vendredi 17 octobre 2014

Joe Limonade

Jo Limonade
1964
Oldrich Lipsky

Arte nous a donné récemment l'occasion de voir cette curiosité Tchèque de 1964, non dénuée de qualités formelles et d'inventivité. Ce western en noir et blanc, truffé de scènes musicales et d'éléments parodiques, propose un scénario ironique confrontant les pires soudards de l'Ouest, adeptes du Whisky et de la bagarre, aux ligues de vertu, pronant la sobriété par dessus tout. L'originalité vient du fait que le côté des vertueux se trouve comme champion un chevalier blanc qui est également un commercial pour la célèbre boisson gazeuse KolaLoka. L'ironie cinglante du film vient qu'à chaque morceau de bravoure, il fait un placement produit, s'assurant de bien mettre en évidence sa bouteille de soda face caméra. En outre, les ivrognes devenus sobres, deviennent meilleurs en tir, ne se ratent plus, et économisent à la société des frais médicaux. 
L'aspect parodique, mêlant bagarres dantesques sous l'oeil atone des barmans, capacités athlétiques et justesse de tir ahurissantes du héros, propriétés décapantes voire explosives des tord-boyaux servis dans les saloons, force brute de l'homme de main du saloon qui bouffe son verre après avoir bu son - corrosif - whisky, bastons en accéléré, tricheur du saloon et ses multiples gadgets et cartes qui tombent de ses poches quand le héros le secoue par les pieds, tout cela fera immanquablement penser à Lucky Luke, même au plus endormi des aficionados. 
Le héros, mélange de Tom Mix et Tex Ritter ou autre Gene Autry, est bien sûr un hommage direct aux héros des séries B des années 30, avec son costume blanc impeccable qui reste blanc même quand il descend d'une cheminée. Comme Benoit Brisefer, il a bien sûr un point faible: l'alcool, même à faible dose, le fait tomber raide évanoui. On passe un bon moment, d'autant que l'esthétique du film, très travaillée, offre un florilège de plans étudiés, de perspectives exagérées et de mouvements non naturels, accentuant l'aspect burlesque, presque dessin animé de l'oeuvre. Pour autant, toutes ces qualités n'en font pas un grand film, tout au plus une curiosité, un brin longuette tout de même surtout du fait des incessantes chansonnettes, mais qu'on remercie bien bas Arte de nous avoir présentée dans une aussi belle copie.

Capture: Edocle sur Western Maniacs.
En bonus, la critique du film dans le Paris-Match du 12 juin 1965 (cliquez pour lire):



