vendredi 11 novembre 2011

Sugar Colt



Franco Giraldi
1966
Avec: Hunt Powers

Le titre est stupide, et la première image pitoyable. Une piteuse pancarte indiquant "Snake Valley" au milieu d'une vallée vue cinq cents fois, ça vous sort du film avant même d'y être entré. J'avais ce film en magasin depuis fort longtemps (merci au Chat au passage), mais je n'avais jamais réussi à dépasser le choc psychologique de cette branlante pancarte.

Armé d'une volonté de fer, j'ai passé la vague, bien m'en a pris. Passé le massacre des tuniques bleues presque aussi toc que la pancarte, un fabuleux thème à la trompette de Luis Bacalov se déploie. Et immédiatement ressurgit des entrailles de votre âme tout ce qui vous manque dans le western américain: une ambition dramatique démesurée, une marionetisation des actes et des destins, un sens de la vie forgé dans le sang, une universalité des archétypes humains loin des mythes et de la morale américaine.

Et bien sûr cette ironie toujours présente. Ici le ton louvoie entre comédie et drame sérieux, et cela fonctionne parfaitement. On retrouve avec bonheur un western "enquête", avec des populations qui n'osent pas parler et des hommes de main intimidants. L'originalité réside dans l'objet de l'enquête qui consiste ici à rechercher des soldats disparus mystérieusement. Le héros se fait passer pour un docteur, une "petite gens" sans prétention qui peuple le petit monde du western. L'humour naît des réactions du docteur face aux vexations (une marrante baston type pugilat), du décalage entre sa dégaine et ce dont on le devine capable. Le drame prend de l'ampleur à chaque développement de l'enquête. Pas de message, pas de sous-texte, pas de discours sur l'humain. Une intrigue, des bastons, des morts et une belle musique. La mayonnaise prend.



Pour moi, Hunt Powers n'était qu'un légume de plus à la Robert Woods, perdu à jamais dans les délires de Demofilo Fidani. Surprise, Hunt Powers est ici un excellent acteur. Sorte de dandy séducteur, il se déguise et dégage une très bonne expressivité. Le regard provocateur, le sourire perpétuellement ironique, il est un des atouts indéniables de ce bon petit spagh bien réussi. A ne pas rater évidemment, le festival habituel de tronches du genre (dont le fleuriste du Retour de Ringo), et les idées loufoques habituelles de ce genre de production. Ici, Hunt Powers commence en tant qu'instructeur dans une école de tir pour dames. Et bien sûr, même si Franco Giraldi n'est pas franchement le plus baroque des réalisateurs italiens, ne pas manquer le final, bien excessif dans la mise en scène de la mise à mort du chef des méchants.

