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mercredi 19 mars 2014

The Darkening Trail




1915
William S. Hart
Avec: William S. Hart, George Fisher, Enid Markey, Louise Glaum

The Darkening Trail est un film remarquable à plus d'un titre. D'abord parce qu'il intervient tôt dans la filmographie de William S. Hart et qu'il tranche pourtant énormément avec les productions de ses débuts. Ensuite parce que la star, déjà énormément populaire, n'y tient qu'un rôle certes majeur, mais secondaire malgré tout. Enfin parce que le film se déroule petit à petit, devant les yeux du spectateur d'abord curieux, puis littéralement happé par l'intrigue pour finir enthousiasmé par le dénouement tragique et sordide de l'affaire.
Plus drame que western à proprement parler, l'histoire se déroule à une époque visiblement contemporaine du film. On y découvre un jeune homme (Jack Sturgess), fils de riche mais inconséquent, qui visiblement a séduit une jeune fille pour mieux la quitter ensuite. Son père lui laisse le choix, soit de se marier avec elle, soit de partir pour le Yukon. Celui-ci préfère partir pour le Yukon. Cette introduction, très longue, et dans un cadre totalement hors western, aiguise la curiosité du spectateur qui se demande comment William S. Hart va bien pouvoir apparaître dans ce cadre. Le drame qui se noue est fort bien mené, avec de nombreux rôles secondaires (dont Louise Glaum que l'on remarque toujours) et on est presque déçu finalement de ne pas savoir ce qu'il adviendra de la femme délaissée. 
L'acte deux se déroule en Alaska, dans une ville nommé ironiquement Hope City, et c'est là bien sûr que l'on rencontre enfin William S. Hart, amoureux éternellement éconduit d'une femme qui elle, tombera éperdument amoureuse du pied tendre fils de riche fraîchement arrivé. Drame des sentiments et de l'amour fou, The Darkening Trail désigne la piste vers la mort, piste qui s'assombrit à chaque fois que le pied tendre prouve son ignominie. Le dénouement, glaçant, dans une chambre mortuaire battue par la pluie est de ceux qu'on garde dans un coin de sa mémoire et que l'on ressort quand on a l'âme triste. L'épilogue, sur un plan de William S. Hart mélancolique, est d'autant plus fort que la violence de la scène précédente était hors-champ. Il n'y a pas de chevauchées dans ce film, pas d'ode au bandit qui trouve sa révélation, juste une tragédie, un destin inéluctable, sans prise de position particulière. Attention, je ne crie pas au chef-d'oeuvre, mais malgré tout, The Darkening Trail est un film surprenant dans la filmographie de William S. Hart qui vaut largement le détour. Je vous le recommande chaudement.

Scan: The Complete Films of William S. Hart

dimanche 16 mars 2014

Bad Buck of Santa Inez




Bad Buck of Santa Inez
1916
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Fanny Midgley, Thelma Salter

On célèbre cette année, le centenaire du début de la Grande Guerre, qui causa la mort de millions de personnes. Mais il y a cent ans également, de l'autre côté de l'Atlantique, l'acteur William S. Hart accédait à la renommée en présentant son premier western, qui tentait alors d'offrir une représentation plus juste de l'Ouest américain que les centaines de westerns fantaisistes tournés jusqu'alors.
Pour fêter ça, je m'en suis remis un petit, un pur, de 1915, en pleine période Incienne, dont le titre seul est une réussite poétique. Bad Buck of Santa Inez, pour nous autres français, ça ne veut rien dire, ça sonne comme Bad Day at Black Rock, mais c'est Bad Buck, le surnom du héros, et Santa Inez, une bourgade où il sévit et ridiculise le Shérif. Bad Buck, bien sûr c'est William S. Hart, mâchoire serrée et regard dur. Sa confrontation avec le Shérif dans le saloon est un modèle de tension exacerbée dans la plus pure tradition Hartienne, avec réparties cinglantes, gestes calculés et armes pointées à bout portant.
La suite est de la même veine. Le film est inspiré d'une nouvelle de Bret Harte, un auteur américain de la seconde moitié du XIXe siècle, dont les nouvelles The Outcast of Poker Flat et The Luck of Roaring Camp ont servi de trame au western spaghetti Les Quatre de l'Apocalypse. On n'est donc pas surpris de trouver une certaine rugosité dans le scénario de ce Bad Buck of Santa Inez. En fuite, poursuivi par le posse, Hart tombe nez à nez avec une pionnière et sa petite fille dont le mari/père vient de succomber de la fièvre. Bien sûr, il refuse de les aider vu qu'il n'a pas le temps, mais il finit par céder au charme suppliant de la petite fille. Toujours ce poncif du revirement du bandit dans la filmographie Hartienne. Mais ça ne s'arrête pas là, plus tard la petite fille est mordue par un rattle snake lors d'une scène bien insignifiante aujourd'hui, mais qui a marqué le critique de Moving Picture World du 22 mai 1915 qui déclare que la scène pourrait bien être repoussante pour certains, bien qu'elle forme un bel exemple de réalisme dans le Western. Bad Buck va tout faire pour trouver un médecin, sachant qu'il est attendu par le Shérif en ville. Je vous spolie de la fin: la petite fille va survivre, mais Bad Buck, mortellement blessé, succombera au chevet de la gamine. Hop, en vingt minutes, deux bobines, crac c'est terminé. Et c'est tant mieux, on y gagne en intensité. Si vous avez déjà exploré la partie "Années 1910" de ce blog, vous savez que William S. Hart est un acteur un peu à part dans le western muet, et que certains de ses films valent le détour. Bad Buck of Santa Inez, sans atteindre la saveur des meilleurs, contient tous les ingrédients de la recette habituelle et peut former une belle introduction à sa filmographie.

Sources: The Complete Films of William S. Hart. A Guide of Silent Westerns
Scan: The Complete Films of William S. Hart

Où le voir: DVD Alpha Home Entertainment. Attention, c'est du vieux matériau, flou et décadré, dont la qualité est loin d'atteindre la capture ci-dessus.

En bonus dans le DVD on a:

- The Uncovered Wagons, 1923, de Jay A. Howe, une parodie burlesque du fameux Covered Wagon de James Cruze. Les chariots sont remplacés par des automobiles et les indiens attaquent à bicyclette. Franchement, ça ne vole pas haut, mais l'acteur James Parrot, crédité ici sous le nom de Paul Parrot, porte une moustache comme Charlot et deviendra plus tard réalisateur d'un certain nombres de Laurel et Hardy. On note une scène assez drôle où l'acteur, au fond d'une rivière, remet son chapeau et redémarre sa voiture à la manivelle, avec des poissons qui nagent autour de lui.

