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samedi 19 septembre 2009

L’homme de la plaine


The man from Laramie
Anthony Mann
1955
Avec : James Stewart, Arthur Kennedy


C'est mon préféré du duo Stewart/Mann en ce qui me concerne (mais je n'ai jamais vu l'appât), cette appréciation venant paradoxalement de mon goût prononcé pour le tragique, la démesure, les déchirements familiaux. Trois scènes ici répondent magistralement à ce besoin: le massacre des mules et la destruction des chariots, qui allient le désastre humain exprimé avec force par le jeu de Stewart à la simple horreur de s'en prendre à des bêtes innocentes (je dois être un grand sentimental, mais la scène qui m'a le plus marqué dans Pale Rider, c'est la mort du chien...); la mutilation de la main de Stewart, là aussi rendue beaucoup plus crédible par le jeu outré de Stewart que par l'étendue des dégâts que j'aurais imaginés beaucoup plus irréparables à bout portant, et enfin, clou du spectacle, la charge de l'aveugle, moment presque absurde confinant à la folie. Ces trois moments, presque perturbants dans une intrigue somme toute classique intégrée dans le cadre balisé du western "classique" parviennent sans effort à déloger le final, beaucoup moins surprenant dans sa forme, dans son air de déjà-vu et dans sa morale convenue du bad guy puni là où il a pêché...
Affiche: Metek sur Western Movies

dimanche 19 août 2007

Les Affameurs



Anthony Mann


1951


Bend of the river


Avec: James Stewart, Arthur Kennedy, Rock Hudson





Un homme au passé trouble (James Stewart) escorte un convoi de fermiers vers la terre promise. En route, ils croisent un autre homme au passé trouble (Arthur Kennedy). Une fois la terre promise atteinte, les fermiers sont aux prises avec un homme d’affaire peu scrupuleux qui ne leurs envoie pas le ravitaillement qu’ils ont pourtant payé.



Apparemment, les hommes sont différents des pommes. Une pomme véreuse doit être jetée, alors qu’un homme véreux peut redevenir pur. Il y a le Bien, le Mal, et les hommes qui cherchent à appartenir à un camp ou à l’autre. Il semble d’ailleurs que Les Affameurs cherche à présenter tous les types d’homme, d’un bord ou de l’autre et leurs évolutions d’un bord vers l’autre. Glyn McLyntock (James Stewart) est l’homme jadis mauvais qui tente de devenir bon, en espérant que la société le lui permettra. Cole Garret (Arthur Kennedy) est l’homme jadis mauvais, qui fait semblant d’être honnête mais qui choisit vite la solution de l’argent mal gagné, convaincu que de toutes façons la société ne lui pardonnera jamais. Il y a le patriarche Jeremy (Jay C Flippen), bon du début à la fin (apparemment ça existe). Puis il y a ceux qui naviguent à vue : la fille Laura (Julie Adams), un instant tentée par la vie facile dans la ville minière et Trey Wilson (Rock Hudson qui décidément ressemble physiquement à Sylvester Stallone) qui semble toujours faire le choix du plus fort. Il y a ensuite le cas inverse : l’homme d’affaire Tom Hendrickx (Howard Petrie), d’abord honnête et généreux qui devient un enfoiré sans scrupules lorsque la fièvre de l’or l’atteint. Et enfin on trouve les baddies, les vrais, qui sont juste mauvais parce que sinon la vie serait ennuyeuses : les hommes de mains prêts à trahir à la première occasion, dont un grand costaud assez inoubliable avec son calot rouge sur la tête. La vie n’est donc qu’une suite d’interrogations pour certains et d’épreuves pour d’autres afin de choisir ou de confirmer un choix de vie approprié à sa conscience, et pas seulement dictée par les évènements.

