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mercredi 14 mars 2018

Joe l'implacable



1967
Joe l'implacabile
Antonio Margheriti
Avec : Rik Van Nutter, Halina Zalewska, Mercedes Castro

Antonio Margheriti est le réalisateur du correct Avec Django la mort est là (et son titre français idiot) et de l'excellent Et le vent apporta la violence avec Klaus Kinsky. On est loin, très loin de la réussite de ces deux œuvres avec Joe l'implacable. Le héros est un blondin argenté totalement inconnu, totalement fadasse, largement pire que Richard Harisson qui devient pour le coup une sorte de Daniel Day Lewis en comparaison. La réalisation est sans génie, sans recherche particulière, pas de cadrage tarabiscoté, pas d'utilisation particulièrement intéressante des décors espagnols. Le scénario tourne comme d'habitude autour d'une histoire d'or convoité par le plus grand nombre, avec des péripéties en veux-tu en voilà et des retournements de situation à n'en plus finir. J'avoue, à un moment, j'ai arrêté de suivre. Il y a des femmes aussi, au milieu de tout ça, un comparse comique et beaucoup d'explosions.
Car la grande originalité du film tient en ce que son héros préfère largement l'usage de la dynamite à l'usage des révolvers. Toujours habillé avec soin, le pli impeccable, il est une sorte de James Bond qui s'en sort toujours en faisant sauter ses adversaires au moment où l'on s'y attend le moins. L'explosion laisse à chaque fois en grand trou dans lequel ne reste qu'un chapeau ou une botte. C'est ce genre de petits détails finalement qui fait la saveur du film. On est là dans le western comédie, sans prise de tête, sans ambition artistique. Curieusement, quelque part au milieu du film, Joe fait sauter une montagne entière, suivie d'une inondation cataclysmique qui fout en l'air une partie des décors du film. Bien que cette scène ne fasse plus illusion aujourd'hui, il faut quand même reconnaitre que le tout est bien maitrisé et reste relativement spectaculaire. De même, toutes les soirées mondaines dans l'aristocratie locale étonnent par la richesse des décors et de la figuration (on pourrait se croire à certains moments dans Le Guépard), en totale opposition avec l'aridité et le dénuement habituel des canyons arides d'Almeria. Une relative profusion de moyens donc, pour un film banal, sans âme, sans grand intérêt, mais qui saura satisfaire les plus accros au genre.

Capture: http://blog.dvdpascher.net

samedi 5 mai 2012

Avec Django, la mort est là

1968 
Joko invoca dio… e muori 
Antonio Marghereti 
Avec: Richard Harrison, Claudio Camaso 


J’aurais voulu revoir ce film en version italienne. Je pensais que c’était possible, puisqu’il s’agit d’un DVD Seven 7 de la grande époque où certains croyaient encore au DVD. Mais non, il n’y a que la VF, très médiocre, qui banalise, voire ringardise la plupart des dialogues. 


Pour autant, l’introduction barbare, qui aurait plus sa place aux jeux du cirque romain ou dans un film sur les poncifs moyenâgeux, nous remet immédiatement dans le contexte. Une mise à mort horrible, suivie d’une violence implacable, déterminée, quasi mystique. Richard Harrison n’est pas très bon (ce n’est pas pour rien que Sergio Leone n’en a pas voulu pour Pour une poignée de dollars), mais, dans ce genre de rôle désincarné, il passe encore. Le thème de la vengeance froide, donne à ces films une certaine hauteur de vue. La dramatisation extrême exacerbe ce sens tragique qui permet au spectateur de vibrer avec un héros pourtant peu expressif. Malheureusement, la vengeance est aussi un poncif éculé qui fait qu’à plus de quarante ans de distances, les vibrations sont bien atténuées. La symbolique des bouts de corde jetés sur chaque cadavre joue à plein aussi, mais là également, quarante ans plus tard, cette sophistication commence à paraître convenue, tout comme le coup du nouveau Shérif qui prend possession d’un bureau abandonné et rempli de toiles d’araignées. 


