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dimanche 17 janvier 2021

Westworld Saison 3


 

La saison 3 de la série Westworld nous montre enfin le monde extérieur, un monde futuriste froid et aseptisé loin des majestueux paysages de western des saisons 1 et 2. D'un côté, ce changement de décor nous fait gagner en intérêt et en intensité, dans la mesure où la saison 2 tournait largement en rond dans le parc, d'un autre côté on perd la légère originalité de la série pour se retrouver dans une intrigue de science fiction beaucoup plus classique avec des réplicants hôtes face à des humains.

A vrai dire cela fonctionne plutôt bien, surtout après l'ennui poli ressenti tout au long de la saison 2. L'originalité de l'histoire consiste à révéler que, tout comme les hôtes qui hantaient le parc de Westworld, les humains qui peuplent le monde réel n'ont aucun libre arbitre, contrôlés qu'ils sont par une IA en forme de boule rougeoyante qui analyse, probabilise et modélise leurs destinées à grand renfort d'algorithmes. La référence aux réseaux sociaux actuels et aux méthodes marketing destinées à moduler nos subconscients en acheteurs compulsifs est bien sûr transparente. 


 

L'IA en question a été inventée par un certain Enguerrand Serac (joué par un Vincent Cassel plutôt bon), à moins que Serac ne soit qu'un avatar de ladite IA, ce n'est pas très clair au final. Cette IA prend soin d'éliminer tous les humains qui ne rentrent pas dans sa modélisation, psychopathes, poètes et autres gauchistes. L'hôte joué par Evan Rachel Wood, qui était une jeune femme sensible dans la saison 1 est désormais une blonde platine fatale de type Terminatrice, les yeux fixes, déterminée à utiliser l'IA pour libérer l'humanité, à moins que ce soit pour la détruire, son but étant volontairement flou jusqu'à la fin. 

Hop, ça ne manque pas d'action, on ne cherche pas sans arrêt à nous retourner les situations avec des twists à n'en plus finir et ma foi, sans que ce soit la série du siècle, on a réussi pendant ces huit épisodes à ne plus penser aux affres angoissantes de notre époque (au moment où j'écris ces lignes: le Covid et Trump). C'est déjà ça de pris. Certaines sous intrigues ne semblent pas résolues et on n'est donc pas à l'abri d'une saison 4. On verra bien ce que ça nous réserve.



samedi 19 décembre 2020

Westworld Saison 2


 

 Après une première saison mitigée, j'espérais que le verre serait cette fois à moitié plein pour la deuxième saison de Westworld. Or, cette saison 2 n'est qu'un immense carnage ininterrompu du début à la fin. On ne sait pas exactement combien ils avaient d'hôtes en réserve dans le parc, mais ces dix nouveaux épisodes montrent en permanence des décors remplis de cadavres savamment enchevêtrés et des hôtes se faisant massacrer à tour de bras. Et des humains aussi. Parce qu'on est passé aux choses sérieuses maintenant: les humains se font dézinguer par des robots qui ont des velléités d'indépendance et des envies de liberté.


 

Les questions métaphysiques sur la vie, la conscience, et l'éthique cherchent à monter d'un cran avec l'exploration du thème de la sauvegarde et de le recréation complète d'un être humain sous forme d'androïde. Cela donne lieu à des scènes excellentes. Mais à nouveau, la lecture est rendue extrêmement compliquée par des sauts temporels permanents, des révélations soudaines et inattendues, des dialogues et monologues qui se veulent profonds mais qui sont surtout pesants, et de nouveaux lieux sans cesse découverts, aux noms ésotériques et mystérieux : la vallée, le berceau etc. Je ne sais pas si des gens ont vraiment cherché à tout comprendre, à tout démêler, à remettre les scènes dans le bon ordre, à vérifier si tel hôte qui n'est pas celui qu'on pensait être au début a bien le comportement qu'il est censé avoir tout au long de la série, mais moi j'ai très vite lâché, passant d'un carnage sans intérêt à un autre carnage sans intérêt.


 

L'une des hôtes après avoir découvert qu'elle pouvait diriger ses semblables par commande vocale se découvre un nouveau pouvoir: elle peut commander d'autres hôtes à distance, over the air, en recompilant leur noyaux Linux (sous Ubuntu 18.4?) par des techniques de hack que même les Russes ne connaissent pas: froncer les yeux très forts, parler littéralement dans leurs esprits cybernétique et leur demander de s'entretuer. Ce développement intéressant qui ne semble pas respecter le cycle en V permet d'assister à des massacres encore plus huge. On est bien contents.



Les humains embarqués dans cette galère ne semblent pas pressés de chercher la sortie la plus proche. Alors que le premier réflexe des protagonistes, humains comme robots serait de partir le plus loin possible après avoir éteint la lumière, il semblerait qu'une force invisible les ramène toujours tous dans ce foutu parc. En particulier, ce pauvre vieux Ed Harris se prend une bonne dizaine de balles tout au long des dix épisodes de cette saison, mais à aucun moment il ne semble vouloir rentrer chez lui, prendre un bon bain et passer à autre chose. En tout cas, il doit être écrit dans le cahier des charges des scénaristes qu'on ne verra jamais le monde extérieur, sauf dans quelques flashbacks. C'est un petit peu frustrant à la longue.

Moi comme d'habitude, mon côté rationnel prend le dessus. Le parc est tellement énorme, qu'il semble contenir tout l'Ouest des États-Unis. Des extensions apparaissent: un parc dans les Indes du XIXe siècle, un autre dans le Japon médiéval avec son mont Fuji. Comment font-ils pour mettre tout cela dans leurs parcs? Les décors ne sont-ils que des illusions? Et sinon, sur quelle planète est-on? La question de l'énergie n'est toujours pas posée non plus et il ne semble pas qu'elle le sera à terme. Des hôtes luttant pour trouver leur énergie pour survivre, confrontés à des humains qui cherchent désespérément de la vraie nourriture dans un parc coupé du monde, auraient pourtant pu fournir des motifs de carnages supplémentaires. Quel dommage.  


 

Vous l'aurez compris, la deuxième saison de Westworld échoue à emporter l'adhésion et à remplir les quelques promesses de la saison 1. On se prend au jeu au début mais très rapidement l'ennui prédomine. Quelques épisodes centrés sur tel ou tel personnage surnagent un peu. Quelques scènes fortes ou quelques bonnes idées réveillent parfois le spectateur largement inattentif le reste du temps. Le verre est quasiment vide en ce qui me concerne. Et pourtant, la saison 3 m'attend. L'affiche est accrocheuse. On s'attache à certains personnages. Je n'ai qu'à appuyer sur le bouton de ma télécommande et j'aurai perdu mon libre arbitre, en regardant une série que je n'ai pas trop envie de voir. Les créateurs de la série auront achevé de m'anesthésier en me plaçant exactement là où ils veulent que je sois, comme un hôte docile de leur show. Résistance!

samedi 5 décembre 2020

Westworld Saison 1


Conçue pour relancer la machine et prendre la relève de Game of Thrones, Westworld est une série HBO mêlant western et science fiction, avec, comme pour la série fantastico-médiévale au succès planétaire, beaucoup de violence, beaucoup de nudité et beaucoup de vilains gros mots. Adapté d'un film avec Yul Bryner que je n'ai jamais vu, lui-même adapté d'un roman de Michael Crichton, je n'ai vu cette série que parce que j'ai actuellement un abonnement à OCS et que j'en profite pour faire comme tout le monde, à savoir regarder plein de séries à la suite jusqu'à pas d'heure au détriment de ma réussite professionnelle. Parmi elles:

  • Watchmen est plutôt une bonne surprise, surtout si, comme moi, vous connaissiez la BD par cœur il y a vingt ans. La série réussit à prolonger efficacement le roman graphique d'Alan Moore et Dave Gibbons tout en explorant des thématiques radicalement différentes, avec des idées vraiment étonnantes. 
  • The Undoing est une série efficace mais sans réel intérêt si ce n'est de constater qu'en vingt ans Nicole Kidman n'a absolument pas vieilli, alors qu'en 20 ans, Hugh Grant a lui pris vingt ans, comme vous et moi. Brave homme.
  • La série Run n'a pas réussi à m'accrocher au delà du premier épisode, sur une histoire pourtant prometteuse d'une femme qui plaque tout après avoir reçu un SMS "Run" d'un ancien amant. J'essaierai peut-être de persévérer ultérieurement.
  • Finalement c'est peut-être bien la série française Moah qui me restera le plus en mémoire. Les trois séries pré-citées, ainsi que Westworld (sur lequel je vais revenir, ne vous inquiétez pas), suivent toutes le format HBO, avec une grammaire HBO assez pesante, tandis que Moah prend grand soin de refuser toute sorte de compromis narratifs propres aux séries (suspense, violence, retournements de situation), suit un format court rafraichissant et prend à rebours le téléspectateur de toutes les attentes qu'il pouvait avoir sur une série préhistorique. Pour être honnête, la série n'est pas parfaite et même assez chiante voire navrante par moments, mais ça change de toutes ces séries formatées de la même façon, avec ici un ton léger et iconoclaste qui fait du bien. J'espère qu'OCS va continuer à prendre des risques de cette façon même si ce n'est pas totalement réussi dès le premier coup.

