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mercredi 27 juillet 2011

La bataille de San Sebastian



1968
Henri Verneuil
Avec : Anthony Quinn, Charles Bronson
Un bon souvenir franco-italo-mexicain d’enfance de plus. Ennio Morricone se plagie lui-même, mais qui lui en voudra ? Le générique fait des arrêts sur images foudroyants sur sur des soldats virevoltants dans la mort, en pleine poursuite. Déjà, rien que ça, que demander de plus? Anthony Quinn trouve refuge dans une église, et elle est belle cette église scotchée à ses fondamentaux, l’église des gens d’en bas, la vraie église pauvre, humble et mythique des origines, qui prend la défense du peuple face au pouvoir des politiques, des armes et du grand clergé corrompu et déconnecté du monde. Henri Verneuil flatte les croyants là où ça fait du bien, tout en ne manquant pas de résumer la grande marche politique de la civilisation dans la bouche de Teclo : d’abord une maison, puis deux, puis vient une église, et après elle des soldats, et au bout du compte ils appellent ces terres les leurs et en refoulent les indiens. Le traitement de la religion à l’écran est rarement athée, toujours au mieux consensuel. Si Verneuil démonte la bêtise des miracles, si son héros n’est pas converti à la fin du film et si le réalisateur met l’emphase sur l’action plutôt que sur les pleurnicheries des prières (comme ce bien bon prêtre dans l’Aventure du Poséidon) il accrédite tout de même la force de la foi, il donne corps à une église bonne et soucieuse d’autrui, déconnecté du politique, alors que tout le monde sait que cette église là n’a jamais, ou trop rarement existé. Mais passons.
Verneuil se fait plaisir, et il nous fait plaisir. Il a du pognon (plein de figurants, des explosions, des armes, des décors), il a une excellente histoire (même si elle lorgne du coté des Sept) et il a des stars internationales, Anthony Quinn d’abord, impeccable en bandit au grand cœur, et Charles Bronson ensuite, trop rare (il n’a guère le temps de jouer avec son arc) mais également intéressant par sa révolte de métis éclairé. Et puis Verneuil a la chance d’avoir Morricone qui lui signe une excellente partition qui comme le dit Giré, rajoute du lyrisme à l’affaire. Verneuil est un des réalisateurs avec qui Morricone a bien fonctionné: plusieurs de leurs films (I comme Icare, Le Clan des Siciliens) acquièrent cette consonance particulière où musique et images se complètent et se transcendent. Et si Verneuil ne fait pas atterrir un avion sur une autoroute cette fois-ci, il nous offre une splendide bataille, très bien rythmée et qui n’a pas vieilli d’un poil. On apprécie certains plans, comme ce barrage s’écroulant, cadré entre deux arbres (bien que la surimpression soit devenue trop visible à nos yeux numériques du vingt et unième siècle), ou ces péons qui referment les portes en feu comme un tombé de rideau sur la fameuse bataille. On regrettera juste alors le manque de spécificité du produit, ni latin, ni américain, ni même français. Un pur produit international, sans identité derrière, mais avec tout de même une humanité, un premier degré et un refus de la sophistication qui font parfois défaut aujourd’hui. Mais tout cela reste à voir malgré tout, et cela me donne envie de revoir I comme Icare et Le Clan des Siciliens.
Image: USMC sur Western Movies

jeudi 29 novembre 2007

Buffalo Bill

Buffalo Bill
1944
William A. Wellman
Avec : Joel McCrea, Maureen O’Hara, Linda Darnell, Anthony Quinn
L’histoire de Buffalo Bill, ami et défenseur des Indiens, de son rôle dans les guerres indiennes au Wild West Show.