- Pals of the Prairie: un western parlant de 1934 sans intérêt immédiat, si ce n'est qu'il a pour vedette Buffalo Bill Jr., qui avait cette particularité de n'avoir aucun lien de descendance avec le vrai Buffalo Bill

dimanche 27 février 2011

La Capture de Rio Jim


The Taking of Luke McVane
1916
William S. Hart
Avec : William S. Hart, Enid Markey, Clifford Smith


Curieux western de William S. Hart qui fait partie de ses premiers films produits avec Thomas H. Ince et qui pourtant ne tient pas ses promesses. Le scénario paraît bancal, sans réelle motivation. Bien que la mort finale de McVane soit totalement inattendue (et l’image finale très belle), son sort ne nous émeut guère, la faute à une absence de caractérisation du personnage. Hart a ici peu de marge de manœuvre pour faire évoluer son jeu et son héros : presque pas de regard menaçant, aucun regard de détresse, peu d’héroïsme, le fan est un brin déçu. Des indiens sortis de nulle part viennent faire le job, et les thèmes initiés ne sont pas développés. Le crime inaugural étant bien entendu de la légitime défense, le thème de la rédemption n’est pas au cœur de l’œuvre. La femme dont le héros tombe amoureux n’est pas une vierge pure, pensez-vous, c’est une chanteuse de saloon, dont le héros tombe amoureux sur la durée, et non pas par le biais d’un transfigurant et révélateur coup de foudre.
Une fois McVane en fuite, l’on s’attend alors à une course poursuite épique où le héros innocent s’enfonce à chaque étape un peu plus dans le malentendu et n’échappe que de peu à la peine capitale. Mais non, ceci est également rapidement évacué ! Décidemment, toutes les attentes, tous les poncifs Hartiens sont absents, car encore trop peu rodés, mais il n’y a aucune autre substance pour lier la sauce. Reste alors la toujours impeccable prestance de William S. Hart et ses tenues réalistes étudiées avec soin, une belle attaque d’indien, en cercle, et une notable maîtrise des mouvements de foule lors des scènes urbaines.
C’est peu mais c’est toujours bien !

samedi 19 février 2011

Riddle Gawne

Riddle Gawne
1918
William S. Hart
Avec : William S. Hart, Katherine MacDonald, Lon Chaney


Film totalement perdu à l’exception d’une bobine, Riddle Gawne semble le parfait exemple du film typique de William S. Hart, avec quête de vengeance, transfiguration par la grâce d’une femme et lâché de méchant du haut d’une falaise. Le film paraît encore avoir la force directe des films de William S. Hart tournés sous l’égide de Thomas H. Ince dans les années précédentes (pour ce film, Hart et Ince étaient déjà brouillés, Ince étant malgré tout crédité au générique en tant que superviseur), sans avoir encore la pesanteur de ses toutes dernières productions. Les treize minutes miraculeusement visibles de nos jours ne permettent pas de se faire une idée précise de l’intrigue, mais sont suffisantes pour combler de joie l’amateur de William S. Hart. A noter les critiques de l’époque qui voyaient dans l’interprétation de Hart une représentation de l’esprit de combat des boys alors au combat en Europe. La particularité de ce film également est de donner le rôle du traître à l’immense Lon Chaney, celui qui jouera Quasimodo et le fantôme de l’Opéra, et de montrer William S. Hart tirant dans le dos d’un homme (sans toutefois le tuer). Malgré tout, le film est si amputé qu’il faut le réserver aux fans du bonhomme uniquement.


Où le trouver ? A vrai dire je ne saurais dire. Le film m’a été copié par une forumeuse de western movies qui consacre un blog entier au film muet. Mais je ne sais pas où elle se l’est procuré.
Capture: scan de The Complete Films of William S. Hart


A noter : la Russie a décidé de rendre aux Etats-Unis cent quatre-vingt quatorze films muets qui n’étaient pas préservés sur le territoire américain. Ce qui veut peut-être dire que ces films seront bientôt un peu plus visibles que par le passé. Et sur les dix premiers qui ont été livrés, il y a un western avec Harry Carey (Canyon of the fools). Yipeeeee !

dimanche 25 juillet 2010

Square Deal Sanderson



Square Deal Sanderson
Lambert Hillyer
1919
Avec : William S. Hart, Ann Little, Frank Whitson


Réalisé en 1919 pour la Artcraft, Square Deal Sanderson est basé sur un livre de Charles Alden Seltzer, romancier américain qui écrivait des histoires sèches et concises de cowboys en pleine wilderness. Le livre est disponible gratuitement sur internet, et une lecture rapide est suffisante pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas de grande littérature, mais d’un roman à deux sous reposant en grande partie sur des dialogues permanents au détriment d’un sens de la narration et de la description. Malgré tout, l’auteur utilise avec bonheur des dialogues efficaces et incisifs pour installer un climat délétère assez bienvenu. On remarque bien sûr que le scénario du film simplifie grandement les tours et les détours de l’intrigue d’origine (en sabrant en particulier un certain nombre de personnages secondaires), même si le ton général, âpre, rugueux, violent de l’histoire est parfaitement préservé.
Car si les films de William S. Hart sont généralement plus noirs que le Tom Mix moyen, celui-ci détonne dans sa filmographie et installe une violence sourde et suggérée qui ne cesse d’aller crescendo. Le film donne la part belle à tous les poncifs du western sur l’absence de civilisation dans l’Ouest : poursuite des voleurs de chevaux, règlements de compte dans la nature, tentative de lynchage sauvage, corruption à tous les étages, évasion, tentative de viol, c’est là encore du classique, mais Square Deal Sanderson en rajoute une couche avec le massacre de 3000 têtes de bétail par empoisonnement (plus trois cowboys en victimes collatérales) puis le mode opératoire assez ignoble utilisé par notre héros de se débarrasser du bad guy. Avec une corde, Hart pend le méchant (Frank Whitson) par le cou par dessus un mur, et massacre avec application les mains du pauvre type qui essaye de s’agripper au faîte du mur pour échapper à la strangulation ! Même si au final il se retient de le tuer tout à fait, cette scène est notée avec respect dans une critique de l’époque (reproduite dans le livre The Complete Films of William S. Hart) qui fait remarquer qu’après des dizaines de milliers de kilomètres de pellicules westerns tournés depuis Broncho Billy Anderson, il était difficile d’innover encore dans ce genre de scène, et que Hart s’en sortait ici avec brio.
Sans en rajouter sur le fait qu’en 1919, les critiques pensaient que le western avait déjà plus ou moins dit tout ce qu’il avait à dire, il convient de remarquer pour aller dans son sens que peu de westerns des années ultérieures seront aussi imaginatifs dans leur climax, et que Hart n’a rien à voir là dedans puisque la scène est dans le bouquin.
Cette violence assez poussée pour un muet (bien que sous-entendue pour la majeur partie) est parfaitement accompagnée par une série de dialogues magistraux assez fidèlement reproduits du livre. Chose curieuse, les dialogues par intertitres fonctionnent merveilleusement bien dans le cadre du western, propice aux affrontements verbaux peu verbeux. La première rencontre entre le héros et le bad guy est à ce titre exemplaire, et le jeu de William S. Hart est toujours en ces cas précis, extraordinaire. J’avais déjà évoqué, la première fois que j’avais parlé de Hell’s Hinges, d’une proximité de jeu entre William S. Hart et Clint Eastwood, et si la comparaison est souvent faite à propos des deux acteurs, c’est surtout dans un film comme Square Deal Sanderson qu’elle est la plus visible : mâchoire serrée, répliques assassines, moue ironique, William S. Hart est bien le héros Eastwoodien, calme, sûr de lui, un brin nonchalant et rapide aux armes.
Square Deal Sanderson est donc un film à voir pour tous ceux qui seraient intéressés par l’acteur, malheureusement, la copie vendue par Loving The Classics n’est vraiment pas de bonne qualité. Si l’image est relativement stable, elle pique les yeux tant elle est floue.
Mais quand on aime….

