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jeudi 27 mars 2014

Le Convoi des Braves



Wagon Master
1950
John Ford
Avec : Ben Jonhson, Harry Carey Jr., Ward Bond

C'est un film où il ne se passe rien. Pas de péripéties, pas de suspense. Trois quarts d'heure après le début du film, il ne s'est toujours rien passé, à peine de ci de là un début de tension, un hypothétique drame qui se révèle à chaque fois un pétard mouillé. Et vas-y que je chantonne, et vas-y que je suis toujours de bonne humeur. Voir ça après le spagh Chacun pour soi donne l'impression de se retrouver dans une pub Ricoré, mais en noir et blanc, oui parce que tant qu'à faire, il n'y a pas de couleur non plus. Au bout de trois quarts d'heure, on attend toujours que le film démarre, et on se rend compte qu'il n'y a pas de stars non plus. Ben Jonhson, Harry Carey Jr. et Ward Bond, c'est génial pour les fans de Papy Ford, mais pour les autres qui s'attendent chaque minute à voir débouler John Wayne ou Henry Fonda, il y a comme tromperie sur la marchandise. J'ai peut-être loupé des trucs parce que j'avoue que j'ai regardé le début du film en faisant du repassage (oui j'essaye vainement d'être un mâle 3.0, donc des fois je repasse), mais une rapide lecture de critiques alentour confirme que c'est bien un film nonchalant de John Ford.
A 45 minutes du début, entre une chemise Tissaia et mon jean troué, j'étais en train de me dire que Ford avait anticipé le principe des Bijoux de la Castafiore d'Hergé et pris le parti de ne rien raconter du tout, quand soudain, des bandits rentrent dans le champ, en plein milieu d'un bal endiablé. Ford nous jette une série de gros plans sur les trognes des outlaws et les gueules inquiètes des Mormons. Impressionnant! On se rend compte alors que ce noir et blanc est magnifique. 
Le soufflé monte d'un coup mais retombe bien vite. Les bandits se tiennent correctement, et tout le monde redevient joyeux et repart ensemble l'âme sereine. Et c'est reparti pour un peu de parlotte, une touche d'humour Fordien, un poil de flirt par ci par là. Des indiens menacent soudain, mais en fait ils sont pacifiques, ouf, on s'en voudrait de gâcher cette bonne humeur. Les hommes du Marshall à la poursuite des bandits interviennent également dans une classique scène où les bandits menacent les otages de l'intérieur d'un véhicule pendant que les forces de l'ordre n'y voient que du feu. Malgré tout, petit à petit, on pressent l'inéluctable. L'un des bandits s'est fait fouetter pendant la soirée chez les Navajos, et l'on sait bien que ça ne va pas demeurer impuni. On est cette fois, bien dans le film, le dénouement ne tarde pas, violent et incisif. 
Mais ce qui demeure dans ma mémoire, c'est cette légèreté, cette inébranlable foi en l'être humain, ce refus du drame pour présenter un film simple, sympathique et ma foi très agréable à suivre... 

lundi 8 août 2011

La Prisonnière du désert


The Searchers
1956
John Ford
Avec : John Wayne, Jeffrey Hunter, Ward Bond, Harry Carey Jr. Nathalie Wood


Tout a été dit déjà sur ce film. Il n’y a qu’à lire les commentaires sur Western Movies ce mois-ci, le film est intouchable. Sa réussite tient au mystère des personnages, à la mysticité des lieux, à son message anti-raciste, à la beauté de ses plans, de ses non-dits, de toutes les qualités intrinsèques, extrasèques, archisèques, sous-textuelles, sur-textuelles, intra-textuelles, pré-textuelles, post-textuelles, bi-textuelles, constructivistes, déconstructivistes et post-modernistes de sa réalisation. Pourtant, passé la première demi-heure, l’ennui pointe et tire, le rythme s’affadit, ça devient barbant. Ce qui fonctionne en littérature (cette sensation du temps qui passe) ne marche pas aussi bien au cinéma : vertige de la quête, l’ellipse cinématographique anéantit la temporalité. Le début est formidable, haletant, tendu, fort bien tous ces non-dits, ces regards, ces caresses sur des vareuses, ces personnages cadrés dans des portes. OK, c'est du beau cinéma, mais ensuite? Deux fantômes errants, changeant de saisons, de pays, de costumes pour toujours revenir au même point ? On croirait presque par moment, un road movie des années 70, dont le but serait plus le cheminement en lui-même que le but à atteindre, avec Monument Valley en personnage à part entière. Alors oui c’est vrai, le final est magnifique, le mythique « Let’s go home Debbie », puis la porte qui se referme sur l’outcast Ethan, où le Duke vient de faire – cerise sur le gâteau – son petit hommage à Harry Carey, oui superbe, plus belle scène du septième art tout ça OK, je veux bien, n’empêche qu’avant ça on a eu une de ces abominables chansons que John Ford ne pouvait s’empêcher de placer ça et là dans ses films, on a eu une horripilante mexicaine avec ses castagnettes, on a eu l’exécrable séquence avec Look, la grosse indienne pataude, séquence sauvée in extremis par la découverte de sa mort qui remet du drame dans la grosse farce, on a eu un interminable mariage avorté qui retarde l’échéance, désamorce beaucoup de choses pour faire avancer des intrigues secondaires qui finalement n’ont pas tant d’importance que ça, bref on a eu du Ford de chez Ford comme on n’aime pas trop, à part chez les inconditionnels amoureux du vieux borgne.
Et pourtant dans tout ça, il y a toujours cette ambivalence, l’attaque finale qui s’apparente plus à un massacre (on voit peu de morts, mais on se rend bien compte que le campement est surtout composé de femmes et d’enfants, le Duke qui scalpe son homologue indien, pourtant tué par un autre, et Ward Bond, qui se fait féliciter au final alors qu’il n’a perdu apparemment aucun de ses hommes et que sa troupe hétéroclite a tout de la bande de mercenaires pas vraiment officiels), Ethan, le personnage du Duke, totalement perfide dans ses actes et sa froideur (Ne laisse-t-il pas le personnage joué par Harry Carey Jr. courir droit vers la mort, sans rien faire pour le retenir, ne risque-t-il pas sciemment la vie de Martin (Jeffrey Hunter) pour abattre ses poursuivants dans le dos ?) mais qui a ses sursauts d’humanité et d’amour pour son prochain, il y a ces blanches captives des Comanches, devenues folles – scènes glaçantes – et en même temps les morts indiennes, les scalps de Scar, vengeant ses fils, toute la richesse du cinéma de Ford qui prend l’Homme comme il est, et qui l’aime, dans toute la richesse de ses contradictions.

dimanche 12 septembre 2010

Le fils du désert

Three Godfathers
John Ford
1948
Avec : John Wayne, Pedro Armendariz, Harry Carey Jr., Ward Bond


Le film débute sur la silhouette d’un homme à cheval, en contre-jour. Il s’agit de Cliff Lyons, posant nonchalamment sur sa selle à la manière de Harry Carey, auquel le film est dédié. Cet hommage à la grande star du muet – « bright star of the early western sky » - morte quelques mois plus tôt, est particulièrement significatif dans le cadre de ce film-ci. D’abord parce que le sang de la star coule dans les veines de l’un des acteurs principaux (son fils Harry Carey Jr. joue dedans quoi…), ensuite parce que Le fils du désert est une énième version cinématographique du roman de Peter B. Kynes, et que Harry Carey avait joué dans deux d’entre elles, la première en 1916 réalisée par Edward Le Saint, la seconde en 1919 réalisée par John Ford déjà, sous le titre Marked Men.
La version de Ford de 1919 est réputée perdue. Celle de Edward Le Saint l’est sans doute aussi. Il est donc difficile de juger sur pièces, mais le fossé technique et narratif qui existe entre le cinéma des années 10 et celui des années 40 est tel qu’il est difficile de parler de remake. Inutile de fantasmer donc sur une virtuelle comparaison entre les deux versions du même réalisateur. Dans les années dix, John Ford et Harry Carey écrivaient leurs scénarios à deux, ils tournaient en quelques jours. En 1948, l’écriture du scénario à lui seul prendra quatre semaines. La différence d’investissement est telle qu’on ne s’étonne pas que tous ces petits films du muet aient été si peu considérés, même par ceux qui les avaient produits, et finalement perdus. Aujourd’hui on s’en mord les doigts. Même tourné à la va-vite dans des conditions de production quasiment à la chaîne, on aimerait bien découvrir ce Marked Men. Mais je m’égare.