Profitons de ce blog pour revoir quelques idées reçues sur le génocide indien, idées reçues en général apportées par le western. Premièrement, la disparition des peuples Indiens est pour une très grande part due à l’arrivée de nouvelles maladies apportées par les Européens et non pas à des massacres en règle par les Tuniques Bleues comme pourraient le faire croire l’imagerie western. Ainsi, certaines tribus furent entièrement décimées au XVIIe siècle avant même d’avoir vu leur premier blanc. Les massacres successifs ne suffisent en effet pas à expliquer la disparition de quasiment tout un peuple. Deuxièmement, contrairement à ce que peut faire croire la culture ‘western’, l’anéantissement des Indiens était une affaire pliée dès 1850, c'est-à-dire avant la période 1870-1890 que couvre la plupart des westerns. Les massacres, batailles et spoliations de traités évoquées dans les westerns ne concernent donc que le reliquat d’une multitude de peuples déjà totalement détruits par les maladies, les massacres, les déportations, les traités violés, les guerres successives et les tentatives d’acculturation et de civilisation forcée du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Quand on pense à la disparition des Indiens, on a souvent en tête le Général Custer ivre de violence tel qu’on peut le voir dans Little Big Man ou représenté sous les traits du Général Allister dans Blueberry, mais – sans nier les horreurs engendrées par ce type de personnages (généraux/colons/marchands d’armes, chasseurs de bison etc) qui eurent leur part dans le drame Indien – il est très réducteur de ne le cantonner qu’à cela.
En ce qui concerne la vision des Indiens dans le western, on a aussi souvent tendance à résumer la chose de façon simpliste : avant les années 1960, l’indien dans le western est un être méchant et dangereux qu’il faut exterminer, après 1960, l’indien est le bon sauvage parfait, le cinéma américain réalise l’abomination de l’extermination indienne et se fouette consciencieusement. En réalité, la prise de conscience avait débuté à la fin du XIXe siècle (soit beaucoup trop tard quand même) et le cinéma, s’il utilisait l’indien comme méchant dans la plupart des serials, ne tarderait pas, sinon à huer le massacre indien, au moins à reconnaître la spécificité du peuple indien et à dénoncer les multitudes de traités violés et les idées reçues sur les Indiens par les gens de l’époque. Tom Mix dans les années 30 prend déjà la défense des Indiens, Joel McCrea continue dans ce Buffalo Bill en 1944. Le western ne fait donc pas exception dans le cinéma américain, toujours prompt à réagir sur les points noirs de l’histoire de son pays (voir l’ensemble des films contestataires sur le Viet-Nam). Le western est quasiment toujours accusé à tort chez nous d’être extrêmement oublieux de l’Histoire, alors qu’en France on attend toujours un film sans concession sur la guerre d’Algérie ou sur Pétain, ou même pendant qu’on y est sur les guerres Napoléoniennes ou sur les horreurs des guerres de Vendée.
Buffalo Bill est donc un éclaireur qui connaît bien les Indiens. Il tente – souvent sans succès – de faire comprendre aux différents galonnés et aux huiles de la nation que les Indiens sont un peuple qui n’entre en guerre que quand on les cherche. Malgré tout, Buffalo Bill reste attaché à son camp et participe activement au massacre des bisons et aux batailles où il finira par tuer son ami Main Jaune (Anthony Quinn). En plus de tout cela, il fait la cour à la belle Maureen O’Hara qui voudra bien l’épouser malgré ses airs rustres. Elle lui donnera un fils et partira l’élever dans l’Est, à l’abri de la civilisation. Cette scène, où Buffalo Bill choisit en 5 minutes entre vivre avec sa famille et courir dans les plaines avec l’armée est extrêmement bien jouée par Mc Crea qui sait parfaitement montrer la soif de chevauchée qui coule dans le sang de cet homme. Ironiquement, le film se termine dans cette civilisation qu’il abhorre, où Buffalo Bill décide de montrer, à travers son show, de vrais indiens au monde entier.
L’ironie se place là aussi, dans le fait que Buffalo Bill a montré des indiens au monde entier, alors que les indiens du film sont joués qui par Linda Darnell, qui par Anthony Quinn. Linda Darnell déjoue les clichés, en institutrice indienne, mais son rôle n’a finalement pas une importance extrême. Anthony Quinn, pas encore découvert par Fellini, fait l’indien du mieux qu’il peut, mais manque malgré tout de crédibilité. Etrange paradoxe de vouloir faire un film qui rende sa place aux indiens sans leur donner de rôle.
La déchéance de Buffalo Bill dans l’Est, et son nouveau départ grâce à son show terminent donc ce film riche en péripéties, en humour, en action et en émotion. Un certain humour de caserne « Fordien » est en effet délicatement positionné ça et là au cours du film. L’émotion se cristallise surtout autour des scènes familiales : la demande en mariage, l’accouchement, la séparation et la mort de l’enfant, tandis que l’action et la révolte de la bonne conscience sont tout entières tournées vers les scènes indiennes. Un film surprenant, qui a le mérite de tordre le cou aux clichés que l’on se fait sur les « vieux » westerns.

lundi 9 juillet 2007

Le dernier train de Gun Hill



1959
Last train from Gun Hill
John Sturges

Avec : Kirk Douglas, Anthony Quinn, Carolyn Jones



France 2 chérie a diffusé une bonne poignée de westerns pendant les fêtes. Le Dernier Train de Gun Hill en était. Mais, coincé entre une tablette de saumon fumé label rouge et une tarte frangipane maison, j’ai malheureusement raté tout le début. Sauf qu’en fait, ce serait presque tant mieux !


