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vendredi 4 février 2022

The Power of the Dog



 

2021

Jane Campion 

Avec : Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst, Kodi Smit-McPhee et Jesse Plemmons


Ce film n'est pas un western, il en emprunte uniquement quelques codes pour exacerber la tension découlant d'une certaine thématique d'orientation sexuelle dans un monde viril et violent. On y voit en effet Benedict Cumberbatch, en cowboy dur et insensible, allumant sa cigarette avec une jolie fleur de papier qui avait été délicatement pliée et ciselée par un gringalet sensible, bien trop sensible pour des gens dont l'inclusivité n'était pas la qualité première. Ce gringalet, campé par un certain Kodi Smit-McPhee au physique tout en longueur assez incroyable, le prend très mal, et sa mère, jouée par Kirsten Dunst n'apprécie guère le geste non plus. Le film commence bien, Cumberbatch étant impeccable en dur à cuire, face au magnétisme assez intriguant de Kodi Smit-McPhee. On attend la suite!


 

Sauf qu'à partir de là, tout va se dérouler lentement. Très lentement. Au-delà de lentement même. Il en sort au moins un par an, de ces westerns contemplatifs où il ne se passe rien, où chaque regard est censé être lourd de signification, où les non-dits pèsent des tonnes, où les protagonistes semblent être écrasés par la démesure de l'ouest lointain. Inutile de préciser qu'on s'ennuie sévèrement dans ce film, d'autant que la confrontation qui semblait prometteuse entre le cowboy viril et le gringalet sensible est remise à plus tard, le gringalet étant parti étudier la médecine en ville. Pendant ce temps, sa mère se case avec le frère du cowboy viril et se met à boire. Le spectateur est déjà à ce moment là dans un tel état de léthargie, qu'il ne comprend pas trop pourquoi. A force de faire durer les plans, on en oublie l'histoire, on subodore qu'il y a un secret douloureux entre tout ce petit monde, mais à trop vouloir rendre les choses subtiles, elles deviennent inaccessibles. En clair, je commençais à me faire chier et j'ai rien capté.

Quand le gringalet ramène ses grandes guiboles dans le lieu de l'action, il se passe enfin quelque chose. Quelque chose que, dans mon semi-coma du vendredi soir, je n'avais pas vu venir et qui va bouleverser la relation entre les deux hommes. On peut dire que ça rebat les cartes, sans toutefois accélérer le tempo. N'allez pas croire qu'il y a de l'action, pas un seul coup de feu n'étant échangé dans ce western. Mais au moins, mon score de Glasgow qui avoisinait les 5 avant le retour du jeune homme, est remonté à 8 ou 9... On se souvient alors de Cumberbatch en scientifique homosexuel dans Imitation Game. On apprécie la richesse de l'interprétation de l'acteur. Finalement, c'est ici que commence le film. Son frère, on s'en fout. Kirsten Dunst alcoolique, on s'en fout. Le film continue cahin caha son bonhomme de chemin, et les vaches mortes de la maladie du charbon du début du film prennent de l'importance. La blessure à la main du cowboy pas si viril prend de l'importance. On regrette de n'avoir pas été plus attentif à la première partie du film, parce qu'on est infoutu de dire si ce qui se joue est prémédité ou pas. On se dit qu'on est peut-être bien passé à côté d'une histoire forte, et que c'est dommage. On se dit que si la cinéaste avait placé son histoire au premier plan plutôt qu'avoir tout misé sur cet aspect formel, sec et minimaliste, on n'aurait pas eu l'impression de perdre une soirée de plus. En clair je me suis senti floué, vidé, légèrement frustré par ce film qui a des qualités évidentes, et que pourtant pour rien au monde je ne voudrais revoir en entier.