samedi 4 octobre 2014

4 balles pour Joe


Cuatro balazos
1964
Agustín Navarro


C'était en 2004 ou 2005. Depuis quelques années déjà, c'était l'effervescence dans le petit monde des aficionados du western spaghetti car le grand boom du DVD était là. De nombreux films sortaient, tous genres confondus, et les westerns spaghetti allaient enfin pouvoir être vus par une génération lassée d'attendre les diffusions télé, trop jeune sans doute pour avoir profité à plein de la manne de la VHS. Les sorties s'échelonnaient , sans réelle hiérarchie, et on trouvait de tout, du connu et de l'inconnu.
4 balles pour Joe (qu'incidemment il faut prononcer Joey comme dans Joey Starr et non pas Joe comme dans Joe Dalton) faisait partie de cette fournée de films mineurs aux titres pourtant aguicheurs: 4 balles pour Joe, Django le Proscrit, Cinq rafales pour Ringo. On les trouvait en kiosque, et bien vite à deux ou trois euros dans les brocantes et sur cdiscount.
Comme tout le monde dans la blogosphère - vous noterez comme ce mot est devenu has been - je m'étais acheté ces films à pas cher, je les avais mis dans le lecteur, j'en avais regardé cinq minutes, et les avais remis, bien vite dépité, dans leur boîte. Certains sur les forums (pour les plus jeunes, un forum est un espace d'échange pré-facebook/twitter) regardaient jusqu'au bout, poussaient les autres à en faire de même, mettaient en avant le peu de moyen de l'entreprise, louaient le sérieux et l'intégrité de l'affaire et mettaient un nom sous tous les seconds rôles du film. 
C'est que pour la plupart, ces films étaient des "proto-spagh", c'est à dire des westerns européens certes, mais qui intervenaient avant la révolution Leone, des films d'un classicisme absolu qui copiaient la manière américaine avec application.
Dans 4 balles pour Joe, la première image m'avait marqué. Un cowboy assis sur un muret, à coté d'une route qui paraît trop moderne, accompagné d'un mouvement de caméra trop amateur. Je crois que je m'était arrêté là, horrifié par le flagrant manque de moyen de cette amorce. Dix ans plus tard, je me dois de réparer cette injustice, parler de ce film qui a tout de même du financement français dans les veines, un scénario solide, une réalisation qui tient la route. Premier point, le cowboy raté de la première image aura son importance plus tard, tout se tient, tout fait sens. Deuxième point, le titre n'est absolument pas mensonger. Joe se prend quatre balles, pas une de moins pas une de plus. Il se les prend dès le début en pleine nature, et petit raffinement du réalisateur Augustin Navarro, la caméra s'attarde sur son cheval qui continue à avancer avec le cadavre de son maître sur le dos, avant finalement de le voir choir par terre. Ce n'est certes pas original, mais ça marche. Suite à ce meurtre, Cathy Dalton (Liz Poitel) est accusée et condamnée à faire de la prison. La belle ne supporte pas l'idée et s'enfuit en courant avant de se faire écraser par une charette. On remarque que la charette ne s'arrête pas, à nul instant on ne voit le conducteur de la charette s'approcher pour voir comment va la malheureuse. La charette a en effet rempli son office d'instrument des divines voies impénétrables, elle peut disparaître. C'est un cinéma de l'économie, qui va droit au but et ne se déroute pas pour capturer des moments d'humanité. Cathy Dalton morte dans les bras du Shérif (Fernando Casannova), tout le monde redoute alors l'arrivée de Frank Dalton (Paul Piaget), car c'est bien la soeur du redoutable bandit qui vient de traverser sans regarder à gauche et à droite. Mine de rien, Augustin Navarro parvient à créer une belle tension dramatique lorsque la ville retient son souffle en attendant l'arrivée de Frank Dalton. Par contre, en 1964, il n'y a pas encore eu Pour Une poignée de dollars, il n'y a pas encore eu Django, il n'y a pas encore eu Le Temps de Massacre, ce qui fait que quand Frank Dalton arrive, il ne massacre pas les villageois, il ne fouette personne, il arrive seul et préfère mener sa petite enquête. Propre comme un sou neuf, il semble faire le concours de la chemise la mieux repassée avec le Shérif. Pour la crasse, la sueur, la barbe de trois jours, il faudra attendre encore quelques mois.




Le cowboy du tout début qui en sait plus que les autres sur qui a tué Joe meurt aussi à son tour. A ce stade, si vous n'avez pas été attentif au scénario dès le début, c'est mort pour vous, et vous ratez le seul intérêt du film, c'est à dire une enquête policière bien ficelée qui demande un minimum d'attention de la part du spectateur. Au moins ne serez vous pas dérangés par une psychologie de comptoir. Le héros est droit dans ses bottes, héritier direct de Tom Mix. Un court instant, on veut nous faire croire qu'il pète un câble, qu'il se laisse dominer par son pouvoir, mais on sait bien que ce n'est qu'un piège. L'identité du coupable n'a finalement pas grande importance, on observe avec bienveillance le réalisateur faire de son mieux avec peu de moyens, on remarque les plans de la piste (de la route goudronnée avec de la poussière dessus en fait) qui sont réutilisés plusieurs fois pour faire croire à une longue chevauchée. On sourit lorsqu'une montre musicale prend soudain une importance majeure dans le film (Sergio, avais-tu vu ce film?), on s'amuse des personnages qui poussent des tonneaux en arrière plan pour simuler l'activité d'une ville américaine de la deuxième moitié du XIXe siècle. Tout cela concours à recréer sous nos yeux cet Ouest de carton pâte, totalement déconnecté de la réalité, mais qui existe pourtant dans un coin de nos mémoires, cet Ouest fantasmé à travers des séries B et des séries TV de troisième zone, cet Ouest imaginaire où la géographie et l'histoire n'ont pas de prise et qui nous servait de terrain de jeu. Y retourner de temps en temps ne sert pas à grand chose, mais autorise au moins une certaine indulgence pour ce type de film.