Le fils du désert est un film magnifique. L’histoire est magnifique, les acteurs sont magnifiques, la photo est magnifique. Dieu soit loué celui-là n’est pas perdu. Oui, un non-croyant comme moi peut grincer des dents à la parabole chrétienne poussive, mais j’évite de grincer des dents, ça fait sauter les plombages. L’histoire est simple et belle, et notons que selon Larry Langman dans A guide to Silent Western, il y avait déjà un critique en 1916 pour trouver que le scénario et les personnages de la version de Edward Le Saint étaient invraisemblables. Peut importe de toute façon, si le politiquement correct de 1948 fait grincer des dents aujourd’hui, le politiquement correct d’aujourd’hui fera sauter les plombages des mes petits enfants dans cinquante ans. On a tout dit sur le coté volontairement gentil du film, les bandits bien sympas, le shérif (Ward Bond, formidable) qui s’appelle B. Sweet et qui n’est pas payé pour tuer les gens, la bonne humeur et l’absence de réelle violence. On l’a tellement bien dit ailleurs que c’est plutôt l’inverse qui m’a sauté aux yeux. Il y a d’abord le fait que la ville nommée Welcome s’appelait auparavant Tarantula. Il y a ce plan du bandit tenant un biberon d'une main et un revolver de l'autre. Il y a ce revirement du Shérif qui offre une prime à ceux qui abattront les fuyards quand il croit à tort qu’ils ont assassiné la femme et dynamité le puits. Et il y a aussi le personnage de Robert Hightower joué par John Wayne. Ses deux comparses ne sont pas réellement des bandits : Pedro (Pedro Armendariz) n’est qu’un voleur de chevaux, il a eu femme et enfants. The Abilene Kid (Harry Carey Jr.) n’est qu’un bandit en devenir. Mais Robert est un vrai bandit, c’est lui le chef, c’est lui qui monte le coup de la banque, et c’est un dur à cuir, pragmatique et presque insensible. Lorsque le Kid déclare qu’il ne pourra pas traverser le désert, Robert évalue la situation et acquiesce, en l’aidant à déboîter les talons de ces bottes. Lorsque Pedro, avec sa jambe cassée, demande un revolver pour se défendre contre les coyotes, Robert lui laisse son arme et l’abandonne sans se retourner alors qu’il sait très bien qu’il va se suicider. Deux des personnages principaux meurent pour la bonne cause, à l’image du sacrifice des trois canailles de Three Bad Men. Tous ces éléments bien sûr ne démontent pas l’analyse parabolique et gentillette du film, mais ils l’inscrivent dans un registre crédible et plus réaliste qu’on ne pourrait le croire. Et John Ford, connu pour filmer entre les pattes des chevaux, filme les guibolles chancelantes des hommes, les pieds las qui trébuchent dans la rocaille, les visages fiévreux sous le soleil, la poussière qui assèche et étouffe. Aujourd’hui encore, cette traversée du désert n’a pas perdu de sa superbe.

Bien sûr on ne négligera pas la nostalgie qui patine un film et le rend meilleur. Le bébé enduit de graisse de chariot qui avait bien fait rire ma mère, les cactus qu’on décapite pour en récupérer le jus – grand moment de mythologie du désert, les deux fantômes qui suivent John Wayne et qui, dans mon souvenir étaient présents beaucoup plus longtemps. John Wayne enfin, qui entre au saloon, un bébé dans les bras, demandant un biberon et une bière. Si ça c’est pas sublime ! John Wayne qui fait du John Wayne sans vraiment faire du John Wayne, le visage beaucoup plus torturé et moins monolithique que d’habitude, parfois si expressif qu’on a du mal à le reconnaître. Quand il obtient enfin sa bière, on est heureux avec lui, et c’est la grande force de ce film de faire passer autant de moments humains et réels dans un conte fabriqué de toute pièce.



Note : certains osent prétendre que Trois hommes et un couffin est un remake de ce film. Honte à eux :-)

Sources : John Ford par Patrick Brion. John Ford par Philippe Haudiquet
Capture: Western Movies

mardi 9 mars 2010

Les Cheyennes


Cheyenne Autumn
John Ford
1964

Avec: Richard Widmark


Un début poignant avec des indiens tellement dignes et stoïques que les araignées y font leurs toiles, des paysages magnifiques dans tous les sens, un scénario qui allie la Tragédie à l'Histoire. Soudain, un intermède à Dodge City totalement décalé et Blake Edwardesque qui - petit miracle - réussit à s'insérer dans le drame en mettant en exergue la connerie des blancs, et puis retour à la sinistrose avec une séquence quasi-concentrationnaire dans un fort, pour finir en happy end mollasson où la poignée de Cheyennes survivants va pouvoir attendre la fin, vaincus, mais peinards.
Un demi-grand Ford, quoi, tout y est, mais rien ne fonctionne totalement. Marrant aussi de voir qu'en 64, Ford faisait encore sauter des précipices à des cavaliers émérites. Radotage édenté ou hommage à un truc qui date du muet? A chacun de se faire son opinion!

Capture: J.L. sur western movies

jeudi 8 octobre 2009

Le cheval de fer

George O'Brien
The Iron Horse
1924
John Ford
Avec: George O'Brien, Fred Kohler

George O'Brien est devenu une star grâce à ce film (on le reverra dans Three bad men). John Ford est devenu un grand grâce à ce film. Il y a du budget, il y a du savoir faire, il y a du souffle. Si la patte du réalisateur est encore peu visible dans les oeuvres antérieures ayant survécu jusqu'à nous (By Indian post, Straight shooting, Bucking Broadway), elle est ici omniprésente. Reconstitution soignée, sens du détail, humour bon enfant, foi indéboulonnable en la bonté humaine, sens de l'histoire, you name it.
C'est en voyant ce genre de film que l'on comprend
en quoi certains admirateurs considèrent que le western italien n'est pas du western (sans que cela ne permette de comprendre néanmoins la haine vouée à ce dernier). Les américains se racontent, ils se glorifient. Les artisans de ces films sont en filiation directe pour la plupart avec les hommes dépeints ici (imdb indique par exemple que les cantiniers chinois de l'équipe avaient travaillé sur la construction du chemin de fer transcontinental).
John Ford
en est. Comme ils disent, he belongs. Ce n'est pas tant par le réalisme de la reconstitution que le spectateur est pris, mais par cette sensation que le film fait suite à l'Histoire elle même, par ses racines, par ses équipes, par ses sentiments. Sensation sans doute totalement factice, le film étant plus éloigné dans le temps de l'époque dépeinte que Inglourious Basterds de la seconde guerre mondiale (et qu'on aurait du mal à situer en tant que témoin valable). Mais peu importe, l'essentiel est là, l'âge du film joue en faveur d'une sorte de légitimité morale pour ce film qu'aucun film d'historiens sur la construction de ce chemin de fer ne saurait dépasser.

Fred Kohler, Cyril Chadwick

Mais ce n'est pas vraiment la fière auto-glorification des grands travaux du XIXe siècle qui nous attire ici, ni les discours merveilleux qui remettent les hommes au travail. C'est comme d'habitude, le sens du détail, ce sont ces milliers de figurants, ce sont les marteaux qui tapent sur les clous, les vêtements variés et incroyablement riches de pauvreté, les gueules sales et déformées, les rictus de types qui ont vécu. Le méchant est joué par Fred Kohler, il n'a que deux doigts à la main droite, il a perdu les trois autres dans un accident à la dynamite dans une mine. On n'invente rien, ce gars là est fait pour le rôle, la main dans la poche pour cacher son infirmité, les épaules sous les fourrures, la moustache accentuant le rictus haineux, il est superbe, une caricature à lui tout seul, un vrai méchant de méchant sans subtilité et sans concession.