 


 

Pour revenir donc sur Westworld, c'est une série HBO, c'est à dire une série qui se prend au sérieux, avec des dialogues qui se veulent profonds et une absence totale d'humour. La série dépeint un monde futuriste dans lequel de richissimes clients en manque de sensations fortes viennent "s'amuser" dans un parc d'attraction western grandeur nature et plus vrai que nature. S'amuser consistant pour la plupart à boire, tuer et violer tous les "hôtes" du parc sans prendre le moindre risque. Les hôtes sont des androïdes parfaitement réussis, qui suivent des scénarios pré-établis avec une petite part d'improvisation possible pour plus de réalisme. Les hôtes meurent souvent, tués par les clients, et sont remis en état avant d'être réinitialisés et remis sur le parc. L'histoire commence quand certains des hôtes commencent à dérailler, à improviser un peu trop, et à se souvenir de leurs multiples "vies" d'avant.

On voit bien où les concepteurs de la série veulent en venir. Qu'est ce que la vie humaine? Qu'est ce que la conscience? A partir de quand est-on conscient? La vie d'un androïde n'a-t-elle aucune valeur, même si on ne voit aucune différence avec un vrai être humain? Leur souffrance est-elle factice même si elle a été programmée? Tout un tas de questions philosophiques passionnantes mais qui me semblaient mieux traitées dans la série Real Humans il y a quelques années, avec plus d’à propos et des androïdes intégrés à la vie de tous les jours. Car si je n'ai jamais vu le film d'origine, c'est parce que cette idée de mettre des androïdes dans un parc à thème "western" m'a toujours parue totalement stupide. Si vraiment on savait fabriquer des androïdes plus vrais que nature, est-ce qu'on se contenterait de les mettre dans un parc d'attraction pour égayer les weekends de Jeff Bezos? Je ne crois pas. Je crois que comme dans Real Humans ou AI de Steven Spielberg, les androïdes seraient intégrés à la société avec des types d'androïdes différents selon les fonctions qu'on leur confierait. Ici, rien ne nous dit que les androïdes ne sont pas utilisés à l'extérieur du parc, mais rien ne vient le prouver non plus.



Dans Westworld, la thématique western ne semble être qu'un écran de fumée destiné à divertir le téléspectateur. Beaucoup de morts, beaucoup de sang, mais c'est pour de faux. Et quand c'est pour de faux, ben on s'en fout. Les sous-intrigues western n'ont aucune espèce d'importance. Il y a pléthores de bonnes idées, en particulier pour montrer la confusion temporelle des androïdes qui peuvent revivre des pans entiers de leurs anciennes vie sans se rendre compte qu'ils ne sont plus dans le présent. Mais au fond cet écran de fumée n'est là que pour retarder la prise de conscience des questions que pose la série. On alterne sans cesse entre les intrigues "western" à l'intérieur du parc, en suivant certains androïdes qui petit à petit se "réveillent" et les intrigues "science-fiction" qui nous dévoilent les coulisses du parc, les mystères de sa création et de ses créateurs et les inquiétudes des exploitants. Jusqu'à un final assez prenant qui donne bien sûr envie de continuer immédiatement la saison 2. Mais pour ça il aura fallu se farcir un tas de scènes inexpliquées, un tas de petits mystères bizarres (qui est donc ce petit garçon qui apparaît au milieu du parc? ), un tas de sous intrigues ésotériques (qu'est ce donc que ce fameux labyrinthe?) pendant que moi, bêtement rationnel, je me demandais quelle pouvait bien être la source d'énergie des androïdes. Cette question d'importance primordiale dans Real Humans n'est ici pas du tout abordée, les androïdes semblent avoir une réserve d'énergie inépuisable. Nous verrons bien si la question est abordée dans la saison 2.

Game of Thrones réussissait dans la première saison à créer un monde original et à donner envie de voir la suite. On nous parlait de dragons, mais on ne les voyait pas. On nous parlait de marcheurs blancs, mais on ne savait pas ce que c'était. Game of Thrones laissait à penser qu'on aurait droit à une série d'héroic fantasy vraiment innovante et adulte, où les choses ne sont vraiment jamais exactement ce qu'on pense qu'elles sont. Au final, la suite fut décevante. Les dragons sont juste des dragons. Les marcheurs blancs sont juste des types bizarres qui commandent des zombies. Westworld ne réussit pas à faire aussi bien que la première saison de Game of Thrones et à éveiller un intérêt profond. On regarde la suite parce qu'un cliffhanger artificiel nous donne envie d'appuyer sur l'épisode suivant. Espérons que la suite nous donnera plus à voir qu'un immense carnage western saupoudré de questions métaphysiques.



samedi 7 novembre 2020

Les Sept Mercenaires

 


 

The Magnificent Seven

2016

Antoine Fuqua

 Avec: Denzel Washington, Chris Pratt, Lee Byung-Hun et d'autres

 Il y a deux manières de voir ce remake du multi-diffusé Les Sept Mercenaires. Soit on est vieux dans sa tête et on s'insurge. D'une part de voir un classique du western ainsi malmené par son remake qui baigne dans l'habituelle lumière ocre des films d'aujourd'hui. Où sont passés les mexicains du film de John Sturges? Pourquoi ne retrouve-t-on pas ce passage assez intéressant dans la dramaturgie du film d'origine où nos héros sont en échec, forcés de quitter le village? Pourquoi également, ce qui nous rendait la bande de Yul Brynner sympathique a disparu, à savoir cette espèce de grandeur d'âme des mercenaires qui se révèle lors de leur recrutement, cette idée qu'il faut aller aider les pauvres gens même s'ils ne seront pas payés en retour ? On pourra également s'insurger contre les nombreux anachronismes ethniques du film: voir travailler ensemble un noir, un mexicain, un asiatique et un indien est tellement improbable dans l'ouest du dix-neuvième siècle que ça sortira du film toute personne un minimum au fait des réalités sociales de l'époque. Enfin, on pourra également regretter le bigger, stronger, louder qui pollue inévitablement toute tentative de remake d'un film des années 60: il n'y a aucune explosion dans le film d'origine, vous en aurez 5 ou 6 ici. Les morts pleuvent littéralement. La Gatling, qui ne surprend plus personne, fait un véritable carnage. Le méchant, bien sûr, est extrêmement méchant et monodimensionnel, tue toute personne qui le contredit, n'a aucune épaisseur, aucun charisme au contraire de Calvera, le chef des méchants interprété par Eli Wallach dans le film de Sturges. A la fin du film, il y a au bas mot 500 morts, il ne reste plus grand chose du village, de sa population ni des sept mercenaires, mais c'est pas grave, la jolie rousse qui les a recruté au début semble heureuse.

On peut aussi prendre le film différemment. C'est bien filmé, c'est bien cadré, les costumes sont recherchés et il y a de l'action à foison. Denzel Washington et Chris Pratt sont plutôt efficaces et le duo formé par Ethan Hawk et Lee Byung-Hun fonctionne plutôt bien. On est également heureux de revoir l'engagé Baleine de Full Metal Jacket (Vincent D'Onofrio) et la petite bande des sept fonctionne bien. Même s'il est clair que leur caractère multi-ethnique est improbable, ceci a été fait pour que le film ratisse le plus large possible, on est même surpris qu'au final les survivants soient le noir, le mexicain et l'indien. Au passage on nous épargne l'espèce de racisme latent du film d'origine sur la couardise des mexicains. Alors c'est sûr, ce n'est pas un grand western, c'est sûr c'est un peu du n'importe quoi du début à la fin, mais au final, un jeudi soir sur France 3, quand dehors l'épidémie fait rage et vous confine, ça passe crème.

Capture: western movies

dimanche 11 octobre 2020

Deadwood : le film


 

2019

Daniel Minahan

Avec: Ian McShane, Timothy Olyphant, Molly Parker

 

J'ai quitté les rues boueuses de Deadwood il y a 12 ans. Je me souviens d'une série très soignée, réaliste, adulte, aux personnages complexes. Je me souviens de ces accès de violence brutaux, de la crudité du sexe, du langage ordurier omniprésent. Je me souviens également de dialogues ciselés et interminables, d'une intrigue qui n'avançait pas, d'épisodes entiers dans lesquels il ne se passait rien. L'ennui s'était même installé durablement lors de la saison 3, au point que je n'avais plus vraiment envie, à ce moment là de connaître la suite.

La suite est arrivée donc, plus de dix ans après la saison 3, sous forme d'un téléfilm qui vient bien tard pour contenter des fans qui n'étaient peut-être plus très nombreux à l'attendre. Pour ma part, je ne l'attendais plus, et j'avais depuis longtemps oublié la plupart des personnages et je n'avais plus aucun souvenir des intrigues qui avaient été laissées en suspend à la fin de la saison 3.

