean Martin incarne la rédemption alcoolique pour l’éternité. Bon, tout ça c’est bien, mais si minime à coté des performances de Yakima Canutt (non crédité) en homme à cheval et de Gordon Mitchell (non crédité) en cowboy de saloon, performances qu’il est tout simplement impossible d’ignorer sous peine d’être discrédité à vie ! On dit d’ailleurs que les scènes supprimées de Harry Carey Jr. sont primordiales. Et puis comme dans tout bon western, il y a de la dynamite et de la tension nerveuse avec du sang qui tombe du plafond. Howard Hawks essaiera de nouveau par deux fois d’atteindre cette perfection ultime (El Dorado, Rio Lobo) sans toutefois y arriver tout à fait.
Capture de Bob Steele: Aveleyman.com

lundi 21 septembre 2009

L’homme qui tua Liberty Valance


John Ford
The man who shot Liberty Valance
1962
Avec: John Wayne, James Stewart, Lee Marvin

Un western que j’affectionne, parce que outre le thème de la légende qui remplace la réalité, le film parle de la fine ligne qui existe entre la lâcheté et l'anti-violence, non pas que le personnage de James Stewart soit un lâche, mais son comportement peut être interprété comme tel. La phrase pivot est celle de John Wayne: "C'était mon steak Valance", c'est à partir de là que se joue le film. C'est ce genre de phrase qui dit quel genre d'homme vous êtes. Si vous la dites, la confrontation est inévitable, vous risquez votre peau, mais vous gardez la face. Si vous ne la dites pas et que vous ramassez le steak, vous êtes, disons prudent, voire un lâche, mais vous restez vivant.
Depuis le jour où j'ai vu ce film, je me demande comme tout le monde si je suis John Wayne ou James Stewart, parce qu’heureusement nous avons en Occident la chance de vivre dans une société où l’on peut mourir de sa belle mort sans avoir jamais eu la moindre occasion de choisir entre la bravoure et la lâcheté. Quelle ligne de conduite adopter dans ce genre de situation, où est la limite, à partir de quand faut il répondre à la provocation et à l'insulte, à partir de quand faut il dire stop, quand vaut-il mieux laisser courir? C'est une question essentielle que le film a le mérite de poser de façon magistrale. Pour le reste, j'adore le personnage de James Stewart, et j'adore la force désabusée de John Wayne, et j'adore le jeu de Lee Marvin! Mais ce film ne fait pas vraiment partie de mes Ford préférés, peut-être à cause de l’atmosphère trop urbaine, peut-être à cause du noir et blanc, mais quoi qu’il en soit, il démontre que John Wayne est un très grand acteur, aux facettes beaucoup plus multiples que l’on pourrait penser.
Affiche: western movies

jeudi 22 janvier 2009

Winds of the Wasteland



1936 Mack V. Wright
Avec: John Wayne, Lane Chandler.

Finalement, je fais mentir immédiatement mon précédent post, ayant passé une petite heure à regarder ce petit western de série B avec John Wayne. John Wayne joue John Blair, un employé du Pony Express mis au chômage avec son pote Smoky (Lane Chandler) par l’arrivée du télégraphe. Ensemble, ils vont monter une ligne de diligence, et découvrir bien vite qu’ils se sont fait rouler, la ville à desservir étant quasiment une ville fantôme. Avec un tel résumé, on pourrait s’attendre à un film social, avec une intrigue teintée par les grands problèmes liés à la crise des années 30. Mais bien sûr il n’en n’est rien.
John Wayne, fringant et beau est l’incarnation même du rêve américain, jamais à terre, toujours prêt à rebondir pour exploiter les aléas de la vie à son avantage. Il retourne les situations, se fait les bons amis au bon moment, parvient à monter sa ligne de diligence, fait arriver le télégraphe jusqu’à la petite ville fantôme qui voit sa population revenir. Winds of the Wasteland n’est donc pas non plus un film précurseur des westerns crépusculaires, Blair n’ayant aucun ressentiment envers le fil qui chante qui l’a mis au chômage et ne se lamentant pas sur l’ouest qui disparaît. Vive le progrès, vive le lobbying.
Ni meilleur ni moins bon que les deux ou trois westerns de ‘John Wayne maigre’ que j’ai pu voir, Winds of the Wasteland manque tout de même de ces scènes improbables qui font le sel du genre : la course John Wayne/bandits/automobile de Rainbow Valley, la scène d’exposition dans l’hôtel de Panique à Yucca City, la course automobile/John Wayne/ draisine du Texan Chanceux. Il y a bien ici une course de diligence avec John Wayne qui saute de cheval en cheval et qui préfigure La chevauchée fantastique, mais rien de vraiment extraordinaire. Par contre, l’acteur John Wayne est déjà assez fascinant. Dès le premier plan où il apparaît, il se met en retrait, et pourtant on ne voit que lui. Pas encore une star, mais déjà une présence. A la fin il se tape the girl, mais c’est suggéré.
Lane Chandler était un acteur qui faillit devenir une star au temps du muet, mais qui dut se cantonner aux seconds rôles par la suite. Le moins que l’on puisse dire est que sa prestation ici n’a rien d’inoubliable. On retiendra plus les gags associés à la moufette qui a élu domicile à l’intérieur de la diligence. Cette bestiole est une sorte de putois à la puissance dix, capable d’émettre un jet puant qui vous colle à la peau pour une à deux semaines. La bébête inspire une terreur assez incroyable aux protagonistes (Duke y compris), terreur difficile à comprendre pour nous autres européens qui ne connaissons pas les désagréments de la faune nord-américaine.