Je terminerai sur un point de détail qui pourrait parler aux assidus de western qui passeraient par ici. Dans le film, le cowboy viril a pour maître un certain Bronco Henry, cavalier hors pair, mentionné à de nombreuses reprises pendant l'intrigue, et qui semble faire écho à tous ces cowboys de pacotille vus dans les westerns des années 30: les Tom Mix, les Hoppalong Cassidy et les Bronco Billy, aux chemises blanches éclatantes, aux selles brillantes et aux tenues soignées. Par écho à l'orientation sexuelle refoulée de son personnage, Jane Campion semble nous dire, en creux, que tous ces fringants cowboys qui passaient pour des modèles de virilité de l'époque constituaient plutôt des icônes homo-érotiques pour tous les faux macho de l'Amérique profonde. Je trouve ça plutôt amusant.

 

lundi 15 septembre 2008

Deadlock


Deadlock
1970
Roland Klick

Avec : Mario Adorf, Anthony Dawson, Marquard Bohm

Sur le Télé-Z à 0,35€, il y avait juste marqué ‘western’, comme ça, à 1h du mat sur Arte. Rien de plus, pas la moindre petite info, nada, snikt. En fait si, ça disait qu’il y a Mario Adorf, dedans, je me suis donc dis, c’est spaghetti, mais comme le Giré n’en souffle mot, j’ai dit Simone, démarre le magnétoscope, on va jeter un œil.
Et puis, le lendemain, profitant d’un moment de faiblesse de ma compagne qui était au téléphone, j’ai lancé le truc pour me faire une idée, et patatras, la première image est celle d’un homme en costard dans le désert avec une mitraillette. Mitraillette, c’est nul comme mot, ça ressemble un peu à mobylette, ça ne rend pas service à la puissance du truc et cela échoue à traduire en mots l’effet lugubre et cool à la fois de voir un film commencer par un type blessé, qui marche dans le désert avec une mitraillette et une valise.
Et – en plus de ma curiosité naturelle qui me pousse sans cesse à explorer de nouvelles choses avec l’esprit ouvert, sans a priori, en allant de l’avant, vif comme l’éclair – cette belle introduction m’a poussé à regarder plus avant ce film bien que ce ne soit pas un western et qu’une pression extérieure me rappela qu’il y avait aussi des épisodes de Desperate Housewives à regarder.
L’intrigue du film est donc contemporaine de l’année 1970 où le film a été tourné, et parvient avec une pauvreté de moyens incroyable à créer une ambiance poisseuse et suante comme on aime. Le gars blessé qui trimballe une valise remplie de billets – évidemment, quoi d’autre ? – est récupéré par un Mario Adorf moins stupide que dans Ciel de Plomb sur un camion pourri qui semble venir directement de l’époque du Salaire de la peur. Il décide de laisser crever le type dans sa baraque craquelante sans toucher à l’argent, pour garder les mains propres mais toucher l’argent sale ensuite. Dans cette zone désertique, paumée et accablée de soleil et de poussière, vivotent également deux nanas frapadingues qui se comportent comme des frapadingues. Le type ne meurt pas, et Adorf finit par le soigner, alors qu’un troisième larron (Anthony Dawson) équipé d’un Mauser à lunette (faut m’expliquer mais bon…) ramène son cache poussière dans les parages pour toucher sa part de l’argent. Les stridations minérales du groupe krautrock Can associée à de longues périodes de silence non moins strident plombe un peu plus l’ambiance. Pour un peu, le film aurait pu s’appeler Ciel de Plomb, mais Deadlock, c’est pas mal aussi dans le genre mortifère.
Comme ça, ça à l’air pas mal, mais en fait on s’emmerde quand même un peu. Le film est allemand, et par certains cotés il m’a fait penser aux films de Wim Wenders, et on va me dire que le cinéma allemand ne se résume pas à Wim Wenders, et je vais répondre que je sais, mais que moi tout ce que je connais du cinéma allemand c’est Wim Wenders et la demi-finale du mondial ’82, alors je ne dis pas ça juste parce que le film est allemand et que j’ai eu envie de comparer ça à Wim Wenders vu que c’est le seul référent que j’ai en matière de cinéma allemand (avec la demi-finale du Mondial ’82), mais bien parce que, avec ma curiosité naturelle qui me pousse sans cesse à explorer de nouvelles choses avec l’esprit ouvert, sans a priori, en allant de l’avant, vif comme l’éclair, certaines choses m’ont fait penser à Wim Wenders dans ce film, indépendamment du fait que ledit film soit allemand.
Surtout qu’en plus j’ai aussi vu Cours Lola, cours…
Donc, ce qui m’a fait penser à Wenders, c’est le fait que le film soit lent, que les motivations des personnages soient légèrement obscures, que certaines scènes loufoques ou décalées n’aient pas de fonction narrative et cette impression parfois que le réalisateur au fond s’en fout de son histoire, que ce qui lui importe c’est les rapports humains et tout ça. Moi j’ai toujours pensé qu’une bonne histoire bien solide était bien plus efficace pour rentrer dans les tréfonds de l’âme humaine que des divagations hasardeuses de caméra auteurisantes Wenderiennes ou Lynchéennes, surtout quand on a l'impression d'avoir déjà vu les mêmes procédés mille fois, mais ça c’est mon coté terre à terre qui s’exprime, et en tout cas dans Deadlock, il s’agit bien d’une impression, car à aucun moment le réalisateur ne perd complètement son intrigue de vue, et on a une vraie fin avec des morts. Ouf, j’ai failli regarder un film expérimental et chiant de plus, mais non, tout va bien, c’est juste un « vrai » film un peu curieux qu’on va classer dans ‘westerns atypiques’ pour que l’honneur demeure sauf. Allergiques au cinéma non formaté, vous pouvez donc regarder ce film sans problème, il y aura peu de dommage collatéral.