J'ai donc eu bien du mal à raccrocher les wagons dans ce film, malgré de nombreux flashbacks permettant de se rappeler certains points clés de l'intrigue. Mais bien souvent, ces flashbacks ne suffisent pas. J'avais par exemple complètement oublié que Hearst avait sectionné un doigt de Swearengen dans la saison 3. Un flashback me le rappelle au moment opportun, mais ça ne me dit pas pourquoi il s'est fait couper un doigt. De la même manière, certains flashbacks montrent une prostituée dans un cercueil, la gorge tranchée. Cet épisode semble avoir eu une certaine importance lors de la saison 3, mais je n'en ai plus aucun souvenir. Les acteurs ont vieilli, quand Hearst réapparait au début du film, je ne le reconnais pas. J'avais totalement oublié les personnages de Dan Dority, Sol Star, Charlie Utter, Alma Garret, E.B Farnum. Finalement les seuls personnages qui m'étaient restés en mémoire étaient Swearengen, Trixie, Hearst, Seth Bullock, Calamity Jane et le Doc Cochrane. Évidemment, dans ces conditions, difficile de rentrer dans le film avec facilité et plaisir.

Pour autant, le film peut être apprécié sans que l'on ait vues les trois saisons précédentes. Il s'agit ni plus ni moins de l'histoire classique de la Loi qui cherche à rendre justice face à la puissance des notables. Hearst revient auréolé de son titre de Sénateur. Il est toujours très très méchant et n'aime pas que l'on vienne se mettre au milieu de sa route, et en arrive rapidement au meurtre pour arriver à ses fins. Seth Bullock est l'homme de loi qui va s'opposer à Hearst de manière obtuse et rentre-dedans. C'est efficace. L'action est fréquente, l'intrigue se déroule avec fluidité et on a perdu les dialogues sans fin qui plombaient la série. Petit à petit, la tension monte, le suspense est à son comble. On s'attend à des retournements de situation, des gunfights, des coups tordus, des intimidations, des alliances et un règlement de compte final qui en laissera plus d'un sur le carreau.

Sauf qu'à ce moment là le film fait flop. En plein mariage de Trixie et Sol Star, comme l'on s'y attend, Hearst arrive avec deux sbires et l'on a peur de ce qui va se passer. Mais Seth Bullock s'interpose simplement, il arrête Hearst, laisse plus ou moins la foule le tabasser, et l'enferme en prison. Le temps pour Calamity Jane de lui sauver la mise, et le film se termine, sans qu'il y ait eu de véritable confrontation. Sans cette action de dernière minute, Calamity Jane n'aurait pas servi à grand chose. Swearengen également, ne sert à rien. Bien qu'il soit mourant, on pense qu'il va prendre part à l'action, se positionner, avoir un rôle décisif, mais rien du tout, il n'est que l'ombre du personnage qu'il était dans la série. La nouvelle venue dans le bordel de Swearengen n'a non plus ni passé, ni intérêt. C'est un peu comme si les scénaristes de ce téléfilm avaient commencé à écrire des rôles, des intrigues, à mettre en place une structure narrative pour une nouvelle saison complète de la série, mais qu'ils s'étaient rendu compte, un peu tard, qu'ils n'avaient droit qu'à deux heures de film. Même si Deadwood : le film se suit sans déplaisir, on reste sur sa faim, étonné de voir une fin qui n'en est pas une, submergé par une sensation d'immense gâchis. Dommage.

samedi 13 octobre 2018

Les Frères Sisters



Les Frères Sisters
2018
Jacques Audiard

J'avais un peu peur que le réalisateur ait peur. Qu'il ait peur, petit Frenchie, de réaliser un vrai western. On peut facilement s'imaginer qu'il est intimidant de s'atteler à un western, quand on est français, qu'on parle mal l'anglais et qu'on sait qu'on va se mesurer à John Ford, Howard Hawks et Sam Peckinpah. Il peut alors être tentant de "faire différent". "Regardez, je ne fais pas vraiment un western, je me contente de rendre hommage au western, d'en utiliser les codes, j'en livre une version revisitée. Parce que je n'ai pas la carrure!"
Si Jacques Audiard s'est retrouvé face à ce type d'angoisses, ça ne transparaît que très peu. Tout juste peut-on regretter un manque de souffle, voire de rythme par moment. Mais Les Frères Sisters est un vrai western, qui ne cherche pas toutes les cinq minutes à raconter autre chose que son histoire. C'est bien.
Le film permet de se poser une question existentielle. Peut-on avaler une tarentule la nuit sans que ça vous réveille ? Surtout si elle vous mord. Si oui, j'aimerais savoir combien d'araignées j'ai avalé dans ma vie. Cette scène, dans sa façon d'être filmée, est déjà à la limite du fantastique. Et dans un même genre, le rêve/cauchemar familial, bien qu'un peu raté, éveille toutes sortes d'angoisses diffuses et malsaines. Quand vers la fin, on découvre les effets cutanés ignobles de la formule toxique chimique du chercheur d'or, on découvre finalement que le film a une petite tendance à lorgner vers l'horreur. Le surnaturel est d'ailleurs quelque peu renforcé par l'invincibilité ahurissante des deux frangins, qui bourrés ou en chaussettes, en solo ou en binôme, contre trois ou dix personnes, s'en sortent toujours.
Audiard fait donc là un vrai western, avec des fusillades, des pistoleros plus rapides que leurs ombres, un notable corrompu et tout puissant qui emploie toutes sortes de malfrats et des chercheurs d'or partout.
Pour le reste, pas vraiment spécialiste de la filmographie d'Audiard, je ne sais pas comment son film s'inscrit dans le reste de son oeuvre. J'ai aimé les expérimentations sur la musique, la tonalité assez sombre du film, et le jeu des acteurs. Au bout d'un moment, on oublie que c'est un film français, on est bien dans un western, moderne mais pour une fois pas trop mélancolique, ni trop introspectif. Une petite réussite en somme... 

Image: Marchand sur western movies

samedi 14 avril 2018

Hostiles



2018
Scott Cooper
Avec: Christian Bale, Rosamund Pike

Hostiles est plutôt un bon western, bien réalisé et prenant, bien que louchant largement trop vers le western contemplatif, le western qui prend son temps, le western qui fait des plans fixes pour bien montrer l'âme torturée de ses personnages. Le tout parsemé d'explosions de violence régulières pour nous réveiller. On suit un capitaine de cavalerie, qui a cassé de l'indien toute sa vie, qui escorte un vieux chef indien qui souhaite mourir sur ses terres natales. Ordre de Washington, on est en 1892 et l'opinion publique commence à se préoccuper du sort des sauvages dont les terres ont été confisquées depuis deux siècles. Le film tient un discours curieux, bancal, apparemment à dessein, de brouiller les pistes, de ne pas faire dans le politiquement correct. La démarche de Washington est vue comme une manoeuvre politicarde, le journaliste qui accuse le capitaine d'être aussi sauvage que les indiens semble être un vil manipulateur. Les indiens, montrés dans leur plus pure tradition de mal absolu dans une scène inaugurale d'une violence à couper le souffle, ne sont pas ces héros new-age en symbiose avec la nature. Mais le réalisateur coupe immédiatement sur la violence exercée envers les indiens, sans transition, pour appuyer - de façon certes un peu démonstrative - là où ça fait mal. On dirait qu'il veut couper court à la question des guerres indiennes, pas de bons, pas de méchants, il y a eu beaucoup de morts des deux côtés, de la sauvagerie égale par ailleurs, et puis c'était il y a si longtemps... C'est sans doute d'ailleurs le sens du dialogue final entre le vieux chef et le capitaine.
Quand une femme de Colonel prend la défense des indiens face au Capitaine qui a perdu deux hommes et à la fermière qui a perdu toute sa famille à cause des Commanches, on ne peut que compatir avec ces deux-là, qui vivent le "problème indien" de l'intérieur, quand les bourgeois font de belles phrases utopiques dans leurs salons. Et puis hop, le réalisateur contrebalance ça avec pêle mêle un soldat dont la haine des indiens n'a pas de limite, des trappeurs ignobles qui violent l'ensemble du casting féminin sans distinction de race, des propriétaires terriens qui tirent d'abord et posent des questions après, et un soldat qui, semble-t-il inspiré par la pluie, vient demander pardon au vieux chef pour tout le mal que les blancs ont causé à son peuple. Au bout du compte, ça fait beaucoup d'appels du pieds pour dire "Voyez comme mon film est profond en fait!"
Dans les cadrages aussi, on entend un peu trop le réalisateur penser. En intérieur il essaye de reproduire des peintures du XIXe siècle, avec l'air de quémander notre approbation à chaque plan. En extérieur, plus classiquement il met en valeur les magnifiques paysages américains. Les personnages aussi sont soignés. Christian Bale a bricolé sa mâchoire inférieure pour qu'elle avance et se donner un air un peu rustre. Il arbore une moustache magnifique. Rosamund Pike reste très crédible en femme de l'ouest, sauf quand elle décide de poursuivre l'aventure alors que le scénario ne le demande pas. Les indiens ont vraiment l'air d'indien, les seconds rôles sont soignés. 
On pourrait croire que l'essentiel du film tient à montrer l'évolution du capitaine, qui de brute indifférente au sort des indiens finit par devenir leur défenseur au péril de sa vie. Mais c'est surtout le titre du film -Hostiles - qui résonne tout au long du film. Dès lors qu'ils quittent la civilisation, tout l'environnement devient hostile, chaque rencontre est une mauvaise rencontre, tout ce qui peut mal tourner tourne mal. Scott Cooper dépeint un monde qui n'est que violence, où le petit capitaine navigue en terre connue, mais au péril de sa santé mentale. Christian Bale joue alors un de ces héros de western déterminé, prêt à tout pour mener à bien sa mission, envers et contre tout, affrontant les épreuves les unes après les autres sans jamais rechigner. Cet état d'esprit, ce nihilisme permanent m'a rappelé les plus radicaux des westerns spaghetti, ça m'a rappelé également le livre The Son de Philipp Meyer avec sa radicalité dans la violence, ainsi que, j'ose à peine le dire, l'espèce d'ovni cinématographique qu'est le John Rambo de Sylvester Stallone, avec une scène finale similaire, montrant le regard féroce de la machine de guerre juste après le carnage. L'épilogue est une des plus belles scènes de cinéma qui m'ait été donné de voir depuis longtemps, Christian Bale, un peu gauche dans ses vêtements, hésite, puis monte dans un train qui est en train de démarrer. Je n'en dis pas plus pour ne pas trop spoiler, mais j'ai trouvé ça magnifique.