Le héros assassine les hommes de sang froid, c’est bien la fin de l’héroïsme, d’autant qu’il n’est pas exempt de failles morales. Métis, il semble avoir la haine du monde, un peu comme Aldo Sambrell dans Navajo Joe. Richard Harrison est Joko dans la version italienne, il devient Django dans la version française, et le film se retrouve affublé d’un titre ridicule (« la mort est là » sonne comme un nom de fromage). Comme d’habitude avec le western italien, certaines scènes nous sortent totalement du film, comme cet ahurissant égorgement à coup d’éperons. La musique, bien que non exceptionnelle, comporte suffisamment d’airs de trompette et de guitare pour nous remettre dedans. 






Antonio Marghereti soigne ses cadrages. Le travail sur la lumière et sur les sons dans les grottes à la fin est sublime, et apporte cette touche fantastique qui sera beaucoup mieux utilisée dans son meilleur western : Et le vent apporta la violence. Il faut bien sûr mentionner Claudio Camaso, le frère de Gian Maria Volonte, qui joue un rôle de dément à la mesure du genre. On ne l’oublie pas de sitôt. Petite réminiscence du western américain, à la fin, le héros est non seulement officieusement amnistié par les autorités, mais il part avec the girl (Spela Rozin, dont le rôle n’est pas si anecdotique que ça). Avec Django, la mort est là reste un western honnête, qui se regarde sans déplaisir, mais qui a été légèrement surévalué à sa sortie en DVD.



jeudi 27 septembre 2007

La brute, le colt et le karaté






Là dove non batte il sole
1974
Antonio Margheriti
Avec Lee Van Cleef, Lo Lieh



C’est encore et toujours une course au trésor, leitmotiv incontournable du western spaghetti, ou plutôt c’est une course aux indices pour trouver le lieu d’un trésor. Je ne vais pas dévoiler où sont situés ces indices vu que connaître ce détail à l’avance gâche environ 60% de l’intérêt du film, mais en tout cas, ceux qui ont déjà vu Viva la muerte…tua ne seront pas surpris !





Les 40% d’intérêt restant résident dans le mélange des genres western et kung fu que je n’ai jamais beaucoup apprécié pour une simple raison de crédibilité, qui se retrouve à nouveau bien exposé dans ce film : comment justifier qu’un type, aussi fort soit il au kung fu, parvienne à tenir en respect des hommes armés de revolver ? Une fois accepté ce postulat, on peut sans peine se divertir à ce genre de mix, mais le western soja reste pour moi une tentative ratée de faire repartir le genre vers autre chose, tentative condamnée dès le départ à l’échec par le peu d’ouvertures possibles au niveau scénaristique.



Aussi le principe de base est-il le même que pour Mon nom est Shangaï Joe ou Soleil Rouge : le plaisir doit naître du choc des civilisations. Le petit chinois bondit, saute, high kick en tout genre et fait sauter les revolvers, il est en prise au racisme anti-chinois. Il a quelques problèmes avec la langue (« C’est toi fils de femme qui offre son corps contre de l’argent ! » « Dis fils de pute, ça ira plus vite ! ») et connaît des remèdes pour un peu tout, est un modèle de sagesse et est plus fort en maths que n’importe qui (la désolante scène de prédiction déterministe dans le casino). Bref, faire rire des oppositions et des clichés entre deux héros totalement différents, c’est la base de ce « buddy movie » avant l’heure.





Lee Van Cleef est plutôt bon dans ce film, surtout quand il se met torse nu pour jouer de la mitrailleuse, et Lo Lieh de la Shaw brothers ne manque pas finalement de charisme et d’intelligence, bien qu’il soit étranger dans ce pays. Ces deux là s’entendent plutôt bien, et c’est surtout grâce à eux que le film n’est pas totalement inintéressant. Si l’on rajoute une galerie de méchants totalement frappadingues (un prêtre exalté qui voyage en église-roulotte, une brute indestructible, un gros maniaque du fouet) pour pimenter le tout, on arrive a un résultat somme toute potable, rehaussé par une certaine ampleur accordée au budget du film : beaucoup de figurants, quelques scènes situées en Chine et des intérieurs/extérieurs très riches. Fait assez rare dans le western spaghetti, un léger zeste d’érotisme très frais vient chatouiller le spectateur mâle plutôt habitué à être interpellé dans ce genre là par de grossières scènes de tentatives de viol en veux tu en voilà.

