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mercredi 4 juillet 2007

Un colt pour trois salopards



1971,
Burt Kennedy

Avec: Raquel Welch, Ernest Borgnine, Jack Elam, Robert Culp, Strother Martin.


Raquel Welch se fait violer par un Jack Elam barbu, un Ernest Borgnine et son gros ventre et un Strother Martin qui cabotine toujours autant. Vêtue de son seul poncho, elle part à leur recherche pour se venger !
Comme Soleil Rouge ou La bataille de San Sebastian, Un Colt pour trois salopards est un de ces westerns que le puriste du spagh regarde d’un air un peu distant, en marmonnant qu’il ne s’agit point là d’un spagh, prétextant une nationalité un peu trop anglo-saxonne aux entournures du réalisateur et/ou des fonds investis. Pourtant, on sait bien que le western spaghetti n’est pas une affaire de frontières, mais plutôt de ressenti. Déchiffrons donc ce colt pour trois salopards pour voir dans quelle catégorie le placer.





  • Les westerns spaghetti ont tous des titres débiles


  • De Dieu les crée, moi je les tue à Sartana si ton bras gauche te gène, coupe le, les titres de western spaghetti ne font pas en général dans la dentelle. Un colt pour trois salopards ne déroge pas vraiment à la règle, bien que l’on remarque que le titre original, Hannie Caulder soit beaucoup plus sobre.





  • Il y a toujours un générique animé dans les western spaghetti




  • Sergio Leone avait lancé la mode avec Pour une poignée de dollars, une ribambelle de films suivirent avec des génériques composés d’assemblages de photos sépia sur-exposées et teintes en rouge avec des animations de cavaliers se faisant descendre en avant-plan. Le générique de Un Colt pour trois salopards fait pareil ou presque, avec un dessin de Raquel Welch dans son poncho et la caméra qui explore chaque détail du dessin.





  • Les westerns spaghetti se démarquent grâce à leur musique




  • Oui, n’importe quel western spaghetti de bas niveau tente de reproduire les sonorités des meilleurs moments de l’œuvre de Morricone, quand ce n’est pas Morricone lui-même qui refourgue les morceaux que les autres n’ont pas voulu. Dans le meilleur des cas, la musique est belle et prenante, le thème principal est repris, arrangé, développé, travaillé jusqu’à plus soif tout au long du film, ce qui fait que la musique, et donc le film, vous accompagnent longtemps après encore, dans votre dodo, après avoir vu le film. Et pour peu que vous ne regardiez pas les spagh à la suite, comme on regarde une nuit 24 heures chrono sur Canal, il se peut même que la musique ressurgisse dans votre tête quelques jours après, où même que vous vous en souveniez encore vingt ans plus tard. La musique de Un colt pour trois salopards est sans conteste spaghettienne, pour preuve, je l’ai encore en tête, alors que celle du Massacre de Fort Apache non…





  • Dans les spagh, y’a toujours un village mexicain, une taverna, ou alors un banco.


  • Avant de violer Raquel Welch, les trois crapules dévalisent une banque - banco donc – dans un pueblo mexicain regroupé autour d’une magnifique église blanche. Certes, les américains, Sam Peckinpah en tête, ne se sont pas privés de situer leurs films dans le vrai Mexique, mais quand même, c’est une constante spaghettienne qui saute aux yeux.





  • Dans les westerns spaghetti, il y a des longs manteaux




  • Sergio Leone a élevé les cache-poussières au rang d’icône de mode, bien avant Neo et son manteau noir et son Nokia. Au final, cet élément vestimentaire à été assez peu plagié dans les westerns spaghetti que l’auteur de ce blog a pu modestement voir, et finalement l’hommage le plus mémorable reste celui de Clint Eastwood dans Pale Rider. Mais ici, dans Un colt pour trois salopards, les trois salopards du titre portent ces long manteaux, avec plein de crasse dessus, et rien que ça, c’est chouette.