jeudi 10 novembre 2011

Le train sifflera trois fois

High Noon
1952
Fred Zinnemann
Avec: Gary Cooper, Grace Kelly
Encore un classique de mon enfance que je n'avais pas revu depuis des lustres, empêché par un souvenir vivace d'inaction totale, et par les propos de Hawk sur son Rio Bravo qui serait l'anti-High Noon par excellence. Et comme j'aime beaucoup Rio Bravo, j’ai attendu longtemps. L’autre jour je l’ai vu chez Noz aux cotés de deux Terence Hill retitrés: Trinita remet le couvert et Trinita reprend l’avantage. J’ai pris le Gary Cooper.
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High Noon commence par cette belle image de Lee Van Cleef. Etrange destinée de cet acteur, qui fait que rétrospectivement on attache de l’importance à ses rôles de seconds couteaux. En tout cas, dans ce film, même si son personnage n’est pas très développé, il survit pendant quasiment toute la durée du métrage. C’est déjà bien.
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Les lèvres bougent pendant la chanson du générique, mais on n’entend pas leurs paroles. L’effet est étrange, comme si on épiait les deux hommes, et comme si le réalisateur nous prenait pour des gens intelligents, capable de comprendre un film sans en avoir toutes les clés.
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La ballade, chantée par Tex Ritter, est langoureuse à souhait, ce qui a pour effet de dédramatiser la chevauchée de ceux dont on ne saurait pas encore qu’ils sont les méchants si l’on n’avait pas reconnu Lee Van Cleef.
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La chanson s’efface au profit des cloches. C’est beau. On se dit que Leone dans ses films n’a fait qu’exacerber un esthétisme déjà en place pour mieux nous le révéler.
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En parlant de Leone, une gare et trois truands, on y est. L’un deux se rafraichit la figure dans un baquet qui traine par là. Le pittoresque au service du cinéma.
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Les yeux incroyablement perçants de Grace Kelly, dont c’est l’un des premiers films.
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Des seconds rôles bien écrits. Le film a l’intelligence de ne pas leur faire faire ce que l’on attend d’eux: les couards restent couards, les indépendants restent indépendants, les butés restent butés, et le Shérif Kane sera finalement aidé par la personne qu’il attendait le moins.
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Gary Cooper, encore beau, fringant et sûr de lui, n’a pas encore commencé sa mue en vrai héros de western.
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Le juge se barre et emporte son drapeau avec lui. C’est la civilisation qui recule devant la barbarie. Je n’ai pas bien compris en quoi ce film pouvait être une dénonciation du maccarthisme, mais ce genre de plan va certainement à l’encontre du mythe de l’Ouest en perpétuelle marche en avant vers la civilisation.
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Le maitre d’hôtel (Howland Chamberlain si j’en crois imdb), un savoureux petit enfoiré, mesquin et détestable.
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Le swearengen du coin, encore un tout petit personnage intéressant (Larry J. Blake toujours selon imdb), légèrement louche et pas vraiment sympathique non plus.
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Le regard de Gary Cooper commence a trahir la pression, le découragement, la peur…
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… au point qu’il se laisse aller à pleurer sur son bureau. Pas étonnant que le Duke n’ait pas aimé.
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L’omniprésence de cette horloge, filmée quasi en temps réel, en plans de plus en plus rapprochés, contribue fortement à l’efficacité du film, sans aucun temps mort malgré l’absence totale d’action.
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Autre gimmick visuel, seules lignes de fuites de ce western essentiellement urbain, les rails vers l’horizon, échappatoire impossible puisque de là vient le danger.
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La dernière minute avant l’arrivée du train est extraordinaire, succession de plans de plus en plus rapides et de plus en plus rapprochés, qui permet de revoir tous les personnages du film…
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… jusqu’à cette belle composition.
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Gary Cooper a achevé sa métamorphose. Sueur, saleté, peur, mais aussi classe et détermination, on y est, le western peut commencer.
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Formidable mouvement de grue qui symbolise la solitude du shérif face au danger. De nos jours ce genre de plan révèle des hordes de soldats pixélisés à l’infini. Là on découvre du vide, économie de moyens pour effet maximal.
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Quand je disais que le western vient seulement de commencer, en plus il n’est pas avare de poncifs.
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Le héros à terre. Belle image d’impuissance couplée à une belle scène d’action. Efficace.
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Encore un poncif oui, mais un poncif avec Grace Kelly n’est pas un poncif.
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Autre plan redoutablement bien mené: la rue qui soudainement se remplit de monde alors que la ville semblait désertée.
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Le plan final, qui me fait plus penser à la scène parodique que l'on trouve dans Lucky Luke que l’inverse. C’est le problème d’être né trop tard pour avoir découvert les choses dans l’ordre.


samedi 5 novembre 2011

Johnny Guitar





Johnny Guitar
1954
Nicholas Ray
Avec: Sterling Hayden, Joan Crawford, Mercedes McCambridge, Ward Bond, Ernest Borgnine


J'ai vu ce film tout petit. C'était un peu comme une sorte de légende dans la famille, ouah, il y a Johnny Guitar qui passe à la télé! Je n'avais comme souvenir que la scène de pendaison, et vu l'aura du film dans le milieu autorisé, fallait bien que je mette la main dessus un jour.
J'ai trouvé la VHS pour dix centimes dans un vide-grenier, aux cotés de deux Bud Spencer: Malabar à New York et Malabar à Miami. Vous n'allez pas me croire, mais j'ai laissé les deux Bud Spencer et j'ai pris le Johnny Guitar.


