mercredi 25 juin 2014

Adios Gringo


Je n’avais pas anticipé la mort de mes héros quand j’étais jeune. Je savais, comme tout le monde, qu’un jour ou l’autre on voit disparaître ses ainés, sa famille et ses proches, pour se retrouver de plus en plus  vieux  et entouré de fantômes. Mais la mort de mes héros personnels, je ne pensais pas que cela m’affecterait. La mort de Sergio Leone fut déjà un choc, plus dû à sa soudaineté inattendue qu’au traumatisme provoqué alors par sa disparition. C’est à la mort de Franquin en 1997 que j’ai réalisé que j’allais devoir composer avec la disparition de tous ceux qui ont constitué mon identité culturelle, que le processus serait inéluctable et douloureux. Après tant d’autres depuis, c’est au tour d’Eli Wallach, qui par son rire, son jeu, son personnage était comme un proche pour beaucoup d’entre nous. Curieusement, une image de lui qui me revient souvent est celle de sa participation au Parrain 3, car je m'étais rendu compte à cette occasion que je tenais à lui. Sa disparition me touche, comme me touchera la disparition de son acolyte Clint Eastwood, comme me touchera la disparition de Pierre Richard quand elle arrivera, comme me touchera la disparition de tous ces acteurs, auteurs, dessinateurs, rock stars ou sportifs que j’ai pu suivre à un moment ou à un autre de ma vie. Je me demande s’il existe une étude quelconque sur le processus de deuil de son entourage culturel. Et je ne veux pas parler de ces deuils collectifs hystériques lors de la mort de Lady Diana ou Michael Jackson, mais bien d’un deuil intime pour ces personnalités moins connues mais tout aussi importantes pour tout un chacun, et dont les décès nous rappellent le temps qui passe. 

jeudi 27 mars 2014

Le Convoi des Braves



Wagon Master
1950
John Ford
Avec : Ben Jonhson, Harry Carey Jr., Ward Bond

C'est un film où il ne se passe rien. Pas de péripéties, pas de suspense. Trois quarts d'heure après le début du film, il ne s'est toujours rien passé, à peine de ci de là un début de tension, un hypothétique drame qui se révèle à chaque fois un pétard mouillé. Et vas-y que je chantonne, et vas-y que je suis toujours de bonne humeur. Voir ça après le spagh Chacun pour soi donne l'impression de se retrouver dans une pub Ricoré, mais en noir et blanc, oui parce que tant qu'à faire, il n'y a pas de couleur non plus. Au bout de trois quarts d'heure, on attend toujours que le film démarre, et on se rend compte qu'il n'y a pas de stars non plus. Ben Jonhson, Harry Carey Jr. et Ward Bond, c'est génial pour les fans de Papy Ford, mais pour les autres qui s'attendent chaque minute à voir débouler John Wayne ou Henry Fonda, il y a comme tromperie sur la marchandise. J'ai peut-être loupé des trucs parce que j'avoue que j'ai regardé le début du film en faisant du repassage (oui j'essaye vainement d'être un mâle 3.0, donc des fois je repasse), mais une rapide lecture de critiques alentour confirme que c'est bien un film nonchalant de John Ford.
A 45 minutes du début, entre une chemise Tissaia et mon jean troué, j'étais en train de me dire que Ford avait anticipé le principe des Bijoux de la Castafiore d'Hergé et pris le parti de ne rien raconter du tout, quand soudain, des bandits rentrent dans le champ, en plein milieu d'un bal endiablé. Ford nous jette une série de gros plans sur les trognes des outlaws et les gueules inquiètes des Mormons. Impressionnant! On se rend compte alors que ce noir et blanc est magnifique. 
Le soufflé monte d'un coup mais retombe bien vite. Les bandits se tiennent correctement, et tout le monde redevient joyeux et repart ensemble l'âme sereine. Et c'est reparti pour un peu de parlotte, une touche d'humour Fordien, un poil de flirt par ci par là. Des indiens menacent soudain, mais en fait ils sont pacifiques, ouf, on s'en voudrait de gâcher cette bonne humeur. Les hommes du Marshall à la poursuite des bandits interviennent également dans une classique scène où les bandits menacent les otages de l'intérieur d'un véhicule pendant que les forces de l'ordre n'y voient que du feu. Malgré tout, petit à petit, on pressent l'inéluctable. L'un des bandits s'est fait fouetter pendant la soirée chez les Navajos, et l'on sait bien que ça ne va pas demeurer impuni. On est cette fois, bien dans le film, le dénouement ne tarde pas, violent et incisif. 
Mais ce qui demeure dans ma mémoire, c'est cette légèreté, cette inébranlable foi en l'être humain, ce refus du drame pour présenter un film simple, sympathique et ma foi très agréable à suivre... 