  • Dans les westerns spaghetti, l’armée Mexicaine se fait massacrer




  • Ah, ici non ! Elle roupille au soleil et se met à la poursuite de nos trois lascars et ça manque férocement de mitrailleuse pour que ça fasse vraiment spagh. Les plus malins feront remarquer que la quintessence en matière de massacre d’armée Mexicaine à la mitrailleuse se trouve dans La Horde Sauvage qui n’est pas un western spaghetti. L’auteur de ce blog rétorquera qu’il ne fait point ici œuvre universitaire et qu’il peut donc placer autant de syllogismes qu’il juge nécessaire pour étayer sa démonstration. De toute façon, l’armée Mexicaine de Un colt pour trois salopards reste remarquablement en vie, donc ça ne colle pas, mais tout de même, armée Mexicaine il y a, ce qui place ce film plus près du western spaghetti que, mettons, La captive aux yeux clairs





  • Dans les westerns spaghetti, on meurt beaucoup




  • Certes, et là c’est bien le cas. L’attaque de banque dégénère en massacre, les trois gus ne savent pas voler un cheval sans descendre au moins un type, et quand les mexicains attaquent l’armurier sans qu’il y ai besoin d’un motif quelconque pour justifier l’attaque, it’s raining men ! Si ça c’est pas une western spaghetti, je ne sais pas ce que c’est !





  • Raquel Welch dans un western spaghetti se fait forcément violer




  • Evidemment l’énoncé est faux d’emblée, puisque les westerns spaghetti avec Raquel Welch sont rares (il faudrait étudier de près Bandolero pour le catégoriser au plus vite). Mais il est vrai que la femme dans le western spaghetti se fait en général violer, afin de catharsiser les humeurs mauvaises du spectateur mâle lambda (et j’invente des mots si je veux), quand elle ne se fait pas tuer (mais là, elle rejoint le sort de l’ensemble du casting dans une démarche unitaire et égalitaire bienvenue ). Le viol de Un colt pour trois salopards a le mérite d’être non voyeuriste, assez dur, et répété au cours du film sous forme de flashbacks fugaces, pour justifier la détermination de l’héroïne.





  • On entend toujours le vent qui souffle dans les westerns spaghetti




  • Fieewwwouuuuiiuiiifiwwwwwuioiuuuuf, on n’y coupe pas, écoutez, c’est le vent du malheur, le vent de la violence déchaînée et implacable.





  • Le héros de western spaghetti porte un poncho




  • Mais si, voyez Robert Woods dans Quatre dollars de vengeance ou George Eastman dans Ciakmull, ou Clint Eastwood dans heuuu….
    Là, pour Un colt pour trois salopards, c’est du poncho érotique. Il faut comprendre que Raquel Welch est nue sous son poncho, on voit ses longues jambes fuselées et le spectateur mâle lambda est censé être tout baveux devant son écran. Pourtant, avec ses cheveux longs à peine peignés et ce poncho qui ressemble plus à un haillon qu’à un vêtement, avec ses guenilles aux pieds en guise de bottes, Raquel Welch ressemble plus à la femme préhistorique de One Million years B.C. qu’à une pistolerotte en devenir. Welch qui marche ainsi presque en titubant incarne la sauvagerie humaine dans un monde en déliquescence où la femme est prise comme on prend un pastis. Les producteurs n’osant pas faire durer ce concept - presque Blindmanesque dans le propos – jusqu’au bout de l’intrigue, la belle s’affuble d’un pantalon qu’elle fait tremper dans l’eau pour que ça lui moule les fesses. On remarquera qu’au cours des duels, elle préfère ne pas imiter le geste de Clint Eastwood qui remonte son poncho, ce qui aurait pourtant pour effet de montrer ses seins et de déstabiliser ainsi son adversaire. Non elle se contente de le remonter un peu pour dégager son bras, mais c’est comme quand on fait la vaisselle, ça retombe toujours. Et maintenant que j’ai réussi à placer les mots « nue », « fesses » et « seins » , cet article va cartonner à donf dans google, ouaiiiis, kikoooo, lol ptdr :->(oOO-)