Une scène dans le saloon retient l'attention. Une belle tension règne pendant que toute une horde de malfrats attendent George O'Brien. Les gueules sont incroyables, le jeu est - muet oblige - singulièrement outré. Et les bagarres ont une tonalité sauvage. Les bagarres du muet ressemblent sans doute plus aux vraies bagarres de la vraie vie que celles hyper sonorisées du cinéma d'aujourd'hui. George O'Brien, malgré son jeune âge, est déchaîné. On n'est pas dans le coup de poing sonore et définitif, on est dans la lutte griffue, la roulade féroce, l'étranglement pour de vrai. Le rendu accéléré fait sourire, mais si on y regarde de plus près, ça ressemble vraiment à de la baston véridique, ces gars là n'ont pas l'air de rigoler. Pour tout ça, on résistera aux conventions habituelles, au pathos victorieux final. On subira l'humour Fordien déjà assez lourdingue à l'époque. On regardera la mise en place de l'histoire dans l'Histoire (Lincoln, Buffalo Bill et Wild Bill Hickock sont de la partie), on sourira poliment à l'épisode du barbier, on appréciera la scène de l'exode, avec cet homme, enterré à la va-vite, et sa femme qui pleure sur sa tombe.
Du grand
cinéma déjà, un peu pompeux déjà, mais si riche et si varié qu'on aurait tort de s'en priver.


PS: On voit les Indiens qui tentent d'arrêter une locomotive en tendant une corde en travers de la voie, et qui se cassent tous la gueule par la suite. C'est sûrement une anecdote historique, mais la scène est là malgré tout pour se foutre de leurs gueules et de leur retard technologique, ce qui est assez marrant quand on pense que L'arrivée du train en gare de la Ciotat avait effrayé les spectateurs européens à peine trente ans plus tôt.

dimanche 4 octobre 2009

A l'assaut des boulevards - Bucking Broadway

Bucking Broadway
(A l’assaut des boulevards)
John Ford
1917
Avec : Harry Carey, Molly Malone

Cheyenne Harry se fait piquer sa nana (Molly Malone) par un pied tendre (Vester Pegg) et se retrouve obligé d’aller la chercher à New York.


Bucking Broadway est un petit western comique retrouvé en France, admirablement restauré et visible en ligne sur le site europeanfilmtreasures.fr. L’image est nette, présente très peu de rayures, très peu de sautes d’images et surtout, ne tremble pas en permanence comme c’est souvent le cas sur les transferts de films muets. Harry Carey est émouvant en cowboy un peu rustre, avec sa chemise à carreaux, sans ceinturon et son flingue coincé dans le dos, qui se fait avoir sur le terrain des sentiments. La majorité des gags vient bien sûr de l’inadéquation du cowboy dans le monde civilisé, avec un Cheyenne Harry qui débarque dans un luxueux hôtel New Yorkais en portant sa selle sur son dos. Une certaine morale passéiste opposant la dépravation des villes de l’est au courage des hommes des plaines de l’ouest se fait légèrement sentir, mais l’indescriptible baston finale totalement burlesque, avec un Harry Carey déchaîné et des cowboys en furie qui bottent le cul des queues de pie est réjouissante. Ha oui, certains détails comme Cheyenne Harry rendant à sa belle son cœur brisé font mouche. C’est peut-être parce que le film est signé John Ford.

lundi 21 septembre 2009

L’homme qui tua Liberty Valance


John Ford
The man who shot Liberty Valance
1962
Avec: John Wayne, James Stewart, Lee Marvin

Un western que j’affectionne, parce que outre le thème de la légende qui remplace la réalité, le film parle de la fine ligne qui existe entre la lâcheté et l'anti-violence, non pas que le personnage de James Stewart soit un lâche, mais son comportement peut être interprété comme tel. La phrase pivot est celle de John Wayne: "C'était mon steak Valance", c'est à partir de là que se joue le film. C'est ce genre de phrase qui dit quel genre d'homme vous êtes. Si vous la dites, la confrontation est inévitable, vous risquez votre peau, mais vous gardez la face. Si vous ne la dites pas et que vous ramassez le steak, vous êtes, disons prudent, voire un lâche, mais vous restez vivant.
Depuis le jour où j'ai vu ce film, je me demande comme tout le monde si je suis John Wayne ou James Stewart, parce qu’heureusement nous avons en Occident la chance de vivre dans une société où l’on peut mourir de sa belle mort sans avoir jamais eu la moindre occasion de choisir entre la bravoure et la lâcheté. Quelle ligne de conduite adopter dans ce genre de situation, où est la limite, à partir de quand faut il répondre à la provocation et à l'insulte, à partir de quand faut il dire stop, quand vaut-il mieux laisser courir? C'est une question essentielle que le film a le mérite de poser de façon magistrale. Pour le reste, j'adore le personnage de James Stewart, et j'adore la force désabusée de John Wayne, et j'adore le jeu de Lee Marvin! Mais ce film ne fait pas vraiment partie de mes Ford préférés, peut-être à cause de l’atmosphère trop urbaine, peut-être à cause du noir et blanc, mais quoi qu’il en soit, il démontre que John Wayne est un très grand acteur, aux facettes beaucoup plus multiples que l’on pourrait penser.
Affiche: western movies

mardi 10 février 2009

Le ranch Diavolo - Straight shooting

Harry Carey, Molly Malone

1917
John Ford
Avec : Harry Carey

Il était perdu à jamais, on l’a retrouvé en 1966 en Tchécoslovaquie. C’est le premier « long métrage » officiel de John Ford. Et c’est un western ! Youpi !
Alors bien sûr tous les yeux experts tentent de trouver les prémices des œuvres futures du maître, certains comptent le nombre de plans tournés à travers une porte, d’autres soulignent le sens du cadrage du bonhomme, d’autres trouvent mille et une ressemblances avec La Prisonnière du désert, par exemple l’homme qui n’a pas sa place dans la famille qu’il vient de sauver. Certains chuchotent même que le happy end final ne serait pas la fin voulue par John Ford, et qu’il aurait voulu un Cheyenne Harry s’éloignant vers sa destinée comme Ethan Edwards à la fin de La Prisonnière du désert.
D’autres (comme moi) relèveront que l’ensemble n’est quand même pas vraiment formidable. L’histoire était déjà archi-convenue à l’époque, puisque William S. Hart avait déjà utilisé la trame du bandit qui « se range » par amour à maintes reprises. La bataille finale manque franchement de souffle, avec une succession de plans fixes avec des cavaliers entrant dans le cadre et chutant spectaculairement (il n’y avait pas que Yakima Canutt capable de faire des prouesses), et une succession de plans du même type filmés dans l’autre sens. La scène de beuverie dans le saloon manque également de clarté narrative, on ne comprend pas bien sur qui Cheyenne Harry et son pote se mettent à tirer.


Les cache-poussière, déjà...

Restent tout de même deux éléments essentiels : l’acteur Harry Carey (jouant le personnage récurrent de Cheyenne Harry), que je découvre enfin dans un rôle muet, le fameux Harry Carey qui était une star immense du muet (une de plus entends-je dire au fond), qui fut beaucoup dans la réussite de la carrière de John Ford, et auquel John Wayne rendit hommage à la fin de La Prisonnière du désert. Petite déception : Harry Carey ne fait pas son fameux geste dans Straight Shooting. Mais on peut admirer ses talents d’acteur, l’expressivité de son visage et de son jeu, à mille lieux des sourires monolithiques des stars des B-westerns des années 30. Et puis on trouve également dans Straight Shooting un duel à la winchester remarquable, avec gros plans sur les yeux, panique de la populace, tension palpable, mort « sale » et tout le toutim. Il faut absolument voir ça!