Antonio Margheriti, réalisateur du très bon Et le vent apporta la violence et du correct Avec Django, la mort est là, signe donc ici un film en dessous de son potentiel, mais qui ne démérite pas totalement. On voit bien qu’il a un peu de mal avec les scènes de Kung Fu, beaucoup moins impressionnantes que dans La 36e chambre de Shaolin diffusé sur Arte l’autre jour et réalisé tout juste quatre ans plus tard, mais ces scènes sont finalement assez peu nombreuses. La musique prend parfois ces accents dramatiques que l’on aime dans le genre, parfois elle joue le jeu du western-comédie que le film cherche à devenir. La Brute le colt et le karaté est donc un film à recommander aux fans uniquement.



Le DVD Seven 7 : excellente qualité d’image avec un format respecté, ce qui, avouons le, améliore significativement l’appréciation que l’on peut se faire d’un film. Voir un navet dans de bonnes conditions, et voir le même navet, mal doublé, délavé et recadré n’est pas du tout la même chose. A noter que dans la présentation du film, il est dit que La brute, le colt et le karaté est le premier western soja réalisé, en 1974, alors que Mon nom est Shangaï Joe date de 1972 et Soleil Rouge date de 1970 (et déjà en 1968 dans 5 hommes armés, il y avait un samouraï).


dimanche 3 juin 2007

Et le vent apporta la violence...


Du bon spaghetti, comme ça paf, j’ai eu envie de me refaire du bon spaghetti, pour changer… Attention aux spoilers, même si l’issue du film ne fait pas de doutes !

…E Dio Disse a Caino
1969
Antonio Margheriti
Avec Klaus Kinski, Peter Carsten, Antonio Cantafora

Gary Hamilton (Klaus Kinski) est gracié. Libéré de son bagne, il s’achète un cheval et un fusil. Alors qu’une tornade se prépare, il se dirige vers la ville où règne en maître Acombar, celui qui l’avait fait injustement condamner aux travaux forcés.

Revoir Et le vent apporta la violence aujourd’hui fut une bonne occasion pour moi de constater les dégâts occasionnés par une trop grande exposition aux mauvais westerns spaghetti, à savoir un décalage vers le bas des échelles de valeur. J’avais en effet vu ce film en video-cassette (sous le titre Un homme, un cheval, un fusil) avant que ne déferle la vague DVD spaghetti des Seven 7 et Wilde Side, et avant le cycle western européen de la cinémathèque en 2001. J’avais trouvé le film agréable, intéressant par les idées abordées (la tempête, la cloche qui sonne sans arrêt, la violence qui n’éclate que très tard…) et assez bien troussé, comme dirait Giré. Mais j’avais également trouvé le film assez vain : c’est finalement une histoire de vengeance classique, qui joue beaucoup sur les effets de réalisation sans réussir à créer une émotivité quelconque à l’encontre des personnages, sans parvenir à rendre captivant le destin des personnages. Il y a aussi cette idée de galeries souterraines sous la ville qui est un peu ridicule (comment Hamilton peut-il être le seul ou presque à en connaître l’existence ?) et Kinski lui-même, un brin décalé dans ce rôle de justicier, qui plus est vêtu d’un haut de pyjama rouge pendant la totalité du film. En deux mots : un western italien moyen, sans plus, loin des frissons de Leone