  • Les westerns spaghetti sont tournés en Espagne




  • Pas toujours, mais là oui. Vincent Cassel raconte ainsi dans le commentaire audio de Blueberry que Ernest Borgnine lui confia que la dernière fois qu’il était venu tourner ici (ie, en Espagne), c’était pour violer Raquel Welch. Apparemment, il y a des expériences qui marquent dans la vie d’acteur…
    On papotte, on papotte, mais ça devient de plus en plus clair, Un colt pour trois salopards est un pur western spaghetti !





  • Les Shérifs dans les westerns spaghetti sont des couards crapuleux




  • Les Shérifs dans Un colt pour trois salopards sont ils des couards crapuleux comme celui dont Clint Eastwood ôte l’étoile dans Et pour quelques dollars de plus ? Check ! D’ailleurs Raquel Welch a cette belle phrase : « il n’y a pas de femmes dures, il n’y a que des hommes mous ».





  • Dans les spagh, il y a toujours un élément climatique ou des paysages inattendus




  • Ce sont les montagnes et la neige du Grand Silence ou de Condenados a vivir, c’est la boue de Django, c’est la tempête de Et le vent apporta la violence. Là le vent souffle très fort pendant le final, et en cours de film, on voit… la mer ! La mer dans un western, c’est peu banal.





  • Les ralentis pullulent toujours dans les westerns spaghetti




  • Il y a dans Un Colt pour trois salopards un ralenti sublime, vraiment très ralenti, où l’impact de la balle éclate sur la porte du saloon trois heures après avoir été tiré, pendant qu’un couteau vole dans le sens opposé. Génial. J’oubliais, dans les westerns spaghetti, il y a toujours un mec qui joue du couteau. Là c’est Ernest Borgnine





  • Dans les westerns spaghetti, il y a toujours un balade romantique sur la plage




  • Ha non tiens, ça colle pas, ‘tainnn qu’est ce qu’elle fout là cette scène, il n’y a jamais de trucs romantiques dans les westerns spaghetti (encore qu’il y ai un peu de babillage amoureux dans Black Killer, mais c’est pour mieux trancher avec le massacre qui suit, alors ça compte pas). Non décidément, ça ne va pas du tout, Un colt pour trois salopards n’est pas un western spaghetti !




    lundi 2 juillet 2007

    Un nommé Cable Hogue


    Attention aux gâchages (spoilers…)
    The Ballad of Cable Hogue
    1970
    Sam Peckinpah

    Avec:Jason Robards, Stella Stevens, David Warner




    Alors qu’il chemine, seul et sans eau, abandonné par ses deux associés dans le désert aride, le nommé Cable Hogue (Jason Robards) a soif. Tout occupé à invectiver Dieu tout puissant, il trébuche. La providence l’a fait tombé au bon endroit, puisqu’il vient en effet de découvrir une source, dans ce coin paumé réputé sec comme la pierre. Bien vite, il va tout faire pour tirer profit de cette belle découverte, tout en gardant en tête une future vengeance à l’encontre de ses ex-associés.