Où le voir : ici par exemple : http://www.oldcinemovies.fr

samedi 23 février 2008

Hondo, l'homme du désert




Hondo
John Farrow
1953
Avec : John Wayne, Geraldine Page

Hondo, c’est John Wayne, qui arrive à pied de sa démarche légendaire avec sa winchester et un chien à ses cotés, le colt légèrement en arrière sur sa hanche. Une image pareille, le film ne peut pas être complètement mauvais, il est même forcément bon !
Il reste quelques jours dans un ranch pour aider une femme seule (Geraldine Page) avec son fils, alors que tout près, les apaches sont sur le sentier de la guerre. Puis il s’en va avec son clébard, mais on sait qu’il reviendra, car quelque chose dans cette femme lui plait. Vittorio, le chef des apaches (Michael Pate), prend le fils de la femme seule sous sa protection, car le gosse est un brave de chez les braves qui a peur pour sa mère, mais pas pour lui-même. C’est ce qui sauvera la vie au Duke, qui était pourtant prêt à mourir en brave par ce beau jour ensoleillé. Le Duke aura la vie sauve, mais pas son chien. Le film datant des années 50 et non des années 90, le Duke semble n’en avoir rien à secouer de la mort de son chien. Pas de mâchoire crispée, pas d’expédition punitive, pas de scènes tire-larmes, nada, le cabot est mort et on passe à autre chose.


Un chien de perdu, une femme de trouvée. Le Duke prend la femme, éduque le gosse à la méthode dure mais tendre et se prend à espérer une vie meilleure. Les tuniques bleues se ramènent avec leur vision simpliste de l’Indien. Le Duke enrage. Les tuniques bleues se font totalement décimer mais reviennent tout de même en ayant tué Vittorio, le chef Apache. Du coup la petite famille recomposée n’est plus protégée, il faut fuir et faire tourner les chariots en cercle pour combattre les indiens. Yipee, enfin un vrai western avec des chariots en cercle et des indiens qui tournent autour. De temps en temps, on se prend une flèche en pleine poire comme au Futuroscope, car le film était fait pour être vu en relief. Le Duke tue le nouveau chef Apache, ce qui leur laisse un peu de temps pour s’acheminer vers le mot Fin. Yihaaa. John Wayne, véritable star, immense acteur, suffit à rendre ce film excellent. Oh bien sûr, il y a l’inévitable papotage sous les arbres avec la dame, ses phrases creuses toutes faites et ces petites phrases sur ce qu’est un homme et sur ce que sont ses devoirs, bien sûr, il y a quelques longueurs, mais dans l’ensemble voilà un bon western, de grande classe, tourné en partie, paraît-il, par John Ford, avec de l’action, des sentiments, de l’honneur, et un chien.
Et comme l’a fait remarquer Personne sur le forum Western Movies, les similitudes entre ces deux photos d’exploitation sont assez frappantes :






lundi 9 juillet 2007

La chevauchée fantastique

Stagecoach
1939
John Ford
Avec : John Wayne

L’histoire: Une diligence emmène un microcosme humain à Lordsburgh. On trouve là-dedans la putain, le notable, le docteur alcoolique, le banquier corrompu, la dame de bonne famille, le bandit au grand cœur, le marshall. Ils doivent traverser une terre où Geronimo fait des siennes.