Le début est tout bonnement formidable. Des explosions dans la montagne, une attaque de diligence vu de loin, presque genre "Tiens, une attaque de diligence...", du vent, de la poussière de partout, et une guitare. C'est déjà une bonne intro, mais ça continue, une énorme batisse au milieu de nulle part, le bruit de la roulette et du vent, toujours aucun dialogue. La tension monte, et quand ça se met à parler, c'est pas pour causer météo!
Les échanges haineux commencent, avec Vienna au milieu de son escalier. La précision des dialogues, la répartie des protagonistes sont ébouriffantes. Arrivent des bandits dont l'un s'appelle Dancing Kid. On apprécie le parallèle du nom avec celui de Johnny Guitar. L'esthétisme du huis clos étouffant continue avec la toux de l'un des bandits et ce verre vide qui tourne....
"C'est mon nom, vous voulez le changer?". Le film avance, mais la tension ne faiblit pas. Mieux, elle va crescendo. Le héros n'a pas d'arme. Mais on sait que c'est du pipeau, parce qu'on regarde un western, et que dans les westerns, les héros qui n'ont pas d'armes sont tous des as du révolver (à l'exception de Hoot Gibson).


On est un peu sur un nuage.


Et puis le soufflé retombe. La "révélation" de la virtuosité aux armes du guitariste tombe à plat, et limite trop vite. La "révélation" du passé commun amoureux de Vienna et Johnny tombe aussi à plat vu qu'on n'en attendait pas moins. Le film devient extrêmement bavard, avec un enchaînement de phrases bateaux ("Quand l'amour se consume, il ne reste que des cendres"), de dialogues à double-entendus barbants, de souvenirs, de regrets et de larmes de mauvais mélodrame. On étouffe, on voudrait sortir à tout prix de ce saloon, vas-y Johnny, aide la à descendre son lustre, qu'on se sorte de là.
Le film manquant aussi singulièrement d'humour. Par exemple, après qu'il ait fini de se battre avec Ernest Borgnine, j'aurais bien vu Johnny Guitar demander "Barman, un whisky, ça me donne soif ces petits jeux moi!", mais non, on est dans le sérieux, dans le pathos sans aucun recul, faut bien qu'on comprenne la dureté du truc, faut pas rester là monsieur. Mais pourquoi, quel est donc le message du machin?


Pour le message, faudra attendre. Pour l'instant, on respire un peu. Il y a une cascade sous laquelle il faut passer pour arriver au repère des bandits. Haaa, un truc de serial, et ici vraiment un hommage puisque absolument pas crédible. D'habitude, derrière une cascade, il y a une grotte, ce qui nous donne par exemple dans The Toll Gate de belles scènes contrastées avec les yeux fixes de William S. Hart. Là derrière la cascade, il y a des montagnes et une cabane que l'on doit donc croire ignorées de tout le pays. On s'en accomode.
Le nuage remonte. L'attaque de la banque est formidable. Le posse constitué d'hommes en noir est d'un esthétisme classieux, où la beauté naît du contraste. Contraste du noir et blanc avec toutes les couleurs chaudes éparpillées dans le film. Incongruité de la tenue au regard de son utilisation: la chasse à l'homme.
Le personnage d'Emma se dessine. Elle devient beaucoup plus intéressante que Vienna, engoncée, elle, dans ses vêtements d'hommes et ses mystères. Emma a droit à des plans fulgurants, parfois brefs comme lorsqu'elle attend sur le pont "ses" hommes parce que - trop pressée - elle a pris trop d'avance, parfois longs comme lorsqu'elle met le feu au saloon. Le message aussi se dessine: L'amour refoulé, ça fait faire des conneries, la justice expéditive, c'est pô bien. OK.


Dans l'ensemble, la redite de la confrontation dans le saloon et la scène du lynchage fonctionnent très bien, mais sont plombées par des incohérences mélodramatiques. Tom se fait descendre, et Vienna trouve le temps de lui parler gentiment, de lui expliquer qu'il n'est pas insignifiant alors qu'il était bien un personnage insignifiant dans le film (il s'appelle vraiment Tom d'ailleurs ?). Un genre de scène obligée alors que l'importance du personnage ne la justifiait pas, ça vous sort du film.
Et hop, à peine sauvée du lynchage, on remet ça dans les galeries de la vieille mine: "Je t'aime. Moi non plus. Je t'ai aimé jadis. Et toi? Mais vas-tu le dire boudiou?!" Zzzzzzz roôôo zzzzzzzz.
La dernière partie, là haut dans la montagne interdite, ressemble à du mauvais spagh. Un duel féminin, déjà, fallait oser. Les yeux sont exorbités, les machoires serrées à bloc. Mais la mort du Dancing Kid, c'est la cerise sur la gateau. Dans un spagh - pourvu de toute la distance ironique nécessaire - j'aurais applaudi. Ici, cela déssert le film. La limite est facilement franchie, dans un film au final baroque, entre l'apothéose des sentiments et le ridicule. La limite n'est pas franchie dans Duel au Soleil. Elle l'est ici, malheureusement, au regard de la réputation de l'œuvre ..