samedi 22 mars 2014

Chacun pour soi




1967
Ognuno per se
Giorgio Capitani
Avec : Van Heflin, George Hilton, Klaus Kinski, Gilbert Roland

Réussite formelle autant qu'artistique, Chacun pour soi allie le meilleur du western européen et du western américain. Au premier, il emprunte les sales gueules, la noirceur et le nihilisme, au second un sens de la mesure et un soin particulier à la réalisation qui donne de la profondeur au scénario. On assiste aux habituels coups fourrés du spaghetti, mais ce n'est pas un jeu car tous les personnages sont fouillés et ambivalents. On assiste aux habituelles fusillades, mais on ne s'amuse pas à compter les morts comme d'habitude. On reconnaît, comme à chaque fois, les décors d'Almeria, mais ils sont si bien mis en valeur qu'on y croit sans peine, y compris cette fameuse dune filmée dans tous les sens. Tout est maîtrisé, cadré, sans que jamais Giorgio Capitani - dont c'est le seul western - ne perde de vue son histoire, sans jamais que le manque de moyens ne vienne le faire dévier de son objectif. Capitani porte une attention extrême aux détails, ici un revolver caché sous une pierre, là un flacon de quinine qui aura son importance, sans oublier ces deux tueurs du début qu'on retrouvera à la fin. Des détails toujours, comme Van Heflin encourageant son cheval, comme cette marmite qui se remplit d'eau au milieu de la mine, comme ce petit pas de danse de Gilbert Roland avant une fusillade, des détails donc, qui placent Chacun pour soi sans peine au-dessus du tout venant.

Capitani s'appuie sur une distribution solide, Van Heflin en tête, formidable en vieux chercheur d'or fatigué mais lucide, et George Hilton à contre-emploi, dont on regrette d'ailleurs que la relation père fils avec Van Heflin soit un peu oubliée quand le duo se transforme en quatuor. Les rôles de Kinski et Roland sont plus convenus mais tout aussi maîtrisés. Curd Ridel insiste dans la présentation du DVD (très bien, mais quelque peu noyée par la profusion de références) sur l'homosexualité entre Kinski et Hilton. Je n'ai pas trouvé cette relation si évidente que ça, mais cela semble faire consensus partout. [Edit suite à discussion en commentaires]  Sachant que le personnage de Kinski à pris le rôle du père du personnage de Hilton, j'y vois plutôt une relation incestueuse pédophile qui aurait perduré une fois l'âge adulte atteint. On voit d'ailleurs Hilton les yeux plongés dans le décolleté d'une serveuse, ce qui semblerait bien indiquer que sa relation avec Kinski est subie. Son désarroi lorsque celui-ci meurt serait donc plutôt lié à la perte du père, et non pas à la perte de l'amant. 

Quoi qu'il en soit, le film, par son thème et ses personnages, m'a quelque peu fait penser au double album des Monts de la Superstition de Charlier et Giraud. Même si le déroulement de l'histoire et les péripéties sont totalement différents entre les deux oeuvres, c'est cette minutie dans la réalisation, la richesse des situations qui tirent à chaque fois pleinement parti de tous les éléments disponibles (aridité, relief, manque d'eau, folie lancinante) qui emportent l'adhésion pleine et totale du lecteur/spectateur. L'un comme l'autre forment une réussite du genre, et si vous avez aimé l'un, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer l'autre.

