Affichage des articles dont le libellé est Otto Preminger. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Otto Preminger. Afficher tous les articles

samedi 13 octobre 2007

Tempête à Washington


 

Advise and consent
1962
Otto Preminger


Dans les années 60, il y avait plus grave pour un homme politique américain que de se faire prendre en bouche par une jeune stagiaire. Il était en effet rédibhitoire d’avoir eu des tentations communistes dans sa jeunesse. C’est le cas de Robert A. Leffingwell (Henry Fonda) que le président des Etats-Unis (Franchot Tone) veut nommer Secrétaire d’Etat. A partir du moment où la décision présidentielle est prise, c’est effectivement la tempête au Sénat qui doit approuver le choix du président. Les adversaires de Robert A. Leffingwell et ses partisans vont se livrer une guerre de couloir sans merci.


Otto Preminger semble avoir fait une carrière constituée de films qui ne se ressemblent pas. On a vu déjà son amour des paysages grandioses et des formes de Marilyn Monroe dans le western Rivière sans retour. Il a également signé une comédie indépendante « libérée » - The Moon is blue, avec William Holden – qui fit scandale en son temps à cause de l’utilisation des mots « seduce », « mistress » et « virgin ». Evidemment, lorsqu’on voit de nos jours un film indépendant comme The Big Lebowski qui place le mot « fuck » trois fois par phrase, ça fait sourire, mais Otto Preminger s’illustrera encore par la suite avec The man with a golden arm – avec un excellent Frank Sinatra en joueur de carte junkie – surtout connu pour une puissante scène de sevrage qui fit sensation à l’époque et qui n’a pas grand-chose à envier à celle de Trainspotting aujourd’hui.

C’est au film politique que s’attaque Otto Preminger avec Advise and Consent, à ses magouilles, ses alliances, ses trahisons et ses coups bas. Comme Robert A. Leffingwell est joué par Henry Fonda – au demeurant assez peu présent dans le film – on épouse instinctivement la cause de ceux qui défendent sa nomination au poste de secrétaire d’état, mais on se rend compte bien vite que certains de ses partisans dépassent les bornes. Tout est passionnant dans ce film : l’aspect documentaire des procédures du Sénat (en particulier, le passage du pouvoir si le Président des Etats-Unis meurt), la défense de Leffingwell et son mensonge sur son passé communiste, les discussions sur la réponse aux Russes (Le sénateur Cooley (Charles Laughton) est partisan de la fermeté, il s’appuie sur une conception vétuste de la fierté, de la guerre et de la patrie en plein risque d’apocalypse nucléaire alors que Leffingwell est partisan de la négociation, au risque de devenir un nouveau Daladier), le sens du devoir du sénateur Briggs (Don Murray), qui veut faire échouer la nomination parce que Leffingwell a menti sous serment, même si cela signifie porter le discrédit sur son président et sur son pays, la contre-attaque enfin, fulgurante et fatale, des jeunes loups partisans de Leffingwell. Car il y a en effet pire, à cette époque, que d’avoir eu des tentations communistes dans sa jeunesse. Ce pire, je vous laisse le découvrir en regardant le film, car le but n’est pas ici de tout raconter.




Le film rend aussi hommage aux vieux briscards de la politique qui prennent cet épisode avec recul – que ce soit le sénateur Cooley qui au final est plus sympathique qu’il n’en a l’air ou le chef de la majorité (Walter Pidgeon) qui défend la cause de Leffingwell, mais pas à n’importe quel prix – alors que les jeunes se cassent les dents, emportés par leur passion et leur volonté de vaincre. Tous les personnages secondaires sont bien vus, car tous les personnages du film sont des personnages secondaires, en particulier le vice-président « incompétent » (Lew Ayres) qui au cours de la pirouette finale va se révéler plus décidé qu’on ne le soupçonnait. La mise en scène d’Otto Preminger est réputée pour sa souplesse et sa fluidité, on retrouve certains mouvements de caméra audacieux, des créations d’ambiance intéressantes (il semblerait qu’aucun Sénateur n’allume la lumière en rentrant tard le soir chez soi, et ce afin de profiter au maximum des effets de clair-obscur du noir et blanc J), une maîtrise des lieux, des personnages et de leurs intrigues par le biais de certains éléments clés qui reviennent régulièrement (le petit métro qui transporte les sénateurs, les visites guidées du Sénat) et qui font de Advise and Consent un film passionnant, jusque dans ses moindres détails. Et donc, mesdames et messieurs les ménagères de moins de vingt-cinq ans, je ne saurais que vous enjoindre à vous procurer ce film d’une manière ou d’une autre, à ne pas faire vos relous et à lâcher vos coms ;-)

dimanche 3 juin 2007

Rivière sans retour


Magnifique western avec des stars et des montagnes.