 Au final, malgré quelques passages que j'ai soulignés, j'ai aimé ce film. N'en déplaise à ceux qui détestent le genre, j'y ai retrouvé une atmosphère, une esthétique que l'on retrouvera plus tard dans le western européen. J'y ai aussi retrouvé, le jeu outré et les effets du muet. Malgré tout, le film avec ses effets de couleur, sa dramaturgie appuyée, son symbolisme lourdingue, démontre une sorte de modernisme qui a mal vieilli. Le film n'est plus le chef d'œuvre qu'il a été, mais n'en demeure pas moins une incontestable curiosité de grande qualité.



Images: USMC sur Western Movies

vendredi 19 août 2011

L'Homme qui n'a pas d'étoile

Man without a star
1955
King Vidor
Avec: Kirk Douglas, Jeanne Crain, William Campbell, Richard Boone, Claire Trevor

Classique du genre, avec la fin de l'Ouest et de ses riantes pâtures, l'arrivée du barbelé qui limite la liberté des uns et les troupeaux de plus en plus grands qui augmentent les profits des autres. Ce film narre la disparition des hommes simples, valeureux et fiers. Dempsey Rae (Kirk Douglas) le premier, vagabond et libre et à l'individualisme forcené, une constante chez Kirk. Il fuit, toujours plus au Nord, il fuit les barbelés et les complications. Mais bientôt il devra faire un choix, comme un genre de thématique Manniène chez King Vidor dont les personnages portaient également souvent cet individualisme auto-destructeur. Le contremaître (Jay C. Flippen) fait aussi partie de ces hommes à l'ancienne, droit, respectueux de ses voisins et des coutumes. Il se fait virer car il est un tenant du capitalisme paternaliste à l'ancienne et n'a pas assez l'obsession de la finance. C'est tout cela que conte L'homme qui n'a pas d'étoile, et bien sûr, malgré le cliché, on peut bien le dire: ce tout cela là résonne encore de nos jours.
Dans le genre classique, on a le droit aussi également, comme dit précédemment, au héros qui fait un choix. Après une première partie où Dempsey Rae évite soigneusement de choisir réellement son camp, il est obligé après un passage à tabac en règle de retrousser ses manches et de mettre leur pâtée aux méchants, c'est à dire tuer l'ignoble Richard Boone, l'homme de main sans scrupules. La fin trop vite expédiée masque le fait que si les petites mains ont eu leur leçon, la patronne (Jeanne Crain), elle, continue sans doute ses méfaits sans être inquiétée.
Toujours dans le canevas classique, on a aussi en magasin la relation d'un homme avec le frère ou le fils qu'il n'a jamais eu. Les séances de tir, les conseils, puis la prise de distance et l'oiseau qui s'envole du nid dans la mauvaise direction pour finalement revenir dans le droit chemin, le package est mené avec justesse. William Campbell, dans le rôle de l'oiseau, manque un peu de charisme néanmoins, et son amourette avec Claire Trevor est sans intérêt, autre que de voir Claire Trevor. L'érotisme sourd et tendu est à chercher ailleurs, dans la relation dominant/dominé entre Kirk Douglas et Jeanne Crain, sans que l'on sache d'ailleurs qui domine qui.
La violence des hommes ne fait pas dans la dentelle, surtout pour un film de 1955. Ils portent des cicatrices, ils se battent et tuent souvent (voir le petit rôle marquant de Jack Elam, dans cette introduction ferroviaire qui préfigure L'Empereur du Nord d'Aldrich). Pour autant, les scènes "baroques", à savoir le passage à tabac de Dempsey Rae, ou la baston finale, n'atteignent pas la frénésie délirante du final de Duel au Soleil. Bourreau de travail, Kirk Douglas avait un mois à tuer entre deux tournages, et en tant que producteur il embaucha King Vidor pour tourner ce film vite fait bien fait. La réussite du film, dans cette situation de précipitation et de rencontre entre deux personnalités aussi indépendantes et fortes, tient sans doute du miracle. Le fait qu'il ne s'agit pas encore tout à fait d'un authentique chef d’œuvre aussi.