samedi 7 avril 2018

Croc-Blanc



2018
Alexandre Espigares
Avec : Virginie Efira, Dominique Pinon, Raphaël Personnaz

Croc-Blanc est un film d'animation français qui suit assez fidèlement le roman de Jack London. L'histoire est celle d'un chien semi-sauvage, qui deviendra chien de traineau au sein d'une famille de gentils indiens, puis chien de combat parmi de méchants hommes blancs, puis toutou domestique d'une famille de gentils blancs avant de retrouver une liberté bien méritée au sein des immenses forêts du Yukon.
Le film est donc destiné à un public jeune, bien que le ton en soit relativement dur. Et le film n'est pas seulement dur pour les enfants à cause des coups du sort et de la violence qui s'abattent sur ce pauvre canidé. Il est dur parce que Croc-Blanc n'a pas de side-kick marrant qui fait le con dans la neige à ses côtés. Il n'y a pas non plus d'armée de Minions Crétins pour faire des prouts au fond du canoë. Le Marshall ne passe pas son temps à faire des vannes à double sens pour distraire les parents qui ont accompagné leur progéniture dans les salles obscures. Les animaux ne parlent pas dans ce film, ils geignent, glapissent grognent et mordent comme des vrais chiens, tout en ayant dans le regard un fond d'humanité suffisant pour permettre l'identification. Alors c'est vrai que les enfants sont déconcertés, surtout que le réalisateur Alexandre Espigares se permet un montage non linéaire, ose faire un film pour enfants sans chanson idiote et met à la place de la vraie musique avec des chtouingues de guitare qui vont bien, le tout dans une histoire à prendre au premier degré du début à la fin. 
Pire, on ne retrouve pas une animation 3D toute lisse et moche avec des personnages verts, rouges, bleus à gros yeux! Il y a des textures, des beaux paysages, des aplats. Alors bien sûr, c'est parfois maladroit, anguleux, raté. Les humains en particulier ont souvent des mouvements assez peu naturels malgré le motion capture. Les traits taillés à la serpe passent assez bien pour les visages burinés, ceux des indiens et des méchants. Mais pour le gentil couple moderne ça fait assez bizarre. Malgré tout, ça fait tellement du bien après 20 ans de graphismes inter-changeables des Pixar/Minions/Age de Glace/Shrek qu'on en redemanderait presque.
Je regrette cependant une histoire totalement lisse. Alexandre Espigares ne prend pas les enfants pour des idiots, mais il succombe malgré tout au happy end de rigueur, au manichéisme exacerbé de ce type d'histoire. Le méchant, interprété par Dominique Pinon est très très méchant. On aurait aimé voir sa part d'humainité, voir qu'il était lui aussi capable d'aimer son chien. Le Marshall est bien sûr honnête droit et sans faille (doublé par Raphaël Personnaz, j'aurais juré pendant la projection que c'était Tcheky Karyo qui s'y collait!) et sa femme (Virginie Efira) est naturellement moderne, pragmatique et indépendante (mais au moins, elle ne chante pas). Si j'en crois Allocine, Alexandre Espigares cite Le Grand Silence et le Django de Sergio Corbucci parmi ses sources d'inspiration. J'ai bien du mal à voir le lien, sauf quand on retrouve le regard de Franco Nero dans celui de Croc-Blanc juste avant ses combats, sauf quand on sent poindre la mélancolie et le poids du destin quand il regarde la lune. Croc-Blanc a en effet la force et la résignation des pistoleros taciturnes, les personnages ont tous des gueules typées, ravagées par le temps et la vie. Le film porte une attention extrême aux détails, à la neige qui tombe des branches, aux mouvements des chiens, aux mille dangers de la nature, aux vêtements et aux détails architecturaux, avec une belle reconstitution d'une ville d'Alaska gagnée par la fièvre de l'or. Et c'est là que moi, ça m'a plu.
Bref, c'est réaliste, bien foutu, beau, et pas trop gnangnan quand même. Si vous êtes devenus allergiques au style Pixar et à l'avalanche de gags obligatoires de ce type de production, emmenez vos enfants voir Croc-Blanc. Et puisque Alexandre Espigares cite Corbucci, je vais lui faire plaisir et classer ça dans 'Western Européen'.


mercredi 14 mars 2018

The Revenant



2016
Alejandro Gonzales Iñàrritu
Avec: Leonardo Di Caprio, Tom Hardy

J'avoue que l'attaque de l'ours est plutôt bien foutue. L'ours ressemble vraiment à un ours. Il ressemble un peu moins à un ours qu'un vrai ours comme Bart dans L'Ours de Jean-Jacques Annaud, mais les graphistes ont semble-t-il été bridés dans leur expression artistique. Je ne crois pas qu'il ait été question de savoir combien de poils il a été nécessaire de modéliser séparément pour rendre crédible le pelage de l'animal. Il n'y a pas de gros plan sur la gueule de l'animal dans lequel chaque goutte de bave brillerait dans la lumière cristalline du petit matin. L'ours a un comportement d'ours, il ne suit pas une logique anthropomorphique dans son attaque, il ne réagit pas comme un personnage de chez Pixar, mais bien comme une bête. En bref, il y a du progrès dans les effets spéciaux numériques depuis Jurassik Park (dans de trop rares films cependant, par exemple les scènes de batailles que j'ai vues dans la bande annonce de La Grande Muraille sont toujours d'une laideur visuelle sans nom).

Mais à part cette scène de l'ours, il n'y a pas grand chose qui ait attiré mon attention. Les images sont belles, la nature se déploie dans la lumière cristalline du petit matin (sauf la bave dans la gueule de l'ours, donc...), et le souffle de Di Caprio a la pureté d'un nuage de lait dans une eau déminéralisée. Di Caprio morfle, puis il se remet, puis il morfle, puis il se remet. Le problème de ce genre de film, c'est que quand on connaît la trame narrative parce qu'on a vu Le Convoi Sauvage, on s'ennuie un peu. A la fin du film, on ne sait pas si Di Caprio s'en sort ou pas. Il est (une fois de plus) salement blessé en pleine nature. Je n'aime pas ces films sans fin. Dès qu'un cinéaste veut faire un film "d'auteur", il met une fin ouverte et nous laisse comme deux ronds de flan sans savoir ce qu'il advient du personnage. Di Caprio est très bon dans le rôle, il a le regard déterminé et dur, mais ça n'a pas suffi pour que je me passionne pour sa destinée.
Mais je ne veux pas cracher dans la soupe. Si vous ne savez rien de l'histoire et que vous n'avez pas lu le premier paragraphe de cet article, vous verrez un excellent film survival, avec pas mal d'action, des indiens, des morts, de la violence, bien filmé et assez jusqu'au-boutiste dans sa peinture de la folie meurtrière des hommes. Moi, je suis de toute façon de moins en moins réceptif aux grandes folies médiatiques, aux films du moment qu'il faut voir absolument, aux films multi-oscarisés et calibrés pour être multi-oscarisés. Je m'efforce d'ailleurs de les voir après. Mais que ça ne vous empêche pas d'y prendre du plaisir...