PS: imdb affirme que ce tueur n'est autre que Bob Kortman: vu sa gueule, c'est bien possible:




Le livre en Comic sans MS:  http://infomotions.com/etexts/gutenberg/dirs/1/6/5/9/16597/16597.htm

mardi 30 mars 2010

Shootin' Mad


Shootin’ Mad
1919
G.M. Anderson
Avec : G.M. Anderson, Joy Lewis


On retrouve G.M. Anderson et son gros derrière et Joy Lewis et ses affreux cheveux (qu’elle a ici la bonne idée d’attacher) dans ce Shootin’ Mad qui fait partie des films de cinq bobines produits par Anderson dans le cadre de sa tentative de retour en indépendant. Il semblerait néanmoins que l’un des producteurs responsable de l’export ait eu le dernier mot en ce qui concerne le marché international, et ait décidé de manier les ciseaux avec dextérité pour ratiboiser la pellicule et transformer ledit cinq bobines en deux bobines seulement.

C’est la version dépecée qui est parvenue jusqu’à nous. Le résultat est narrativement assez époustouflant, puisque tout se tient correctement sans trop d’ellipses brutales, à l’exception du background du héros qui manque manifestement à l’appel. En revanche c’est artistiquement bien sûr n’importe quoi, les longues scènes introductives appellent un développement conséquent des personnages mais débouchent sur du vide, ce qui naturellement provoque une manifeste impression de gâchis de moyens et de talent. Le jeu d’Anderson est beaucoup moins développé que dans The Son of a gun et pour ainsi dire, l’ennui pointe assez vite le bout de son nez, surtout que la morale puritaine voit à nouveau triompher, comme dans un sous Hell’s hinges, la bonne parole civilisatrice de l’église sur le vice saloonesque qui ne fait rien qu’à avilir l’homme et la société en construction. On s’en lasse*.

Où le voir quand même: de toute façon, c'est en bonus du DVD Unknown video de The Son of a gun, donc si vous vous intéressez à Broncho Billy, vous l'aurez avec ledit Son-of-a-gun que vous le vouliez ou non.


*Et on note en aparté qu’à chaque fois l’église, et donc la civilisation, a besoin d’une bonne grosse brute au grand cœur pour faire le ménage chez la racaille et répandre son message d’amour, ce qui est finalement plus ou moins le pitch de L’homme qui tua Liberty Valance, sauf que Ford accorde le bénéfice de l’action de la grosse brute à la démocratie américaine et non pas à l’église, preuve que le Pappy avait su évoluer avec son temps.

samedi 27 mars 2010

The son-of-a-gun!



The son-of-a-gun !
1919
G.M Anderson
Avec : G.M. Anderson, Joy Lewis


On l’a vu avec Naked Hands, ‘Broncho Billy’ Anderson avait tenté, après quelques années d’absence, un ambitieux retour aux écrans. Mais si Naked Hands avait pu laisser quelques doutes sur sa date de tournage, il apparaît clairement dès les premières images que The son-of-a-gun n’est en presque rien affilié aux Broncho Billy première période (pour autant que je puisse en juger correctement puisque je n’en ai vu que trois sur deux cents cinquante !) et qu’il appartient bien aux cinq (ou dix, rien n’est sûr) longs métrages tournés par G.M. Anderson pour sa compagnie indépendante Golden West Producing Company après qu’il ait revendu ses parts de la Essanay. Le budget est ambitieux, les figurants pullulent et les décors sont de vrais décors, avec de vrais saloons et non pas une ou deux bâtisses filmées de près pour faire office de vieil ouest. L’exposition prend son temps, les personnages sont développés, la mise en scène soignée et portée sur le détail. Le film, sans être même modérément intéressant pour ceux non portés sur la chose, est notable sur plusieurs points pour les craqués comme moi.
Tout d’abord sur son scénario ambitieux et simple à la fois. Anderson joue un cowboy flamboyant, violent et un peu fou répondant au surnom de Son-of-a-gun, qui est une expression anglo-américaine qui signifie peu ou prou « fils de pute ». Anderson nous la joue un peu à la William S. Hart, c’est à dire que son regard croise celui de la femme (Joy Lewis, aux cheveux très mal peignés, et ceci n’est pas un aparté sur les démodées coiffures féminines du muet, là elle est vraiment mal peignée) et qu’il en est bouleversé, mais Anderson en fait un catalyseur beaucoup moins grossier que dans les films de Hart. Son héros n’en ressort pas radicalement transformé, il n’embrasse pas soudain un nouveau sacerdoce les yeux emplis de pathos, non, il se fait simplement expulser et part continuer ses conneries ailleurs. Cet aspect comme dégradé de l’intrigue Hartienne par excellence, associé à l’extrême simplicité de l’histoire (pas de méchant très méchant, pas de complot, pas de jeune fille en danger) renforce le réalisme et la crédibilité du scénario et des personnages. Le rachat du personnage sera limité au sauvetage du frère de la fille, en train de se faire plumer au poker. G.M. Anderson récupère en réalité une intrigue de base qui aurait pu servir à un Broncho Billy de la grande époque, et l’étire sur cinq bobines, sans rajouter d’éléments dramatiques supplémentaires. Il en ressort presque l’impression de regarder un western d’auteur, où l’important ne serait pas l’action, mais le contexte. Ajoutons à cela que le héros meurt à la fin sans avoir du tout eu l’occasion de se taper the girl (faut dire qu’avec la nature de cheveux qu’elle a, bref…) et on convient alors aisément de l’étrangeté de la chose dans le contexte de l’époque.
Deuxième point notable, le jeu de G.M. Anderson. S’il est largement desservi par son double menton et son gros cul, l’acteur compense au centuple par son personnage de chien fou aux yeux déments, tirant à tout va dans les saloons, offrant un mélange de force brute et de générosité (il paye toujours la tournée générale), incapable de discuter autrement qu’en aboyant les flingues à la main. Quand il se fait expulser, il se marre, prend son temps, plie ses affaires avec manières, se moque ouvertement de l'autorité. Quand il rentre dans un dancing, il a les yeux fous d’un illuminé en état de transe. Quand il lui faut du feu, il balance une grande claque dans le dos d’un petit notable, ou alors craque son allumette sur le violon du dancing. Quand il meurt, il a encore le sourire aux lèvres, les yeux humides et prêche soudain la bonne parole. Anderson nous fait là un Broncho Billy dérangeant, incapable de vivre en société mais bon en dedans. Si les courts Broncho Billy avaient pu faire douter du réel talent d’acteur de cette première star du western, The son-of-a-gun dissipe les malentendus et démontre l’implication et l’honnêteté de G.M Anderson dans son travail. A voir donc, pour les craqués de G.M. Anderson, c’est à dire, à n’en pas douter, une proportion majuscule et sans cesse grossissante de la population francophone.