Si on ne devait en garder qu’un, ce serait celui-là. On peut lui préférer d’autres westerns, on peut lui trouver des défauts, mais une chose est sûre, La chevauchée fantastique est le western, le seul, le vrai, l’unique, celui qui définit tout et qui sublime tout d’un seul coup, celui qui crée les poncifs et qui les transcende dans le même mouvement, celui qui n’est qu’une histoire de cow-boys et d’indiens et un drame généraliste en même temps.
Evidemment, sortir des banalités de ce genre sur un film déjà unanimement considéré comme un chef-d’œuvre n’est pas spécialement d’une grande originalité. Mais il ne s’agit aucunement d’un effet de style prétentieux de ma part : je le pense vraiment ! D’autant que je suis loin d’être un fan inconditionnel de Ford dont un certain nombre de films ultérieurs me sont apparus poussifs, manquant d’action et franchement surestimés. La chevauchée fantastique n’est d’ailleurs pas exempt d’un certain nombre de défauts Fordien récurrents : on y trouve chansonnette chiante à faire bailler les morts, mais au moins il n’y en a qu’une seule et elle s’inscrit en plus parfaitement dans la logique narrative de la tombée de la nuit dans le relais. On y trouve l’habituel manque d’action « pure », mais compensée ici par le rythme de la mise en scène et rattrapé par la flamboyance de la fantastique chevauchée. En outre, indépendamment des défauts de Ford, il faut bien dire que le film a un peu vieilli, que le noir et blanc sied mal à Monument Valley (a contrario il illumine parfaitement les scènes nocturnes), et surtout, qu’il manque en VF le charme habituel du doubleur habituel de John Wayne.
Mais alors, qu’est ce qui fait que ce film est si simple et à la fois si génial ? Evacuons d’abord la nostalgie : oui on a adoré le film étant gamin, oui on l’a recréé plan par plan avec la diligence Wells Fargo rouge Playmobil, et oui, le souvenir de cet enchantement ressurgit toujours un peu quand on le revoit. Mais il n’y a pas que ça ! La chevauchée fantastique ne parle pas seulement à l’enfant qui est en nous, il parle aussi à l’adulte avide d’exploration et d’aventure frontier mixée d’aventure humaine. Il parle à l’amateur de cinéma, épaté de voir que tout avait déjà été inventé en 1939 – et surtout, quel contraste entre ce film et les petits westerns de série B tournés par John Wayne quelques années auparavant ! Il parle à ceux pour qui le cinéma est un vecteur d’émotions et pas uniquement de réflexion. Car si John Wayne prend déjà dix minutes sur son temps de présence à l’écran pour papoter et dire des choses tendres à une dame au clair de lune, il le fait avec des mots simples, sans prétention, sans volonté de déclamer des choses vraies et définitives. Juste un ranch, où un homme pourrait bien vivre, en famille.
On retrouve à la fois dans La chevauchée fantastique l’aventure bon enfant avec ces successions de relais, de rencontres avec ces personnages typés et attachants qui s’entassent les uns après les autres dans la diligence, d’évènements inattendus (la grossesse), la tension dramatique due aux indiens hors-champ, le huis-clos au milieu des espaces immenses que l’on retrouvera sous une forme différente dans La captive aux yeux clairs. Du drame humain se détache la figure du bandit romantique, qui actionne sa winchester d’une main, mais qui est fragile en dedans comme une barre Mars, se détache la fille de mauvaise vie qui ne peut croire que sa destinée puisse changer, et se détache le docteur alcoolique, qui bien sûr va prouver à ceux qui le méprisaient qu’il vaut mieux que ce que son apparence veut bien montrer. On dit bien sûr, car ce schéma narratif qui consiste à mettre des hommes qui vont se révéler face à l’hostilité de leur environnement a été usé jusqu’à la corde de façon parfois si grossièrement caricaturale que le mépris face à de si faciles ficelles scénaristiques vire parfois à l’écoeurement. Mais dans La chevauchée fantastique, cette opposition de caractères simplistes se fait dans la douceur, dans l’humanité, baigné par le regard chaleureux du cinéaste. Le duel final, qui pourrait sembler incongru, sert d’exutoire à toute la tension accumulée au cours du voyage, que l’intervention in extremis de la cavalerie n’aura pas suffi à épancher. Les prises de vue en studio, de nuit, John Wayne qui plonge avec sa winchester, et le baddy qui rentre au saloon avant de s’écrouler, tant de scènes reprises et usées au point qu’on a l’impression que rien n’a été inventé depuis. Et même chez les italiens ! Le héros s’appelle Ringo, et il est clair pour lui qu’un homme armé d’une winchester a toutes les chances de réussir face à trois hommes armés de révolvers !