samedi 5 mars 2016

Cowboys & Envahisseurs



2011
John Favreau
Avec Harrison Ford, Daniel Craig, Olivia Wilde

Il est réjouissant de voir qu'à Hollywood, des films avec un titre pareil et un casting de stars puissent encore sortir, même si le contenu dudit film est loin de remplir le contrat de délire foutraque qu'on pourrait attendre dudit titre. Bref, passé la surprise du mélange des genres, je n'ai trouvé que deux trucs à sauver dans ce navet consensuel et sans imagination:
- Olivia Wilde meurt dans les bras de Daniel Craig. Il me semble que l'on assiste à l'instant précis où ses yeux deviennent vitreux. C'est plutôt réussi, et en plus elle meurt au milieu de film, c'est plutôt inattendu (ah merde, spoiler alert au fait). Alors, l'effet est immédiatement annihilé par sa résurrection dans un brasier, GoT style (ah putain, re-spoiler, pardon), mais c'est déjà ça de pris! (je dis GoT style, mais qui a copié qui, je veux dire une nana à poil dans un brasier, vu que la saison 1 de GoT date de 2011, et que le film aussi ? (hein?)).
- Daniel Craig a un visage émacié, et dans ce film il a un chapeau trop grand pour lui. L'effet m'a plu. J'ai mis quelque temps à comprendre pourquoi. En fait c'est parce qu'il m'a rappelé Angel Face et son visage brûlé dans Blueberry. C'est pas grand chose, mais j'ai eu envie de relire Le Bout de la Piste.  


dimanche 17 janvier 2016

Les huit salopards



Ce film m'a saoulé avant même d'être sorti. Parce que son scénario avait "fuité" malencontreusement et que sa majesté Tarantino s'en était offusquée! Parce que le film lui-même avait fuité malencontreusement avant sa sortie et que les auteurs de la fuite se sont platement excusé, comme si pirater Death Cop 9 n'était pas grave, mais que pirater Tarantino était une faute morale impardonnable. Parce qu'il y a le mot huit dedans et que c'est le huitième film de Tarantino, et qu'il y aura des gens pour trouver ça intelligent. Parce que dans Première, Tarantino, dit que oui, il considère bien les deux Kill Bill comme un seul film mais qu'il s'est débrouillé pour nous faire payer deux fois niark niark. Parce que dans Première encore, il concède qu'il passe beaucoup de temps à revoir sa propre filmographie. 
Les 8 salopards commence très bien avec ce christ en bois sous la neige. Tarantino a beau être imbu de sa propre personne, on ne peut pas lui dénier une certaine efficacité dans le pastiche. Manque de bol, il nous étale à nouveau son egomania en nous rappelant dans le générique qu'il s'agit là de son huitième film. Comme si notre vie cinéphilique devait être suspendue à son décompte filmique, comme si on devait se résigner à être bientôt orphelins, le gars étant supposé s'arrêter à dix films (mais on sait tous qu'il n'en fera rien). Un réalisateur qui gâche un générique de Morricone en nous jetant son CV à la face n'a rien compris aux films de Sergio Leone.
Et pourtant putain il a toutes les compétences, toute la maestria, toute la technicité pour faire au moins aussi bien. Tout est là: des trognes impayables, des décors bien choisis, des détails bien sentis, des manteaux de fourrure énormes, de l'action à la pelle, une musique de Morricone plutôt efficace et qui a le bon goût de ne pas se pasticher elle-même. Tous les détails sont soignés. Peut-être même un peu trop. Il filme son truc en PanaVision Super 70, ou un truc du genre, pour rendre hommage. Il écrit le titre en grosses lettres rouges pour faire comme si. Il étire l'action au point que le temps du film est plus court que le film lui même, comme dans un manga. Ses personnages parlent, et quand ils parlent, ils parlent beaucoup. Pourtant Clint Eastwood avait sabré les dialogues de l'homme sans nom, et quand on tire on raconte pas sa vie, tout le monde le sait. Ce n'est pas grave. C'est son style à lui. C'était super efficace comme élément distanciateur dans Pulp Fiction et Jackie Brown. C'était super efficace comme élément de pure terreur croissante dans les Basterds. C'est juste un gimmick qui sent le réchauffé dans ses deux westerns. On n'en peut plus des discussions sur le ragoût qui démarrent comme une discussion anodine mais qui se révèlent cruciale au niveau de l'intrigue. On n'en peut plus des digressions à rallonge et des questions/exclamations reformulées quatre fois de suite pour produire un effet comique. Yo Bro, faudrait changer de disque! 
Faudrait aussi pondre un vrai scénario avec de vrais morceaux d'humanité dedans et pas juste des morceaux d'humains qui éclaboussent cette pauvre Jennifer Jason Leigh! Quand on voit le film, plus qu'au Grand Silence, on pense tout de suite à Priez les morts, tuez les vivants, et Condenados a vivir: même atmosphère oppressante, mêmes éléments déchaînés, même personnages inquiétants. Sauf qu'on le sait depuis le début que ce sont tous des salopards qui ont tous des trucs à cacher et que ça va mal tourner! Alors le problème c'est que du coup on s'en fout! Sachant qu'on sait que personne n'est celui qu'il prétend être et que tout ça va se retourner à grands renforts de coups de théâtre d'ici la fin, on n'essaye plus trop de suivre. On écoute vaguement les dialogues, on attend l'hémoglobine, on écoute les dialogues, on attend l'hémoglobine etc. Rien d'humain ne ressort, à part peut-être le personnage de Samuel L. Jackson et sa lettre de Lincoln, le seul qui acquiert peut-être une sorte de profondeur... Et encore, rien à voir avec Cheyenne ou Gil dans Il était une fois dans l'Ouest, le film pourtant le plus désincarné, le plus "pastiche" de Leone. Non là, Tarantino fait vraiment un exercice de style, mécanique mais brillant, brillant mais mécanique. Ni compassion, ni haine, ni désespoir, ni pitié ne transparaissent des personnages.
Autre problème, son casting "Tarantino All Stars" qui a fait saliver les fans des mois à l'avance, a pris un sacré coup de vieux. Le Colonel Mortimer déjà semblait s'excuser d'être encore vivant dans Et Pour Quelques Dollars de Plus. Ici on a au moins quatre vieillards qui racontent leurs souvenirs de guerre autour d'un feu, avec en plus un cinquième très très vieux. Je n'ai rien contre les vieux (surtout quand l'un d'eux est assez vieux pour avoir tué John Wayne!), mais là ça manque quand même un peu de crédibilité dans un western, qui au niveau pyramide des âges n'est en général pas tendre avec le troisième âge. Si Kurt Russell et Samuel L. Jackson, engoncés dans leurs énormes manteaux et vareuses font illusions au niveau force physique, ils ne peuvent cacher, dans les gros plans, qu'ils devraient être à la retraite depuis longtemps. Et si Tim Roth tient parfaitement la forme, c'est vraiment Michael Madsen qui fait le plus de peine, à l'étroit dans son costume, pas inquiétant pour deux sous, le cou gonflé comme Jabba le Hutt. Heureusement, pour contrebalancer, Tarantino ne filme pas les femmes comme la plupart des autres (c'est à dire comme des objets sexuels), et je trouve son choix de Jennifer Jason Leigh, 53 ans, pour interpréter l'élément féminin de la bande, assez osé. Ce qui me gêne, c'est le traitement de la violence chez elle, constamment battue, elle "prend cher" comme on dit. Ce n'est pas du tout incohérent sur un plan purement scénaristique d'ailleurs, et il n'est pas invraisemblable non plus que - en femme forte habituée à la vie dure - elle encaisse plutôt bien les coups. Mais ici, elle encaisse les coups avec un tel flegme et un tel aplomb que chaque coup qu'elle prend, chaque mésaventure gore devient un motif comique, ce qui n'est pas, j'imagine, l'idée que Tarantino cherchait à faire passer à l'origine. 
Au fur et à mesure que les minutes s'égrainent, toutes ces considérations sont de toute façon noyées sous un déluge de vomi, de sang et de cervelle. C'est efficace, c'est distrayant, c'est très bien foutu et finalement c'est déjà beaucoup, quoiqu'un peu long. Peu s'en sortent, sinon aucun. Me vient alors en tête une incohérence scénaristique que beaucoup ont dû voir/commenter/réfuter (mais je n'ai pas le courage d'aller vérifier) et qui m'est apparue dès la sortie de la salle. [Gâchage]: quand les quatre compères arrivent au relais, ils trouvent là une diligence arrivée avant eux. Le personnage joué par Kurt Russell est super parano, celui joué par Samuel L. Jackson est super méfiant. Comment ne sont-ils pas étonnés par l'absence du cocher de la première diligence? Ils interrogent tout le monde, remarquent un bonbon coincé dans une latte ou qu'un ragoût n'a pas le goût qu'il devrait avoir, mais ils ne remarquent pas qu'il manque le cocher de la première diligence? Unlikely! [\Gâchage] 
En résumé, la critique de ce huitième chef d'oeuvre de Tarantino est la même que pour le dernier Star Wars: ce n'est pas un mauvais Tarantino, mais ça reste un Tarantino.

