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dimanche 3 février 2013

Les 100 fusils


100 Rifles
Tom Gries
1969
Avec : Jim Brown, Burt Reynolds, Raquel Welch

Je me suis acheté une télé Samsung UE69ES6300, et pour faire le test je me suis mis un petit western de derrière les fagots. En plus de son écran 69" qui me bouffe la moitié de mon salon, cette télé ultra HD a un mode d'upscaling 400 Hz qui permet d'augmenter la définition de l'image de 64 pixels par pixel d'origine. Ma nouvelle télé, tu lui mets une VHS, tu as la qualité d'un DVD, tu lui passes un DVD, t'as l'impression de regarder un Blu-ray, tu lui colles un Blu-ray, tu te retrouves avec la qualité d'un 4K, et si tu lui balances une source 4K, tu obtiens une image de résolution meilleure que la vraie réalité vraie. C'est bien simple, après avoir regardé Les 100 fusils de Tom Gries, j'ai jeté un oeil à mon fils qui mangeait sa pom'pote dans la cuisine, et j'avais l'impression que la réalité s'était transformée en PAL 8 bits. Ma nouvelle télé invente des détails que le réalisateur n'avait pas escomptés. Alors que je zoomais sur le visage déjà en gros plan de Burt Reynolds, je pouvais distinguer flottant au vent des poils de nez que la caméra de l'époque n'avait même pas capturés. Le son ultra surround de la barre de son intégrée me permettait d'entendre le sang battant aux tempes du noir Jim Brown lorsqu'il se tape scandaleusement Raquel Welch, scandaleusement pour 1969, preuve que les combats d'arrière-garde ne sont pas si vieux que ça. J'appuyais ensuite sur la touche 3D de ma télécommande, qui permet de tridimensionner en temps réel n'importe quelle source 2D, et mon salon se retrouvait soudain environné par la poussière d'Almeria, Burt Reynolds sortant de l'écran, avec ses poils de nez flottant vers moi, le film prenant alors une toute autre dimension. Impressionné j'étais ! 



Ce que ma nouvelle télé ne pouvait pas faire cependant, c'était changer mes préférences hormonales. Raquel Welch m'a toujours fait autant d'effet qu'un bout de bois ramolli dans un aquarium oublié. Brigitte Bardot, pareil. Allez savoir pourquoi parfois on ne va pas dans le même sens que la majorité. Ça m'arrive fréquemment, on est entre mecs, assis à se raconter des conneries et tout d'un coup il y a des murmures, comme un flottement, des sourires entendus dans le groupe, et là il faut comprendre qu'une nana canon vient de rentrer dans la pièce. Alors je me retourne évidemment pour la voir, je la cherche, je regarde partout, mais je ne la trouve pas. Ne comprenant pas, je finis par repérer une blonde assez grande, au visage quelconque, avec d'assez gros seins, et je reste ahuri, incapable de m'expliquer ce qui a ainsi pu chez cette fille mettre en émoi mes estimés camarades. C'est exactement l'effet que me fait Raquel Welch, même avec deux fois plus de pixels que d'habitude. On va me dire que je suis trop jeune pour être sensible au style des années 60, mais ce n'est pas ça,  par exemple, donnez moi Claudia Cardinale et ses yeux à damner un sein,  je fais ma valise tout de suite.  Donnez moi Grace Kelly, et ses lèvres parfaites,  je demande l'exil fiscal sur le Rocher. Bref, ça me rend triste pour toutes les filles bien gaulées de la Terre, même si elles ont tout comme il faut là où il faut, il n'est pas impossible que l'homme de leur vie le jour où elles le rencontrent soit totalement imperméable à leur charme, et il faudra qu'elles se rabattent sur leur choix numéro deux.
Pour revenir au film, il est bien. Il participe de façon notoirement efficace au génocide de l'armée Mexicaine entrepris minutieusement par le western de ces années là. Ça devrait suffire je pense à vous le faire acheter illico. 



dimanche 10 juin 2007

Navajo Joe


Un Corbucci qui n’est pas exceptionnel reste un Corbucci à voir…

Un dollaro a testa
1966
Sergio Corbucci
Avec : Burt Reynolds, Aldo Sambrell, Nicoletta Machiavelli


Navajo Joe (Burt Reynolds) voit sa tribu massacrée par des chasseurs de scalps, menés par le métis Duncan (Aldo Sambrell). Pour Navajo Joe, la vengeance sera brutale et sans concession.