PS: Pour ceux qui vont me dire qu'Anthony Dawson est plus connu sous son vrai nom Antonio Margheriti, j'ai trouvé ceci sur Imdb: "Not to be confused with the Italian B-movie director Antonio Margheriti".

dimanche 11 novembre 2007

China 9 Liberty 37

Monte Hellman et Tony Brandt
Amore, piombo e furore
1978
Avec Fabio Testi, Warren Oates et Sam Peckinpah dans un petit rôle.



Le pistolero Clayton Drumm va être pendu. Il se voit offrir le deal habituel : tu tues un mec, on te laisse la vie sauve. Il accepte, et puis finalement il préfère coucher avec la femme de celui qu’il doit tuer. Il faut dire qu’elle est très jolie…
Des poules en fond sonore, un rythme lent comme si on avait la vie devant soi alors qu’on a toujours la mort dans le dos, des accords d’harmonica et de guitare, un érotisme latent, on sait tout de suite que l’on est dans l’univers ‘western moderne’ propre à Sam Peckinpah et Monte Hellman. China 9 Liberty 37 peut être décrit comme suit : un western italo-espagnol dirigé par Monte Hellman avec Warren Oates et Fabio Testi, et Sam Peckinpah dans un petit rôle. Voilà qui a au moins le mérite de faire saliver.
Le film est visionnable gratos sur bmovies.com (où vous pourrez également voir Bad taste de Peter Jackson), donc il n’y a pas à hésiter les poteaux, foncez.





Pour ceux qui hésitent quand même, le film mérite plus d’être vu comme une curiosité que comme le chef d’œuvre oublié du western cryptico-psychologique. Tourné en Espagne à Almeria, Tabernas ainsi qu’en Italie, le budget du film semble riquiqui. Le réalisateur préfère naturellement s’attacher davantage aux relations complexes entre personnages et aux tréfonds de l’âme qu’au déroulement de l’intrigue, ce qui peut marcher avec des acteurs consistants, mais qui ne fonctionne pas complètement avec un Fabio Testi en demi-teinte que l’on a connu plus inspiré. Certaines ellipses sont brutales, comme si des scènes n’avaient pas fini d’être tournées. Le démarrage est lent, mais l’action s’emballe un peu plus vers la fin. La musique, très seventies, est belle mais n’est pas suffisante pour relever le niveau d’une œuvre que les conditions de visionnage sur bmovies ne permettent pas de juger dans des conditions optimales (bien que la qualité soit meilleure que sur movieflix.com).
Je ne tiens donc pas trop à m’avancer plus avant sur cette perle, j’aimerais le voir sur un DVD devant ma vraie télé plutôt que devant mon PC et ses enceintes pourries. A vous de vous faire une idée !

dimanche 9 septembre 2007

The Proposition


The proposition
2005

John Hillcoat

Avec : Ray Winstone, Guy Pearce, Emily Watson, John Hurt.