Où le voir : démerdez-vous !
Par contre, vous pouvez trouver le fameux duel dans cet extrait de documentaire :


mardi 22 juillet 2008

By Indian Post

By Indian Post
John Ford (Jack Ford)
1919
Avec Pete Morrison Duke R Lee Mada Lane Hoot Gibson

Depuis que le cap de l’an 2000 est largement passé, les films muets, tremblotants, en noir et blanc ont pris un sacré coup de vieux supplémentaire. Jusqu’au 31 décembre 1999, on avait encore le sentiment de leur être rattaché d’une certaine façon en ligne directe : ces gens là avaient vécu avant nous et avaient façonné le siècle dans lequel on vivait. Aujourd’hui que le 31 décembre 1999 est déjà de l’histoire ancienne, les fantômes qui s’agitent sous nos yeux perdent un peu plus de leur aura.
Surtout que dans le cas présent, ce spectacle de 10 minutes n’a rien de subjuguant pour nos yeux de début du XXI siècle, peu au courant des goûts et des stars de l’époque. Ainsi on pourrait dire que le jeune premier, Pete Morrison, n’a absolument aucun charisme. Point barre. Mais ce serait prendre le risque énorme qu’un exhumeur de stars du muet – style Flingobis – vous rétorque qu’il était une star incontestée du grand écran de l’époque, l’un des plus grands acteurs de tous les temps, quoique légèrement sur le déclin après l’arrivée du parlant. Et le plan d’action pour le contredire serait de se taper toute la filmographie de Tom Mix, toute la filmographie de Harry Carey, toute la filmographie de Bob Steele, toute la filmographie de Yakima Canutt pour petit à petit comprendre ce qui faisait le charme, l’intérêt, la noblesse de ces immenses performers qui nous semblent aujourd’hui bien pâlots sous leur maquillage, sans traits marquants, sans caractère distinctif, et seulement à partir de ce moment là on pourrait commencer à objecter que oui peut-être Pete Morrison avait bien peu d’envergure comme acteur. Mais pour l’instant on est obligé de dire qu’il a bien peu d’envergure comme acteur comme un fan de Lorie dirait que Bob Dylan c’est pas de la balle: sans y connaître rien à rien. Alors voilà, je trouve que ce gars là ne dégage rien, mais ne prenez pas ça comme argent comptant, prenez ça comme un fan de Lorie qui dirait que Bob Dylan c’est pas de la balle, en d’autre terme un avis bien peu autorisé. Maintenant je ne sais plus quel humoriste de Coluche ou Desproges ironisait sur les « milieux autorisés », ce qui fait que l’assertion « Pete Morrison a peu de charisme » venant de moi, tout comme celle « Bob Dylan c’est pas de la balle» venant d’un fan de Lorie vaudra ce qu’elle vaudra à vos yeux.
Je pourrais sur le même principe tout aussi bien vous dire « C’est un film de John Ford mais on ne reconnaît en rien que c’est un film de John Ford » au risque qu’un autorisé déterreur de poussières Fordienne me rabaisse aussi sec. Il faut dire que je suis déjà très loin d’avoir vu tous les films parlants de John Ford, alors les muets… Mais pour ce By Indian post aussi connue sous le titre The Love Letter, on a un scénario minimaliste de comédie amoureuse sans que l’on ne sache bien quel est le but affiché. Sans doute faire rire, mais alors rire de quoi ? Le héros se prend un coup de pied au derrière, ce qui ne l’aide d’ailleurs pas à prendre grâce à nos yeux. Les deux tourtereaux sont mariés du haut d’un balcon et leurs poursuivants se prennent une fenêtre guillotine sur la gueule. Les scènes d’actions débridées de l’époque : niet. L’humanisme et l’humour habituel de Ford : en très vague avant-goût. Le seul truc qui a interpellé mes yeux d’amateurs de western contemporain : le long cache poussière porté par un gringalet. Le but de la scène est sans conteste d’ordre comique, le vêtement ne lui allant manifestement pas. Et se rendre compte que John Ford ridiculise avec 40 ans d’avance Sergio Leone qui comme chacun sait a piqué intelligemment ce concept vestimentaire au maître dans Il était une fois dans l’Ouest, ça n’a pas de prix. Et pour voir ce petit bout de péloche, pas besoin de sortir votre MasterCard, il est là ci-dessous, déjà repéré il y a un certain temps par Inisfree :



lundi 9 juillet 2007

La chevauchée fantastique

Stagecoach
1939
John Ford
Avec : John Wayne

L’histoire: Une diligence emmène un microcosme humain à Lordsburgh. On trouve là-dedans la putain, le notable, le docteur alcoolique, le banquier corrompu, la dame de bonne famille, le bandit au grand cœur, le marshall. Ils doivent traverser une terre où Geronimo fait des siennes.

Si on ne devait en garder qu’un, ce serait celui-là. On peut lui préférer d’autres westerns, on peut lui trouver des défauts, mais une chose est sûre, La chevauchée fantastique est le western, le seul, le vrai, l’unique, celui qui définit tout et qui sublime tout d’un seul coup, celui qui crée les poncifs et qui les transcende dans le même mouvement, celui qui n’est qu’une histoire de cow-boys et d’indiens et un drame généraliste en même temps.
Evidemment, sortir des banalités de ce genre sur un film déjà unanimement considéré comme un chef-d’œuvre n’est pas spécialement d’une grande originalité. Mais il ne s’agit aucunement d’un effet de style prétentieux de ma part : je le pense vraiment ! D’autant que je suis loin d’être un fan inconditionnel de Ford dont un certain nombre de films ultérieurs me sont apparus poussifs, manquant d’action et franchement surestimés. La chevauchée fantastique n’est d’ailleurs pas exempt d’un certain nombre de défauts Fordien récurrents : on y trouve chansonnette chiante à faire bailler les morts, mais au moins il n’y en a qu’une seule et elle s’inscrit en plus parfaitement dans la logique narrative de la tombée de la nuit dans le relais. On y trouve l’habituel manque d’action « pure », mais compensée ici par le rythme de la mise en scène et rattrapé par la flamboyance de la fantastique chevauchée. En outre, indépendamment des défauts de Ford, il faut bien dire que le film a un peu vieilli, que le noir et blanc sied mal à Monument Valley (a contrario il illumine parfaitement les scènes nocturnes), et surtout, qu’il manque en VF le charme habituel du doubleur habituel de John Wayne.
Mais alors, qu’est ce qui fait que ce film est si simple et à la fois si génial ? Evacuons d’abord la nostalgie : oui on a adoré le film étant gamin, oui on l’a recréé plan par plan avec la diligence Wells Fargo rouge Playmobil, et oui, le souvenir de cet enchantement ressurgit toujours un peu quand on le revoit. Mais il n’y a pas que ça ! La chevauchée fantastique ne parle pas seulement à l’enfant qui est en nous, il parle aussi à l’adulte avide d’exploration et d’aventure frontier mixée d’aventure humaine. Il parle à l’amateur de cinéma, épaté de voir que tout avait déjà été inventé en 1939 – et surtout, quel contraste entre ce film et les petits westerns de série B tournés par John Wayne quelques années auparavant ! Il parle à ceux pour qui le cinéma est un vecteur d’émotions et pas uniquement de réflexion. Car si John Wayne prend déjà dix minutes sur son temps de présence à l’écran pour papoter et dire des choses tendres à une dame au clair de lune, il le fait avec des mots simples, sans prétention, sans volonté de déclamer des choses vraies et définitives. Juste un ranch, où un homme pourrait bien vivre, en famille.
On retrouve à la fois dans La chevauchée fantastique l’aventure bon enfant avec ces successions de relais, de rencontres avec ces personnages typés et attachants qui s’entassent les uns après les autres dans la diligence, d’évènements inattendus (la grossesse), la tension dramatique due aux indiens hors-champ, le huis-clos au milieu des espaces immenses que l’on retrouvera sous une forme différente dans La captive aux yeux clairs. Du drame humain se détache la figure du bandit romantique, qui actionne sa winchester d’une main, mais qui est fragile en dedans comme une barre Mars, se détache la fille de mauvaise vie qui ne peut croire que sa destinée puisse changer, et se détache le docteur alcoolique, qui bien sûr va prouver à ceux qui le méprisaient qu’il vaut mieux que ce que son apparence veut bien montrer. On dit bien sûr, car ce schéma narratif qui consiste à mettre des hommes qui vont se révéler face à l’hostilité de leur environnement a été usé jusqu’à la corde de façon parfois si grossièrement caricaturale que le mépris face à de si faciles ficelles scénaristiques vire parfois à l’écoeurement. Mais dans La chevauchée fantastique, cette opposition de caractères simplistes se fait dans la douceur, dans l’humanité, baigné par le regard chaleureux du cinéaste. Le duel final, qui pourrait sembler incongru, sert d’exutoire à toute la tension accumulée au cours du voyage, que l’intervention in extremis de la cavalerie n’aura pas suffi à épancher. Les prises de vue en studio, de nuit, John Wayne qui plonge avec sa winchester, et le baddy qui rentre au saloon avant de s’écrouler, tant de scènes reprises et usées au point qu’on a l’impression que rien n’a été inventé depuis. Et même chez les italiens ! Le héros s’appelle Ringo, et il est clair pour lui qu’un homme armé d’une winchester a toutes les chances de réussir face à trois hommes armés de révolvers !