Capture: DVD Artus

mercredi 19 mars 2014

The Darkening Trail




1915
William S. Hart
Avec: William S. Hart, George Fisher, Enid Markey, Louise Glaum

The Darkening Trail est un film remarquable à plus d'un titre. D'abord parce qu'il intervient tôt dans la filmographie de William S. Hart et qu'il tranche pourtant énormément avec les productions de ses débuts. Ensuite parce que la star, déjà énormément populaire, n'y tient qu'un rôle certes majeur, mais secondaire malgré tout. Enfin parce que le film se déroule petit à petit, devant les yeux du spectateur d'abord curieux, puis littéralement happé par l'intrigue pour finir enthousiasmé par le dénouement tragique et sordide de l'affaire.
Plus drame que western à proprement parler, l'histoire se déroule à une époque visiblement contemporaine du film. On y découvre un jeune homme (Jack Sturgess), fils de riche mais inconséquent, qui visiblement a séduit une jeune fille pour mieux la quitter ensuite. Son père lui laisse le choix, soit de se marier avec elle, soit de partir pour le Yukon. Celui-ci préfère partir pour le Yukon. Cette introduction, très longue, et dans un cadre totalement hors western, aiguise la curiosité du spectateur qui se demande comment William S. Hart va bien pouvoir apparaître dans ce cadre. Le drame qui se noue est fort bien mené, avec de nombreux rôles secondaires (dont Louise Glaum que l'on remarque toujours) et on est presque déçu finalement de ne pas savoir ce qu'il adviendra de la femme délaissée. 
L'acte deux se déroule en Alaska, dans une ville nommé ironiquement Hope City, et c'est là bien sûr que l'on rencontre enfin William S. Hart, amoureux éternellement éconduit d'une femme qui elle, tombera éperdument amoureuse du pied tendre fils de riche fraîchement arrivé. Drame des sentiments et de l'amour fou, The Darkening Trail désigne la piste vers la mort, piste qui s'assombrit à chaque fois que le pied tendre prouve son ignominie. Le dénouement, glaçant, dans une chambre mortuaire battue par la pluie est de ceux qu'on garde dans un coin de sa mémoire et que l'on ressort quand on a l'âme triste. L'épilogue, sur un plan de William S. Hart mélancolique, est d'autant plus fort que la violence de la scène précédente était hors-champ. Il n'y a pas de chevauchées dans ce film, pas d'ode au bandit qui trouve sa révélation, juste une tragédie, un destin inéluctable, sans prise de position particulière. Attention, je ne crie pas au chef-d'oeuvre, mais malgré tout, The Darkening Trail est un film surprenant dans la filmographie de William S. Hart qui vaut largement le détour. Je vous le recommande chaudement.

Scan: The Complete Films of William S. Hart

dimanche 16 mars 2014

Bad Buck of Santa Inez




Bad Buck of Santa Inez
1916
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Fanny Midgley, Thelma Salter

On célèbre cette année, le centenaire du début de la Grande Guerre, qui causa la mort de millions de personnes. Mais il y a cent ans également, de l'autre côté de l'Atlantique, l'acteur William S. Hart accédait à la renommée en présentant son premier western, qui tentait alors d'offrir une représentation plus juste de l'Ouest américain que les centaines de westerns fantaisistes tournés jusqu'alors.
Pour fêter ça, je m'en suis remis un petit, un pur, de 1915, en pleine période Incienne, dont le titre seul est une réussite poétique. Bad Buck of Santa Inez, pour nous autres français, ça ne veut rien dire, ça sonne comme Bad Day at Black Rock, mais c'est Bad Buck, le surnom du héros, et Santa Inez, une bourgade où il sévit et ridiculise le Shérif. Bad Buck, bien sûr c'est William S. Hart, mâchoire serrée et regard dur. Sa confrontation avec le Shérif dans le saloon est un modèle de tension exacerbée dans la plus pure tradition Hartienne, avec réparties cinglantes, gestes calculés et armes pointées à bout portant.
La suite est de la même veine. Le film est inspiré d'une nouvelle de Bret Harte, un auteur américain de la seconde moitié du XIXe siècle, dont les nouvelles The Outcast of Poker Flat et The Luck of Roaring Camp ont servi de trame au western spaghetti Les Quatre de l'Apocalypse. On n'est donc pas surpris de trouver une certaine rugosité dans le scénario de ce Bad Buck of Santa Inez. En fuite, poursuivi par le posse, Hart tombe nez à nez avec une pionnière et sa petite fille dont le mari/père vient de succomber de la fièvre. Bien sûr, il refuse de les aider vu qu'il n'a pas le temps, mais il finit par céder au charme suppliant de la petite fille. Toujours ce poncif du revirement du bandit dans la filmographie Hartienne. Mais ça ne s'arrête pas là, plus tard la petite fille est mordue par un rattle snake lors d'une scène bien insignifiante aujourd'hui, mais qui a marqué le critique de Moving Picture World du 22 mai 1915 qui déclare que la scène pourrait bien être repoussante pour certains, bien qu'elle forme un bel exemple de réalisme dans le Western. Bad Buck va tout faire pour trouver un médecin, sachant qu'il est attendu par le Shérif en ville. Je vous spolie de la fin: la petite fille va survivre, mais Bad Buck, mortellement blessé, succombera au chevet de la gamine. Hop, en vingt minutes, deux bobines, crac c'est terminé. Et c'est tant mieux, on y gagne en intensité. Si vous avez déjà exploré la partie "Années 1910" de ce blog, vous savez que William S. Hart est un acteur un peu à part dans le western muet, et que certains de ses films valent le détour. Bad Buck of Santa Inez, sans atteindre la saveur des meilleurs, contient tous les ingrédients de la recette habituelle et peut former une belle introduction à sa filmographie.