Où le voir : DVD Unknown video. Si vous voulez découvrir Broncho Billy Anderson, je vous conseille d’abord ses courts de la ESSANAY (ici, ici et ) avant de mesurer la différence avec The son-of-a-gun.

samedi 6 mars 2010

La rédemption de Rio Jim – The return of Draw Egan



1916
William S. Hart

Avec : William S. Hart, Robert McKim, Louise Glaum

C’est amusant de voir que l’archéologie du western muet produit les mêmes résultats que l’archéologie du western spaghetti, en terme de réflexion sur notre propre capacité à distinguer le bon du mauvais. Nous voilà confrontés à des films qui font bailler – ou rire - le commun des mortels, et nous on cherche la petite bête, le petit truc en plus qui fait que tel ou tel film va être légèrement au-dessus de la production moyenne. Une scène outrée, un rictus encore jamais vu chez un acteur, un mouvement de foule saisissant, et on se dit « this is it », ou plutôt on voudrait se dire « this is it », toujours à la recherche de la perle, du petit chef d’œuvre exhumé, en une quête toujours renouvelée.
The return of Draw Egan n’est donc pas un chef d’œuvre, malgré ce rictus d’amusement intérieur qui marque la face de marbre de l’acteur William S. Hart à chaque fois que son personnage est confronté à une situation inédite. Bandit de grand chemin, Draw Egan devient en effet Marshall de Yellow Dog (une ville voisine de Broken Hopes, où « le seul péché impardonnable est d’être trop curieux sur le passé des autres », une fois de plus, la poésie des noms de lieu et la qualité des intertitres me laissent sans voix), et prendra soudainement très à cœur sa nouvelle mission après son usuel coup de foudre avec la fille d’un notable (Margery Wilson).
Comme dans Hell’s hinges, le notable véreux est encore un personnage inconnu dans le paysage du western. Les complets vestons favoris sont ici les représentants de la civilisation respectable. Les cowboys rigolards et les putes en sont la lie : Robert McKim, débraillé, moustache tombante et œil torve fait partie des uns, Louise Glaum, vulgaire et d’une beauté abîmée fait partie des unes. Comme dans le western spaghetti, on retrouve donc les mêmes acteurs et les mêmes actrices de film en film, évoluant sur les mêmes décors (ces villes toutes semblables, ce chemin serpentant dans la montagne toujours propice aux poursuites et aux attaques de diligences).
En terrain connu donc, William S. Hart, toujours impeccable, roule sa cigarette d’une main et craque son allumette de l’autre (sur la paume calleuse, la flamme sortant tel un numéro illusionniste), d’une indifférence apparente au mastard menaçant auquel il tourne pourtant le dos. « Si j’avais su qu’ils acceptaient les animaux dans ce saloon, je serai venu avec mon cheval » répond-il à la forte gueule. On y est encore, ça a beau dater de 1916, c’est bien du western. La violence relativement rare de The return of Draw Egan est malgré tout sèche et rapide, à l’image du duel final ou Egan utilisera à son avantage les reflets des vitres à l’encontre du pauvre McKim. Ajoutez à cela les habituels atermoiements moraux du bon-bandit-qui-veut-se-racheter-par-amour-mais-qui-ne-veut-pas-que-sa-belle-découvre-son-passé-trouble, et vous obtenez un bon William S. Hart, standard, bien fait, comme d’habitude quoi. Mais avec un petit rictus en plus que je n’avais pas encore vu sur le visage de l’acteur…

PS : comme pour le western spaghetti, les titres français révèlent la grande liberté des distributeurs français. Bien que le personnage joué par Hart ne soit jamais le même de film en film, les titres français sont tous à base de « Rio Jim », personnage aussi inexistant que la série virtuelle ainsi créée. Et il devient assez dur de s’y retrouver. Ainsi La rédemption de Rio Jim est un titre qui demande confirmation, d’autres sources attribuant le titre La Capture de Rio Jim à ce film. Il faut dire que les titres anglais ne sont pas toujours sûrs non plus puisqu'au cours des années 20, après que Hart ait quitté la Triangle/Kay Bee, ses premiers westerns étaient ressortis sous d’autres titres, Hart étant alors en compétition avec lui-même pour ses nouveaux films. The return of Draw Egan est aussi connu sous le titre The fugitive selon certaines sources, The fugitive correspondant à un titre altenatif de The taking of Luke McVane selon d’autres, qui aurait alors pour titre français La capture de Rio Jim, ces mêmes sources attribuant alors le titre La rédemption de Rio Jim à The conversion of Frosty Blake. Comme il n’y a pas de capture du héros dans The return of Draw Egan, mais plutôt une rédemption, je penche plutôt pour La rédemption de Rio Jim comme titre français de The return of Draw Egan, et la Capture de Rio Jim correspondrait plutôt à The taking of Luke McVane. Néanmoins, rien n’est moins sûr, heureusement ça n’empêchera pas le monde de tourner.

Où le voir : DVD Grapevine video, avec un petit court-métrage comique de la Keystone: Droppington’s family tree, avec Chester Conklin, un acteur comique totalement oublié aujourd’hui.

dimanche 14 février 2010

La Caravane - Wagon Tracks


Wagon Tracks
1919
Lambert Hillyer

Avec : William S. Hart, Jane Novak, Robert McKim

Il y a des bons William S. Hart et il y en a des très bons. Wagon Tracks se hisse sans problème en haut du panier, fort d’un scénario percutant et de scènes fortes et exagérément crispées comme on les aime dans le muet. Le scénario d’abord, c’est une histoire de vengeance. Vous allez me dire, tu nous prends pour des bleus Tepepa, tu espères nous faire saliver avec une histoire de vengeance de plus ? Mes chers amis, cette histoire de vengeance là elle est subtile, elle est forte, elle date des années 10 et on se demande pourquoi elle n’a pas été reprise depuis. Tenez-vous bien, c’est une femme (la belle Jane Novak) qui a refroidi le frère de William S. Hart ! Imaginez le bonheur de l’acteur, obligé de composer toute une galerie d’expressions hésitantes, de faces perplexes et gênées ! Crotte alors, je ne peux quand même pas faire la peau à une dame semble penser notre pauvre héros ! Mais voilà, le frère de la belle, c’est Robert McKim, associé à un autre type louche, alors le rustre héros (Hart interprète un éclaireur) sent bien confusément qu’il y a quelque chose de pas tout net dans cette histoire, et il va profiter d’un voyage vers l’ouest en convoi de chariots (avec mise en cercle des chariots la nuit, perte de la moitié de la flotte dans un accident et tout le toutim…) pour faire causer un peu plus la fille.
Vient alors une séquence touchant au sublime, où Hart emmène McKim et son pote faire une petite ballade dans le désert, attachés ensembles, sans eau, bien décidé à les faire marcher jusqu’à ce que la soif et la fatigue fassent naître la haine entre les deux escrocs et les poussent à s’entre-dénoncer. Je vous passe les détails, les chutes, les yeux exorbités et fiévreux, mais c’est du putain de grand cinéma commercial de ces années là, un petit bonheur de courte durée, mais intense quand on commence à avoir goûté de ce pain là.
Et ça ne s’arrête pas là, puisque qui dit films de chariots dit indiens, et qui dit indiens dit problèmes. L’un des futurs colons ayant plus ou moins malencontreusement descendu un indien pourtant pacifique, ses frères réclament que la petite communauté leur livre l’un des leurs en compensation avant l’aube, au lieu de quoi ce sera la guerre. Ni une ni deux, Hart décide de leur livrer le Robert McKim qui a fini par avouer le meurtre de son frère. Il faut voir le regard apeuré de l’acteur, ses supplications alors qu’il réalise qu’il est bon pour le poteau de torture ! Hart est très bon, mais quand il a des acteurs de sa trempe à ses cotés, c’est du pur plaisir !
Bien sûr, la subtilité du truc, c’est que le méchant est le frère de la belle, que celle-ci s’interpose et demande sa grâce. Hart ne sachant dire non à une fille, il obtempère, décide de se sacrifier à sa place, et part seul vers son calvaire au petit matin. Je vous laisse découvrir le twist, c’est du bon ! Mettez-vous dans les conditions ingrates du muet, et même si vous en avez déjà tâté un peu, oubliez les grands classiques grandiloquents de Fritz Lang donnés en direct avec orchestre dédié. Passez-vous ces petites bandes oubliées, datées, toujours un brin poussives, mais qui recèlent de petits moments de purs bonheurs! Allez-y quoi ! En plus ça vous fera bosser votre anglais !