Le capitaine Stanley (Ray Winstone) appréhende un dangereux hors la loi (Guy Pearce) et son jeune frère. Il lui donne neuf jours pour tuer son frère aîné (Danny Huston), sinon son jeune frère sera pendu.


Régulièrement mentionné sur le Spaghetti Web Board en 2006, The Proposition était présenté par certains comme un digne successeur du western spaghetti, un film violent et noir qui ne faisait pas dans la dentelle. Une bande annonce circulait sur Internet, on caressait plus ou moins l’espoir de le voir sortir un jour en France, et puis rien, à moins qu’une sortie riquiqui dans trois salles obscures de Paris nous ait échappé.
On s’est alors rabattu sur le DVD zone 1. Pas de sous-titres français, mais des sous-titres anglais pour les malentendants, c'est-à-dire des sous-titres qui décrivent l’environnement sonore (« dog hawling, barking, distant thunder ») en plus des dialogues. C’est un peu emmerdant à suivre parce qu’on a l’impression d’être au ciné avec un type qui commente sans arrêt l’action, mais c’est mieux que pas de sous-titres du tout, parce que dans l’Australie du XIXe siècle, beaucoup de gens ont tendance à bouffer leurs mots.
Car en fait de western, The Proposition se situe dans l’Australie du XIXe siècle. On pourrait alors ergoter des heures sur le fait de savoir si de ce fait, il s’agit véritablement d’un western ou non, mais là n’est pas le sujet, on se contentera de le classer en « western atypique » pour les maniaques de la classification. Film anglo-australien réalisé par John Hillcoat, The Proposition réinvente et retranscrit tout une mythologie western dans le désert australien : bandits, chasseurs de prime, vengeance, soldats, winchesters, chevauchées, tout est là, identique au western et en même temps terriblement différent, c'est-à-dire adapté à la mode anglaise. Dans l’Ouest américain des années 1880, l’influence anglaise était déjà une vieille histoire, pas dans l’Australie des années 1880, où le capitaine Stanley et sa femme (Emily Watson) tentent désespérément de recréer les charmes de la vieille Angleterre sur leur bout de désert. Les paysages de Monument Valley sont remplacés par de splendides couchés de soleil dans le bush australien, le « problème » indien est remplacé par le « problème » aborigène et les diligences sont tirés par des chameaux. Pour le reste, habillement, cheveux longs et sales, sueurs, violence, noirceur des âmes, on est effectivement dans la lignée du western spaghetti et des films de Sam Peckinpah. Bien que les gunfights soient finalement peu nombreux, la violence et la cruauté sont bien réelles et se ressentent durant tout le film.