Sources: The Complete Films of William S. Hart. A Guide of Silent Westerns
Scan: The Complete Films of William S. Hart

Où le voir: DVD Alpha Home Entertainment. Attention, c'est du vieux matériau, flou et décadré, dont la qualité est loin d'atteindre la capture ci-dessus.

En bonus dans le DVD on a:

- The Uncovered Wagons, 1923, de Jay A. Howe, une parodie burlesque du fameux Covered Wagon de James Cruze. Les chariots sont remplacés par des automobiles et les indiens attaquent à bicyclette. Franchement, ça ne vole pas haut, mais l'acteur James Parrot, crédité ici sous le nom de Paul Parrot, porte une moustache comme Charlot et deviendra plus tard réalisateur d'un certain nombres de Laurel et Hardy. On note une scène assez drôle où l'acteur, au fond d'une rivière, remet son chapeau et redémarre sa voiture à la manivelle, avec des poissons qui nagent autour de lui.

- Pals of the Prairie: un western parlant de 1934 sans intérêt immédiat, si ce n'est qu'il a pour vedette Buffalo Bill Jr., qui avait cette particularité de n'avoir aucun lien de descendance avec le vrai Buffalo Bill. 

dimanche 16 février 2014

Silverado




Silverado
1985
Lawrence Kasdan
Avec: Scott Glenn, Kevin Kline, Danny Glover, Kevin Costner


J'avais dans les dix ans, un grand sourire aux lèvres. A trente secondes du début de Silverado, je savais déjà que je ne serais pas déçu. Scott Glenn, héros taciturne devant l'éternel tirait à tout va dans une cabane miteuse, les méchants pleuvaient de façon méchamment cinégénique, l'extase du western à l'état pur comme dirait une jaquette Evidis. Le genre d'intro qui vous fait dire des conneries trente ans plus tard, des conneries sur un genre de cinéma généreux qui aurait disparu, avec des vrais figurants qui tombent en vrai, et non pas des modélisations numériques ratées. C'est pas dans les merdes qui se tournent aujourd'hui que ça arriverait une intro pareille pourrais-je dire si j'appartenais à cette frange cinéphile qui considère que l'âge d'or du cinéma commercial est passé, cet âge d'or correspondant toujours, curieusement, à l'époque même où les représentants de cette frange sont devenus cinéphiles.

Scott Glenn donc, tiraille partout, et il est cool. Je l'ai revu dans Vertical Limit, ce film qui possède la plus efficace bande annonce de tous les temps. Je me souviens avoir vu la bande annonce de Vertical Limit alors que j'allais voir Amélie Poulain, ce film miraculeux qui attira au cinéma des gens qui n'y allaient plus depuis des années. Je constate avec mépris pour moi-même que je fais désormais partie de cette population, putain de sédentaire qui ne se bouge le cul pour voir un film qu'une fois par an, mais ce n'est pas le sujet. Le sujet c'est Silverado, mais je dois d'abord terminer ma parenthèse sur Vertical Limit. Au cinéma, attendant Amélie Poulain donc, j'étais assis aux cotés d'un vieux couple de ces gens sortis de leur léthargie cinématographique par Jeunet, et la bande annonce de Vertical Limit se déploya alors dans toute sa monstrueuse virtuosité. Malgré l'enthousiasme suscité en moi par ladite bande annonce, j'eu le temps d'observer l'état de choc de mes voisins, leur incrédulité manifeste devant tant de maestria au service de rien d'autre qu'elle même. L'homme se fendit même d'un "Ce n'est pas possible", lui qui n'était jamais retourné en salle depuis Love Story en 1970, ce film miraculeux qui fit pleurer tout le monde. Plus tard, j'ai regardé la version longue de la bande annonce de Vertical Limit (c'est-à-dire le film quoi) et franchement c'était trop bon de revoir Scott Glenn en vieux Rambo des montagnards, pendant que les jeunes insignifiants courraient à 6000 mètres d'altitude avec de la nitroglycérine dans la poche isotherme de leur sac Quechua. Scott Glenn le taiseux, c'est mon mec, mon idole, une partie de mon héros modèle de mes 10 ans, modèle constitué également d'une bonne dose de Clint Eastwood et d'un charme de Cobra, le héros macho de tous les temps avec son canon à rayon delta planqué dans son bras gauche.

