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vendredi 3 juillet 2009

Winchester '73



1950
Anthony Mann
Avec : James Stewart, Dan Duryea, Rock Hudson

Winchester ’73 est une sorte de film à sketch, dont le fil narratif est la Winchester ’73 du titre, l’arme la plus réputée de l’époque où se déroule le film (1876). Fusil à gagner lors d’un concours à Dodge City, dont le juge est le fameux Wyatt Earp, tous les cowboys n’ont d’yeux que pour elle, les enfants rêvent de la toucher, les malfrats tueraient pour l’avoir, les indiens aussi. Passion des armes dans un pays qui s’est construit avec les armes, certains donneraient tout pour avoir cette arme parfaite, une sur mille, parfaite d’entre les parfaites. Elle passe de main en main au cours du film, prétexte à un certain nombre de portraits chaleureux, ce qui donne à cette première collaboration entre Anthony Mann et James Stewart une relative absence de profondeur, une certaine insouciance du fait que la plupart des personnages rencontrés ne seront plus revus ensuite.
Le shérif Wyatt Earp d’abord, à mille lieues des interprétations mâchoires serrées ultérieures. Will Geer interprète un Wyatt Earp tout sourire, blagueur, presque débonnaire, mais qui fait bien sentir tout de même que sa réputation n’est pas usurpée. Il est tellement éloigné des autres interprétations que l’on connaît de cette légende de l’ouest que l’on se demande bien qui Mann pouvait bien avoir en tête lorsque les dialogues ont été écrits.
Le personnage du marchand d’armes ensuite (John McIntire). Il semble vulnérable face aux trois bandits dans le relais reculé, pourtant à aucun moment il ne perd le contrôle de la situation, ce qui en fait un personnage extrêmement plaisant à voir évoluer. Puis curieusement, c’est dans son environnement normal, celui de la vente d’armes aux indiens, qu’il se fait avoir comme un bleu (par un Rock Hudson pas encore connu). Encore un personnage qui ne réagit pas vraiment comme on l’attend.
C’est ensuite au tour du pleutre (Charles Drake), personnage peu fréquent dans les westerns, empli jusqu’à saturation de héros imperturbables. Celui-ci abandonne sa fiancée (Shelley Winters) en pleine poursuite avec les indiens. La poursuite est cinématographiquement belle, dans le sens où l’on remarque le travail accompli : le bruit de la roue, innocent gimmick, qui vient un temps masquer les cris des indiens, puis l’apparition des indiens au loin, sur une crête de colline qui oscille comme le titre au début, comme la destinée des personnages. Soudain la caméra nous montre les poursuivis du point de vue indien, et le plan est beau, on se rend compte de la distance qui leur reste à parcourir pour les rattraper, on prend conscience que la poursuite n’est pas un jeu, que chacun a sa chance et doit compter avec la distance et les accidents du terrain. Les poursuivis sont finalement recueillis par l’armée, menée par un officier très sympathique mais peu sûr de lui (Jay C. Flippen), des soldats très jeunes et peu expérimentés. Encore un poncif qui ne se comporte pas comme dans votre western du dimanche soir. L’officier doit son salut à l’aide de nos deux aventuriers, James Stewart et Millard Mitchell. On a également droit à un cours d’histoire militaire par les armes : Custer aurait perdu à Little Big Horn parce que l’armée n’avait pas de Winchester ! Bon, soit…si le film est financé par Winchester, il faut le dire ! :)
Le plus gros morceau en termes de personnage secondaire est encore à venir. Dan Duryea, sorte de Billy The Kid qui aurait réussi à vivre un peu plus vieux, vicieux mais charmeur, plein de bons mots mais dangereux. Il s’empare du fameux fusil en supprimant le pleutre, pauvre pleutre qui aura tout de même su retrouver un peu de courage avant de mourir. Dan Duryea est le bandit frimeur et sans scrupules, à qui rien ne résiste. Et pourtant, il perd à son tour sa superbe, en même temps que sa Winchester, comme si décidément tout le monde dans ce film devait à un moment où à un autre agir d’une façon à laquelle on ne s’attend pas ! Et c’en est fini des personnages secondaires qui éclipsent la quête du « héros », le reste est pure action, Dan Duryea meurt de façon théâtrale, les coups de feu pètent à travers une diligence en mouvement, et James Stewart peu assouvir sa vengeance contre son frère Stephen McNally dans les rochers, avec un duel à la winchester des plus sympathiques, où le danger ne vient pas nécessairement des tirs directs eux-mêmes, mais des ricochets induits. Magistral ! Pas aussi noir et magistral que les futures collaborations entre Stewart et Mann, mais magistral quand même !
Capture: New York Sun

dimanche 19 août 2007

Les Affameurs



Anthony Mann


1951


Bend of the river


Avec: James Stewart, Arthur Kennedy, Rock Hudson





Un homme au passé trouble (James Stewart) escorte un convoi de fermiers vers la terre promise. En route, ils croisent un autre homme au passé trouble (Arthur Kennedy). Une fois la terre promise atteinte, les fermiers sont aux prises avec un homme d’affaire peu scrupuleux qui ne leurs envoie pas le ravitaillement qu’ils ont pourtant payé.



