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lundi 7 mai 2012

Tire encore si tu peux!

Se sei vivo, spara
1967
Giulio Questi
Avec: Tomas Milian, Piero Lulli, Ray Lovelock


Attention gâchages! Les captures ci-dessous dévoilent une grande partie du film.
Western culte et dérangeant, Tire encore si tu peux! - encore un western italien mal servi par son titre français - donne le ton dès la première image.




La main de Tomas Milian qui sort de nulle part (en fait d'un tas de gravats d'une mine madrilène), reprise sur l'affiche, est à la fois dans le cadre esthétisant du western italien et en dehors à cause de la musique - assez entraînante et donc volontairement hors de propos - qui accompagne la scène.






Le flashback continue de jouer avec la convention: le ralenti, l'exécution sommaire, la lumière surexposée qui tranche avec l'obscurité du prologue, mais là aussi, le montage très saccadé avec changements de point de vue et bande son de bombardements préviennent l'aficionado que l'objet qu'il a devant les yeux n'est pas du western spaghetti conventionnel.




Le massacre des Tuniques Bleues est - lui - tout ce qu'il y a de conventionnel, en plus d'être fauché du point de vue budget. Mais cette caméra qui s'attarde sur ce soldat fauché en pleine baignade, l'est déjà moins.










Pour autant, Giulio Questi - au début - n'en rajoute pas des tonnes dans l'avant-gardisme - on n'est pas encore au niveau d'un El Topo. Les gueules de sadique qui se marrent, les trahisons, les peones qui se font tirer comme des lapins, les gammes sont là et bien maîtrisées.




Mais ces pauvres bougres, qui creusent leur propre fosse nous remémorent bien sûr, les pires heures de la seconde guerre mondiale. Les deux indiens ne sont pas des indiens mais des anges gardiens. Les balles en or, destinées à la vengeance, le retour de l'au-delà du héros, tout cela façonne très rapidement une atmosphère fantastique et oppressante.




L'imagerie dévie très rapidement également de la sauce spaghetti habituelle. Ce petit garçon nu, cette petite fille aux cheveux ébouriffés, évoquent bien plus le Tiers Monde, un pays en guerre, ou encore une cour des miracles peuplée de tziganes et de gens bizarres.




Première apparition d'une des chemises noires fascistes/homosexuelles (Sancho Gracia). A partir de ce moment là, Questi prend le parti de sortir les amateurs de western de son film, pour ne garder que les plus curieux, les plus ouverts, les plus endurants.







Questi retourne un poncif de plus. Les bandits que l'on imaginait martyriser la population du village, se retrouvent vite aux prises avec des individus encore plus barrés qu'eux, qui en plus privent le héros d'une partie de sa vengeance.




Tomas Milian, toujours très bon, regarde longuement les cadavres pendus et suppliciés. Totalement indifférent aux balles qui semblent le traverser comme un fantôme, il touche alors le chef des bandits et termine en 30 minutes ce que l'on pensait être le pitch du film. La scène suivante, dans laquelle les villageois cherchent à récupérer à la main, toutes les balles en or d'un Piero Lulli pourtant encore vivant est l'une des plus dérangeantes du western italien - à surtout remettre dans son contexte dans la mesure où aujourd'hui, certains effets ont particulièrement mal vieilli.




Que faire alors à partir de là? Questi part dans le bizarre, l'incongru, le symbolique. Tomas Milian se lave fréquemment les mains, les apparitions surgissent, les chemises noires festoient. Je ne peux pas chercher  à comprendre vraiment. Certains l'ont fait, mais seul Questi a les clés, et surtout, on a parfaitement le droit de trouver cela un peu vain aujourd'hui, même si l'intrigue du film, son fil conducteur scénaristique, reste parfaitement lisible.




Entre outrances, provocations (pour l'époque) et vraies belles scènes nihilistes, Giulio Questi livre une vision de l'humanité aussi noire que possible. Conformément aux codes du genre, tout le monde y passe petit à petit. L'appât du gain, seule motivation du petit peuple spaghetti -souvent pour un effet épique voire comique - prend ici une tournure teintée de folie et de démesure.