Outre ces considérations psychologiques qui pourraient en faire bailler plus d’un, Les affameurs est un pur western comme pourrait le clamer haut et fort une jaquette Evidis. Un vrai spectacle qui ne manque pas de scènes d’actions et qui pourtant a un rythme très serein, très mélancolique et naturel. L’accrochage initial avec les Indiens, qui sert à démontrer les qualités d’homme de terrain de McLintock est très classique, mais très bien construit : Kennedy sauve d’abord la mise à Stewart, et on se dit que Stewart est à nouveau un de ces anti-héros qui va s’en prendre plein la gueule pendant tout le film, mais non, Stewart fait son affaire aux 4 indiens restants, un par un, et hors champ, de façon à donner à ses capacités un petit coté surnaturel.

Cet aspect indestructible et surpuissant se retrouvera au cours de la confrontation finale : abandonné seul, sans armes et sans cheval, McLintock fera preuves de capacités tout à fait exceptionnelles pour retrouver et retourner la situation en moins d’une demi-journée là ou les spectateur s’attendait à un longue quête de vengeance étalée sur plusieurs semaines. McLintock se débarrasse des hommes de main de Cole Garret les uns après les autres, toujours hors champ, et surgit là où on ne l’attend jamais, dans un séquence bluffante dont le parti pris spectaculaire enchante. Du western, du vrai !

Et des moyens qui vont avec : paysages superbes et grands espaces, convois de chariots, ville minière en effervescence et bateaux à vapeurs : allie la richesse psychologique des personnages à l’excitation de l’action intégrée dans un univers « western » à la fois typique et charmant et pimenté par un duo d’acteur épatant. Le grand Western classique et indémodable, riche et exaltant, avec tous les ingrédients nécessaires et le petit plus d’un cinéaste au sommet de son art.



jeudi 21 juin 2007

Brigade Spéciale



Roma a mano armata
1976
Umberto Lenzi
Avec: Maurizio Merli, Arthur Kennedy, Tomas Milian


Le commissaire Tanzi (Maurizio Merli) est confronté au grand banditisme, à la violence, à la jeune délinquance. Il est aussi emmerdé par les failles de la justice et le laxisme de la juge pour enfant (qui est en même temps sa copine) qui remet les junkies qu’il arrête en liberté. Plutôt que de lancer une polémique populiste dans la presse, il emploie la manière forte, ce qui lui vaut d’être mis au placard par sa hiérarchie. Mais tout ça n’est que broutille, et rien ne l’empêchera d’affronter au final le cruel bossu Vincenzo Moretto (Tomas Milian).

Quand le péplum n’a plus marché, les Italiens ont fait du western, quand le western n’a plus marché, ils ont fait du polar. Secs, violents, urbains, ces polars racontaient l’Italie des années 70 : racket, corruption, grand banditisme, terrorisme d’extrême gauche et d’extrême droite créaient un sentiment extrême d’insécurité dans ce que l’on allait appeler alors « Les années de plomb ». Le cinéma de genre italien, sous la houlette de réalisateurs tels que Umberto Lenzi, Stelvio Massi, Lucio Fulci, Enzo.G.Castellari ou encore Mario Caiano ou Sergio Sollima, allait alors s’appliquer à rassurer le spectateur en lui montrant que la situation pouvait être résolue à coup de crosse. Souvent simplistes et caricaturaux, ces films (Bracelets de sang, Le clan des Calabrais, La Rançon de la Peur, Témoin à Abattre, Assaut sur la Ville, Revolver…) étaient en général taxés à tort ou à raison de « fascistes » comme le furent à la même époque, les Dirty Harry. Si certains des noms de réalisateurs cités ici ne sont pas étrangers aux amateurs de western spaghetti, les acteurs ne sont pas en reste : Tomas Milian, Fabio Testi, Franco Nero sont souvent de la partie, ainsi que Maurizio Merli (qui a fait un seul western : Mannaja), qui allait devenir la figure de proue du polar à l’italienne, le flic honnête, droit et violent.