lundi 2 juillet 2007

Le massacre de Fort Apache



Fort Apache
John Ford
1948

Avec: John Wayne, Henry Fonda, Shirley Temple, John Agar



Fort Apache est une petite garnison bien tranquille dont le souci principal est la ligne télégraphique qui est sans arrêt coupée ! Arrive un galonné de ceux que personne n’aime, un type mis au placard pour une raison ou pour une autre et qui met un coup de pied dans le plat par dépit. Exactement comme un chef de service parachuté par la direction parisienne vient ruminer sa colère dans une petite antenne provinciale, le colonel Thursday (Henry Fonda) amène avec lui sa fille Philadelphie (Shirley Temple), son mépris des hommes et des indiens et son ambition frustrée. Il commence par vouloir remettre d’aplomb les uniformes un rien débraillés de lieutenants et d’hommes plus portés sur la boisson et la bonne camaraderie que sur la rigueur militaire. Puis il affiche ouvertement son mépris dû à sa classe quand il refuse de marier sa fille à un simple sous-lieutenant, fut il beau et sobre (John Agar). Henry Fonda joue donc un gars pas tibulaire mais presque, ce qui au final lui arriva assez souvent, si on compte L’homme aux Colts d’Or et Il était une fois dans l’Ouest.

John Wayne aurait voulu jouer les types franchement patibulaires qu’il n’y serait jamais arrivé. Ce gars là est droit dans ses bottes et jovial quelles que soient les circonstances. Il joue le capitaine Kirby York, le genre de galonné qu’on aime bien : pas assez haut placé pour être totalement con, suffisamment tout de même pour imposer le respect et être autre chose qu’une fourmi docile, tout en restant simple et bon camarade. Le capitaine Kirby York, c’est un peu le lieutenant Blueberry en moins alcoolique, il est l’ami des indiens et de Cochise et il croit en la force des traités, il n’a pas d’ambition personnelle et il considère les indiens d’égal à égal et tient parole. C’est bien sûr un homme à se fritter avec le colonel Thursday !

C’est d’abord à fleuret moucheté, car bien que Thursday soit un emmerdeur, il connaît son boulot. Quand les hostilités avec les indiens commencent, il met au point un plan somme toute habile pour punir la bande qui a torturé deux de ses hommes. Plan habile, imposé sans aucune concertation avec ses lieutenants, mais plan habile tout de même. Le capitaine Kirby York s’écrase. Le colonel Thursday, bien qu’étant un rustre qui remet toujours tout le monde à sa place, est aussi un homme juste qui sait agir justement en détruisant le stock d’armes et d’alcool frelaté d’un escroc qui représente pourtant le gouvernement.

Malheureusement, le colonel Thursday aimerait que l’on parle de lui dans les journaux à Washington, et il profite de la confiance qu’inspire Kirby York à Cochise pour lui tendre un piège. Dégoûté, Kirby York s’oppose enfin frontalement à Owen Thursday, mais l’obéissance est plus forte que tout! Qu’importe que le colonel emmène ses hommes vers une mort certaine et que tout le monde en soit conscient. Il faut obéir, quoi qu’il arrive. Kirby York est relégué en arrière de colonne et ne participe pas au massacre. Quand le colonel Thursday se rend compte de son erreur, il retourne mourir avec ses hommes, relâche enfin son port hautain et s’excuse, mais c’est trop tard, l’ouragan Cochise est déjà sur eux, dans un plan magnifique de poussière et de cavalcade. Le massacre en question se conclue par un plan grandiose de Cochise plantant sa lance au pied d’un John Wayne digne, mais désarmé. La conclusion du film est désarmante également, puisque le capitaine York honore la mémoire de feu son supérieur en servant la légende aux journalistes plutôt que la réalité. Mais dans ses yeux, on voit tous ces hommes morts pour rien, auxquels il rend directement hommage.

Ce scénario qui s’inspire du désastre de Little Big Horn offre son content d’action et de coups de fusil aux amateurs de westerns purs et durs. Une fois de plus avec Ford, la nation indienne est une nation noble, qui veut la paix, mais qui est sans cesse bafouée par la faute d’escrocs sans scrupules ou d’officiers à la recherche de gloire. Une fois de plus, voici un western pas si manichéen que ça, au point que j’aimerais bien en voir un, un jour, un de ces westerns tant décriés où le peau rouge n’est qu’une bête sanguinaire assoiffée de meurtre !

Et tout cela suffit déjà à faire du Massacre de Fort Apache un western plus palpitant que La Charge Héroïque et plus passionnant que Rio Grande. D’autant plus que ce qui fait le charme éthéré de La Charge Héroïque est là aussi : la petite vie marrante, virile et alcoolisée de la garnison. La destruction du stock d’alcool frelaté donne lieu à une scène hilarante, tout comme ce bal où chaque invité apporte une bouteille pour corser le punch fait maison. Chez Ford, l’alcoolisme n’est jamais qu’un prétexte à rire. Le joyeux foutoir des jeunes recrues qui apprennent à monter à cheval et la corvée de fumier donnent lieu également à des moments réjouissants, encore que la volonté de faire rire soit un peu trop visible et désamorce les effets comiques, sans toutefois entacher la bonne humeur de ces scènes. Et surtout, ce qui tape sur les nerfs dans Rio Grande est brillamment absent ici : pas une seule sérénade pour ralentir l’action, c’est toujours ça de gagné. Le massacre de Fort Apache est donc le premier et le plus réussi de la trilogie de la cavalerie : un scénario passionnant, de l’humour, une belle confrontation de stars, et bien sûr Monument Valley. Seul bémol, il est en noir et blanc, là où la couleur allait si bien à La Charge Héroïque


PS : La version française fait 1h40, la vo fait 2h, avec plus de scènes sur la vie quotidienne de la garnison.

jeudi 21 juin 2007

La poursuite infernale



Attention, si vous cherchez une véritable critique de ce film, en général unanimement considéré comme un chef d’œuvre, avec des mots compliqués pour dire le génie de Ford et le fait qu’il a tout inventé, ce n’est pas ici que vous la trouverez.


My Darling Clementine
John Ford
1946
Avec: Henri Fonda, Victor Mature, Walter Brennan.

