dimanche 3 juin 2007

Les cavaliers


Un petit John Ford, comme du temps de La Dernière Séance, ça vous tente ?


The Horse Soldiers
John Ford
1959


C’est la guerre de Sécession, le colonel nordiste John Wayne a pour mission d’aller mettre un peu le bordel en territoire ennemi avec un bataillon et un médecin (William Holden) qu’il n’apprécie guère.


La guerre avec John Ford, ça commence mal, ou bien selon les points de vue. Au lieu de piller, massacrer et brûler tout ce qui bouge, notre John Wayne bedonnant préfère se faire inviter à dîner et papoter avec les dames d’en face. Mais le plus grand réalisateur de tous les temps sait nous retourner une situation assez vite à l’aide d’un tuyau de poêle qui sert de table d’écoute moderne. Et oui, cette garce de sudiste nunuche (Constance Towers) est moins crétine qu’elle ne veut le faire paraître ! Toute la séquence est émaillée de gags qui m’ont plié de rire, je ne m’attendais pas à ça d’un film de guerre! Des galonnés qui se lèvent tous à l’unisson à chaque fois que la fausse cruche fait de même, au Sergent qui goûte le brandy qu’on doit servir aux officiers, je me fendais franchement la poire. Ceci dit les amis, pas de fausses idées, ce n’est pas Arsenic et vieilles dentelles non plus, je suis assez bon public. Et tout ça c’est bien gentil, mais les hostilités tardent à démarrer. L’espionne sudiste tombe à la flotte, et les soldats font sécher ses frusques en brochettes autour du feu. Là encore, je me marre.
Enfin ça y est, l’action est au rendez vous, ça se met un peu à canarder. Tiens non, toujours pas, ce sont juste deux déserteurs qui donnent au Duke l’occasion de faire son numéro (Il faut voir John Wayne enfiler ses gants, il me fait un peu penser à Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, juste avant qu’il bourre-piffe le pauvre Blier). Finalement c’est marrant la guerre !
Pas tant que ça en fait. Il fallait bien que ça frite à un moment ou à un autre. Tombé dans un piège, nos nordistes voient un train entier de sudistes leur tomber dessus en criant « Yiyiyiyiyiyi » comme dans Les Tuniques Bleues - comme quoi Les Tuniques Bleues c’est vachement documenté. Heureusement, le Duke est intelligent, il a flairé le bug, et il a eu le temps de se préparer au choc. Les sudistes se font laminer mais il y a de la casse dans les rangs, et là on ne rigole plus. Le Duke est désabusé, il ne voulait pas ça le bougre, il faut le voir incapable de réconforter un mourrant, il faut le voir presque saoul déblatérer sa haine des médecins qui lui ont tué sa femme (c’est donc pour ça qu’il aboie tout le temps sur le toubib). Subrepticement Ford nous montre un soldat vider un seau plein de sang, comme s’il nous disait « Je ne peux pas vous montrer l’horreur, mais elle est bien là ». Et les soldats démontent la voie ferrée comme on démonte un Mc Do, à l’huile de coude ! En fait c’est horrible et fatiguant la guerre…Les minutes passent. Wayne et Holden commencent à se mettre sur la gueule, mais ils n’ont pas le temps de finir. Notre bataillon se trouve, en effet, confronté à une armée de gamins qui apporte à nouveau son lot de situations comiques (une mère qui ramène son mioche de soldat à la maison, un nordiste qui donne la fessée à un autre petit sudiste). Les cavaliers évoluent dans une campagne riante, loin du front, dans un endroit où il semble que la guerre n’a jamais existé ! Au fond, cette guerre n’est qu’une farce, semble nous dire John Ford...La bataille finale contre un vrai régiment sera un peu plus convaincante, mais assez décevante quand même. On raconte qu’un cascadeur est mort pendant le tournage, et qu’à cause de cela Ford à plus ou moins sabré son quota de chutes spectaculaires. Wayne et la sudiste tombent bien sûr amoureux, et Holden et Wayne finissent par se serrer la pince, évidemment. Le toubib reste derrière avec les blessés, et quand il est rejoint par les sudistes, le colonel ennemi lui propose l’aide de son propre chirurgien, qu’il accepte avec honneur. Finalement, la guerre selon Ford, c’est humain.
Pas un grand Ford, mais un Ford agréable et drôle. Un Ford auquel il manque un chouia d’action et de tripes. Wayne est génial comme toujours, Holden est un peu falot, loin de l’ambiguïté et du désespoir qu’il montrera dans La Horde Sauvage. Constance Towers est bien aussi, même si le prétexte utilisé pour justifier la présence d’une femme tout au long de l’intrigue est gros comme l’arrière train du Duke. Un Ford dispensable, mais un Ford malgré tout...

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