Où le voir : DVD Unknown videos. Un petit mot pour le mec de Unknown Videos (apparemment il est seul) qui fait tout pour faire plaisir à ses acheteurs. Même si c’est de l’amateurisme, ses films sont toujours accompagnés d’une présentation fort bien faite, ce qui est déjà cent fois mieux que les DVD SinisterCinema qui n’ont absolument aucun résumé ni bonus. Les DVD Unknown Videos présentent en plus un petit film en bonus (pour ce film : le Broncho Billy chroniqué plus bas) et même un … magnet. Alors au début j’ai rigolé, un magnet d’affiche de William S. Hart honnêtement ça craint. Mais maintenant que j’ai le magnet William S. Hart, le magnet Tom Mix et le magnet Charlie Chaplin, mon frigo revit, tout déprimé qu’il était sous ses magnets enfantins, bardé de liste de course et de rendez-vous de dentiste. Merci Unknown Videos !

samedi 13 février 2010

Le mari de l'indienne


The Squaw Man
1914
Oscar Apfel et Cecil B. DeMille


Premier film crédité pour Cecil B. De Mille, The Squaw Man est un film ambitieux pour l’époque, multipliant les lieux (l’Angleterre, l’Ouest et même les Alpes) et les époques (plusieurs ellipses de plusieurs années font avancer l’histoire à grands bonds). Basée sur une pièce mélodramatique à très grand succès (220 représentations à partir de 1905) dans laquelle William S. Hart jouait le méchant Cash Hawkins, l’intrigue peine pourtant quelque peu à résonner à nos oreilles du vingt et unième siècle, tant elle repose sur des concepts démodés de nos jours : l’homme aristocratique innocent qui émigre pour sauver l’honneur de son nom, l’Ouest rustre mais prometteur d’une vie nouvelle et le passé qui rattrape toujours son homme. L’aristocrate, joué par Dustin Farnum, se marie à une indienne qui lui donnera un fils. L’absence de romance entre le blanc et la fille, la question du regard des autres totalement éludée et la caractérisation très pauvre de l’indienne désamorcent totalement le mélodrame bon marché qui se noue pourtant petit à petit : l’enfant enlevé à sa mère, la mère poursuivie par la justice, le drame imminent qui se prépare. La jeunesse de DeMille dans le métier, ou l'absence de réel talent d’Apfel, anéantit toute émotion, ou tout questionnement sur l’injustice sociale (une mère privée de son fils parce qu’elle n’a ni la race ni le rang qui conviennent à la destinée de son rejeton) qui est pourtant le ressort principal de l’intrigue. Si l’on ajoute à cela une manière de filmer très datée même pour l’époque malgré ce que l'on peut lire ici où là (peu ou pas de mouvements de caméra, aucun gros plan, une histoire développée comme une succession de tableaux à la manière des pionniers du cinéma des années 1900), on a bien du mal à se passionner pour ce film qui fut pourtant selon l’Histoire officielle, le premier long métrage tourné à Hollywood*. Mais même sur ce terrain, Apfel et DeMille semblent bien plus motivés pour échapper aux sbires d’Edison (qui pourchassaient nombre de cinéastes pour non respect de brevet) que d’exploiter à leur avantage les paysages et la lumière de ce cadre nouveau. Pour le sens du spectacle de DeMille, il faudra donc attendre. Le succès de ce film sera néanmoins tel que DeMille en fera un remake en 1918, et un autre en 1931. A voir donc, si vous êtes curieux.

*Robert Florey, dans son livre Hollywood années zéro, raconte comment DeMille loua en 1913 une remise à Jacob Stern située dans un champ au Nord Est de Sunset Boulevard pour y tourner The Squaw Man. Le premier studio Paramount fut ensuite construit juste à coté, et quand Paramount installa ses nouveaux locaux sur Melrose Avenue en 1926, « De Mille fit soigneusement démonter et transporter la remise de Jacob Stern qui avait vu ses premiers pas de réalisateur. »

Où le voir. DVD zone 1, mais bon, on le trouve aussi sur youtube.
Capture : If Charlie Parker Was a Gunslinger, There'd Be a Whole Lot of Dead Copycats, où l'on peut voir au tag Sex Education une photo de Tina Aumont dont j'ai un mal fou à me remettre.

samedi 6 février 2010

Naked Hands


1918
'Broncho Billy' Anderson
Avec: 'Broncho Billy' Anderson

Ce film est disponible en bonus du DVD Wagon Tracks (Un William S. Hart qui sera chroniqué plus tard) chez Unknown Video. D'après la présentation du film, G.M. Anderson aurait fait produire ce western pour signer son retour au cinéma en 1918 après deux années guère réussies de reconversion au théâtre. Il s'agirait d'un film assez ambitieux de cinq bobines, réduit ultérieurement par le producteur à un deux bobines plus conforme avec la filmographie de Broncho Billy. Néanmoins, les notes font également remarquer que certains détails laissent penser que le film aurait été tourné au moins deux ans plus tôt. Imdb liste ce film sous le titre Humanity, et indique que le tournage du film daterait carrément de 1914, mais qu'il n'aurait été distribué qu'en 1916. Harry Langman dans A guide of Silent Westerns le situe en 1918 sans plus de précisions.
Bref, on s'y perd, mais ce qui est sûr, c'est que le film en lui même présente toutes les caractéristiques d'un film qui a été charcuté. Certaines scènes paraissent longuettes pour un film censé condenser une histoire complexe en deux bobines, tandis que de nombreuses ellipses ont lieu, escamotant de nombreux points capitaux de l'intrigue. Curieusement, toute la première partie manque de moyens et ressemble ainsi cruellement aux autres Broncho Billy que l'on a pu voir (la mine d'or est symbolisée par une simple paroi rocheuse avec une pancarte, la maison n'est qu'une façade dont on ne prend même pas soin de masquer l'éclairage naturel du soleil du coté qui est censé se trouver à l'intérieur), alors que la deuxième partie resplendit de décors et de figuration, accompagnant ainsi la nouvelle aisance du héros.
Et en même temps, le film trouve une unité de ton grâce à son scénario ambitieux avec ses situations désespérées et ses pics de violence retenue, jusqu'à la tentative de meurtre finale qui sans être un modèle du genre, montre tout de même une belle intensité. Le film résume alors curieusement la carrière du réalisateur, les débuts modestes, puis la gloire et l'oubli, tout en étant dans le même mouvement une tentative vaine et sans suite de surpasser le modèle simpliste des Broncho Billy de la grande époque.
A ne voir que si vous vous intéressez à ce genre de choses.