mercredi 25 juin 2014

Adios Gringo


Je n’avais pas anticipé la mort de mes héros quand j’étais jeune. Je savais, comme tout le monde, qu’un jour ou l’autre on voit disparaître ses ainés, sa famille et ses proches, pour se retrouver de plus en plus  vieux  et entouré de fantômes. Mais la mort de mes héros personnels, je ne pensais pas que cela m’affecterait. La mort de Sergio Leone fut déjà un choc, plus dû à sa soudaineté inattendue qu’au traumatisme provoqué alors par sa disparition. C’est à la mort de Franquin en 1997 que j’ai réalisé que j’allais devoir composer avec la disparition de tous ceux qui ont constitué mon identité culturelle, que le processus serait inéluctable et douloureux. Après tant d’autres depuis, c’est au tour d’Eli Wallach, qui par son rire, son jeu, son personnage était comme un proche pour beaucoup d’entre nous. Curieusement, une image de lui qui me revient souvent est celle de sa participation au Parrain 3, car je m'étais rendu compte à cette occasion que je tenais à lui. Sa disparition me touche, comme me touchera la disparition de son acolyte Clint Eastwood, comme me touchera la disparition de Pierre Richard quand elle arrivera, comme me touchera la disparition de tous ces acteurs, auteurs, dessinateurs, rock stars ou sportifs que j’ai pu suivre à un moment ou à un autre de ma vie. Je me demande s’il existe une étude quelconque sur le processus de deuil de son entourage culturel. Et je ne veux pas parler de ces deuils collectifs hystériques lors de la mort de Lady Diana ou Michael Jackson, mais bien d’un deuil intime pour ces personnalités moins connues mais tout aussi importantes pour tout un chacun, et dont les décès nous rappellent le temps qui passe. 