La vengeance de Navajo Joe débute sous le signe du génie transalpin. Navajo Joe, en haut d’une montagne, nargue les chasseurs de scalps, hors de portée de leurs armes. Il reste là, immobile et il attend, sans un geste, qu’on vienne l’affronter. Si vous avez aimé l’attitude de Néo qui fait son petit geste de la main dans Matrix, ce n’est rien à coté de la force tranquille de Navajo Joe en haut de sa montagne, qui attend qu’on ose venir le chercher. Deux hommes de Duncan sont dépêchés sur place pour faire la peau à ce sale Indien. Aussitôt Navajo Joe disparaît du haut de la montagne. Les deux hommes montent vers le sommet, l’ascension est lente et Sergio Corbucci la filme quasiment dans son intégralité. Les deux hommes se séparent pour prendre l’Indien en tenaille. Grossière erreur. Des coups de feu résonnent, Duncan et ses hommes sont dans l’expectative, les gros plans pullulent. L’indien réapparaît, en haut de sa montagne, dans la même position que précédemment, se remet à attendre, tandis qu’un cheval ramène les cadavres des deux chasseurs de scalp. Le film n’est pour l’instant pas disponible en DVD en version française, ni même avec des sous-titres français, mais pas besoin de comprendre l’anglais, l’italien ou le japonais pour ressentir la force purement spaghettienne de ce prologue, ce mélange de flamboyance, de violence esthétisée et d’attitudes stoïques et démonstratives. Du pur bonheur.
Après cette introduction grandiose, on peut reprocher à Corbucci d’avoir tourné un peu vite, on peut voir des défauts (les indiens assez peu réalistes), on peut voir des invraisemblances (Duncan et ses hommes sautent dans le train sans s’inquiéter de l’absence du frère de Duncan), on peut même trouver l’ensemble assez médiocre en comparaison avec Django ou Le Grand Silence, mais on est content. Le reste du film se suit sans déplaisir, avec de l’action pure, la déchéance obligatoire du héros - pendu par les pieds, les personnages anti-héroiques mis à l’honneur comme le pianiste et ses prostituées et pour finir, le règlement de compte dans un cimetière indien qui voit les baddies se faire éliminer un par un jusqu’au dernier. Navajo Joe se moque éperdument de l’argent, Duncan non, et c’est l’énorme différence entre les deux hommes, le sang mélé de Duncan en fait un être impur, condamné par son attirance pour l’argent. Navajo Joe sème de l’argent pour attirer Duncan à lui comme on attire une souris avec du fromage. Et si, avant le duel final, Navajo Joe a demandé aux contribuables de la ville « un dollar par tête » pour les débarrasser des bandits, ce n’est pas pour l’argent, c’est pour leur rappeler que les chasseurs de scalp (qui étaient payés un dollar par scalp) étaient à l’origine payés par ces mêmes contribuables.
Pour assurer, au milieu du fracas des armes, le petit coté social et contestataire du film sans lequel un western italien ne serait pas un western italien, vous entendrez Navajo Joe remettre un petit notable à sa place, avec un petit discours bien senti sur la définition d’un « vrai » américain, discours qui pourrait faire sourire aujourd’hui par son coté politiquement correct, mais qui à l’époque était encore assez rare. Vous entendrez aussi Duncan raconter la solitude du métis, et la haine et la violence qui en découlent, avant d’abattre froidement un prêtre. Burt Reynolds, mi-italien mi-Cherokee assure son premier grand rôle dans la peau de Navajo Joe. Il n’est pas encore l’immense star qu’il deviendra par la suite, et bien qu’il donne à Navajo Joe un visage monolithique nécessaire au rôle, on devine dans le regard une certaine fragilité qui le rend attachant. Aldo Sambrell dans le rôle de Duncan, campe un méchant comme souvent beaucoup plus expressif que le héros, tourmenté par les vexations subies dans sa jeunesse. La musique signée Ennio Morricone est entêtante à souhait, on aime ou pas. Si on n’aime pas, c’est sûrement très dommageable pour le film tant elle est omniprésente. Mais si on aime, c’est un peu comme le paradis…