Prendre un John Sturges en vol, ça marche du tonnerre de feu, et ça rajouterait presque une petite dose d’humanité au film, grâce au mystère ajouté sur les motivations des personnages. On rentre d’ailleurs dans l’action comme un bulldozer dans une meule de foin, on ne sait pas pourquoi Kirk Douglas assomme un type planqué derrière un rideau, mais il le fait, et c’est ça qui compte, on ne sait pas pourquoi il enferme tout le monde dans un placard, mais il le fait bien, et c’est ça qui compte. Ensuite, il se terre dans une chambre d’hôtel avec son gars assommé, et Anthony Quinn et ses hommes sont là pour récupérer le gars, comme dans un Rio Bravo encore plus désespéré, sans prison, sans Stumpy et sans adjoint jeunôt. Le héros attend le fameux « Dernier Train de Gun Hill », et la tension monte bien vite, avec notre Kirk Douglas assiégé, Anthony Quinn assiégeant, et Carolyn Jones qui tente de faire cesser le massacre. Le personnage de Carolyn Jones est le seul personnage humain, dans le sens noble du terme, de cette petite tragédie, car Kirk Douglas agit comme un robot vengeur respectueux de la loi, Anthony Quinn agit comme un méchant qui ferait n’importe quoi pour ne pas perdre son fils, les petits notables et commerçants attendent de voir qui va mourir. Chacun joue donc son rôle à la perfection sans en dévier d’un iota. On peut bien sûr rétorquer que le rôle de la femme dans les westerns a toujours été de faire dévier les hommes de leur schéma binaire vengeance/honneur, mais Carolyn Jones le fait avec un tel désenchantement dans le regard, un tel mépris pour tous les habitants de sa ville, que son rôle devient tragique avec un grand T. Elle prend finalement parti pour le beau Kirk en lui apportant un fusil double canon court. Kirk Douglas est un héros têtu comme on les aime : il devrait se battre contre une horde de 150 types déchaînés pour mener sa vengeance à terme, qu’il le ferait sans hésiter. La lente marche debout sur un carriole vers la gare est magnifique, avec ce pauvre Anthony Quinn impuissant. Le final dégénère juste ce qu’il faut pour montrer que la vengeance ne sert à rien, pas même à redevenir humain.
Du bon western bien ciselé, réglé comme un satellite, sans temps mort ni baisse de rythme, de l’action à revendre, des mâchoires crispées en veux tu en voilà, et cette détermination dans le regard de Kirk Douglas quand il raconte à sa proie le supplice de la pendaison… Un film qui donne envie de revoir Règlement de compte à OK Corral et Les sept mercenaires. Il est vraiment étrange que Sturges rata si bien son coup avec Clint Eastwood dans Joe Kidd, mais que cela n’empêche pas les amateurs de savourer ce Dernier train de Gun Hill comme il le mérite !
Et merci France 2 chérie !

mercredi 20 juin 2007

L'homme aux colts d'or



Le miracle du western classique, c’est quand il n’est pas classique.

Warlock
1959
Edward Dmytryk
Avec : Henry Fonda, Richard Widmark, Anthony Quinn, Dorothy Malone

A Warlock, petite ville de froussards, une bande de hors-la loi fait régner la terreur. Les shérifs ne font pas long feu, et les habitants, excédés, font appel à un mercenaire pour rétablir l’ordre. Il s’agit de Clay Blaisdell, l’homme aux colts d’or, accompagné du boîteux Tom Morgan.