jeudi 27 mars 2014

Le Convoi des Braves



Wagon Master
1950
John Ford
Avec : Ben Jonhson, Harry Carey Jr., Ward Bond

C'est un film où il ne se passe rien. Pas de péripéties, pas de suspense. Trois quarts d'heure après le début du film, il ne s'est toujours rien passé, à peine de ci de là un début de tension, un hypothétique drame qui se révèle à chaque fois un pétard mouillé. Et vas-y que je chantonne, et vas-y que je suis toujours de bonne humeur. Voir ça après le spagh Chacun pour soi donne l'impression de se retrouver dans une pub Ricoré, mais en noir et blanc, oui parce que tant qu'à faire, il n'y a pas de couleur non plus. Au bout de trois quarts d'heure, on attend toujours que le film démarre, et on se rend compte qu'il n'y a pas de stars non plus. Ben Jonhson, Harry Carey Jr. et Ward Bond, c'est génial pour les fans de Papy Ford, mais pour les autres qui s'attendent chaque minute à voir débouler John Wayne ou Henry Fonda, il y a comme tromperie sur la marchandise. J'ai peut-être loupé des trucs parce que j'avoue que j'ai regardé le début du film en faisant du repassage (oui j'essaye vainement d'être un mâle 3.0, donc des fois je repasse), mais une rapide lecture de critiques alentour confirme que c'est bien un film nonchalant de John Ford.
A 45 minutes du début, entre une chemise Tissaia et mon jean troué, j'étais en train de me dire que Ford avait anticipé le principe des Bijoux de la Castafiore d'Hergé et pris le parti de ne rien raconter du tout, quand soudain, des bandits rentrent dans le champ, en plein milieu d'un bal endiablé. Ford nous jette une série de gros plans sur les trognes des outlaws et les gueules inquiètes des Mormons. Impressionnant! On se rend compte alors que ce noir et blanc est magnifique. 
Le soufflé monte d'un coup mais retombe bien vite. Les bandits se tiennent correctement, et tout le monde redevient joyeux et repart ensemble l'âme sereine. Et c'est reparti pour un peu de parlotte, une touche d'humour Fordien, un poil de flirt par ci par là. Des indiens menacent soudain, mais en fait ils sont pacifiques, ouf, on s'en voudrait de gâcher cette bonne humeur. Les hommes du Marshall à la poursuite des bandits interviennent également dans une classique scène où les bandits menacent les otages de l'intérieur d'un véhicule pendant que les forces de l'ordre n'y voient que du feu. Malgré tout, petit à petit, on pressent l'inéluctable. L'un des bandits s'est fait fouetter pendant la soirée chez les Navajos, et l'on sait bien que ça ne va pas demeurer impuni. On est cette fois, bien dans le film, le dénouement ne tarde pas, violent et incisif. 
Mais ce qui demeure dans ma mémoire, c'est cette légèreté, cette inébranlable foi en l'être humain, ce refus du drame pour présenter un film simple, sympathique et ma foi très agréable à suivre... 

samedi 22 mars 2014

Chacun pour soi




1967
Ognuno per se
Giorgio Capitani
Avec : Van Heflin, George Hilton, Klaus Kinski, Gilbert Roland

Réussite formelle autant qu'artistique, Chacun pour soi allie le meilleur du western européen et du western américain. Au premier, il emprunte les sales gueules, la noirceur et le nihilisme, au second un sens de la mesure et un soin particulier à la réalisation qui donne de la profondeur au scénario. On assiste aux habituels coups fourrés du spaghetti, mais ce n'est pas un jeu car tous les personnages sont fouillés et ambivalents. On assiste aux habituelles fusillades, mais on ne s'amuse pas à compter les morts comme d'habitude. On reconnaît, comme à chaque fois, les décors d'Almeria, mais ils sont si bien mis en valeur qu'on y croit sans peine, y compris cette fameuse dune filmée dans tous les sens. Tout est maîtrisé, cadré, sans que jamais Giorgio Capitani - dont c'est le seul western - ne perde de vue son histoire, sans jamais que le manque de moyens ne vienne le faire dévier de son objectif. Capitani porte une attention extrême aux détails, ici un revolver caché sous une pierre, là un flacon de quinine qui aura son importance, sans oublier ces deux tueurs du début qu'on retrouvera à la fin. Des détails toujours, comme Van Heflin encourageant son cheval, comme cette marmite qui se remplit d'eau au milieu de la mine, comme ce petit pas de danse de Gilbert Roland avant une fusillade, des détails donc, qui placent Chacun pour soi sans peine au-dessus du tout venant.

Capitani s'appuie sur une distribution solide, Van Heflin en tête, formidable en vieux chercheur d'or fatigué mais lucide, et George Hilton à contre-emploi, dont on regrette d'ailleurs que la relation père fils avec Van Heflin soit un peu oubliée quand le duo se transforme en quatuor. Les rôles de Kinski et Roland sont plus convenus mais tout aussi maîtrisés. Curd Ridel insiste dans la présentation du DVD (très bien, mais quelque peu noyée par la profusion de références) sur l'homosexualité entre Kinski et Hilton. Je n'ai pas trouvé cette relation si évidente que ça, mais cela semble faire consensus partout. [Edit suite à discussion en commentaires]  Sachant que le personnage de Kinski à pris le rôle du père du personnage de Hilton, j'y vois plutôt une relation incestueuse pédophile qui aurait perduré une fois l'âge adulte atteint. On voit d'ailleurs Hilton les yeux plongés dans le décolleté d'une serveuse, ce qui semblerait bien indiquer que sa relation avec Kinski est subie. Son désarroi lorsque celui-ci meurt serait donc plutôt lié à la perte du père, et non pas à la perte de l'amant. 