lundi 2 juillet 2007

Le massacre de Fort Apache



Fort Apache
John Ford
1948

Avec: John Wayne, Henry Fonda, Shirley Temple, John Agar



Fort Apache est une petite garnison bien tranquille dont le souci principal est la ligne télégraphique qui est sans arrêt coupée ! Arrive un galonné de ceux que personne n’aime, un type mis au placard pour une raison ou pour une autre et qui met un coup de pied dans le plat par dépit. Exactement comme un chef de service parachuté par la direction parisienne vient ruminer sa colère dans une petite antenne provinciale, le colonel Thursday (Henry Fonda) amène avec lui sa fille Philadelphie (Shirley Temple), son mépris des hommes et des indiens et son ambition frustrée. Il commence par vouloir remettre d’aplomb les uniformes un rien débraillés de lieutenants et d’hommes plus portés sur la boisson et la bonne camaraderie que sur la rigueur militaire. Puis il affiche ouvertement son mépris dû à sa classe quand il refuse de marier sa fille à un simple sous-lieutenant, fut il beau et sobre (John Agar). Henry Fonda joue donc un gars pas tibulaire mais presque, ce qui au final lui arriva assez souvent, si on compte L’homme aux Colts d’Or et Il était une fois dans l’Ouest.

John Wayne aurait voulu jouer les types franchement patibulaires qu’il n’y serait jamais arrivé. Ce gars là est droit dans ses bottes et jovial quelles que soient les circonstances. Il joue le capitaine Kirby York, le genre de galonné qu’on aime bien : pas assez haut placé pour être totalement con, suffisamment tout de même pour imposer le respect et être autre chose qu’une fourmi docile, tout en restant simple et bon camarade. Le capitaine Kirby York, c’est un peu le lieutenant Blueberry en moins alcoolique, il est l’ami des indiens et de Cochise et il croit en la force des traités, il n’a pas d’ambition personnelle et il considère les indiens d’égal à égal et tient parole. C’est bien sûr un homme à se fritter avec le colonel Thursday !

C’est d’abord à fleuret moucheté, car bien que Thursday soit un emmerdeur, il connaît son boulot. Quand les hostilités avec les indiens commencent, il met au point un plan somme toute habile pour punir la bande qui a torturé deux de ses hommes. Plan habile, imposé sans aucune concertation avec ses lieutenants, mais plan habile tout de même. Le capitaine Kirby York s’écrase. Le colonel Thursday, bien qu’étant un rustre qui remet toujours tout le monde à sa place, est aussi un homme juste qui sait agir justement en détruisant le stock d’armes et d’alcool frelaté d’un escroc qui représente pourtant le gouvernement.

Malheureusement, le colonel Thursday aimerait que l’on parle de lui dans les journaux à Washington, et il profite de la confiance qu’inspire Kirby York à Cochise pour lui tendre un piège. Dégoûté, Kirby York s’oppose enfin frontalement à Owen Thursday, mais l’obéissance est plus forte que tout! Qu’importe que le colonel emmène ses hommes vers une mort certaine et que tout le monde en soit conscient. Il faut obéir, quoi qu’il arrive. Kirby York est relégué en arrière de colonne et ne participe pas au massacre. Quand le colonel Thursday se rend compte de son erreur, il retourne mourir avec ses hommes, relâche enfin son port hautain et s’excuse, mais c’est trop tard, l’ouragan Cochise est déjà sur eux, dans un plan magnifique de poussière et de cavalcade. Le massacre en question se conclue par un plan grandiose de Cochise plantant sa lance au pied d’un John Wayne digne, mais désarmé. La conclusion du film est désarmante également, puisque le capitaine York honore la mémoire de feu son supérieur en servant la légende aux journalistes plutôt que la réalité. Mais dans ses yeux, on voit tous ces hommes morts pour rien, auxquels il rend directement hommage.

Ce scénario qui s’inspire du désastre de Little Big Horn offre son content d’action et de coups de fusil aux amateurs de westerns purs et durs. Une fois de plus avec Ford, la nation indienne est une nation noble, qui veut la paix, mais qui est sans cesse bafouée par la faute d’escrocs sans scrupules ou d’officiers à la recherche de gloire. Une fois de plus, voici un western pas si manichéen que ça, au point que j’aimerais bien en voir un, un jour, un de ces westerns tant décriés où le peau rouge n’est qu’une bête sanguinaire assoiffée de meurtre !