Je constate aujourd’hui qu’il s’agissait d’un jugement "normal" d’amateur de cinéma "normal". Le jugement que je portai alors n’a pas à être renié, il est tout à fait valable dans le cadre d’une comparaison inscrite dans le cinéma global, mais c’est ailleurs qu’il faut voir l’intérêt du film. Je me suis rendu compte en revoyant Et le vent apporta la violence à quel point le film est maîtrisé, à quel point chaque détail de réalisation, chaque distorsion sonore, chaque idée incongrue est voulu ! La crédibilité des galeries sous la ville est certes discutable, mais l’effet recherché n’est pas là : il s’agit plus de montrer de façon pseudo-rationnelle comment Hamilton parvient à être partout et nulle part à la fois, en se faisant passer pour un fantôme. Et cet aspect improbable de ces galeries renforce au contraire l’idée qu'Hamilton est peut-être devenu une sorte de fantôme, au sens figuré, usé par dix ans de bagne. Et si Hamilton y rentre par le territoire des morts des indiens, où aucun blanc ne se risque, c’est également pour accréditer cette idée. La dominante fantastique du film ne se résume donc pas aux effets sonores et à la tension croissante au sein de la famille Acombar, elle est inscrite dans le personnage central. Dans ce contexte, le "pyjama" rouge a aussi son importance : Hamilton n’est plus conduit que par son but de vengeance ultime, il n’est plus concerné par les contingences matérielles, il reste donc habillé tel qu’il se trouve au sortir du bagne, ses seules préoccupations liées au monde réel sont un cheval et une winchester (En ce sens, le titre d’exploitation en VHS n’est pour une fois pas trop idiot : Un homme, un cheval, un fusil). Le "pyjama" rouge reste donc sur ses épaules pour souligner que Hamilton est devenu hors de lui, un homme qui a légèrement perdu la raison, au point d’aller se venger sans prendre le temps d'ôter ses vêtements de bagnard. La folie habituelle de Kinski est bien présente ici, bien que de façon moins démonstrative que d’habitude. Il y a la mort fulgurante du serpent à sonnettes au début dans le bagne, il y a la destruction de la girouette du vieil homme et, il y a surtout l’explication avec Dick, le fils Acombar, où Kinski, tout en retenue, bouillonne à l’intérieur. Et force est de constater que pour un « héros », Hamilton n’hésite pas à tuer ses opposants de loin, en sniper, ni à les éliminer de façon assez sadique : l’un pendu à la corde de la cloche, l’autre écrasé par cette omniprésente cloche en chute libre (malheureusement, l’acteur qui se fait écraser n’est pas très convaincant). Par moments, le film fantastique rejoint le film d’horreur, et le casting de Kinski sert admirablement le propos, ce n’est pas tant un « héros » charismatique qui est montré qu’un ange exterminateur qui n'est pas venu pour séduire son monde.
Le scénario, quant à lui, manque sans doute d’éléments propres à rendre attachants les personnages, mais là aussi c’est a priori voulu, ou du moins cela sert le propos : Hamilton n’est pas attachant car il n’est presque plus humain. Son calvaire au bagne ne peut pas nous affecter ni nous apitoyer, il n’est plus de notre monde. Acombar représente, lui, toute la lâcheté du scélérat pris au dépourvu : l’Acombar triomphant du début finit par perdre la tête, descendre son propre fils, mourir dans les flammes. La femme d’Acombar, ex-femme d’Hamilton, elle aussi coupable, tente bien de séduire Hamilton à coup de cuisses dénudées, mais ça ne marche pas sur les vengeurs désincarnés. Il n’y a que le fils Acombar, ignorant des turpitudes passées de son père, qui se rapproche un peu du spectateur, mais quand il rejoint son destin, il devient tout aussi transparent que les autres, une marionnette qui se doit de jouer son rôle. Comme une tragédie où tout est écrit à l’avance, les personnages font ce que leur rôle leur dicte de faire, et ce que Sergio Leone dit d’Il était une fois dans l’Ouest s’applique à merveille ici: « Tous les personnages du film […] sont conscients du fait qu’ils n’en sortiront pas vivants. ». Et comme toujours dans le western spaghetti, notre ange blond se fait aider par les boîteux et les exclus du lieu, qui trouvent eux aussi, à travers la mort, l’expression de leurs destins.

Antonio Margheriti, déjà auteur d’un Avec Django la mort est là intéressant mais moins réussi, signe ici un western spaghetti que tout amateur doit rechercher, pour se remettre des Justicier du Sud, Triomphe des sept desperadas et autres Pistolets pour un massacre dont il doit se contenter la plupart du temps… Crépitement du vent, bois qui grince salement, coups de feux qui font sursauter le père Acombar, la cloche qui sonne sans arrêt au loin, le prêtre qui fait chanter son orgue presque au-delà de la mort, Dick, le fils Acombar, qui fait remarquer, incisif et lucide, « on dirait ce soir que l’ivresse est contagieuse », l’indien trahi par une goutte d’eau qui cesse de tomber : en plus d’être très réussi formellement, Et le vent apporta la violence n’est pas avare de ces pépites que l’on trouve dans tous les westerns spaghetti.
J’attends une édition DVD française pour remplacer ma VHS chérie qui peine, qui peine…d’autant que la VF est très réussie!