C’est l’histoire des frères Earp, vous savez, ceux qui se castagnent contre les Clanton à OK Corral. Mais comme c’est un John Ford évidemment ça parle de tout autre chose. Et le but est de découvrir quoi…

Cela commence par un générique original à base de pancartes qui tournent en boucle, cela se poursuit par des plans de Monument Valley en noir et blanc, et puis on tombe sur Henry Fonda, sale, pas rasé, qui commence d’emblée les hostilités verbales, à fleuret moucheté, avec le père Clanton, joué avec noirceur par Walter Brennan. Clanton veut acheter le bétail de Earp qui veut garder ses bêtes. Cela en reste là pour l’instant, Earp et ses frêres font la vaisselle avec la poussière de la piste, puis ils vont faire un tour chez le barbier de Tombstone pour vérifier sur le champ la loi non écrite qui veut qu’il est impossible de se faire raser la barbe dans un western, quel qu’il soit. Troublé par un fauteur de coups de feu, Earp prend les choses en main et se voit proposer le poste de Shérif de la ville. Les noms résonnent comme une mythologie ancrée dans l’inconscient collectif : Earp, Tombstone, Dodge City. Quand Earp dit son nom, les gens se retournent, Earp est une légende vivante, et c’est une sacrée mauvaise idée de lui voler son bétail en lui tuant son jeune frère au passage. C’est beau un western de nuit, en noir et blanc, lorsque les frères Earp découvrent la mort de leur frère, engoncés dans leurs cache-poussières trempés de pluie dégoulinante. C’est même magnifique.
Et c’est vraiment dommage que ce film mythique, adulé des cinéphiles de tout poil, commence si bien pour ensuite prendre une tournure beaucoup trop pépère au détriment de l’action et de la castagne. Soudain, on voit Fonda qui cause devant la tombe de son frère, puis on voit Fonda qui joue au poker, puis on voit Fonda assis sur une chaise à attendre. Puis Linda Darnell chante une chanson, Victor Mature apparaît et fait sonner un autre nom de la mythologie westernienne : Doc Holliday. Après un échange un peu tendu avec Earp, il tousse et déclame du Shakespeare. Fonda retourne sur sa chaise et Linda Darnell chante une autre chanson. Du coté des Clanton, il ne se passe rien. Arrive la Clémentine du titre (Cathy Downs). C’est une ex de Doc Holliday, qui n’a pas l’air très heureux de la revoir, sans doute parce qu’elle ne chante pas. Mais Earp semble beaucoup l’aimer lui. Il retourne chez le barbier, et cette fois, il n’est pas interrompu, signe qu’on n’est plus vraiment dans un western, puis il danse de façon gauche. Le grand Henry Fonda est devenu un être fragile…Les choses se décident alors à bouger un petit peu. Earp soupçonne Holliday d’être à l’origine du meurtre de son jeune frère, ce qui est faux bien sûr, comme tout ceux qui ont vu le film de Sturges dix fois dans leur enfance le savent : Holliday n’est pas un mauvais bougre. Mais cette suspicion infondée donne lieu à une belle poursuite, Fonda utilisant deux chevaux pour rattraper une diligence que Victor Mature mène comme un damné.
Alors que finalement il devient clair que ce sont les Clanton qui ont fait le coup, un des frères Earp a la mauvaise idée de poursuivre l’un des Clanton jusqu’à leur ranch. Paix à son âme. A partir de là, le fameux règlement de compte à OK Corral peut avoir lieu, plus de quartier. Après le coup des cache-poussières, Ford démontre une fois de plus que Leone n’a rien inventé - ce que pour une fois Leone reconnaissait volontiers – Earp profite de la poussière de la diligence pour disparaître et abattre un scélérat. Holliday déguste, et le père Clanton se retrouve seul survivant de la famille face aux Earps. Walter Brennan devient alors touchant, l’espace d’un instant, quand il se rend compte que tous ses fils sont morts. Mais on n’a guère le temps de le prendre en pitié, il se fait finalement abattre lui aussi. Fonda repart en laissant Clémentine au bord de la route, hé oui en définitive, on est bien revenu au western…
Alors que dire ? Que Ford est surfait ? Qu’il n’est surfait que pour ceux qui ne connaissent rien au cinéma, comme moi ? Autant La Prisonnière du Désert, l’homme qui tua Liberty Valance , Les raisins de la Colère ont été à la hauteur des attentes suscitées par leur statut de films intouchables, autant La poursuite infernale paraît vide, sans réel enjeu autre que celui de montrer un homme qui participe à sa façon à la construction des Etats-Unis. Pas un mauvais film loin de là, mais une déception, eut égard à la réputation du bébé…

mercredi 20 juin 2007

Les deux cavaliers


John Ford c’est chiant et c’est toujours pareil. Venez vérifier comment cette affirmation polémique est fausse.

John Ford
1961
Two Rode Together
Avec James Stewart, Richard Widmark, Shirley Jones

Le lieutenant Jim Gary (Richard Widmark) parvient à grand peine à convaincre le cynique shérif Guthrie McCabe (James Stewart) de l’accompagner en territoire indien. Le but : récupérer chez les Indiens comanches tous les prisonniers blancs qu'ils ont capturés au cours des dix dernières années. Il s’agit d’enfants enlevés très jeunes dont les parents n’ont pas encore perdu espoir de retrouver la trace. Mais Guthrie McCabe sait bien qu’un blanc élevé chez les indiens devient un indien à part entière.

A force, il faut bien se faire une raison, les westerns de Ford ne sont pas des westerns d’action. Le réalisateur est plus intéressé par ses personnages que par le spectacle, bien qu’il ne rechigne pas à faire bouger tout son beau monde de temps en temps. Une fois ce postulat intégré, on peut savourer Les Deux Cavaliers comme il se doit, sachant que coté coups de feu, c’est l’un des Ford les plus avare qu’il m’ait été donné de voir. Heureusement, le film a d’autres atouts dans ses manches.
En premier lieu, c’est un film de James Stewart. Ce n’est pas le James Stewart sombre et fragile de Anthony Mann, c’est un James Stewart de comédie en roue libre totale, qui fait un numéro de cabotinage à s’en écarquiller les yeux de stupeur tellement c’est sidérant. - Ceux qui me rétorqueront avec mépris condescendant que James Stewart a déjà fait ce genre de show dans tel ou tel classique des années 50 que je ne connais pas sont invités à laisser leur mépris de coté et à m’indiquer les titres en questions, merci. – Ce « Stewart show » explose lors d’un bivouac au bord de l’eau où Widmark et Stewart mènent de front deux discussions imbriquées à n’en plus finir ; et lors d’un échange confondant de négativité entre Stewart et le commandant de la garnison. Stewart joue donc un aventurier vieillissant, antipathique mais drôle. Bien sûr, la force des évènements va faire évoluer le personnage dans le bon sens, mais jusqu’au bout il gardera son coté décalé, égoïste mais sympa quand même. A coté de ça, Widmark est Widmark, mais il a bien du mal à exister à coté de la tornade Stewart.
En deuxième lieu, Les Deux Cavaliers est un film qui fait mentir – encore - la réputation de vieux con d’extrême droite du maître Ford, par la complexité de son scénario qui évite la représentation caricaturale des indiens et qui pointe du doigt les faiblesses des blancs. Car ce qui frappe avant tout, c’est le pessimisme de l’œuvre. Une fois de plus, les indiens sont montrés comme un peuple humain, déchiré par des contradictions internes, et divisé entre les vieux sages et les jeunes va-t-en guerre qui montrent leurs muscles. Les blancs ne sont pas épargnés non plus, par le biais de la vente d’armes aux indiens, du non respect des traités et leur propension à la violence. Tout le monde est plus au moins mauvais, et quand quelques uns sont bons, comme ces pionniers qui vivent de l’espoir de retrouver leur progéniture, leur naïveté fait pitié. Entre ce pessimisme et le personnage drôle mais cynique de Stewart, les scènes de pure comédie, à base de baston pour se disputer une femme, ont bien du mal à faire mouche.
En troisième lieu, la progression du film de la comédie noire - Stewart déchaîné - au drame humain poignant - le lynchage de l’indien blanc incapable d’être un « blanc »- , même si elle crée un film bancal le cul entre deux chaises, témoigne de la richesse d’un cinéaste qui ose tout et ne se prive pas de surprendre à la fois ses admirateurs et ses détracteurs. Alors, s’il est clair que Les Deux Cavaliers n’offre pas la force enthousiasmante de La Prisonnière du Désert ni la pureté westernienne de La Chevauchée Fantastique, on ne regrette pas de s’être laissé porté par le brillant James Stewart au milieu d’une peinture peu glorieuse de l’humanité. Et ce n’est pas la fin sous forme de happy end - seulement vaguement happy - qui changera la perception de l’Homme qu’offre Ford à votre intellect.
Et merci Arte !!