    L’ultra-violence que l’on attribue volontiers au style Peckinpah n’aura finalement été à l’œuvre que dans un film : La Horde Sauvage. Les fusillades au ralenti sont bien présentes dans Guet-apens ou Osterman Week End, mais sans cette folie que l’on lit dans les yeux de Warren Oates. Quant à la violence dans Major Dundee, Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia , Chiens de pailles et Pat Garret et Billy The Kid, elle est différente, plus subtile et plus réaliste. La violence n’existe quasiment pas dans Un nommé Cable Hogue. Cable Hogue supprime bien un gêneur en début de film, L.Q Jones se fait lui aussi trouer la peau, mais cela semble plus pour remplir un quota minimum de détonations de manière à rassurer les producteurs et à remplir une bande annonce. De même, le spectateur qui surveille d’un œil attentif l’élevage de serpents à sonnette de Cable Hogue, en pressentant un drame à venir du type Le Reptile (ou Kill Bill 2 pour ceux qui ne connaissent pas Le Reptile) en sont pour leurs frais. Les pauvres bêtes sont bien utilisées à des fins offensives, mais la scène est tournée en mode comique, et vous ne verrez pas de sale type mourir la bave aux lèvres.
    Soit.
    Révolution sexuelle aidant, le spectateur qui est en train de regarder un Peckinpah attend ou redoute selon sa profession de foi certains passages sexuellement explicites, comme ce bain dans le désert où Jason Robards frotte le dos de la prostituée Hildy Stella Stevens, là aussi semble t-il un argument de vente mis en avant pendant la promotion du film. Hélas ou heureusement, tel n’est pas non plus le sujet du film. La conclusion du bain est aussi traitée sur le mode comique, tout comme la rencontre initiale avec Hildy qui dévoile des sous-vêtements qui portent son nom brodé dans un gros cœur rose. Le révérend obsédé sexuel (David Warner) qui console à sa façon les femmes éplorées est dans ce style, bien gratiné lui aussi ! Le sexe dans Un nommé Cable Hogue est donc plus un élément paillard et lié à l’époque de production du film qu’un véritable thème développé à partir d’un discours construit et/ou militant.
    Soit.
    Il reste alors au spectateur à se rabattre sur une autre thématique chère au réalisateur : le vieil Ouest vieillissant, le romantisme des héros fatigués, la mélancolie crépusculaire noyée sous des litres de whisky, une pute mexicaine dans chaque bras. Mais là aussi notre spectateur se fait entuber. Outre que les protagonistes ne mettent pas les pieds au Mexique, le poids des ans ne semble nullement affecter Cable Hogue qui au contraire semble y trouver un Carpe Diem des plus réjouissants. Certes l’ironie de la conclusion donne un ton résolument misérabiliste à notre héros dépassé par la modernité (il vient de se faire écraser par une voiture), seulement Cable Hogue met tellement de bonne humeur à mourir que rien ne permet de placer cette mort dans une thématique proprement crépusculaire. La figure de la vengeance est également si peu développée, et même abandonnée en cours de route, qu’on a peine à se croire dans un bon vieux western.
    Alors quoi bordel ?
    Alors Un nommé Cable Hogue est une comédie légère sur la joie de vivre, sur les petits défauts des gens. Cable Hogue est radin et fourbe mais il est bon et attentionné. Hildy rêve de fortune et de haute société, pourtant elle reste longtemps dans le désert avec cet homme qui a su l’aimer. Le révérend Joshua est obsédé sexuel mais il est également un ami et le narrateur du film. Même le méchant Strother Martin n’en est pas vraiment un. Recevant l’absolution de Hogue, il devient lui aussi un élément comique en devenant encore plus rapace que Hogue lui-même, tout en étant comme un enfant quand il se vante d’avoir vu deux fois déjà des automobiles. Tout le monde est beau et gentil, bien qu’un peu enfoiré sur les bords ! Cable Hogue construit autour de lui une petite communauté idyllique, à l’écart de la ville où ces personnages un rien marginaux n’ont pas leur place. Et la sauce prend, on s’attache aux personnages, à leurs va-et-vient et à leurs comportements incongrus. Un nommé Cable Hogue est donc une pause, une respiration indispensable dans l’exploration de la filmographie tourmentée de ce réalisateur hors normes. En outre, on y trouve une manière tout à fait révolutionnaire de faire la vaisselle !


    Le DVD Warner n’a rien d’exceptionnel en terme de bonus qui ne sont pas sous-titrés. Mais l’image du film est parfaite, avec une belle couleur rouge ocre pour le désert, l’un des personnages principaux du film. N'hésitez pas!