Quoi qu'il en soit, le film, par son thème et ses personnages, m'a quelque peu fait penser au double album des Monts de la Superstition de Charlier et Giraud. Même si le déroulement de l'histoire et les péripéties sont totalement différents entre les deux oeuvres, c'est cette minutie dans la réalisation, la richesse des situations qui tirent à chaque fois pleinement parti de tous les éléments disponibles (aridité, relief, manque d'eau, folie lancinante) qui emportent l'adhésion pleine et totale du lecteur/spectateur. L'un comme l'autre forment une réussite du genre, et si vous avez aimé l'un, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer l'autre.

Capture: DVD Artus

mercredi 19 mars 2014

The Darkening Trail




1915
William S. Hart
Avec: William S. Hart, George Fisher, Enid Markey, Louise Glaum

The Darkening Trail est un film remarquable à plus d'un titre. D'abord parce qu'il intervient tôt dans la filmographie de William S. Hart et qu'il tranche pourtant énormément avec les productions de ses débuts. Ensuite parce que la star, déjà énormément populaire, n'y tient qu'un rôle certes majeur, mais secondaire malgré tout. Enfin parce que le film se déroule petit à petit, devant les yeux du spectateur d'abord curieux, puis littéralement happé par l'intrigue pour finir enthousiasmé par le dénouement tragique et sordide de l'affaire.
Plus drame que western à proprement parler, l'histoire se déroule à une époque visiblement contemporaine du film. On y découvre un jeune homme (Jack Sturgess), fils de riche mais inconséquent, qui visiblement a séduit une jeune fille pour mieux la quitter ensuite. Son père lui laisse le choix, soit de se marier avec elle, soit de partir pour le Yukon. Celui-ci préfère partir pour le Yukon. Cette introduction, très longue, et dans un cadre totalement hors western, aiguise la curiosité du spectateur qui se demande comment William S. Hart va bien pouvoir apparaître dans ce cadre. Le drame qui se noue est fort bien mené, avec de nombreux rôles secondaires (dont Louise Glaum que l'on remarque toujours) et on est presque déçu finalement de ne pas savoir ce qu'il adviendra de la femme délaissée. 
L'acte deux se déroule en Alaska, dans une ville nommé ironiquement Hope City, et c'est là bien sûr que l'on rencontre enfin William S. Hart, amoureux éternellement éconduit d'une femme qui elle, tombera éperdument amoureuse du pied tendre fils de riche fraîchement arrivé. Drame des sentiments et de l'amour fou, The Darkening Trail désigne la piste vers la mort, piste qui s'assombrit à chaque fois que le pied tendre prouve son ignominie. Le dénouement, glaçant, dans une chambre mortuaire battue par la pluie est de ceux qu'on garde dans un coin de sa mémoire et que l'on ressort quand on a l'âme triste. L'épilogue, sur un plan de William S. Hart mélancolique, est d'autant plus fort que la violence de la scène précédente était hors-champ. Il n'y a pas de chevauchées dans ce film, pas d'ode au bandit qui trouve sa révélation, juste une tragédie, un destin inéluctable, sans prise de position particulière. Attention, je ne crie pas au chef-d'oeuvre, mais malgré tout, The Darkening Trail est un film surprenant dans la filmographie de William S. Hart qui vaut largement le détour. Je vous le recommande chaudement.