mardi 20 octobre 2015

American Sniper



American Beauty, American Psycho, American History X, American Nightmare et maintenant American Sniper. De ce côté ci de l'atlantique, on trouve ça classe quand on rajoute le mot "American" devant un titre, ça rajoute tout de suite une espèce d'aura au film, liée sans doute à notre admiration sans cesse refoulée pour le pays de l'oncle Sam.
En l’occurrence, il s'agit bien ici d'un sniper américain qui dégomme des irakiens à distance. Vertige de la distance à la cible qui pose bien souvent la question de la responsabilité morale face à ses actes. Si le sniper de ce film a une réelle envie d'en découdre et n'hésite pas à aller au front avec ses camarades, qu'en est-il de ceux qui tirent à distance de très loin, sans être jamais en danger? Et si le maniement d'une telle arme requiert au moins d'être sur le terrain, au quotidien avec les hommes, qu'en est-il des pilotes de drone qui tuent à 10 000 km de leur "lieu de travail"?
Car s'il est une chose qui transparaît nettement dans ce film, comme dans la plupart des films de guerre américains récents, c'est la disproportionnalité des forces en présence. Les américains ont un équipement sophistiqué, des armes de pointe et un appui aérien. Les insurgés roulent en R12, n'ont pas de casques et ont une tactique de guerre ignoble: envoyer des enfants faire sauter les convois et tuer les collabos à la perceuse. Difficile de faire le tri dans tout ça, entre une guerre illégitime d'une part, des dictateurs sanguinaires d'autre part, des fanatiques religieux inhumains à droite, du pétrole à gauche. Ce serait bon de pouvoir choisir son camp naturel sans se poser de question (surtout quand lesdits fanatiques assassinent flics, juifs et humoristes chez nous), mais voilà, le cerveau humain se pose toujours des questions, et il est bien emmerdé quand il n'y a pas de réponse claire.
Clint Eastwood n'en a absolument rien à faire de tout ça. Il veut, apparemment, montrer les effets de la guerre sur l'être humain, sujet qui, au passage, a déjà été traité des centaines de fois (je me reverrais bien un Cimino moi tiens...). Il prend un cas cinégénique,  un sniper légendaire qui a tué au moins 160 irakiens. Celui-ci semble sûr de son coup, ne tremble légèrement que quand il doit tuer un gosse, a ce regard absent des vétérans quand il rentre chez lui. Pas parce qu'il est traumatisé, mais parce qu'il veut y retourner sans plus attendre. Autour de lui, il y a beaucoup de gens qui doutent, mais pas lui. Au final, il réussit à raccrocher en s'occupant de gueules cassées et en retrouvant ses bottes de cowboy dans un placard. Eastwood a édulcoré le personnage de la vraie vie, qui était bien plus radical que dans le film. Il lui a adjoint un adversaire à sa mesure, un sniper irakien redoutable, histoire d'avoir une vraie histoire. Le fait que cet irakien n'ait jamais eu en réalité le rôle décrit dans ce film, est le symptôme même d'une guerre moderne non télégénique. Comment filmer une guerre sans méchant réellement identifié, à la réalité complexe, insaisissable, et forcément décevante: pas de victoire à fêter, pas de batailles rangées au dénouement clair et net, juste du chaos interminable. Le sniper irakien personnifie l'ennemi, donne un but au héros alors qu'en réalité il n'en avait pas.
Il procure une péripétie cinématographique au film, mais quitte à se divertir avec un combat de sniper, Stalingrad de Jean-Jacques Annaud était bien plus rigolo. C'est que l'affrontement entre snipers n'est pas l'enjeu de American Sniper. Quel est cet enjeu alors? Je suis bien en peine d'en trouver un. Eastwood filme son histoire sans juger, montre les effets de la guerre sur le vétéran, sur son couple, qui finit par s'en remettre plus ou moins. Quel est le message? Il n'y en a pas, Eastwood est juste un témoin. Il montre, sans prendre parti, et c'est déjà une force en soi. Mais ce n'est pas suffisant. Je ne comprends pas bien pourquoi American Sniper est devenu le plus grand succès de son auteur. Comme d'habitude avec Eastwood, c'est bien filmé, net, lisible, pas tape à l’œil pour un sou, on ne s'ennuie pas, mais il manque son humour et son ironie habituels. De ce point de vue, je réfère largement Gran Torino, auquel Eastwood apporte son jeu d'acteur bougon et sympathique. Bradley Cooper n'exprime pas grand chose, on a du mal à s'identifier à lui. Son caractère buté et sûr de son droit en font un personnage de cinéma proche d'un Burt Sullivan qui veut apporter la justice coûte que coûte. Mais un tel personnage, avec une conception de la justice simpliste dans une réalité aussi complexe pose question, remue et dérange, et on ne peut pas adhérer au personnage.  On devient alors juste témoin du destin d'un soldat, qui certes tire très bien, mais dont Eastwood n'a pas su révéler grand chose d'autre que cette faculté balistique supérieure! 

samedi 17 octobre 2015

Mad Max - Fury Road



Je me souviens encore des critiques Télérama des Mad Max dans les années 80, elles évoquaient des films affreux, véritables éloges de la laideur et puits sans fin de violence gratuite et d'auto-défense coupable. Dans les années 90, ces films commençaient à être réhabilités, je vis alors Mad Max 2 et j'aimai franchement cette course de camion incroyable, ce monde anarchique et violent, ce nouveau terrain de jeu propre à renouveler l'univers du western spaghetti. Mad Max alors, c'était le top du culte, encore que je trouvais déjà que le premier avait beaucoup vieilli. Aujourd'hui, je n'ai même pas voulu revoir la trilogie avant de voir ce quatrième opus, de peur que ces films accusent leur âge et leur budget, de peur qu'ils soient ringardisés par Miller lui-même.