Apparemment, les hommes sont différents des pommes. Une pomme véreuse doit être jetée, alors qu’un homme véreux peut redevenir pur. Il y a le Bien, le Mal, et les hommes qui cherchent à appartenir à un camp ou à l’autre. Il semble d’ailleurs que Les Affameurs cherche à présenter tous les types d’homme, d’un bord ou de l’autre et leurs évolutions d’un bord vers l’autre. Glyn McLyntock (James Stewart) est l’homme jadis mauvais qui tente de devenir bon, en espérant que la société le lui permettra. Cole Garret (Arthur Kennedy) est l’homme jadis mauvais, qui fait semblant d’être honnête mais qui choisit vite la solution de l’argent mal gagné, convaincu que de toutes façons la société ne lui pardonnera jamais. Il y a le patriarche Jeremy (Jay C Flippen), bon du début à la fin (apparemment ça existe). Puis il y a ceux qui naviguent à vue : la fille Laura (Julie Adams), un instant tentée par la vie facile dans la ville minière et Trey Wilson (Rock Hudson qui décidément ressemble physiquement à Sylvester Stallone) qui semble toujours faire le choix du plus fort. Il y a ensuite le cas inverse : l’homme d’affaire Tom Hendrickx (Howard Petrie), d’abord honnête et généreux qui devient un enfoiré sans scrupules lorsque la fièvre de l’or l’atteint. Et enfin on trouve les baddies, les vrais, qui sont juste mauvais parce que sinon la vie serait ennuyeuses : les hommes de mains prêts à trahir à la première occasion, dont un grand costaud assez inoubliable avec son calot rouge sur la tête. La vie n’est donc qu’une suite d’interrogations pour certains et d’épreuves pour d’autres afin de choisir ou de confirmer un choix de vie approprié à sa conscience, et pas seulement dictée par les évènements.

Outre ces considérations psychologiques qui pourraient en faire bailler plus d’un, Les affameurs est un pur western comme pourrait le clamer haut et fort une jaquette Evidis. Un vrai spectacle qui ne manque pas de scènes d’actions et qui pourtant a un rythme très serein, très mélancolique et naturel. L’accrochage initial avec les Indiens, qui sert à démontrer les qualités d’homme de terrain de McLintock est très classique, mais très bien construit : Kennedy sauve d’abord la mise à Stewart, et on se dit que Stewart est à nouveau un de ces anti-héros qui va s’en prendre plein la gueule pendant tout le film, mais non, Stewart fait son affaire aux 4 indiens restants, un par un, et hors champ, de façon à donner à ses capacités un petit coté surnaturel.

Cet aspect indestructible et surpuissant se retrouvera au cours de la confrontation finale : abandonné seul, sans armes et sans cheval, McLintock fera preuves de capacités tout à fait exceptionnelles pour retrouver et retourner la situation en moins d’une demi-journée là ou les spectateur s’attendait à un longue quête de vengeance étalée sur plusieurs semaines. McLintock se débarrasse des hommes de main de Cole Garret les uns après les autres, toujours hors champ, et surgit là où on ne l’attend jamais, dans un séquence bluffante dont le parti pris spectaculaire enchante. Du western, du vrai !

Et des moyens qui vont avec : paysages superbes et grands espaces, convois de chariots, ville minière en effervescence et bateaux à vapeurs : allie la richesse psychologique des personnages à l’excitation de l’action intégrée dans un univers « western » à la fois typique et charmant et pimenté par un duo d’acteur épatant. Le grand Western classique et indémodable, riche et exaltant, avec tous les ingrédients nécessaires et le petit plus d’un cinéaste au sommet de son art.



jeudi 2 août 2007

El Perdido


Western de Robert Aldrich tourné en 1961, El Perdido raconte l’histoire d’un shérif qui poursuit un homme au Mexique. Et puis finalement, hop, ils font une trêve le temps d’escorter du bétail et de se taper les deux nanas de l’histoire. Il s’agit ici d’un condensé de l’intrigue car en réalité c’est beaucoup plus riche et tordu que ça.
Le poursuivi c’est Kirk Douglas (pour les plus jeunes, Kirk Douglas a exactement la même tête que son fils Michael, mais, en plus, il a un trou dans le menton). Le poursuivant, c’est Rock Hudson (pour les plus jeunes, Rock Hudson a un peu la carrure et le regard de Sylvester Stallone, mais il n’a pas de bandana). Entre ces deux là, c’est complexe, c’est la haine, c’est l’honneur, c’est la compétition. Ils se disputent plus ou moins une femme connue par l’un deux il y a plus de quinze ans, ainsi que sa fille qui a environ seize ans (attention, je viens de donner un indice de taille). La fille de seize ans est comme toutes les filles de seize ans, elle manque un peu de maturité, mais il suffit qu’elle enfile une vraie belle robe de femme pour que tous les hommes oublient immédiatement ce léger détail. Et la tragédie semble alors inéluctable, on voudrait stopper ça car on voit venir le drame, mais on n’y peut rien.
El perdido est bien un de ces westerns psychologiques, où les tourments et les travers de l’être humain l’emportent haut la main sur les caractéristiques du genre. Peu importe le lieu et l’époque de l’histoire, les personnages et leurs vicissitudes sont ici plus importants que l’épopée, l’héroïsme, l’action ou la flamboyance. Alors, bien que l’on soit subjugué par la destinée inéluctable des personnages, bien que l’on admire le jeu des acteurs, la mayonnaise psychologique ne prend pas vraiment, les tours et détours de l’âme humaine sont décortiqués avec moins de noirceur que dans L’homme aux colts d’or et moins d’affection que dans les meilleurs films de John Ford. El Perdido est un western de série A qui a l’ambition d’être encore plus qu’un western de série A mais qui n’y réussit pas. Il nous reste quand même un très honnête western de série A- mention bien ! C’est toujours ça de pris !