River of no Return
Otto Preminger
1954
Avec Robert Mitchum, Marilyn Monroe

Robert Mitchum et Marylin sont dans un bateau. Marilyn tombe à l’eau…

Pour autant que je sache, il s’agit de l’unique western d’Otto Preminger. Ce réalisateur, en plus d’avoir un prénom en palindrome, a réussi quelques œuvres phares, comme Saint Joan, film sur Jeanne d’Arc avec Jean Seberg, ou l’excellent Homme au bras d’or, avec un Sinatra extraordinaire, en camé en plein sevrage. Dans Rivière sans retour, il est manifeste que le réalisateur se soit laissé allé à une trop grande contemplation de la nature canadienne, ainsi qu’à une observation particulièrement fine du déhanché de son interprète féminine. Le film en souffre un petit peu à mon goût. Car paysages il y a. Tournés dans les rocheuses canadiennes, on ne peut qu’être estomaqués par «the beautiful scenery», et c’est un crève cœur de regarder ce film sur une VHS (heureusement non recadrée). J’envie quelque peu tous les ancêtres qui ont eu la chance de découvrir tous ces westerns de l’âge d’or sur grand écran. Bien sûr, des paysages, ce n’est pas assez pour justifier la réputation du film. Alors il y a Marilyn. Marilyn chante, Marilyn met un jean moulant taillé sur mesure et Marilyn assure dans les rapides avec Mitchum, complètement inutile, accroché au gouvernail. Bien sûr Marilyn tombe à l’eau, de manière à assurer la scène délicieusement érotique que tout film avec Marilyn doit comporter. Nue sous une couverture, Mitchum est contraint de la frictionner énergiquement. La pneumonie ainsi évitée, il faut reconnaître que Marilyn joue ici un rôle plus mûr, plus adulte que la cruche de Sept ans de réflexion ou la femme-enfant des Désaxés. Avec sa répartie, son amour et son regard humain sur les hommes, Marilyn est la femme par laquelle la civilisation arrive. Cessez de vous battre pour l’or, cessez de toujours chercher la vengeance, et mettez votre testostérone en veilleuse. C’est ça que veut nous dire Marilyn quand elle roule des hanches en pleine nature.De son coté, Mitchum interprète l’homme, le vrai. Celui qui sait ce qu’il faut faire, celui qui dégomme les indiens à la winchester, celui qui choppe la bouffe au lasso. Mais, ce qui le rend attachant, c’est aussi sa faiblesse et son passé de prisonnier. Dans les rapides, je l’ai déjà dis, il ne sert à rien. Face au couguar, il doit son salut à un sous rebut de l’espèce humaine, du type que l’on rencontre dans Délivrance auquel on pense immanquablement devant la sauvagerie des hommes. Enfin, lors de l’affrontement final, Mitchum doit la vie à son fils, qui rejoue la scène qui a jadis conduit son père en prison. A ce moment, à la seconde où Mitchum voit qu’il va mourir, il est profondément humain. Quelle classe ce Mitchum !La petite tête blonde est attachante également, Marilyn le sent bien, elle qui courrait après l’argent, les robes, la civilisation et l’opéra, elle se rend compte que la vraie vie, c’est peut-être la vie simple avec une famille qu’on aime (bouhouhouu que c’est beau !). Au début, elle chante « Love is a one silver dollar », à la fin elle préfère « Love is a traveller on the river of no return ». Bouhouhouu, snif. Pour ma part, j’aurais aimé que le film s’arrête là, avec Marilyn revenue comme au point de départ, dans son saloon. Mais non, Mitchum la récupère un peu brutalement, et elle jette ses escarpins dans la boue. Yes ! Après tout, ne boudons pas les happy-ends, c’est devenu un peu notre tort, à nous les frenchies, de toujours croire qu’une fin noire et désespérée est gage de bon film et d’attitude auteurisante.
Un western à la réputation un poil surfaite, mais un très bon moment néanmoins. Notons qu’en ces temps reculés, les indiens n’étaient pas encore considérés comme des êtres humains politiquement corrects, mais comme une menace qu’il valait mieux éviter ou réduire à néant à la winchester. La winchester, ou la perte de la winchester, est un élément central du film et de la tension du voyage. Ainsi je pense qu’il y a deux types de bons westerns : ceux où les armes sont rares, et leur présence en est d’autant plus forte, et ceux où elles sont disponibles à profusion, et ça canarde partout !