Pourtant, le cinéaste australien a juste fait ce dont tout le monde rêvait : prendre la course de camion de Mad Max 2, et l'étirer littéralement sur tout un film, sans prétendre à autre chose qu'à ça. A part une séquence de 10 minutes à partir de 1h 14m et 27s où il ne se passe plus rien et pendant laquelle on se fait royalement chier, ce n'est que action, action et action. Les véhicules les plus improbables se coursent les uns derrières les autres, les personnages sautent sans arrêt des bagnoles aux camions et vice versa, certains perchés sur d'immenses bambous flexibles, au milieu des motos qui virevoltent et balancent des cocktails molotov à tout va et provoquent des accidents spectaculaires. En bref, du Mad Max pur jus, pendant deux heures, le tout agrémenté de péripéties plus classiques : bastons, véhicules ensablés, tempête extra-solaire. Bien sûr, Miller déploie dans ses plus grandes largeurs son bestiaire déjà bien développé il y a trente ans: difformités monstrueuses, que ce soit chez les puissants ou chez les exclus, colosses gigantesques et guerriers grimés, scarifiés et tatoués. Les peaux sont tendues et desséchées, les pustules et les ganglions de toute sorte déforment leurs silhouettes. Ces exacerbations de cour des miracles portent tous des costumes extravagants faits de bric et de broc, selon une industrie de récupération à grande échelle, qui donnent au monde de Miller sa poésie du pittoresque si chère aux aficionados du western spaghetti. Les habitants de la petite géographie Millerienne sont tous des guerriers intrépides, bravant en permanence le danger, aucun ne semble avoir peur de la mort,on les voit tous éviter les divers objets contondants qui les menacent à chaque instant par simple instinct de survie, mais pas par peur de la mort. Les femmes sont à l'avenant, en premier lieu, bien sûr, Furiosa qui se couvre de peintures de guerre à la graisse de moyeu pour ne pas que l'on discerne sa fragilité dans son regard ; jusqu'à ces femmes pondeuses, qui, bien que constituant, par leurs seules silhouettes longilignes de mannequins des années 90, une première faute de goût de ce film au demeurant très réussi, n'en deviennent pas moins elle même des guerrières affrontant tous les dangers car c'est tout simplement le monde dans lequel elles vivent.
Depuis le premier opus, bien de l'eau a coulé sous les ponts dans le petit musée des horreurs cinématographiques. Miller ne tente pas de surenchérir dans le nauséabond et le malsain, il essaye au contraire de sublimer son univers qui a été décliné ad nauseam depuis trente ans. Les séquences glauques sont minimalistes, les morts violentes et gores sont filmées hors champ pour la plupart. La vie de Mad Max reste violente, mais elle apparaît moins cruelle que dans les premiers opus où l'on n'hésitait pas à crucifier ou à violer à la cantonade. Dans Fury road, les prisonniers sont - relativement - bien traités, les femmes sont des objets mais ne semblent pas titiller l'appétit masculin plus que ça, et par ailleurs, années prudes obligent, vous ne verrez pas un bout de sein à l'horizon.
Miller se concentre uniquement sur l'incessant ballet des véhicules qui ondulent au fil des dunes et s'applique à mettre en scène des accidents les plus spectaculaires possibles. Il y arrive fort bien, refusant dans la plupart des cas la facilité du tout numérique, et réussissant à rendre crédibles la plupart des effets spéciaux, là où d'autres auraient accouché d'une infâme bouillie numérique - c'est une franche réussite à ce niveau là, à une ou deux exceptions près toutefois, dont la séquence de la tempête dans son intégralité, qui, tout en étant assez belle visuellement, est assez ratée sur le plan de la pure vraisemblance technique ; le personnage Nux regardant, en extase, les avatars numériques de ses potes emportés dans les tourmentes pixelisées, comme un gamer qui se repasserait le replay de ses prouesses sur son jeu favori. Mais à part ça, tout ce qui se casse se casse de fort belle manière, et la scène de l'autoroute de Matrix Reloaded, souvent citée en exemple et que moi-même j'avais appréciée, vient, avec la sortie de ce Mad Max, de repasser de la section Cinéma à la section GTA.
Pour le reste, c'est du Mad Max très réussi, les scènes d'action sont très efficaces narrativement, puisqu'on suit en général plusieurs personnages évoluant de part et d'autre du convoi, parfois sur plusieurs véhicules à la fois, sans jamais que l'on ne perde le fil ni que l'on soit sorti de la scène par un effet raté ou une invraisemblance criante. C'est du cinéma d'action à l'ancienne, mais porté à son paroxysme, sans effet d'accéléré, sans découpage brutal et illisible, avec suffisamment peu de ralentis pour ne pas couper le rythme si exigeant d'une séquence réussie. Mad Max Fury Road donne l'impression de reprendre là où Speed ou Die Hard 3 s'étaient arrêté et de faire oublier des années de maelstrom fatigants tels que Transformers ou Pirates des Caraïbes. On n'en ressort pas épuisés comme dans ces actioners récents, pour preuve je l'ai revu une deuxième fois immédiatement après la première, juste pour savourer le montage et le rythme, juste pour retrouver le plaisir de l’enchaînement des séquences.
Pour autant, Mad Max est loin d'être un grand film, il ne véhicule rien d'autre que de l'adrénaline, il dispose d'un personnage principal incroyablement mou et sans une once de charisme, au point que j'aurais largement préféré Mel Gibson dans le rôle malgré son âge, plutôt que cet ersatz sans âme et gras du menton. Furiosa, jouée par Charlize Theron est effectivement largement plus intéressante, mais ce ne sont certes pas les dialogues de ce film - qui n'a pas dû coûter cher en doubleurs - qui révèlent le plus sa personnalité. Ce sont les non-dits, les silences et les regards qui permettent au spectateur de lui façonner une histoire, un vécu et un capital sympathie intéressant. Bref, c'est le spectateur qui travaille le plus pour combler les manques narratifs, et finalement c'est aussi bien comme ça. Même si le film fourmille de petits détails bien sentis (le volant en tant qu'objet de culte à part entière, le chrome sur les dents, ce moment surréaliste où les belligérants crachent de l'essence dans leurs moteurs pour aller plus vite), il peut parfois donner l'impression d'aller trop loin dans le portnawak (le guitariste métalleux navrant à l'avant de l'une des voitures) ou nous saouler avec les visions répétitives de Max qui perturbent le récit au lieu de donner la profondeur voulue au personnage. On constate que le film manque également singulièrement d'humour, à part quand Max récupère tous les flingues planqués dans le camion, qui n'est qu'une redite du début du troisième opus.  Tous ces petits loupés parasitent le film, pas au point de faire faiblir sa locomotive principale, la vitesse, mais ce sont bien des parasites dans un film qui aurait presque pu être un film concept du film d'action à l'état pur. On pourrait imaginer un Mad Max 5 qui démarre directement par la poursuite, sans scènes d'introduction, sans explications préalables de qui poursuit qui et pourquoi. La poursuite, les combats et les péripéties se poursuivraient sans aucun dialogue autre que purement fonctionnel, pas de pause introspective, rien pour venir perturber l'action pure. Les tenants et les aboutissants de la poursuite se révéleraient d'eux mêmes au fur et à mesure des moments de bravoure qui iraient crescendo vers un feu d'artifice final où l'on comprendrait naturellement le fin mot de l'histoire, sans avoir eu besoin d'un seul temps mort. 
On aurait alors vraiment un pur film d'action, quand les films d'action dont on dit qu'ils sont des "purs films d'action" sont en général bavard à 60%. Mais par pitié, trouvez un autre acteur pour Max!

dimanche 6 septembre 2015

Drive


Drive
2011
Nicolas Winding Refn
Avec: Ryan Gosling

Comme la cavalerie, j'arrive quatre ans après la bataille sur ce film. Vous vous en souvenez peut-être, il y avait comme un bourdonnement à l'époque de sa sortie, c'était le genre de film dont on nous dit "C'est bizarre comme film, mais franchement, c'est pas mal", que l'on traduit en général par: "Le réalisateur a embrassé un certain nombre de partis-pris esthétiques pas très mainstream, mais il a quand même mis une bonne dose de violence ou de sexe pour qu'on trouve ça bien". Normalement, j'attends quatre ans avant de me décider à regarder ce type de film, et parfois, comme dans le cas présent, la distance temporelle permet d'apprécier rétrospectivement certaines évolutions du quotidien. 
Notamment, je comprends mieux aujourd'hui pourquoi certains conducteurs de Golf démarrent pied au plancher au feu vert, avec un flegme insupportable, pour se rabattre comme des merdes à 70 km/h sur la file de droite de la rocade, après avoir séché ma Clio 1.2 RTE sur place. Rebelote au péage de l'autoroute A83, dès la barrière levée ils accélèrent le plus rapidement possible, tout en mâchouillant quelque chose d'indéfinissable, avant d'être brutalement rappelés à l'ordre par leur limiteur de vitesse calé à 138 km/h, 4 km/h au dessus de la limite pour compenser l'imprécision de leur compteur, auxquels ils ajoutent 4 km/h pour prendre en compte les 5 km/h de l'incertitude des radars de la Gendarmerie. Le lecteur toujours attentif à ce stade notera que ces conducteurs de Golf pourraient donc régler leur limiteur à 139 km/h, mais, rebelles sans l'être vraiment, ils se gardent une marge de confort pour pouvoir écouter tranquillement "You're a real hero" sur leur autoradio de marque JVC, le regard mutique mais les gestes précis.
Je ne peux pas dire précisément si j'ai aimé le film ou pas. Le héros, quoique ténébreux à la mode spaghetti, manque de carrure et de crédibilité. Son attitude taciturne semble plus liée à une anomalie chromosomique qu'à une réelle prise de hauteur sur le monde réel. L’héroïne nous fait des petits regards meugnons, elle a une coupe moderne et elle est sexy sans être trop sexe, belle tout en restant girl next door, pour que tout héros réel normalement constitué ait envie de se la culbuter au ralenti sur la table de la cuisine tout en voulant la protéger pour toujours de ces méchants mafiosi issus du cinéma américain des années 70. Notre héros se sent protecteur, mais sans raison identifiée autre que l'anomalie chromosomique précédemment sus-citée, il ne baise pas, sauf si j'ai loupé la scène de sexe au moment où je suis allé me chercher un yaourt dans le frigo. En tout cas, c'est décevant, pas que je sois friand des habituelles scènes de sexe que le cinéma hollywoodien nous ressort ad nauseam, mais je me disais que dans ce film peut être, on pourrait avoir un début de scène intéressante. Mais non, pas de sexe, c'est sale et ce n'est pas bien. Montrer un mec qui plante une fourchette dans la gueule d'un type comme dans les Affranchis, ça ne pose pas de problème. Montrer un gars qui coupe une artère d'un autre gars en le rassurant pendant qu'il meurt, c'est pas grave. Montrer le héros qui pulvérise le crâne d'un méchant dans un ascenseur, ça ne gêne aucun censeur! Mais montrer un bout de téton dans un film, c'est tout simplement impensable! Mais ça, on a tellement l'habitude, cette hypocrisie versus cette violence acharnée, qu'on finit par ne plus faire attention. 
La scène de l’ascenseur, c'est une des presque belles scènes du film. Le héros descend au sous-sol avec sa girl next door. Il y a aussi un méchant dans l'ascenseur. Notre héros prend le temps de longuement embrasser la fille. Le mec le laisse faire. J'ai trouvé ça génial, quelque soit l'interprétation que l'on donne au truc. On peut y voir une invraisemblance assumée, une ellipse temporelle pendant laquelle le héros crie "pouce", on peut y voir un méchant qui aurait le sens de l'honneur, quelque chose qu'on ne voit plus au cinéma, comme le général Santa Anna qui laisse partir femmes et enfants de fort Alamo, sans massacrer, ni violer, ni empaler, ni écorcher personne. Cette bonté d'âme est devenue impossible chez un méchant aujourd'hui. Hitchcock a déclaré un jour qu'il n'y avait pas de film réussi sans méchant réussi. Il aurait mieux fait de se taire, parce que tout le monde a cru que cela voulait dire un méchant vraiment méchant, forcément inhumain. Dans GoT (si vous ne savez pas ce que j'entends par GoT, vous venez d'une autre planète), Sansa passe d'un mari cruel et totalement barge à un autre mari cruel et totalement barge. La liste des horreurs qu'ils font subir aux autres, leur absence totale de pitié envers quiconque, en font des personnages creux, vides de substance, qui terrifient le spectateur de façon mécanique, comme un banal sursaut dans un film d'horreur. Totalement étranger à un Liberty Valance ou à un Frank, le méchant actuel est forcément psychopathe, de la trempe d'un John Doe ou d'un Anton Chigurh, fêlé mais sans âme, sans une once de conscience, toujours dans la surenchère, faisant passer Hans Gruber, Dark Vador et Roy Batty pour des petits caïds de quartier. 
J'ai cru que c'était le contraire le méchant dans l'ascenseur de Drive, j'ai cru qu'il laissait le temps au héros d'embrasser sa nana avant de lui faire la peau, j'ai cru qu'il lui accordait sa dernière requête de condamné, comme un méchant qui aurait du respect pour son adversaire, un méchant qui respecterait un certain code d'honneur, un méchant pas 100% méchant quoi, mais ça, ça n'intéresse plus personne. Aujourd'hui, le méchant ne doit respecter aucune trêve, décapiter les émissaires, trahir ses promesses, brûler le drapeau blanc, tuer pour le plaisir et torturer dès qu'il s'ennuie, parce que brrr, le méchant doit être très très méchant, et à force d'être très très méchant, il en devient complètement raté. 
En l’occurrence, dans cette scène de l'ascenseur, cette interprétation ne tient pas, le regard étonné qu'il jette au héros avant que celui-ci lui marave la gueule nous indique qu'il est juste con et qu'il n'avait pas remarqué que le héros l'avait repéré. Et c'est au tour de notre héros de devenir très très méchant. Il ne lui fout pas juste un pain pour pouvoir le ligoter et le laisser dans un placard, non, il lui défonce vraiment la tronche à coup de pied, jusqu'à ce que, je présume, la gueule du type soit réduite en bouillie. Il frappe à n'en plus finir, il frappe tellement fort qu'à un moment il y a un bout de truc qui saute, un bout d'os, pas une dent, plutôt une mandibule ou un bout d'arcade sourcilière, on ne peut pas savoir, mais on comprend à ce moment que le type est perdu, le héros lui a aplati la boite crânienne comme une vulgaire boîte d’œufs. Ce bout de mandibule qui virevolte, m'a évidemment mis cette scène en horreur, pas seulement parce que je doute, aussi fort que l'on veuille fracasser un type, qu'on arrive à faire virevolter des bouts aussi facilement que ça, pas seulement parce que cette abjection est là pour donner du frisson aux pré-pubères avides de sensations fortes qui se pâment devant n'importe quelle scène pourvu qu'elle soit craspec, mais surtout parce que le réalisateur suit une mode à la con, parce qu'un type ne peut plus être violent sans être hyper violent, parce que cette mandibule fout en l'air une scène qui promettait d'être très belle. Cette scène résume en fait ce que je pense du film, une suite de bonnes scènes gâchées par une trop grande porosité aux tics cinématographiques du moment, des bonnes idées gâchées par un réalisateur qui se regarde le nombril et qui nous prend pour témoins, des ralentis en veux tu en voilà, une tonalité de couleur rétro, des références à la pelle sans une once d'humour, une histoire racontée platement, sans compassion ni amour pour ses personnages. 
Et c'est dommage, parce que je suis bon public, j'aime bien les histoires de mecs qui maravent tous les méchants pour sauver une fille, j'aime bien les types taciturnes qu'il ne faut pas trop énerver, j'aime bien les scènes d'action et les films de genre, mais là je suis pas rentré dedans, tout simplement parce que le réalisateur n'était pas rentré dedans non plus, trop occupé qu'il était à choisir les bonnes chansons pour ses scènes clés, trop occupé qu'il était à choisir le bon blouson pour son acteur, trop occupé qu'il était à choisir le bon filtre pour sa caméra et le bon bout de mandibule à faire sauter. Par contre, la psychologie, l'amour, le caractère de ses personnages, il a choisi de torcher ça par quelques sourires entendus, quelques phrases anecdotiques, sans nous ouvrir la moindre porte pour nous permettre d'accéder à leur humanité. Et c'est bien dommage.  