lundi 9 juillet 2007

Bataille sans merci


Gun Fury
1953
Raoul Walsh

Avec: Rock Hudson

France 3 mon amour diffusait donc un western en cette après-midi grise de premier Mai. Voici pourquoi je paye la redevance : quelques westerns à Noël, un western le premier Mai, un western de temps en temps tard le soir. Au final, ce n’est pas si mal n’est ce pas ? En tout cas on ne va pas se plaindre.

Surtout qu’en plus c’est du bon, sans tâche sans défaut. Dans la diligence, on se passe le whisky, les chevaux galopent et bien sûr l’embuscade est là. Le héros meurt, vite, trop vite, on ne s’inquiète guère de le voir dans la poussière rouge au milieu des rochers imposants qui s’empilent comme des lego. Les bandits s’emparent de sa fiancée, damn ! La musique violoneuse qui s’envole pour souligner l’action détourne l’attention de Tep’ junior de son cube fisherprice, signe que le marketing auditif des années 50 est encore efficace sur les jeunes générations.
La femme, au milieu des canyons, avec sa robe verte inadaptée aux conditions rigoureuses du désert, non seulement n’est pas ridicule, mais au contraire, en impose, elle forme avec la nature un tableau coloré très remarquable. Refusant les avances du chef des bandits, refusant de perdre ses atours féminins, refusant l’aide des quelques bandits qui la prennent en pitié, Donna Reed est digne et orgueilleuse, bien qu’inquiète.
Le numéro deux des bandits (Leo Gordon), abandonné aux vautours pour avoir voulu abandonner la femme, s’associe avec notre héros ressuscité des morts (Rock Hudson un peu binaire), pour poursuivre la bande qui a emmené la femme. Leo Gordon c’est un peu Richard Widmark dans L’homme aux colts d’or mais un peu seulement. Le bandit qui a bon fond, mais qui a du mal à quitter l’influence de son chef. Tout ce petit monde se poursuit sans relâche comme on poursuit un mauvais rêve. Les tensions s’exacerbent, les bandits voudraient bien se débarrasser de la fille qui les ralentit, mais leur chef (Phil Carey) en est tombé amoureux. Parmi les bandits, on reconnaît Lee Marvin, pas encore star, mais déjà bien présent. Du coté des bons, un indien caricatural se joint à la chasse, lui aussi a des comptes à rendre, toujours la même quête furieuse du sang qui appelle le sang, une vie pour une vie, alors que tous les petits shérifs et valeureux citoyens rencontrés sur le chemin refusent leur aide à notre trio, car personne ne veut risquer sa vie pour celle des autres. Alors que le dénouement approche, notre héros ne fait pas le poids face au méchant. Heureusement l’indien est là, qui décanille tout le monde à la winchester, et qui sauve le héros d’un lancer de couteau adroit. Mais c’est quand même le blanc qui embrasse la femme dans le plan final.
1h15 chrono, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. De temps en temps, des objets nous arrivent en pleine tronche, ou les sabots d’un cheval, ou la lame de l’indien, menaçante qui s’approche. C’est que le film avait été tourné en 3D, trente ans avant le Futuroscope qui utilise encore aujourd’hui les mêmes procédés grossiers pour gérer les « whaaa » et les « houuu » du spectateur. Evidemment, France 3 mon amour n’a pas su exploiter les capacités cachées du Secam analogique pour restituer ces effets sur nos écrans cathodiques. Peut-être dans vingt ans…
Quand on éteint le poste, on n’est pas déçu par ce bon petit western de série, mais il y a un truc qui turlupine l’esprit, un truc qui nous chagrine quand même sans trop savoir quoi. On récupère le programme TV et l’aiguillon qui picote les neurones se révèle soudain : « Il s’agit d’un film de Raoul Walsh ! ». On s’inquiète, on se repasse le film dans la tête : « ne valait-il pas mieux que ce jugement hâtif de série B sympathique ? », quand même Raoul Walsh quoi… Renseignement pris, il semblerait qu’il s’agisse d’un western mineur dans l’œuvre du grand Walsh. Ouf, on n’est donc pas passé à coté d’un chef d’œuvre sans le savoir. Rendez-vous est donc pris pour voir ou revoir les westerns plus réputés du maître : The big Trail, They Died with Their Boots On. Allez France 3 chérie, encore un effort !