Il y avait des trucs que j'étais trop jeune pour voir, dans Silverado. Je ne connaissais pas John Cleese, et je ne risquais donc pas d'apprécier l'incongruité de sa présence dans un western. Je ne connaissais pas non plus Kevin Kline, et je ne pouvais pas non plus apprécier l'incongruité de sa présence dans un western. J'ai retenu par contre le nom de Lawrence Kasdan, parce que j'ai attendu longtemps qu'il refasse un bon western. Trop longtemps sans doute, aujourd'hui il semble préférer refaire du Star Wars. Incidemment, j'ai découvert Star Wars à peu près à la même époque que Silverado, et sacrément déçu je fus. On m'avait vendu un super film galactique et je ne trouvais rien qui fut à la hauteur de ce que j'avais déjà vu 1000 fois dans Capitaine Flam, Goldorak et Cobra. Dans Cobra, il y avait plus de richesse, de trouvailles et de violence que dans Star Wars, que j'avais trouvé - à la limite - sans intérêt. Ça me rappelle que dans Compañeros je crois, il y a un faux duel où les deux protagonistes qui se font face se retournent soudain pour abattre des types planqués tout autour. Et bien il y a exactement la même scène dans un épisode de Cobra (si j'avais le temps pour ces conneries je ferais un petit montage sur youtube). Comme quoi les liens tissés entre space opéra et western sont multiples, comme lors de cette scène où Han Solo fait face à un chasseur de primes à la table d'un saloon. Mon fils étant à fond Star Wars en ce moment grâce aux Lego et autres Angry Birds, je me suis refadé les six épisodes quand ils sont repassé sur M6, et finalement j'ai trouvé l'ensemble pas mal, avec ces sauts temporels d'épisodes en épisodes, un scénario simple mais qui prend le temps de se développer et des personnages attachants. Kasdan a sans doute raison de se remettre à Star Wars aujourd'hui, il y a sans doute plus de potentiel là dedans avec un Mark Hamill et une Carrie Fischer grassouillets que dans un Silverado 2 avec un Kevin Costner bedonnant et un Danny Glover cette fois vraiment trop vieux pour ces conneries.

En 1991, alors que personne ne pensait que la prélogie Star Wars sortirait un jour, Lawrence Kasdan avait sorti Grand Canyon. Je ne crois pas avoir vu ce film, mais j'avais dû voir des extraits à la télé pendant la promo, parce que j'avais été attiré par le titre, pensez-vous, Grand Canyon, ça sent un peu le western non? Ben en fait non. A la fin du film, tous les protagonistes contemporains se retrouvent au Grand Canyon, et il y est dit que quand on se retrouve devant le Grand Canyon, on est pris par la démesure du lieu à tel point qu'on remet en cause la futilité de ses petits problèmes. C'est un peu comme de regarder le ciel étoilé une nuit d'été à la campagne avec les grillons qui bruissent doucement à vos pieds et la rumeur d'une voiture ou d'une vache dans le lointain. Je m'étais dit, il faut que je vois le Grand Canyon un jour, il le faut, il le faut, pour ressentir ce grand vide. Bon, vingt ans plus tard, je n'ai toujours pas vu le Grand Canyon, ni d'ailleurs le film de Kasdan, heureusement une fois tous les cinq ou six ans, on a un été pas trop pourri en France et je peux me sentir tout petit face à l'immensité du cosmos. 
Mais par ailleurs en 91, j'avais l'âge où l'on dénigre tout, l'âge où l'on remet en cause les enthousiasmes d'antan. Je n'aimais plus Silverado, j'en ai déjà parlé quelque part je radote, mais je méprisais le manichéisme du scénario, je méprisais l'anti-racisme consensuel du film, avec Danny Glover qui ose la phrase la plus lamentable possible sur le sujet : "C'est pas juste !". C'est pas juste non de nous servir des dialogues de CM2, et ça me rappelle un passage dans un roman de Pennac où l'avocat débutant de Mallaussène, pris de court par l'accusation, lance un "C'est pas vrai !" devant son auditoire éberlué. A la fin, Kline tue le méchant Shérif pour devenir Shérif à sa place. J'avais demandé à mon père, est ce que, si j'allais tuer le Capitaine de la gendarmerie locale, je pourrais prendre son poste aussi facilement. C'était mon état d'esprit d'alors, con et prétentieux. En 1994, Kasdan cesserait immédiatement d'être mon ami, en signant le calamiteux Wyatt Earp. 