samedi 20 décembre 2014

La Dernière Piste



Meek's Cutoff
 Kelly Reichardt
2011
Avec: Michelle Williams, Bruce Greenwood

Sous ce titre français qui pourrait parfaitement convenir à un Blueberry, on trouve un western lent, mélancolique et métaphorique qui est si éloigné de Blueberry que je me demande si les traducteurs français ne se sont pas fait une petite private joke entre eux. Une petite caravane de colons dans des chariots bâchés qui marchent vers leur terre promise. L'eau est rare, les hommes sont attentifs à la santé des bœufs qui tirent les chariots. Les femmes marchent à coté. Pas de winchesters, pas de colt 45, mais des fusils mono-coup qui se rechargent lentement avec une baguette pour tasser la poudre noire au fond de la culasse. On doit pas être plus loin que les années 1850. La caravane est perdue, les hommes se méfient de leur guide, un homme qui se donne des airs de Kit Carson, mais qui paraît bien trop bavard pour être aussi expérimenté qu'il ne le dit. Quand l'eau vient à manquer et que l'une des femmes se retrouve nez à nez avec un indien, le drame peut commencer à se nouer.
Le problème c'est que la lenteur du film finit vraiment par le desservir. Kelly Reichardt filme par petites touches, entrecoupe la progression narrative de petits instants du quotidien, filmés en caméra fixe, sans accompagnement musical autre que celui des grillons. Quand la musique apparaît, elle est bien sûr minimaliste, une sorte de longue plainte instrumentale. Les hommes discutent, les femmes observent de loin. On se retrouve vite en terrain connu du film intimiste, qui se veut profond et chargé de sens, sens qui reste naturellement obscur et que la seule force des images doit nous révéler. On en a vu des tonnes de ces films qui délaissent intrigue, narration, scénario et écriture pour se concentrer sur les paysages, les visages, les voix, les sons, les non-dits qu'il faut deviner soi-même, les questions bien évidemment sans réponse parce que ça ferait trop mainstream de donner des réponses. Je peux spolier la fin parce qu'il n'y a rien à spolier. L'indien mystérieux continue à marcher vers l'horizon et semble disparaître, un peu comme Clint Eastwood à la fin de L'Homme des Hautes Plaines. Au moment où l'on voit l'image, on sait que le plan suivant sera le générique, que l'on se sentira floués et trahis, comme à chaque fois qu'un film ne va pas au bout, comme dans tous les Jarmusch, dans tous les Wenders, et comme sans doute dans tous les Malick si je réussissais à aller au bout d'un de ses films. Kelly Reichardt semble marcher dans les traces de ces gars là, elle s'est déjà approprié leur grammaire et leur manière d'énerver les gens comme moi qui préfèrent les bonnes histoires au m'as-tu-vu formel.
Sur ce point là au moins le film est irréprochable. Sur le parti-pris de filmer en 1:33 rien que pour faire différemment de tous ceux qui pensent que le scope est fait pour le western, je ne dirai rien. Les images sont magnifiques, vous verrez la caravane avancer sur fond de splendides paysages, lentement, la caméra reste fixe jusqu'à la dernière roue de chariot, et reste quelques minutes de plus pour être sûr que vous ne loupiez pas le coucher de soleil derrière pour enchaîner sur un fondu irréel. Dans Le Nouveau Monde, Terence Malick m'avait scotché pendant environ une demi-heure avec sa manière de filmer les herbes, les plantes, les marécages et les oiseaux dans le ciel, avant que je ne décroche. Kelly Reichardt réussit la même prouesse pendant dix minutes. La couleur des herbes grillées par le soleil et les couleurs des robes des femmes, la luminosité des plans forment des images exceptionnelles. La réalisatrice filme à hauteur d'herbe, les grandes tiges au premier plan qui strient l'image rappellent la pellicule rayée des vieux films, parallèle d'autant plus fort que de nombreuses séquences sont muettes et documentent la vie des pionniers, comme si Edison avait été là pour les filmer. C'est un travail de composition admirable, mais qui n'est pas auto-suffisant, qui tourne en rond et se répète, et qui m'a fait décrocher. Rapidement mon attention est partie ailleurs, pour se refocaliser sur l'image quand la réalisatrice réussit un nouveau tour de force visuel pour retomber ensuite et s'effondrer quand on comprend qu'il n'y aura pas de fin, pas de conclusion, qu'il n'y avait ni enjeu, ni histoire. Il restera malgré tout un souvenir diffus, une mélancolie contemplative certes pas très originale mais bien travaillée, et un aperçu de la vie des pionniers, épurée du romantisme westernien habituel. C'est déjà pas mal.

Les avis plus respectables et enthousiastes de:
- il a osé: http://ilaose.blogspot.fr/2011/12/la-derniere-piste.html
- Inisfree: http://inisfree.hautetfort.com/archive/2011/09/03/meek-s-cutoff.html