dimanche 17 juin 2007

Rio Grande


Puriste de John Ford, passe ton chemin, ceci est une critique lapidaire, complètement non documentée, limite insultante, qui ne va pas te plaire…

Rio Grande
John Ford
1950
Avec : John Wayne, Maureen O’Hara, Ben Johnson, Harry Carrey Jr., Claude Jarman Jr.
John Wayne est le commandant d’un petit fort reculé pas loin du Rio Grande. Les Apaches lui mènent la vie dure, et le plus rageant c’est qu’ils traversent le Rio Grande pour se réfugier au Mexique où la cavalerie américaine n’a pas le droit de pénétrer. Comme si cela ne suffisait pas, le fils du Duke (Claude Jarman Jr ) vient d’être affecté dans sa garnison. Et vla ti pas en plus que la mère du garçon (Maureen O’Hara ) rapplique, bien décidée à sortir le fiston de la rigueur militaire.

On prend les mêmes et on recommence. Troisième film de Ford sur la cavalerie américaine (après Le Massacre de Fort Apache et La Charge Héroïque), Rio Grande reprend un casting très proche de La Charge Héroïque, dans une tentative de retrouver la bonne humeur et l’émotion de ce grand film. Mais là où La Charge Héroïque faisait souffler le souffle épique de l’épopée (attention, double pléonasme), Rio Grande se contente d’une intrigue somme toute mineure où l’action manque encore plus cruellement de nervosité que dans le film au ruban jaune. Là où La Charge Héroïque faisait pleurer le boy scout de moins de vingt ans par la grâce d’une seule chanson (She wore a yellow ribbon), Rio Grande enchaîne les chansons country du groupe « Sons of the pioneers ». On aime ou on n’aime pas, c’est un fait, mais en ce qui me concerne, la musique doit accompagner l’action et l’émotion, et non pas les ralentir ! Là où La Charge Héroïque faisait rêver en technicolor sur fond de Monument Valley, Rio Grande peine à faire exister l’espace en noir et blanc, et à rendre palpable cette rivière mythique qui sépare le Texas du Mexique. Là où La charge Héroïque parvenait à émouvoir par la nostalgie de ce vieux capitaine en pré-retraite, Rio Grande n’éveille qu’un intérêt poli avec cette histoire de réserve paternelle qui finit par se fissurer sous les coups de boutoir de la fibre maternelle de Maureen O’Hara.
On n’est pas loin du ratage complet, et seule une certaine réserve à l’égard du maître Ford vénérés de tous m’empêche de dire que le film est totalement chiant et sans intérêt. D’ailleurs ce serait faux, puisque malgré l’ennui qui plombe le film, on remarque tout de même forcément John Wayne qui assure, comme toujours, et surtout dans les scènes comiques. On cause souvent à foison sur John Wayne, le Cowboy réactionnaire dur à cuire, mais on évoque rarement son talent pour la comédie, qui explose pourtant littéralement dans certains films comme L’homme tranquille ou Rio Bravo. Face à la femme, John Wayne est toujours drôle, et dans Rio Grande il ne déroge pas à la règle. Mais honnêtement, il vaut mieux le revoir dans L’homme tranquille ou La Charge héroïque que dans ce film mineur où le talent de Ford n’apparaît qu’en demi-teinte.
Même pour Victor McLaglen qui fait son numéro habituel, même pour cette belle bataille finale dans un pueblo mexicain où la cavalerie arrive juste avant que les carottes soient cuites et qui voit le Duke recevoir une flèche en pleine poitrine, avant de repartir au final avec une simple écharpe sous le bras, je recommande beaucoup plus chaudement La Charge Héroïque, plus humain, plus drôle, plus attachant. Rio Grande montre bien que même les plus grands réalisateurs ne maitrisaient pas toujours la recette particulière de leur réussite.

La charge héroïque


Planquez vous, critique courte !


She wore a yellow ribbon
John Ford
1949
Avec : John Wayne, Joanne Dru, John Agar, Ben Johnson, Harry Carrey Jr.


John Wayne parle à sa femme morte avec Monument Valley, flamboyante, en arrière plan. John Wayne est le valeureux Capitaine Nathan Brittles, à l’aube de la retraite. Il aime évoquer avec émotions des soldats courageux tombés sous les ordres de Custer à Little Big Horn. Ses hommes l’aiment et il aime ses hommes. Ses hommes lui offrent une belle montre pour son départ en retraite, et le Duke pleure. Pour sa dernière mission, le Capitaine évite la bagarre avec les indiens, car il a deux femmes à protéger, dont une qu’il apprécie beaucoup, mais il laisse les gamineries de l’amour aux plus jeunes. Le clairon sonne le rappel, John Wayne s’en va seul, au soleil couchant. Il est devenu un simple civil, et tout le monde pleure. Mais à la dernière minute, un jeune trooper revient le chercher, on a encore besoin des services du vieux briscard. Il rentre au fort, tout le monde pleure, de joie cette fois, mais le Capitaine est déjà sur la tombe de sa femme, pour un dernier hommage.



J’ai beau être un anti-militariste convaincu, j’ai toujours aimé ce film, malgré sa dégoulinante vénération du corps militaire triomphant. Et pourquoi pas ? Une armée propre et sans tâche. Un Capitaine juste, simple, prudent. Une guerre contre les indiens où l’on préfère éviter la confrontation. De l’humour dans la personne du sergent irlandais, bourru et alcoolique comme si ces trois termes étaient forcément des synonymes. Une chanson de mecs qui en veulent, mais qui au fond ne pensent qu’aux nanas. Un John Wayne vieilli exprès, qui a besoin de lunettes pour lire, et qui porte le film entier sur ses épaules. Comme souvent chez Ford, l’action est quasiment aux abonnées absentes (pas plus de trois morts, et encore ce sont des trafiquants d’armes), mais c’est pour mieux décrire avec humour la vie d’un Fort perdu au milieu de nulle part où les processus administratifs tatillons sont malgré tout omniprésents (on y voit le Duke porter réclamation par écrit). Les uniformes sont beaux et bleus, tout au long de la mission ils restent beaux et bleus, ce n’est pas du Peckinpah morbleu. Les Indiens loin d’être folkloriques semblent avoir été représentés avec une minutie documentaire et une ambiguïté qui fait la part belle à leurs conflits internes (jeunes belliqueux contre vieux sages). Nous sommes donc dans une vision des guerres indiennes assez simplistes où les responsables du conflit sont les trafiquants d’armes du coté visages pâles, et les jeunes cons bravaches du coté peau rouge. Ce film valorise l’esprit de corps, l’amitié virile, la bonne humeur du groupe avec une telle sincérité dans le propos qu’on voudrait y croire. Les phrases viriles, répétées avec humour tout au long de l’intrigue, du type « Ne vous excusez pas, c’est un signe de faiblesse » contribuent à l’ambiance simple, mais droite dans ses bottes, honnête, courageuse, brave et solide. Un film à ne pas vraiment prendre comme un authentique témoignage de la vie militaire dans les postes reculés de l’Ouest, mais plutôt comme une idéalisation de ces Tuniques Bleues qui contribuèrent à la construction des Etats-Unis. On n’y croit pas une seconde, mais on se laisse porter par la chaleur humaine de l’œuvre. Un western à voir à la suite de Major Dundee pour brosser un tableau bipartite ambivalent de l’armée américaine du XIXe siècle.


Pour lire une critique dithyrambique sur ce film: http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_chargeheroique_collector.htm, c'est là que j'ai piqué les photos.