Brigade Spéciale ne raconte rien, et il raconte tout. Centré sur le personnage du commissaire Tanzi, il est au début impossible de comprendre quoi que ce soit. Tanzi évolue dans cette société en dérive, et où qu’il aille, il tombe sur un hold up, un vol à la tire, un gangster qu’il arrête et qui est relâché de suite. Il joue du muscle, et il se fait rabrouer par son supérieur, joué par le vétéran hollywoodien Arthur Kennedy (Nevada Smith, l’homme de la plaine). Le but semble de dépeindre une société la plus pourrie possible pour justifier un pétage de plomb en règle par le commissaire. Mais celui-ci reste finalement assez cool, même quand il s’en faut d’un cheveu pour que sa nana passe dans un broyeur de voiture. A la fin, c’est même lui qui doit rappeler à son coéquipier les limites de leur droit de tuer (ce qui vaut à son coéquipier une balle dans le ventre de la part du bossu, mais passons…).
Pour le reste, tout y passe : braquage, prise d’otage, passage à tabac, poursuite sur les toits, poursuite en bagnole, viol, baston dans un bar, enlèvement, drogue, agressions, indic, petite frappe, fils à papa dévoyé, la presse qui fait chier, relation amoureuse tumultueuse, assassinat d’un dealer en plein interrogatoire musclé, du haut d’un pont, exactement comme dans To Live and Die in L.A. de Friedkin tourné dix ans plus tard. Tous ces éléments hétéroclites finissent tant bien que mal par créer une intrigue cohérente qui se tient plus ou moins et dont le dénouement va se cristalliser autour du personnage de Tomas Milian.
Car bien sûr il y a Tomas Milian, qui joue un criminel frappadingue bossu, peu avare en jeux de mots et en meurtres de sang froid. Tomas Milian fait Tomas Milian, c'est-à-dire sans retenue aucune, plié en deux par son infirmité, le cou orné d’une longue écharpe rouge et noire, le rictus aux lèvres et les armes à la main. Tomas Milian est relativement rare à l’écran, mais il vole la vedette à Merli, qui est finalement bien fadasse avec sa moustache bien brossée et sa veste sans faux pli. Cette opposition entre le physique tordu et cradoc de Milian et l’athlètisme BCBG de Merli était d’ailleurs voulu, et quand Milian se met à mitrailler la foule, même un chroniqueur de Première comprend que le clou du spectacle, c’est lui.
Mais si vous n’aimez pas Milian, il vous reste l’ambiance : la musique jazzy-Schifrinesque de Franco Micalizzi est efficace, omniprésente sans être soûlante, on retrouve avec plaisir les petites bagnoles des années 70, la coupe des vestes et les coiffures de l’époque, et toute une galerie de tronches, moins marquées que les figurants du western italien, mais qui avaient le mérite d’une authenticité indiscutable, qui fait plaisir à voir à notre époque de publics télévisés panelisés selon des critères physiques avantageux.
Brigade Spéciale sans être un film incontournable, surprend par sa construction chaotique qui génère une tension à couper au couteau, et son refus de raconter une vraie histoire à tiroirs où tout se tient. Un assemblage de bric et de broc, de faits divers et de scènes convenues parvient finalement à donner une certaine impression de réalité un peu dérangeante. En outre, Brigade Spéciale remplit très bien sa mission première : du divertissement avec de l’action et de la violence.
Et alors, qu’attendez vous ?

Le DVD NeoPublishing. D’aspect classieux, fin et élimé dans son fourreau top classe, ce DVD à prix raisonnable pourra s’emporter partout, dans votre sac à main ou dans la poche intérieure de votre blouson. Mais attention aux pickpockets ! Neo Publishing fait du bon boulot, avec un commentaire audio du scénariste du film (Dardano Sacchetti) très intéressant pour qui voudrait comprendre les bases de ce cinéma, car Sachetti ne se contente pas de parler se son boulot, il replace le film dans le contexte social et politique de l’époque et dans le contexte cinématographique italien. Très instuctif.