Comme dirait Kool Shen, aujourd'hui je me réveille et j'ai bien plus de trente ans, cumulé j'ai passé 6 mois de ma vie à regarder des westerns. Et Silverado est un putain de bon western bien gaulé, avec une belle gueule d'entertainment, une musique proprement épouvantable, absolument dégueulasse mais que j'aime bien quand même, un rythme sans faille, une bonne humeur communicative, un Kevin Costner jeune et gouailleur qui crie Hiyaa!! , un Scott Glenn qui se prend une balle dans la cuisse et qui reste cool, et un Danny Glover qui se la ramène furieusement avec ses deux carabines à répétition. Un vrai bon film populaire et maîtrisé. Pas comme ces merdes qui se produisent de nos jours...

Image: The Cemetery Kid sur Western Movies

samedi 8 février 2014

Croix de fer




Cross of Iron
1977
Sam Peckinpah
Avec : James Coburn

Je me souviens de la déception éprouvée en découvrant ce chef d’œuvre de Sam Peckinpah. Je me souviens que cette déception était du même ordre que celle endurée lors de la Horde Sauvage. La violence chez Peckinpah n’est jamais divertissante. On vient voir un film de guerre avec tout plein de morts qui voltigent dans les airs, des ralentis du feu de dieu, des mitraillages dans tous les sens. Et c’est exactement ce qu’on obtient, mais on n’éprouve pas de plaisir comme on en éprouve quand les aigles attaquent. Je me souviens de cette amertume, de ce sourire désabusé d’un James Coburn vieilli, parfaitement fondu dans des fonds verdâtres. Je  me souviens aussi d’avoir vu ce film après Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, et je me souviens avoir trouvé que le film avait vieilli, que les scènes de combat manquaient d’intensité, pas aidées sans doute par le manque de moyens de Peckinpah à l’époque. Je me souviens avoir parlé d'Il Faut Sauver Le Soldat Ryan à un ami allemand. Dubitatif il était. « Oui, j’imagine que dans ce film les allemands sont grands, blonds et très cruels » me dit-il alors en substance. Je lui répondis que non, le traitement me semblait très équilibré, que le film s’appliquait juste à montrer que la guerre est une saloperie sans nom qui fait ressortir le pire de l’être humain, et parfois le meilleur. J’espère que mon ami allemand – que j’ai malheureusement quelque peu perdu de vue – a vu Cross Of Iron, qui montre avec éclat que la guerre ne fait ressortir que le pire chez l’être humain, que ce soit côté Axe ou côté Alliés. Je me souviens que Les Sentiers de la Gloire traitait de la même chose, des types normaux broyés par la stupidité de l’état-major. Je me souviens de Full Metal Jacket, et du sourire de dément de Baleine, et je me souviens d'Outrages, qui montre aussi des types normaux qui n’auraient jamais violé personne dans le civil, mais que la guerre ramène joyeusement à leur instinct primaire. Je me souviens de Iwo Jima et ces soldats japonais qui se font Hara Kiri à la grenade. Et je me souviens de ce type qui tombe, chevauchant une bombe H, image à jamais gravé dans la rétine de mes huit ans. Comme dirait Jodorowsky, je me souviens…