Mais The Proposition n’est pas un western spaghetti du tout. The proposition est un film lent, assez contemplatif qui suit parallèlement les tourments de deux communautés : celles des bandits planqués dans la montagne, dont Charlie Burns (Guy Pearce) qui se demande s’il doit ou non tuer son propre frère pour en sauver un autre et celle de la petite ville où le capitaine Stanley (Ray Winstone) doit faire face au ressentiment croissant des ses hommes (tous cruels et stupides) et à la pression croissante de sa hiérarchie pour arrêter les bandits, tout en préservant sa femme (Emily Watson) des horreurs de ce trou paumé. Le personnage d’Emily Watson, loin d’être un personnage féminin de remplissage, sort clairement le film du cadre du western pour le recentrer davantage vers le drame psychologique. Le scénario a été écrit par Nick Cave (oui oui, le musicien) et il est clair que celui-ci a essayé de faire un peu plus qu’un simple western violent, introduisant des citations de poètes anglais et une référence à Darwin dans la bouche de gens pourtant peu habitués à fréquenter les médiathèques. La musique, également co-signée par Nick Cave sort des sentiers battus Hollywoodiens – et c’est tant mieux – sans toutefois sombrer dans l’exotisme facile à base de didgeridoo couplé à un synthétiseur bon tant-pis – et c’est tant mieux aussi. La spécificité australienne du film sort également clairement le film d’un bête western qui aurait été situé en Australie pour un simple renouvellement de paysage. La lenteur, le ton ocre des images, la musique, la prononciation à l’anglaise rappellent plus un film comme Rabbit-proof fence (Philip Noyce, 2002) qu’un western. Les similitudes avec Rabbit-proof fence sont en effet nombreuses : violence incroyable du racisme (les aborigènes sont inférieurs), paysages (l’âpreté de l’Outback), trackers (dont l’acteur aborigène David Gulpilil que l’on retrouve dans les deux films), obsession des autorités à « civiliser » le pays de façon volontaire et programmée. Une impression de fatalité sous cette chaleur écrasante, le sentiment d’être ans un pays perdu qui ne parvient pas à se construire.
A l’origine, on avait acheté The Proposition pour voir un western plein de sang. On a été bien servi de ce coté là mais on a obtenu au final autre chose : un aperçu d’une autre Histoire qui s’est construite sur la douleur et la violence, le début de ce qu’on pourrait imaginer être un autre mythe cinématographique tout aussi intéressant que celui de la conquête de l’Ouest, avec ses héros, ses batailles, ses traumatismes, ses dettes et ses remises en cause.

lundi 9 juillet 2007

Bandidas



2004
Joachim Roenning

Avec Salma Hayek, Penélope Cruz, Steve Zahn

Deux nanas bien roulées dévalisent des banques pour redonner aux pauvres. Au début ce sont deux gamines qui se chamaillent et jouent à embrasser les garçons. Puis elles prennent conscience qu’elles peuvent aider leur pays. Et à la fin, ça reste deux gamines qui se chamaillent.
Le western avec des nanas bien roulées donne rarement un résultat exceptionnel. On ne se souvient guère de ces Pétroleuses avec Brigitte Bardot et Claudia Cardinale qui se battent en tête d’affiche. Il y a eu aussi ce truc Belles de l’Ouest - avec entre autres Madeleine Stowe et Andie McDowell - qu’on oublie aussi vite qu’on l’a vu. Plus récemment sur ce blog, Un colt pour trois salopards avec Raquel Welch se la jouait un peu plus sérieux, malgré un manque de crédibilité inhérent à ce genre d’entreprise.

Ce problème de crédibilité se pose aussi dans Bandidas, mais est immédiatement contourné par le biais de l’humour et du second degré. Pour le reste cela demeure un divertissement hyper calibré, à peine divertissant, à la limite du chiant tant les rebondissements sont attendus et sans intérêt.

Salma Hayek, belle à se damner dans Desperado, manque ici singulièrement de sang chaud, enserrée dans son corset. Le réalisateur a beau la foutre à la baille de temps en temps, même un ado fan de Shakira risque de rester insensible au sex à pelle de la belle. Quand à Penélope Cruz, n’ayant jamais su émouvoir votre chroniqueur malgré ses balconnets avantageux, elle peine à être drôle ou attachante dans son rôle de fille peu éduquée mais maligne.

Pendant qu’on parle de Desperado, il faut souligner que Bandidas emprunte beaucoup plus à l’imagerie mexicaine développée dans les films de Roberto Rodriguez que celles si souvent vue dans les westerns spaghetti ou dans les films de Sam Peckinpah. Pourtant les ingrédients restent les mêmes : des flingues riches et variés, des fusillades crépitantes, des gueules impayables, des longs manteaux… Mais le Mexique à évolué : les méchants ont des trognes, mais ils sont sapés avec classe, avec ce petit dégoulinou de sueur sous le cheveu. Les haciendas sont crasseuses mais riches, la poussière y est toujours aussi suffocante, mais la lumière est dorée comme le blé. Et puis quand ça canarde, ça tire de partout en bullet time, avec force ralentis trafiquées par ordinateur et bruitages qui font tzouingg dans les enceintes Surround Dolby R. On trouve aussi une petite dérive anachronique bien sentie avec le système de sécurité de la banque, qui n’est pas sans évoquer les délires du Wild wild west