dimanche 3 juin 2007

Old boy vs Les années sauvages


En tout état de cause, ce papelard n’aurait dû traiter que de ce petit western diffusé l'autre jour sur France 3, qu’est Les Années Sauvages (Rudolph Maté 1956). Mais le hasard a voulu que je vois Old Boy juste avant, et cette collision de genre, d’époque et de style peut parfois provoquer des bouleversements émotionnels qui mettent l’homme aux abois. Old Boy c’est ce thriller à la mode datant de 2003, cette chose de Park Chan-wook adorée par les lecteurs de dvdrama, la quintessence d’un certain souffle venant d’Asie. On m’avait même dit : « ha ha ha, tu devrais regarder Old Boy tu verras, ça va être la claque de ta vie ! » « Ha ha ha, que j’avais répondu, que non, la claque de ma vie c’est Le Bon la brute et le Truand et une claque par vie, ça me suffit ! » Et puis bon, finalement j’ai regardé quand même…Alors oui, Old Boy c’est une jolie claque! C’est l’histoire d’un type qui est séquestré pendant 15 ans sans raison apparente, par des inconnus. Et quand on le libère, il doit découvrir qui, et pourquoi. Toutes les cinq minutes, ça rebondit. Toutes les 30 secondes, on te balance une trouvaille scénaristique, ou visuelle, en pleine tronche. C’est violent, c’est malsain, c’est affreux, c’est désespéré, c’est pessimiste et ça fait mal aux dents. Et c’est brillant ! Et je ne parle même pas de l’intelligence de la confrontation finale, ni du brio d’une certaine « scène dans le couloir » qui vaut à elle seule de voir le film, pour peu qu’on apprécie la baston.
Old Boy est donc bien une claque, je mentirais en disant que je n’ai pas aimé le film, mais Old boy est une claque qui arrive trop tard. Du coup pour moi, c’est plutôt une claquette. Je ne dis pas, si j’avais vu ce film il y a quinze ans, j’y aurais peut-être adhéré plus pleinement. Mais aujourd’hui, passé la claque, que reste-t-il ? Rien justement, une petite douleur sur la joue (ou ici aux dents). Les claques cinématographiques, finalement, c’est une seule par vie. Et quand on l’a déjà reçu sa claque, on ne voit dans Old Boy que ce qu’on reprochait à l’époque à Sergio Leone : une mise en scène tapageuse, une ode à l’esbroufe où la virtuosité ne sert qu’à dissimuler les incohérences d’un scénario qui au fond ne tient pas debout, une claque pour le plaisir de mettre une claque. Etrange paradoxe de retrouver ailleurs les défauts que l’on ne saurait voir dans ses films de chevet !



Quand, légèrement décontenancé, ne sachant pas trop quoi penser de Old Boy, vous mettez Les Années Sauvages (The Rawhide years) dans le magnétoscope, un sourire ravi vous revient instantanément au visage. Ici tout est linéaire, simple et prévisible, à l’image d’un cinéma que seul Clint Eastwood honore encore aujourd’hui. Le gentil héros est un bon bougre qui doit prouver son innocence (Tony Curtis). Son compagnon est un voleur de chevaux, qui est aussi un bon bougre et qui a toujours le sourire (Arthur Kennedy). Les péripéties se suivent avec bonheur, hop une poursuite, hop une baston, hop une fusillade, hop un retournement de situation prévisible, hop tout est bien qui finit bien. Après Old Boy, on a l’impression de regarder un film pour mômes, et l’étrange vérité, c’est que ça fait du bien ! Dans Les années sauvages, il y a pourtant quelques éléments qui font grincer des dents : il y a ce lynchage d’un innocent qui n’a même pas le temps de protester, il y a ce type qui file des coups de ceinturons à notre beau jeune homme, mais c’est ce genre de détails que l’on se félicite de remarquer, parce qu’ils brisent la monotonie du film et lui donnent un contenu. Dans Old Boy c’est au contraire quand soudain il n’y a rien à remarquer que l’on est étonné.
Regarder Les Années Sauvages après Old Boy, c’est comme manger un steak frites après un plat délicat de sushi aux piments. On sait que ce n’est pas le plus fin, mais on sait ce qu’on mange. Regarder Les Années Sauvages après Old Boy, ça fait également mal au moral, surtout si vous vous surprenez à préférer Les Années Sauvages. Car si tel est le cas, c’est désormais officiel, vous faîtes partie des vieux cons ! Les années sauvages sont les années perdues, damn it, you god damned old fool, get on your horse, and get the hell outta here !
Ah, et merci France 3...