Quand ce n'est pas la volonté d'en faire trop, c'est parfois l'effet daté des scènes gore qui nous sort du film. Mais la sincérité du propos est bien là. Questi ne filme pas l'horreur pour faire parler de son film ou pour attirer les foules, mais pour exorciser la noirceur qui s'est installée en lui.




Et quand arrive la scène de l'iguane et de la chauve souris, une chose est sûre, on se dit que Tire encore si tu peux n'est certainement pas un film de premier choix pour qui voudrait s'initier au western spaghetti. Mais quand arrive l’extraordinaire final, on se dit qu'il est indispensable pour qui voudrait avoir une vision aussi complète qu'extrême du genre.

lundi 20 décembre 2010

Adios Hombre


Sette pistole per un massacro
Mario Caiano
1967
Avec: Craig Hill, Eduardo Fajardo, Piero Lulli


Il y a bien longtemps que je n’avais mis une galette spaghetti dans la machine, et ma foi j’avais un peu perdu mes repères. Grand dieux ! Qu’est ce que c’est que ces décors minables au possible ? Une ville tout sauf crédible (le fronton de la banque qui fait toc, au secours!), vide, au ciel bas et froid ! Pas d’Almeria, pas de chaleur, pas de mobilier, le néant. Mario Caiano a beau soigner ses plans et ses perspectives, on se retrouve brutalement plongé dans la misère spaghettienne la plus nue. Lorsque Craig Hill (en bonne place dans le palmarès des acteurs de western spaghetti sans charisme) rentre dans le saloon, il y a un peu plus de monde, on pourrait y croire, on se dit même que cela ressemble à un effet recherché mais on est alors frappés par l’indigence de la vestimentation. Où sont les tenues baroques et étudiées, où est le choc esthétique procuré par les accessoires, où est le soin apporté au détail ? Eduardo Fajardo a rarement été aussi peu inquiétant, tant il est mal sapé et même Piero Lulli ne fait guère d’effet engoncé dans son costume simili-cuir mal ajusté.
Heureusement, peu à peu, le charme ineffable du western italien agit. Après deux ou trois chtouig à la guitare de la partition de Francesco de Masi, après deux ou trois coups de feu à l’écho ultra exagéré, après l’apparition de têtes aimées comme celle de Nello Pazzafini, on reprend plaisir au truc, la machine se remet en marche, le cerveau se remet sur les rails, et youpi, on n’a plus qu’à cataloguer la ribambelle de points positifs de l’entreprise. En premier lieu, un scénario solide, bien ficelé, bien mené et que l’on suit avec plaisir jusqu’au bout. Bon, étant donné le pitch – à savoir une bande de bandits qui tient une ville en otage – on se serait attendu, de la part d’un western italien, à plus de démesure dans les sévices, brimades et autres violences diverses à l’encontre de la population locale, mais comme le dit en introduction Jean-François Giré dans un argumentaire un peu bancal, Caiano fait partie de ces réalisateurs qui ont affirmé leur personnalité en copiant le classicisme américain plutôt que le style Leonien (bon je caricature un brin, mais ça revient à ça). Donc, de la violence oui, ma non troppo. Quoi qu’il en soit, le huis-clos étouffant est bien mené, bien rythmé, avec en filigrane des histoires de trahison et de vengeance qui tiennent la route. Les femmes ne font pas que de la figuration, on apprécie l’implication de Giulia Rubini, l’importance des dialogues qui lui sont accordés, le temps consacré à son personnage. Spartaco Conversi apparaît à la fin pour notre plus grand bonheur, et même si l’on sait avant même que la diligence n’arrive qu’elle sera remplie d’hommes de loi, et bien ma foi le film a rempli son office, il a permis de passer une bonne petite soirée spaghetti sans prise de tête, tout en rêvant, comme d’habitude, de ce qu’aurait pu être le film avec plus de moyens, plus de tripes et plus de cran. Malgré tout, un spagh honnête quoi, ni plus, ni moins.



Le DVD Seven 7: image pas tip top, manquant de netteté, couleurs légèrement délavées par moment, un peu vives à d'autres moment, il manque les tons ocres du genre. Introduction factuelle de Jean-François Giré qui dit tout ce qu'il peut sur un film somme toute assez mineur malgré ses qualités de mise en scène.