Tout cela donne un certain cachet moderne au film, mais c’est bien tout ce qu’on peut lui trouver. L’humour est très bon enfant et tombe à plat. Le coté sexy des actrices est à peine utilisé à part dans une scène de bisous avec un Steve Zahn attaché à poil sur un lit. Le message vaguement anti-américaniste, vaguement anti-capitaliste, pourrait être sympa mais on sent bien un simple engagement opportuniste qui suit l’air du temps pour être à la page. Bref, du formaté, du calibré, sans passion et sans engagement. Revoyez plutôt Un colt pour trois salopards, plus rauque, moins bien rasé sous les bras et plus inattendu.

dimanche 3 juin 2007

El Topo



Un petit détour vers le western culte d’Alexandro Jodorowsky.

1970
De Alexandro Jodorowsky
Avec Alexandro Jodorowsky Jacqueline Luis Mara Lorenzio
El Topo, tout de noir vétu arrive à cheval avec un enfant nu. L’enfant est son fils, il a sept ans, El Topo lui demande d’enterrer son premier jouet et le portrait de sa mère, car il est devenu un homme. Parvenus à un village, ils découvrent des centaines de mariées assassinées. Les mariés sont tous pendus dans l’église. El Topo va châtier les responsables du massacre (enfin je crois), abandonner son fils aux moines franciscains, puis se battre en duel contre les quatre maîtres du revolver.
Le film est inracontable. C’est le premier film que je vois d’Alexandro Jodorowsky, et c’est le genre de film qu’il est impossible d’appréhender en une fois, ni même en mille, ce qui n’empêche pas le fou que je suis de donner mon petit avis dessus. Je précise ma méconnaissance de l’œuvre cinématographique de Jodorowsky au cas ou un fan du bonhomme, ou pire, un intégriste du cinéma bis, viendrait me sermonner avec un discours du type « quand on ne sait pas, on se tait ! ». Je lui réponds d’avance « M’en fous ! »
Premier constat : le film est riche, et ce n’est rien de le dire. Si vous n’êtes pas du genre à être rebutés par la violence, les scènes dérangeantes, un peu de sexe et les champs de lapins morts, vous allez découvrir une succession de symboles, références culturelles, religieuses et/ou morbides qui vont vous faire regretter de consacrer tant de temps à votre passion pour les jeux vidéos et les films X. Moi-même je dois bien l’avouer, je n’ai rien capté, mais c’est quelque chose qu’il faut accepter pour se laisser porter par le film. La foultitude de scènes incongrues, farfelues, inattendues, comiques ou nauséeuses crée un état second qui doit vous rapprocher de Dieu, ou tout du moins d’une transe spirituelle de niveau 2 (le niveau 1 c’est pour les débutants). Cet aspect du film me rappelle Blueberry de Jan Kounen, où là aussi, la recherche d’un sens narratif classique serait fort vaine, voire déméritoire. Blueberry ce film incompris, qui donne à ressentir le chamanisme, adaptation lointaine de la BD de Giraud, alias Moebius, lequel à travaillé à mainte reprise avec Jodorowsky, en particulier sur L’Incal. Jodorowsky et ses multiples casquettes, la boucle est bouclée ! Pourtant, même si le film ressemble souvent à une succession de sketchs sans queue ni tête, il s’agit bien d’une histoire cohérente qui est racontée : la confrontation d’El Topo aux maîtres des revolvers, puis sa résurrection dans une grotte obscure (Platon pit-être ?) remplies d’êtres difformes, suivi par le retour dans le monde réel et sa confrontation avec son fils devenu grand.
Mais ce n’est pas le langage cinématographique qui semble réellement être utilisé pour conter cette histoire, mais plus les tours et détours du théâtre de rue. Oui cela peut sembler incongru, mais regarder El Topo m’a plus donné l’impression de regarder un spectacle de rue à Aurillac que d’être au cinéma, et c’est loin d’être une remarque dénigrante de ma part. Le jeu des acteurs, par exemple, est surjoué à la manière du muet, pour souligner le sens, les mimiques sont appuyées. Il n’y a qu’à voir les bandits du début qui cherchent à intimider El Topo et son fils en criant et braillant, il n’y a qu’à voir les tenues les plus volontairement disparates possibles et l’utilisation récurrente d’accessoires inattendus (ballon gonflable, sculptures en bois, bidons), il n’y a qu’à voir la structure en saynettes, comme autant de petits spectacles, pour se convaincre de cette connivence entre les deux mondes. Et la mise en scène du corps, dans sa nudité, dans sa laideur et sa difformité, est un enjeu permanent commun à El Topo et à n’importe quel spectacle de rue que vous pourrez voir à travers la France et la Navarre, sans oublier bien sûr, le mini-spectacle d’El Topo et de la femme naine dans la ville corrompue et hideuse pour obtenir un peu d’argent. C’est cette relation entre cinéma et théâtre qui m’a paru la plus intéressante dans El Topo . On se permet en général plus de choses au théâtre, les idées les plus tourmentées sont souvent mises en scènes, et on n’a pas peur de choquer le petit public bourgeois.
El Topo est-t-il un western ? Suffit il de mettre quelques chapeaux et chevaux pour que ce soit un western ? On s’en fout un peu. L’important en voyant le film est de se demander ce qu’il nous apporte. Est-il une allégorie de la corruption humaine, est-il une critique de la divinité, est-il le simple délire d’un homme hanté par des visions fulgurantes ? Quelles scènes vous ont surpris, dérangés, intéressés ? Comment avez-vous ressenti le film ? Comme à chaque fois avec les films alambiqués et hyper personnels, c’est plus les questions que pose le film que les réponses qu’il donne qui comptent…