Le frère inconnu - The Square Deal Man



1917
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Mary McIvor

Hart, mytho comme jamais, entre dans une pièce bourrée de Mexicains sinistres prêts à lui faire la peau. Il a peur? Non, il se roule une clope d'une main, et il s'avance au milieu des bandidos! C'est ça le western, de 1903 à nos jours, c'est la même décharge de testostérone inconsciente, la même bravoure bravache, le même cinéma grandiloquent. The square deal man est encore un autre de ces films du duo William S. Hart/Thomas H. Ince (sans que l'on sache quelle part réelle est due à Ince, part réduite à s'enrichir sur le dos de sa vedette selon certaines sources), bien réalisé, rapide et sans fioriture. Le scénario est celui d'une série B (il y a même un sidekick old timer), mais la psychologie des personnages donne suffisamment de grain à moudre pour une bonne petite expérience cinématographique tremblotante (et floue) de plus.
Hart joue le rôle d'un gambler, un joueur de cartes qui plume ses proies, mais à la régulière, ho c'est Hart tout de même! On retrouve bien là une caractéristique de ce cinéma, qui décline un monde aux moeurs réprouvées par la morale contemporaine, mais où certaines brebis égarées réussissent tant bien que mal à ne pas trop dépasser la ligne rouge. Ainsi cette danseuse, qui se plaint au pasteur du coin de ne pouvoir lui donner plus d'argent, car il est difficile de gagner beaucoup en tant que danseuse quand on veut rester droite (straight). Il y a donc d'un coté les putes, et de l'autre les femmes qui sont obligées de faire danseuse parce que le monde est tel qu'il est, mais qui se refusent à franchir une ligne fixée plus ou moins arbitrairement.

Quoi qu'il en soit, le révérend éclaire la conscience de Hart (avec une assez amusante séquence ou Hart interroge l'intello poivrot du coin pour connaître le sens exact du mot "parasite") qui décide de se racheter une conduite en refusant de jouer avec des hommes qui ont une famille, puis en abandonnant le jeu totalement, en adoptant une orpheline (tant qu'à faire) et en redonnant un ranch qu'il a gagné au jeu à son héritière légitime. Le ranch est alors tenu anarchiquement par une bande de greasers (mexicains) qui permettent à Hart de laisser libre court aux préjugés racistes de l'époque. Les Mex sont des poivrots, incapables de travailler sans un coup de pied au cul, veules, lâches, traîtres et violeurs. Heureusement, les Texas Rangers viennent faire le ménage dans cette racaille, et le Ranch redevient la propriété d'honnêtes travailleurs blancs. Ouf, putain on a eu chaud! Mais si vos yeux français des années 2010 veulent bien pardonner ce travers de l'époque, The Square Deal Man reste un bon Hart bien réalisé et bien divertissant.

Le baiser à l'enfant, qui rappelle celui de Chaplin à Jackie

Où le voir: DVD Sinister Cinema. Muet, tremblottant, noir et blanc, flou et légèrement recadré, on dit merci qui de se taper des trucs pareils ?

dimanche 31 janvier 2010

L'homme aux yeux clairs - Blue Blazes Rawden


Blue Blazes Rawden
1918
William S. Hart
Avec: William S. Hart

Le premier mot qui viendrait à l'esprit en voyant cet opus Hartien est "dommage". On tient là un western du Grand Nord qui aurait pu être un authentique bon film, qui a tout juste et tout correque pour emporter l'adhésion du spectateur même biberonné à la 3D, mais qui échoue singulièrement par son scénario curieusement peu ambitieux. Jugeons sur pièce: notre héros violent bourru et impulsif gagne un saloon en tuant son propriétaire véreux à la loyale. Survient la mère du défunt, qui ignorant tout des turpitudes de feu son fils, s'attache alors à notre outcast comme à son propre fils. Hart est donc pris dans les tourments de la culpabilité car il ne peut pas avouer le meurtre à la vieille. Heu oui, et c'est tout ? Tout ça pourrait fonctionner dans un petit court-métrage comme pouvait en faire Broncho Billy (l'intrigue rappelle d'ailleurs Broncho Billy's fatal joke), mais devient plutôt ridicule quand on parle d'un film dont les personnages ont une affectivité si exacerbée qu'ils en viennent à se laisser mourir volontairement dans le grand froid à cause des sentiments d'une vieille qu'ils ne connaissaient pas deux jours plus tôt, alors qu'ils ont l'habitude de tuer du grizzly pour le petit déjeuner. Soyons honnêtes, les tenants et les aboutissants de ce film sont risibles, un peu comme si Roland Emmerich produisait un film catastrophe sur un nid de moineaux en perdition sur la Sèvre en crue.
Dommage alors parce que le tout est impeccablement réalisé. Les 20 premières minutes menant à la mort du fils sont extraordinaires, en commençant par le saloon, immense bâtisse de rondins énormes (le film débute avec Hart abattant un gigantesque séquoia à la hache), lieu aux multiples pièces et étages mêlant les habitants, les clients et la débauche renforcée à grand coup d'intertitres enflammés et déclamatoires. Le duel, forcément truqué envers Hart pour bien montrer que quoique fort rustre, on a quand même affaire à un bon gars, fait remuer la foule et Hart y est sublime, déchainé, presque fou. La scène est quasi anthologique, mais ensuite, l'ennui s'installe, et toutes les fulgurances qui suivront, telle le jeu de Maude George (une actrice qui arrêta le cinéma, devinez quand, avec l'arrivée du parlant) outré comme une caricature du muet , la pendaison subitement interrompue du deuxième fils ou la disparition finale du héros dans la tempête de neige sont totalement désamorcées par l'absence d'enjeu réel. On se console alors en notant la réalisation impeccable, un second rôle de Jack Hoxie et les intertitres qui se foutent de la gueule des franco-canadiens en reproduisant leur accent : "this ees my brothaire".
Bref, comme je le disais: dommage.

samedi 30 janvier 2010

Le serment de Rio Jim - The Bargain


The Bargain
1914
Reginald Barker

Avec: William S. Hart

Le voilà. The Bargain c'est le western qui propulse William S. Hart au rang de star du cinéma. On y trouve tout ce qui fera le succès de ses films: figure du bandit qui se range par amour, attaque de diligence les deux flingues en pogne, fuites dans la wilderness (tourné au Grand Canyon, quand même 8 ans avant le Sky High de Tom Mix!), réalisme à tous les étages et désespoir déterminé dans le regard. On n'y trouve pas non plus ce qui alourdira ses œuvres les plus tardives: bon sentiments, puritanisme à gogo et redondance des intrigues. The bargain est direct, sec, incisif et simple. Les scènes s'enchaînent sans temps mort, les décors et les situations sont variées, les péripéties sont parfois inattendues, telle celle montrant un shérif fautant à la table de jeu, et oui personne n'est tout blanc ou tout noir dans ce petit monde...
L'ouest décrit n'est pas un ouest de pacotille comme celui de
Tom Mix. Ce n'est pas forcément un Ouest véridique comme on voudrait tant le croire, mais c'est un Ouest qui a quelque chose à raconter, sans doute le dénuement de ces années et la pauvreté, la rusticité et la simplicité d'un monde disparu. Les hommes ne sont que vareuses élimées, galures déformés et hauts de forme usés. Les bâtiments couverts de poussière craquent silencieusement et les rocs déjà subliment les tourments humains.
Au milieu de tout cela,
William S. Hart et Thomas H. Ince posent leur expérience du théâtre, présentation introductive des personnages (qui montre au passage, que le grimage était déjà très performant à l'époque), découpage en cinq actes et jeu d'acteur affirmé. Et malgré cette influence théâtrale, on n'oublie pas non plus qu'on a affaire a du vrai cinéma, en témoigne ce long travelling dans la salle de jeu, qui détaille le petit monde crapuleux de l'ouest (et raciste envers les mexicains) avec en plus des personnages qui sortent du champ et que l'on retrouve - raccords - au bon endroit ensuite. Fabuleux non?
Coté acteurs, chaque hésitation, chaque douleur, chaque fragment d'espoir de notre acteur fétiche se ressent encore sur ces pellicules qui ont bientôt cent ans. Soudain notre héros éclate de rire, d'un rire franc du collier. Hart, avec son visage encore juvénile parvient toujours à nous toucher un peu alors qu'on commence à connaître son jeu par cœur.
Alors vous l'aurez compris, si vous devez ne voir qu'un seul western muet, choisissez un Ford majeur (The Iron Horse ou Three Bad Men), mais si vous avez le courage d'en voir un deuxième, choisissez donc un Hart!