Scan: The Complete Films of William S. Hart

dimanche 16 mars 2014

Bad Buck of Santa Inez




Bad Buck of Santa Inez
1916
William S. Hart
Avec: William S. Hart, Fanny Midgley, Thelma Salter

On célèbre cette année, le centenaire du début de la Grande Guerre, qui causa la mort de millions de personnes. Mais il y a cent ans également, de l'autre côté de l'Atlantique, l'acteur William S. Hart accédait à la renommée en présentant son premier western, qui tentait alors d'offrir une représentation plus juste de l'Ouest américain que les centaines de westerns fantaisistes tournés jusqu'alors.
Pour fêter ça, je m'en suis remis un petit, un pur, de 1915, en pleine période Incienne, dont le titre seul est une réussite poétique. Bad Buck of Santa Inez, pour nous autres français, ça ne veut rien dire, ça sonne comme Bad Day at Black Rock, mais c'est Bad Buck, le surnom du héros, et Santa Inez, une bourgade où il sévit et ridiculise le Shérif. Bad Buck, bien sûr c'est William S. Hart, mâchoire serrée et regard dur. Sa confrontation avec le Shérif dans le saloon est un modèle de tension exacerbée dans la plus pure tradition Hartienne, avec réparties cinglantes, gestes calculés et armes pointées à bout portant.
La suite est de la même veine. Le film est inspiré d'une nouvelle de Bret Harte, un auteur américain de la seconde moitié du XIXe siècle, dont les nouvelles The Outcast of Poker Flat et The Luck of Roaring Camp ont servi de trame au western spaghetti Les Quatre de l'Apocalypse. On n'est donc pas surpris de trouver une certaine rugosité dans le scénario de ce Bad Buck of Santa Inez. En fuite, poursuivi par le posse, Hart tombe nez à nez avec une pionnière et sa petite fille dont le mari/père vient de succomber de la fièvre. Bien sûr, il refuse de les aider vu qu'il n'a pas le temps, mais il finit par céder au charme suppliant de la petite fille. Toujours ce poncif du revirement du bandit dans la filmographie Hartienne. Mais ça ne s'arrête pas là, plus tard la petite fille est mordue par un rattle snake lors d'une scène bien insignifiante aujourd'hui, mais qui a marqué le critique de Moving Picture World du 22 mai 1915 qui déclare que la scène pourrait bien être repoussante pour certains, bien qu'elle forme un bel exemple de réalisme dans le Western. Bad Buck va tout faire pour trouver un médecin, sachant qu'il est attendu par le Shérif en ville. Je vous spolie de la fin: la petite fille va survivre, mais Bad Buck, mortellement blessé, succombera au chevet de la gamine. Hop, en vingt minutes, deux bobines, crac c'est terminé. Et c'est tant mieux, on y gagne en intensité. Si vous avez déjà exploré la partie "Années 1910" de ce blog, vous savez que William S. Hart est un acteur un peu à part dans le western muet, et que certains de ses films valent le détour. Bad Buck of Santa Inez, sans atteindre la saveur des meilleurs, contient tous les ingrédients de la recette habituelle et peut former une belle introduction à sa filmographie.

Sources: The Complete Films of William S. Hart. A Guide of Silent Westerns
Scan: The Complete Films of William S. Hart

Où le voir: DVD Alpha Home Entertainment. Attention, c'est du vieux matériau, flou et décadré, dont la qualité est loin d'atteindre la capture ci-dessus.

En bonus dans le DVD on a:

- The Uncovered Wagons, 1923, de Jay A. Howe, une parodie burlesque du fameux Covered Wagon de James Cruze. Les chariots sont remplacés par des automobiles et les indiens attaquent à bicyclette. Franchement, ça ne vole pas haut, mais l'acteur James Parrot, crédité ici sous le nom de Paul Parrot, porte une moustache comme Charlot et deviendra plus tard réalisateur d'un certain nombres de Laurel et Hardy. On note une scène assez drôle où l'acteur, au fond d'une rivière, remet son chapeau et redémarre sa voiture à la manivelle, avec des poissons qui nagent autour de lui.

- Pals of the Prairie: un western parlant de 1934 sans intérêt immédiat, si ce n'est qu'il a pour vedette Buffalo Bill Jr., qui avait cette particularité de n'avoir aucun lien de descendance avec le vrai Buffalo Bill.