Bonus: les paroles de la chanson.
Around her neck she wore a yellow ribbon
She wore it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck she wore it
She wore it for her soldier who was far far away
Far away, far away
She wore it for her soldier
Who was far, far away
Around the block she pushed a baby carriage
She pushed it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck she pushed it
She pushed it for her soldier who was far far away
Far away, far away
She pushed it for her soldier
Who was far, far away
Behind the door her daddy kept a shotgun
He kept it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck he kept it
He kept it for her soldier who was far far away
Far away, far away
He kept it for her soldier
Who was far, far away

dimanche 3 juin 2007

Les cavaliers


Un petit John Ford, comme du temps de La Dernière Séance, ça vous tente ?


The Horse Soldiers
John Ford
1959


C’est la guerre de Sécession, le colonel nordiste John Wayne a pour mission d’aller mettre un peu le bordel en territoire ennemi avec un bataillon et un médecin (William Holden) qu’il n’apprécie guère.


La guerre avec John Ford, ça commence mal, ou bien selon les points de vue. Au lieu de piller, massacrer et brûler tout ce qui bouge, notre John Wayne bedonnant préfère se faire inviter à dîner et papoter avec les dames d’en face. Mais le plus grand réalisateur de tous les temps sait nous retourner une situation assez vite à l’aide d’un tuyau de poêle qui sert de table d’écoute moderne. Et oui, cette garce de sudiste nunuche (Constance Towers) est moins crétine qu’elle ne veut le faire paraître ! Toute la séquence est émaillée de gags qui m’ont plié de rire, je ne m’attendais pas à ça d’un film de guerre! Des galonnés qui se lèvent tous à l’unisson à chaque fois que la fausse cruche fait de même, au Sergent qui goûte le brandy qu’on doit servir aux officiers, je me fendais franchement la poire. Ceci dit les amis, pas de fausses idées, ce n’est pas Arsenic et vieilles dentelles non plus, je suis assez bon public. Et tout ça c’est bien gentil, mais les hostilités tardent à démarrer. L’espionne sudiste tombe à la flotte, et les soldats font sécher ses frusques en brochettes autour du feu. Là encore, je me marre.
Enfin ça y est, l’action est au rendez vous, ça se met un peu à canarder. Tiens non, toujours pas, ce sont juste deux déserteurs qui donnent au Duke l’occasion de faire son numéro (Il faut voir John Wayne enfiler ses gants, il me fait un peu penser à Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, juste avant qu’il bourre-piffe le pauvre Blier). Finalement c’est marrant la guerre !
Pas tant que ça en fait. Il fallait bien que ça frite à un moment ou à un autre. Tombé dans un piège, nos nordistes voient un train entier de sudistes leur tomber dessus en criant « Yiyiyiyiyiyi » comme dans Les Tuniques Bleues - comme quoi Les Tuniques Bleues c’est vachement documenté. Heureusement, le Duke est intelligent, il a flairé le bug, et il a eu le temps de se préparer au choc. Les sudistes se font laminer mais il y a de la casse dans les rangs, et là on ne rigole plus. Le Duke est désabusé, il ne voulait pas ça le bougre, il faut le voir incapable de réconforter un mourrant, il faut le voir presque saoul déblatérer sa haine des médecins qui lui ont tué sa femme (c’est donc pour ça qu’il aboie tout le temps sur le toubib). Subrepticement Ford nous montre un soldat vider un seau plein de sang, comme s’il nous disait « Je ne peux pas vous montrer l’horreur, mais elle est bien là ». Et les soldats démontent la voie ferrée comme on démonte un Mc Do, à l’huile de coude ! En fait c’est horrible et fatiguant la guerre…Les minutes passent. Wayne et Holden commencent à se mettre sur la gueule, mais ils n’ont pas le temps de finir. Notre bataillon se trouve, en effet, confronté à une armée de gamins qui apporte à nouveau son lot de situations comiques (une mère qui ramène son mioche de soldat à la maison, un nordiste qui donne la fessée à un autre petit sudiste). Les cavaliers évoluent dans une campagne riante, loin du front, dans un endroit où il semble que la guerre n’a jamais existé ! Au fond, cette guerre n’est qu’une farce, semble nous dire John Ford...La bataille finale contre un vrai régiment sera un peu plus convaincante, mais assez décevante quand même. On raconte qu’un cascadeur est mort pendant le tournage, et qu’à cause de cela Ford à plus ou moins sabré son quota de chutes spectaculaires. Wayne et la sudiste tombent bien sûr amoureux, et Holden et Wayne finissent par se serrer la pince, évidemment. Le toubib reste derrière avec les blessés, et quand il est rejoint par les sudistes, le colonel ennemi lui propose l’aide de son propre chirurgien, qu’il accepte avec honneur. Finalement, la guerre selon Ford, c’est humain.
Pas un grand Ford, mais un Ford agréable et drôle. Un Ford auquel il manque un chouia d’action et de tripes. Wayne est génial comme toujours, Holden est un peu falot, loin de l’ambiguïté et du désespoir qu’il montrera dans La Horde Sauvage. Constance Towers est bien aussi, même si le prétexte utilisé pour justifier la présence d’une femme tout au long de l’intrigue est gros comme l’arrière train du Duke. Un Ford dispensable, mais un Ford malgré tout...

samedi 2 juin 2007

Three bad men


1926
De John Ford
Avec : George O'Brien

Oubliez le son Dolby THX surround 242 dB, laissez tomber le HD-DVD 1920x1080 et les images qui pètent qui sont surtout là pour combler la vacuité du scénario et l’inexistence du propos. Replongez vous à la source du cinéma, sans musique, sans parole, avec des images pourries par le temps et l’oubli (et pour ne rien arranger, sur une vieille VHS). Ici vous vous replongez dans l’essence même du western, les grands espaces, si chers à John Ford, les archétypes du jeune premier (joué par George O'Brien que Ford avait déjà engagé deux ans plus tôt pour Le cheval de fer), des trois bandits au cœur d’or et du shérif véreux, et la conquête de l’Ouest, la vraie.

Les moyens sont là également, les chariots sont innombrables, les figurants remplissent la toile et la grande course vers la terre promise (si vous ne voyez pas de quoi je parle, relisez Lucky Luke) est impressionnante et très spectaculaire, les chariots se renversent, les roues cassent, un bébé est oublié au beau milieu des participants qui galopent ventre à terre. Les trois hommes « mauvais » du titre sont tour à tour drôles et attachants, leurs tenues débraillées et dépareillées, leur barbe de trois jour montrent que le fameux « réalisme » à l’italienne n’avait rien de formellement novateur.

La mort des trois « bons » bandits constitue le deuxième morceau de bravoure du film, ils se sacrifient tour à tour pour arrêter le posse du méchant shérif, et déjà John Ford savait qu’un bon western est encore meilleur avec un peu de dynamite (ou quelque chose d’approchant). La femme est centrale, tout tourne autour d’elle, tous les actes des hommes qui gravitent dans son sillage sont commandés par sa seule présence féminine. L’humour, enfin, n’est pas en reste, des deux bandits qui inspectent le jeune dandy terrorisé au jeune premier qui se gourre de nana sans oublier les images incongrues au milieu de la course (un type en vélo, un chariot extrêmement lent). Un excellent film en somme, en plus d’une curiosité.

Le film muet n’est pas à la mode, les conditions pour les découvrir sont souvent misérables, mais j’ai été agréablement surpris. Et oui, il n’est pas facile de trouver le courage pour ENFIN regarder un film muet qui traîne chez vous depuis des lustres. Il y a toujours un truc a priori plus intéressant à regarder qui repousse le visionnement. Mais retrousser ses manches, respirer un bon coup et visionner ce petit chef-d’œuvre, ça vaut vraiment le coup. Le seul bémol tient au nombre d’intertitres. On m’a toujours expliqué qu’un bon film muet a le moins d’intertitres possible. Ford s’en fout, il met autant d’intertitres qu’il juge nécessaire pour comprendre l’action. Certains sont carrément des dialogues, d’autres sont lyriques et déclamatoires, mais notre esprit contemporain déconnecté du muet ne peut que regretter cette profusion de texte qui hache le rythme du film.