samedi 13 janvier 2007

Blueberry



J’aurais donc attendu un bon moment avant de me procurer ce film et de découvrir enfin cette œuvre démesurément décriée ou encensée, mais qui aimerait bien devenir culte. Examinons donc les principaux griefs régulièrement entendus à l’encontre de ce faux western :

1) C’est pas très malin d’avoir appelé ça Blueberry.

Certes, les fans de la BD doivent être déçus. L’univers de Blueberry est à peine évoqué de ci de là. Pourtant on retrouve deux composantes principales qui font que le film est fidèle non pas au Blueberry de Jean-Michel Charlier, mais plutôt au Blueberry que Moebius aurait peut-être voulu faire, à savoir l’aspect chamanique, qui n’est pas étranger à l’œuvre de Moebius, et surtout le caractère d’anti-héros du personnage, qui rate tout ce qu’il entreprend, tout en étant très courageux. Dans les derniers Blueberry que Moebius a écrit seul, cet aspect du personnage a été nettement intensifié, ce qui fait que le personnage du film n’en n’est pas si éloigné. Maintenant, que répondre à ceux qui rêvaient d’une vraie adaptation de la BD ? Espérer un Blueberry 2 par Christophe Gans avec du Kung Fu dedans ? Bah…

2) Si je veux un économiseur d’écran, j’allume mon PC

Remarque un brin méchante, les effets spéciaux du film rappellent effectivement certains motifs que l’on peut retrouver dans les économiseurs d’écran. Néanmoins, ces effets spéciaux qui ont rebuté tant de monde ne durent, au final qu’une dizaine de minutes, et si l’on se prend au jeu, ils sont parfaitement intégrés à l’histoire, le spectateur étant préparé à leur venue par de nombreuses et brèves « visions » qui parcourent tout le film. Au pire, si l’on n’est pas très réceptif au moment ou l’on visionne le film, il s’agit d’une succession d’effets numériques et de monstres assez joliment réalisés. On reste pantois devant la beauté et la luminosité des « âmes » qui accompagnent les personnages. Le pari qui consistait à essayer de nous faire partager la réalité d’une expérience chamanique est sans doute raté, mais cet essai peu concluant ne réussit pas à couler complètement le film.