vendredi 8 janvier 2010

Le droit d'asile - The Silent Man



The Silent Man
1917
William S. Hart

Avec : William S. Hart

The silent man, l’homme silencieux, un peu comme une perfection de titre pour un film muet, même si dans le cas présent, il ne s’explique guère. Le titre n’est pas le seul à poétiser le métrage. Les noms des personnages d’abord, de 'Silent' Budd Marr pour notre héros et Nicodemus pour son âne, à Handsome Jack Pressley pour le méchant vicieux en passant par ‘Grubstake’ pour le tramp du coin ; les noms de lieux ensuite, de Bakeoven pour la ville cuite sous le soleil au Hello Thar pour le bouge du coin sans oublier Chloride pour la ville voisine. Toute une grammaire musicale de la civilisation pas encore tout à fait mature.
William S. Hart, une fois de plus, impressionne. Lorsqu’il apparaît, avec sa mule en chercheur d’or, il fait penser à la célèbre photo de Théodore Roosevelt en explorateur, et à nouveau, le cinéma muet opère un étrange passage de témoin, factice mais émouvant, de la réalité à la fiction. William S. Hart sait tout jouer, la méditation face au serpent, la joie roublarde dans le saloon, le découragement et la faiblesse lorsqu’il perd sa mine, la rage lorsqu’il devient bandit. Malheureusement, cette rage ne déborde pas comme elle l’avait fait un an plus tôt dans Hell’s Hinges, lorsque l’église de son ami brûle, lorsqu’il blesse un enfant par erreur. Hart se livre, perd, et ne doit son salut qu’à un retournement de situation de dernière minute, rocambolesque et décevant. Dommage, on était chaud pour une petite démonstration Hartienne, le regard fou, les deux flingues à la main, les méchants terrorisés. Et à bien y regarder, le scénario qui promettait une belle morale de l’honnête homme devenu bandit par la vilenie des profiteurs avec une magnifique rédemption finale, ne tient pas ses promesses et ne décolle que rarement de la simple série B. Malgré tout, un Hart reste un Hart et vaut mieux qu’un Edmund Cobb ou un Fred Thomson, aussi joyeux et sympas soient ils.

Où le voir : DVD Sinister Cinema




Capture: DVD Sinister cinema.
Image Theodore Roosevelt: http://www.fuckyeahtheodoreroosevelt.com/

samedi 24 octobre 2009

Broncho Billy's Sentence


G.M. Anderson
1915
Avec: G.M. Anderson

Troisième et dernier Broncho Billy du DVD Sinistercinema sur les centaines ayant été tournés, Broncho Billy’s Sentence a été fabriqué en 1915, au crépuscule de l’existence du personnage. On veut alors en voir des symptômes, on cherche les raisons du déclin. D’après Larry Langman dans A guide to silent westerns, ce film a été remarqué par plusieurs historiens pour sa complexité narrative et son sens de l’économie. La mise en scène semble pourtant aussi peu inspirée que sur les deux précédents, les décors sont peu ou mal utilisés (toujours cette abondance de feuillages). Broncho Billy est un bandit pris en chasse par un posse. Le résultat donne plus l’impression d’une bande de gamins se pourchassant d’une maison à l’autre que d’une poursuite sauvage dans le vieil ouest.
On note toutefois la volonté de produire une histoire plus sombre, plus violente que dans les deux précédents. Broncho Billy prend un vieillard et sa fille en otage, il se fait quasiment descendre par celle-ci, ce qui constitue presque un coup de théâtre.
On a envie d’y voir l’influence des films de William Hart, surtout que Broncho Billy est gratifiée d’une conversion soudaine et subite lorsqu’il se réfugie chez un pasteur dont le femme lui fait découvrir la Bible. Mais il s’agit probablement d’un hasard, si l’on en croit les résumés disponibles dans le livre de Langman certains Broncho Billy antérieurs sortent du lot pour les mêmes raisons, par exemple Broncho Billy’s last Deed (Broncho Billy se rend pour qu’un vieux couple touche la rançon, puis meurt en prison) qui date de 1913, et Broncho Billy’s Christmas Dinner (avec le prototype du « bon bandit ») qui date de 1911, bien avant les films de Bill Hart. G.M. Anderson semble bien alors un pionnier, c'est à dire un artisan businessman qui jeta toutes les bases d'un genre, mais qui laissa aux autres le soin de les sublimer.

jeudi 22 octobre 2009

Broncho Billy and the greaser


1914
G.M. Anderson
Avec : G.M. Anderson, Lee Willard, Marguerite Clayton

Greaser est un terme péjoratif anglais pour désigner les mexicains, utilisé couramment au Sud-ouest des Etats-Unis au XIXe siècle. On le trouve fréquemment dans les films muets californiens (deux Broncho Billy l’utilisent en titre). L’intrigue consiste donc en une confrontation entre Broncho Billy et un mexicain (Lee Willard, maladroitement grimé) qui avait importuné une dame. Constatant son infériorité au revolver, le vil latino entreprend donc de faire son affaire à l’universel héros WASP avec l’arme du lâche : le couteau.

Lee Willard, the greaser

A vrai dire, si l’on ne se renseigne pas sur le sens du mot greaser, cet aspect foncièrement raciste (pas spécialement sur le fait d’utiliser un mexicain comme méchant, mais sur l’emploi du terme, Hollywood ne cherchant pas encore, à cette époque, à vendre ses films dans le monde entier, peu de cas était fait des sensibilités nationales) passe parfaitement inaperçu, tant le mexicain en question ne correspond pas au poncif communément admis du mexicain de western.
Le greaser en question apparaît alors comme le méchant archétypal, fourbe, lâche et sans pitié. Le western devient un conte, avec son grand méchant loup, peu en prise avec la réalité. Broncho Billy est un chevalier qui aide les faibles, le méchant est capturé, le héros est sauvé grâce à la belle (hé oui). Les distances sont abolies, le vieillard en détresse s’évanouit à deux pas de la cabane de Broncho Billy qui lui même habite près du dancing et du magasin. Les décors sont minimalistes, quasi-symboliques, l’action est efficacement filmée, sans erreur mais sans invention, selon une recette éprouvée et répétée.

Le feuillage omniprésent, le jeu exagéré du muet (Marguerite Clayton)

L’ouest, ce sens mythique de l’ouest, l’hommage aux pionniers et à la conquête ne se trouvent pas ici, tant Anderson se contente de plaquer une geste chevaleresque dans le décor d’un genre qui reste encore largement à inventer.