Le mercenaire, c’est le grand Henry Fonda. Magnifiquement froid et ambigu, humain mais condamné à suivre son destin, il suffirait à lui seul à faire de L’homme aux colts d’or un grand Western, un de ces westerns intellectuels dont raffolait la critique européenne, un de ceux qui peuvent faire dire des trucs tapageurs comme « Le western est l’essence même du cinéma ! ». Pourtant Henry Fonda n’est pas seul, il est soutenu par Anthony Quinn – le mentor et associé du mercenaire, calculateur et inquiétant – et il affronte Richard Widmark en ex-bandit qui se rend compte de la fourberie de son patron et qui devient le nouveau Shérif de la ville, qui ne respecte que la loi et rien que la loi.
Trois stars, rien que ça, pour un western au scénario maîtrisé au millimètre et dont l’issue se laisse difficilement deviner. La légende du western est tout de suite démontée au profit d’une réalité peu séduisante : les colts d’or ne sont que des armes d’apparat, Clay Blaisdell ne s’en sert que pour construire sa renommée. De même, sa rapidité légendaire, bien que peu exagérée, ne lui suffit pas pour être le plus fort. Il ne survit que grâce à Tom Morgan qui abat les fourbes qui essaient de lui placer une balle dans le dos. Le couple est une mécanique bien huilé qui fait son business sur l’absence de loi dans l’Ouest, mais Clay Blaisdell est en fait manipulé par Tom Morgan qui fait tout pour que leur style de vie perdure, alors que Clay Blaisdell préfèrerait mener une petite vie pénard avec la femme qu’il aime. Au milieu de tout ça, Johnny Gannon (Richard Widmark) est un homme qui découvre peu à peu sa voie. Il devient shérif et doit s’opposer à ses anciens complices et amis, mais aussi à Clay Blaisdell, pour qui un shérif est synonyme de perte de profit.Si vous m’avez suivi jusqu’ici vous conviendrez que ce western relève peu du manichéisme que les sots reprochent toujours au western. Pas de bons, pas de méchants, pas de héros, pas de durs à cuir qui n’ont peur de rien. Uniquement des êtres humains, riches, profonds, illisibles, imprévisibles, au comportement évolutif. Ces êtres humains vivent de passions exacerbées, craignent l’avenir et la mort. Aucun n’est un justicier dont on ne sait d’où ils viennent ni d’où ils vont. Sur une trame scénaristique assez convenue (la ville de pleutres, les bandits, le mercenaire : voir Une balle signée X), Edward Dymitrik brosse des portraits d’hommes confrontés à des choix de carrière et de vie comme n’importe qui en fait dans la vie courante. Le mythe de l’Ouest et la splendeur des paysages n’ont aucune prise sur les personnages et pour cette raison L’homme aux colts d’or pourrait bien faire figure de « western crépusculaire » si tant est que cette appellation ait vraiment un sens.
Les scènes d’action privilégient la lenteur, l’attente, la tension et la peur d’être tué. Il y a cette scène inoubliable au début où le shérif en poste part affronter la mort, et qui au dernier moment, fait ce que beaucoup d’hommes feraient : prendre la fuite malgré l’humiliation. Il y a cette superbe scène de bluff nerveux, où Blaisdell s’oppose aux bandits dans le saloon, épaulé par Morgan, et un grand gars costaud, assis sur une chaise haute, le fusil double-canon sur le bras, impassible et concentré. Il y a Johnny Gannon, la main salement amochée comme s’il sortait d’un western spaghetti, qui s’en va mourir entêté face aux bandits, mais qui lui ne se dégonfle pas. Il y a la mort de Morgan, outrée et désespérée, et la folie de Blaisdell qui s’ensuit, dévastatrice. Il y a enfin le duel final, entre Johnny Gannon et Clay Blaisdell, dont l’issue inattendue réveille le spectateur qui croyait l’affaire pliée. Tout comme l'histoire d'amour, qui ne mène nullement à l'issue hollywoodienne logique! Le western n’est jamais meilleur que quand il n’est pas vraiment un western !Un film à voir, parce qu’il est un grand film, mais aussi pour les spaghettophiles parce qu’il est l’une des influences connues de Sergio Leone. Le personnage ambigu joué par Henry Fonda ressemble par certains de ses cotés les plus noirs au personnage de Frank dans Il était une fois dans l’Ouest : cynisme, apparence vestimentaire, démarche. Et j’ai été tout surpris de le voir faire tomber un type en béquille, exactement comme il le fait dans le film de Leone. Et je sais bien que tous les spécialistes connaissent tout ça par coeur, alors, parfois, j’enrage de découvrir tous ces détails à rebours. Parfois je voudrais avoir eu 20 ans dans les années 50, pour avoir été en mesure de découvrir tout ce panorama du western dans l’ordre, et sur grand écran.