Image: Abilène sur Western Movies

mercredi 17 août 2011

Mon petit poussin chéri

My Little Chickadee
1940
Edward F. Cline
Avec: W.C. Fields, Mae West

Présenté comme un western comique par le programme téloche, Mon petit poussin chéri est avant tout un "véhicule", un prétexte, pour réunir ces deux grandes stars du début du parlant: Mae West et W.C. Fields. A vrai dire, on voit bien comment a pu germer l'idée chez les producteurs: deux spécialistes des mots subtils, à double tiroirs, des sous-entendus graveleux, des one-liners à la Oscar Wilde, des petits jeux avec la censure, du mauvais goût et du cynisme, ça ne pouvait faire que des étincelles. Le résultat fut apparemment au-delà de toutes les espérances pour les producteurs, le film étant si l'on en croit wikipédia, le deuxième plus gros succès de l'année après Autant en emporte le vent.
Le résultat est tout autre pour le spectateur du vingt-et-unième siècle. Poussif, longuet, sans rien d'autre à se mettre sous la dent que le numéro de fleuret moucheté et de piques assassines que se lancent les deux vedettes, le film devient très rapidement ennuyant, à l'exception de quelques séquences burlesques (Mae West qui dégomme à elle seule toute une bande d'indiens belliqueux) et de quelques répliques bien senties qui restent franchement marrantes. Le coté vieilli du métrage est plus pesant que véritablement charmant, la mise en scène est totalement plan-plan, et le problème fréquent avec les films comiques de ces années là est le rythme, beaucoup trop lent à cause des effets appuyés qui s'étirent en longueur pour ne perdre personne en route. Une curiosité malgré tout, ne serait-ce que pour voir l'abattage des ces deux grandes stars des années 30 et 40.

mardi 16 août 2011

Les colts au soleil


The Man called Noon
1973
Peter Collinson
Avec: Richard Crenna, Stephen Boyd, Patti Sheppard


Les colts au soleil, on le sait, ça brille, ça fait pioeww, et ça fait virevolter tout un tas de figurants latins. Ici, point d'exception à la règle, Richard Crenna décanille du tireur (mal) embusqué à la pelle, voire à la fourche ou à la hache. Bacalov singe Morricone en plutôt bien, et on ne peut pas dire que ça dessert l'histoire. Ah oui, l'histoire. L'histoire, heuu l'histoire. On va juste reprendre le pitch alors. C'est un pistolero amnésique avec la voix de l'inspecteur Harry qui cherche à comprendre qui qui lui en veut et qui y'en a vouloir trahir lui et pourquoi, et kiséki qu'a caché le trésor d'un quart de million de dollars et où. En vérité, c'est encore plus tordu, et je n'ai pas cherché à comprendre, même Jean Van Hamme n'y retrouverait pas ses petits. La mise en scène est à tiroir, c'est à dire que chaque scène est censée être un moment clé, qui se trouvera être invalidée par la scène clé suivante. Quand on a compris le truc, on étend ses jambes, on se décontracte, et on n'écoute plus trop ce qui se dit. Ajoutons à cela que chaque personnage, aux motivations doubles, voire triples se la joue profond mystère avec phrases sibyllines à double ententes (voire triples), et vous vous retrouvez vite devant un produit dont le style est si ampoulé que la jubilation qui l'accompagne vous fait passer pour un extraterrestre. Dans le même temps, le réalisateur a fait le pari idiot de ne jamais placer sa caméra à l'endroit le plus évident pour la compréhension de la scène, non, chaque plan, chaque séquence se doit d'être filmée en plongée, en contre-plongée, avec tous les accessoires imaginables en avant plan. Le mec a dû passer des heures à repérer chaque anfractuosité de rocher à travers lesquelles il pourrait filmer. Je sais, ça fatigue, mais moi j'aime bien, surtout que pour se reposer, il y a les décors, la forteresse habituelle recyclée dans tant de spagh, d'improbables mines /grottes où qu'il fait bon se faire assiéger, et surtout il y a quelques belles invraisemblances qui agrémentent l'ensemble, tel ce stupide chef des méchants qui se fait écraser par une grosse pierre qui a le bon goût non seulement de lui foncer pile poil dessus, mais qu'il a en plus le bon goût de ne pas avoir le temps d'éviter, trop occupé qu'il est à tuer ses propres hommes qui eux ont le temps de fuir ladite pierre! Avec tout ça, on n'a plus trop le temps de remarquer l'artificialité des révélations de dernière minute (surtout qu'on s'attend à ce qu'elles soient invalidées la scène suivante, mais non, le dernier coup de théâtre est le bon), ni le ridicule surjoué du duel féminin. 
Bon, si vous avez un peu lu mes anciennes chroniques sur le spagh, vous savez que tous les défauts du monde ne suffisent pas à me faire passer un mauvais moment en compagnie d'un western européen. Celui-ci est plutôt de bonne facture, mais les spagh haters l'auront compris, ils peuvent passer leur chemin, bien que beaucoup de constituants de ce film soient anglo-saxons (les acteurs, le réalisateur, le roman d'origine). Les aficionados eux, aimeront, et pourront en prime repérer quelques second couteaux connus (Aldo Sambrell par exemple). Et merci ciné-classic!