Un humour uniquement tributaire du burlesque


Captures: DVD SinisterCinema

Broncho Billy's fatal joke



1914
G.M. Anderson
Avec : G.M. Anderson, Marguerite Clayton

G.M. Anderson fut la première star de western au monde. Après avoir joué plusieurs rôles dans le Vol du Rapide en 1903, le premier western jamais réalisé, dont le rôle du voyageur qui se fait descendre de façon théâtrale, G.M. Anderson part à l’Ouest et fonde la compagnie Essanay avec George K Spoor. Il écrit et tourne alors à Niles (devenu Fremont, en Californie) plus de trois cent soixante quinze westerns entre 1908 et 1915, dont il interprète également le rôle principal : Broncho Billy. D’après Robert Florey dans son livre Hollywood années zéro, G.M. Anderson ne savait même pas monter à cheval. Il apprit sur le tas, et eut toujours recours à des doublures pour les chevauchées. En tant que producteur, il parvint également à débaucher Charles Chaplin du studio de Mack Sennet, pour le perdre assez rapidement ensuite.
Difficile d’opérer un jugement sur les films de Broncho Billy disponibles. En voir quelques un parmi les centaines tournés revient à découvrir Sergio Leone en se contentant d’une scène au hasard parmi tous ses films : on n’a pas assez de matière ni de référent solide pour juger. Les trois que j’ai vus ont été tournés en 1914 et 1915, c’est à dire vers la fin de la série des Broncho Billy, quand Anderson commençait sans doute à en avoir assez de son personnage. C’est le seul indice que l’on peut avoir sur un quelconque manque de qualité des films vus par rapport à la norme.
‘Broncho Billy’ Anderson tournait ses films à un rythme d’enfer, à une époque où le cinéma s’inventait chaque jour, où la demande était forte en quantité, pas encore mature en qualité. Les acteurs, presque toujours les mêmes d’un Broncho Billy à l’autre étaient payés à la semaine et enfilaient les tournages comme on pointe à l’usine. La recherche artistique n’était pas encore déterminante, il faudra attendre les grandes œuvres de Griffith pour que le cinéma commence à être pris au sérieux en tant qu’art, et non pas en tant que divertissement populaire seul.
Quoiqu’il en soit, les Broncho Billy sont tournés à l’économie et cela se voit, comparativement aux William S. Hart, qui lui commençait à percer à la même époque, alors qu’Anderson déclinait. Pas de plan large, aucune mise en valeur des extérieurs qui se résument à quelques branchages et quelques collines aperçues de loin. Aucun plan large des décors non plus, les cabanes sont filmées de près, le même magasin général sert d’un film à l’autre.
Dans Broncho Billy’s Fatal Joke, les mines sont symbolisées par une pancarte plantée au pied d’un rocher. Broncho Billy fait une mauvaise blague à un vieux prospecteur qui malheureusement meurt d’une crise cardiaque. Broncho Billy va tout faire pour réparer cela et faire en sorte que la fille du vieux récupère quelque chose de sa mine. Bien sûr, il en tombe amoureux. Très courts, les Broncho Billy fonctionnent comme des fables avec une morale naïve. Même s’ils sont très « plan plan » au niveau de la réalisation, ils bénéficient d’un sens très sûr du montage (quasiment sans intertitres pour ceux que j’ai vus) et de la narration, et d’un jeu d’acteur tout à fait acceptable. Le résultat est remarquable connaissant les conditions de tournage. Mais ces qualités semblent issues d’un métier répété cent fois et non pas d’un talent inné, d’une manufacture déjà bien rodée, et non pas d’un genre à la naissance de son art.

Où les voir : DVD Broncho Billy Shorts Volume 1 de sinistercinema qui reprend trois Broncho Billy, disponible sur amazon.com. J’ai bien l’impression qu’il n’y a pas de volume 2. La qualité de l’image est correcte, mais comme d’habitude, le recadrage laisse à désirer, il manque de l’image à gauche et parfois à droite. J’aimerais bien connaître la raison technique de ce défaut récurrent, peut être la dégradation des bandes.

PS. Je n'ai pas trouvé confirmation si le Bronco Billy de Clint Eastwood est un hommage à Broncho Billy, mais il y a de grandes chances.


Image du haut: capture DVD Sinister Cinema
Image du bas: wildwestweb.net

mardi 20 octobre 2009

The Disciple

1915
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Dorothy Dalton, Robert McKim, Charles K. French

The disciple, western de 1915 tourné pour la Kay Bee, annonce certaines thématiques qui seront développées avec plus d'emphase dans Hell's hinges: la ville du pêché, le tenancier de saloon qui voit l'arrivée d'un prêtre comme une menace et les quolibets des habitants. Ces points communs ne sont néanmoins pas - au contraire de ceux de Hell's Hinges - les éléments déclencheurs du drame. Peut-être soucieux de se renouveler, Hart et son producteur/scénariste Thomas H. Ince orientent fortement ce western vers le drame familial, dénué de véritable méchant et de scène d'action mémorable. William S. Hart joue un pasteur venu mettre de l'ordre dans la ville du pêché, mais que Dieu va rudement mettre à l'épreuve "par derrière" comme le dit le personnage lui-même, en jetant sa femme dans les bras d'un autre. Le pêché n'est pas toujours là où on le croit.
L'essentiel de la dramaturgie va alors se jouer entre Hart et Dieu, tandis qu'aucune affre familiale liée à la désertion d'une mère ne nous est épargnée: la mère (Dorothy Dalton, débutante assez convaincante) déboussolée, l'enfant qui réclame sa maman et qui tombe malade, le père abattu. L'amant (Robert McKim) n'est pour une fois pas un escroc et semble réellement amoureux de la femme. Son rôle devient presque touchant à la fin et agrémente le film d'une richesse supplémentaire.
Cependant, malgré un sens du tragique très prononcé, la morale prude et très vieux siècle de l'intrigue devait certainement déjà en barber plus d'un à l'époque, et il n'est guère étonnant, malgré toutes les qualités cinématographiques et dramatiques de ce genre de film que les spectateurs préférèrent bien vite le style bien plus bondissant et léger de Tom Mix. Néanmoins, ce film reste admirable et très prenant, de par la force du récit, et l'interprétation saisissante de William S. Hart. Le regard de cet acteur est en effet déterminant, bien plus que le gimmick de ses deux révolvers pointés dans la plupart de ses autres films (il est souvent surnommé The Two-gun man). Et c'est dans ce film, où il n'est quasiment pas armé, que l'on s'en rend compte le mieux.
(On notera tout de même la scène un peu ridicule, sans doute même à l'époque, du prêtre forçant le respect de son auditoire sous la menace d'une arme, preuve que personne ne pouvait concevoir un western avec
William S. Hart sans au moins une scène où il tient un révolver.)

vendredi 16 octobre 2009

Knight of the trail

1915
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Leona Hutton, Frank Borzage

Pour changer, William S. Hart joue un bandit qui veut se racheter. Il nous épargne cette fois ci le coup de foudre rédempteur, les deux tourtereaux sont déjà fiancés quand l'histoire commence, ce qui nous donne une jolie scène de flirt pré-nuptial dans un restaurant. L'élément dramatique est ici la découverte du butin du bandit sous le plancher par la belle (Leona Hutton, dont la carrière sera très courte), qui va donc annuler le mariage.
Une fois de plus, en vingt trois minutes, notre héros aura la possibilité de se racheter. Il s'agit ici de démontrer qu'il y a pire qu'un bandit au grand cœur. Il y a des escrocs bien sapés qui promettent le mariage afin de voler les pauvresses sans défense. Frank Borzage (plus connu en tant que réalisateur) s'en sort correctement. William Hart est forcé de l'abattre alors qu'il est à terre. Ce n'est pas super glorieux, mais il se prend quand même une balle dans l'épaule (qui semble juste l'étourdir) et comme le dit l'intertitre final: "L'erreur est humaine, le pardon est divin". Hart est toujours aussi magnétique, avec son physique particulier, ses épaules tombantes, il dégage pourtant une force, une détermination sans égales. Un bon petit western muet sans prétention, sans génie, mais avec beaucoup de plaisir.