3) C’est trop lent, c’est même pas un western

La lenteur est ce qui m’a le plus plu dans le film. L’histoire est rythmée tout en étant lente. A quoi bon faire un western si c’est pour répéter tout ce qui a été fait en mieux il y a 40 ans. Ce qui m’aurait vraiment déçu justement, c’est de voir un western spaghetti modernisé, avec un Blueberry plongeant au ralenti derrière le bar avec deux révolver à la main, dans un déluge de feux et d’explosions. Ici, les rares coups de feu sont tirés hors champ, Blueberry se fait assommer de façon stupide et le duel final a lieu sans armes, en position couchée. Kounen nous gratifie de deux explosions tout de même, une pour l’affiche, et l’autre pour la bande annonce. Mais on sent bien que le propos n’est pas là, et s’il y a bien un intérêt à ce film, c’est de ne pas être une transposition de Doberman dans l’Ouest. Blueberry est un film qui mérite d’être revu sans haine et sans passion, sans pour autant essayer d’en faire un film culte. Malgré certains clichés, malgré certains effets trop appuyés, le film est réellement attachant, peut-être aussi parce que tous les personnages sont réussis. Blueberry en looser pathétique et déchiré entre deux ou trois identités, Wally Blount en méchant très sombre mais qui recèle un dernier fond d’humanité, Prosit en chercheur d’or, traître et opportuniste, et même le vieillard sur sa chaise, joué par Ernest Borgnine, que l’on a plaisir à voir encore acteur. Seul le personnage de Juliette Lewis, peine à convaincre, démontrant une fois de plus qu’il est difficile de réussir un personnage de femme au sein d’un western, même d’un faux western. Blueberry est donc une œuvre bâtarde, un peu trop appuyée dans certains tics de réalisation, mais assez courageuse dans sa volonté de prendre le contre-pied de tout ce à quoi l’on s’attendait. Et finalement, on se surprend à penser qu’il manque à ce film encore un peu plus d’audace pour être complètement réussi. Il aurait sans doute mieux valu s’affranchir complètement du nom de Blueberry, bannir totalement les conventions liées aux films d’action, oser un film encore plus personnel et mélancolique.

Le DVD:Même les plus grands détracteurs de ce film le reconnaissent : les images sont magnifiques, belles et propres, même quand il s’agit de montrer la crasse. Chaque goutte d’eau est étincelante, chaque plan de paysage est digne d’être montré au Kinemax, les cheveux de Vincent Cassel se détachent un à un dans les décors d’Almeria. Au point que l’on aimerait parfois un peu moins de soin, un peu plus de spontanéité, quelques plans foirés, une lumière un peu merdique, histoire de semer le doute et de se rapprocher du réel.

C’est aussi un reproche d’ordre général que l’on pourrait faire à la bande sonore de la plupart des films d’aujourd’hui : pas un son qui ne résonne parfaitement comme les douilles qui tombent par terre dans Matrix, pas un mouvement de tête ou de caméra sans bruitage associé. Le procédé devient lassant, et là aussi, on aimerait parfois que les sons se mélangent et se fondent pour que la lecture soit moins immédiatement accessible. Comme dans la vraie vie quoi…

A part ça, excellent commentaire audio de Jan Kounen, pour peu que vous ayez un tant soit peu apprécié le film. Sinon, ça n’est même pas la peine de commencer à l’écouter. Le réalisateur prend le soin d’expliquer longuement son film, sans donner trop d’anecdotes sur le tournage. Le commentaire audio de Vincent Cassel est complémentaire de celui de Jan Kounen, car lui s’attarde plus sur les petits détails du film, comment faire ressortir ses cicatrices avec du papier toilette, ou faire croire qu’on est dans 5 mètres d’eau alors qu’en réalité la profondeur ne dépasse pas 20 cm, ce genre de choses…L’introduction du film n’apporte rien, sinon un avertissement pour ceux qui, naïvement, s’attendraient soit à un western, soit à un Blueberry.