Image: Rex-Lee sur Western Maniac

lundi 8 août 2011

La Prisonnière du désert


The Searchers
1956
John Ford
Avec : John Wayne, Jeffrey Hunter, Ward Bond, Harry Carey Jr. Nathalie Wood


Tout a été dit déjà sur ce film. Il n’y a qu’à lire les commentaires sur Western Movies ce mois-ci, le film est intouchable. Sa réussite tient au mystère des personnages, à la mysticité des lieux, à son message anti-raciste, à la beauté de ses plans, de ses non-dits, de toutes les qualités intrinsèques, extrasèques, archisèques, sous-textuelles, sur-textuelles, intra-textuelles, pré-textuelles, post-textuelles, bi-textuelles, constructivistes, déconstructivistes et post-modernistes de sa réalisation. Pourtant, passé la première demi-heure, l’ennui pointe et tire, le rythme s’affadit, ça devient barbant. Ce qui fonctionne en littérature (cette sensation du temps qui passe) ne marche pas aussi bien au cinéma : vertige de la quête, l’ellipse cinématographique anéantit la temporalité. Le début est formidable, haletant, tendu, fort bien tous ces non-dits, ces regards, ces caresses sur des vareuses, ces personnages cadrés dans des portes. OK, c'est du beau cinéma, mais ensuite? Deux fantômes errants, changeant de saisons, de pays, de costumes pour toujours revenir au même point ? On croirait presque par moment, un road movie des années 70, dont le but serait plus le cheminement en lui-même que le but à atteindre, avec Monument Valley en personnage à part entière. Alors oui c’est vrai, le final est magnifique, le mythique « Let’s go home Debbie », puis la porte qui se referme sur l’outcast Ethan, où le Duke vient de faire – cerise sur le gâteau – son petit hommage à Harry Carey, oui superbe, plus belle scène du septième art tout ça OK, je veux bien, n’empêche qu’avant ça on a eu une de ces abominables chansons que John Ford ne pouvait s’empêcher de placer ça et là dans ses films, on a eu une horripilante mexicaine avec ses castagnettes, on a eu l’exécrable séquence avec Look, la grosse indienne pataude, séquence sauvée in extremis par la découverte de sa mort qui remet du drame dans la grosse farce, on a eu un interminable mariage avorté qui retarde l’échéance, désamorce beaucoup de choses pour faire avancer des intrigues secondaires qui finalement n’ont pas tant d’importance que ça, bref on a eu du Ford de chez Ford comme on n’aime pas trop, à part chez les inconditionnels amoureux du vieux borgne.
Et pourtant dans tout ça, il y a toujours cette ambivalence, l’attaque finale qui s’apparente plus à un massacre (on voit peu de morts, mais on se rend bien compte que le campement est surtout composé de femmes et d’enfants, le Duke qui scalpe son homologue indien, pourtant tué par un autre, et Ward Bond, qui se fait féliciter au final alors qu’il n’a perdu apparemment aucun de ses hommes et que sa troupe hétéroclite a tout de la bande de mercenaires pas vraiment officiels), Ethan, le personnage du Duke, totalement perfide dans ses actes et sa froideur (Ne laisse-t-il pas le personnage joué par Harry Carey Jr. courir droit vers la mort, sans rien faire pour le retenir, ne risque-t-il pas sciemment la vie de Martin (Jeffrey Hunter) pour abattre ses poursuivants dans le dos ?) mais qui a ses sursauts d’humanité et d’amour pour son prochain, il y a ces blanches captives des Comanches, devenues folles – scènes glaçantes – et en même temps les morts indiennes, les scalps de Scar, vengeant ses fils, toute la richesse du cinéma de Ford qui prend l’Homme comme il est, et qui l’aime, dans toute la richesse de ses contradictions.