Et tout cela suffit déjà à faire du Massacre de Fort Apache un western plus palpitant que La Charge Héroïque et plus passionnant que Rio Grande. D’autant plus que ce qui fait le charme éthéré de La Charge Héroïque est là aussi : la petite vie marrante, virile et alcoolisée de la garnison. La destruction du stock d’alcool frelaté donne lieu à une scène hilarante, tout comme ce bal où chaque invité apporte une bouteille pour corser le punch fait maison. Chez Ford, l’alcoolisme n’est jamais qu’un prétexte à rire. Le joyeux foutoir des jeunes recrues qui apprennent à monter à cheval et la corvée de fumier donnent lieu également à des moments réjouissants, encore que la volonté de faire rire soit un peu trop visible et désamorce les effets comiques, sans toutefois entacher la bonne humeur de ces scènes. Et surtout, ce qui tape sur les nerfs dans Rio Grande est brillamment absent ici : pas une seule sérénade pour ralentir l’action, c’est toujours ça de gagné. Le massacre de Fort Apache est donc le premier et le plus réussi de la trilogie de la cavalerie : un scénario passionnant, de l’humour, une belle confrontation de stars, et bien sûr Monument Valley. Seul bémol, il est en noir et blanc, là où la couleur allait si bien à La Charge Héroïque


PS : La version française fait 1h40, la vo fait 2h, avec plus de scènes sur la vie quotidienne de la garnison.

samedi 30 juin 2007

Le Grand McLintock



Un DVD Bach film à fuir…

Andrew McLaglen
1963
Avec : John Wayne, Maureen O’Hara, Patrick Wayne

Le rancher McLintock est puissant, craint et respecté dans toute la région. Heureusement comme c’est de John Wayne qu’on parle, ce n’est pas un enfoiré d’ultra-capitaliste motivé par le seul profit. Il paye bien ses hommes, il est juste, un peu rustre, un peu ivrogne et cool. Tout va bien en somme, sauf qu’il est marié.

 
Quand le Duke joue les patriarches paternalistes, on sait qu’on va à la fois s’amuser du jeu de l’acteur et s’énerver de voir la glorification du mythe, sans accroc, sans défaut, sans zone d’ombre. On n’y coupe pas ici, Wayne est l’homme fort de la région qu’il possède presque entièrement, tout le monde le craint, pourtant il respecte ses employés, il respecte son cuistot chinois, il protège son employé indien, il prend la défense des indiens, il respecte l’ordre et la loi du shérif en place, il embauche un jeune gars qui vient de le frapper et dans sa grande bonté d’âme, il file un job à la mère du jeune homme par la même occasion. Autant de politiquement correct, ça filera des bourdonnements d’oreille même au plus fervent défenseur de la discrimination positive ! Mais John Wayne, ça reste quand même John Wayne qu’on le veuille ou non. Dans ce western comique, on le voit ivre jeter son chapeau sur la girouette de la maison, ivre tomber quatre fois du même escalier et sobre, donner la fessée à Maureen O’Hara dans une scène célèbre qui est l’apothéose du film. Entre-temps, on assiste également à une gigantesque bagarre dans la boue, sous les yeux incrédules des indiens. Que du bon en somme !McLintock semble donc être un western plutôt recommandable dans le genre bonne humeur communicative, du John Wayne propre et sans tâche. Mais pour apprécier le film, encore faudrait-il que le DVD qui le contienne soit autre chose qu’une bouillie numérique infâme, pourtant vendue 12€99 dans les magasins Cultura de nos provinces. Passons sur le fait que l’image soit recadrée, ce qui devrait normalement suffire en soit pour s’abstenir de voir un film. L’image soit disant restaurée à partir d’un master 35 mm est absolument hideuse, parfois floue, parfois douloureuse pour les yeux. Inutile d’en rajouter dans les qualificatifs médiocres, ce DVD est à piétiner dans l’enceinte même du magasin où vous le verrez !

Un petit bonus nous présente la machine PhC de Snell & Wilcox associée au logiciel de restauration d’image développé par l’INA. Cette merveilleuse machine permet de restaurer quasiment en temps réel les rayures et salissures des archives et films qu’on lui donne à manger. La présence de ce bonus dans le DVD laisse à entendre que PhC a été utilisé pour restaurer McLintock. De deux choses l’une, soit l’opérateur a laissé tous les paramètres par défaut et a laissé tourner la machine pendant qu’il prenait un (long) café, soit le master d’origine était vraiment pourri et le travail effectué est génial. Mais dans tous les cas, ce n’est pas vraiment une bonne pub pour l’engin, au regard des résultats obtenus sur les vraies restaurations de si nombreux films (Les Leone, les Peckinpah etc…)