jeudi 22 janvier 2009

Winds of the Wasteland



1936 Mack V. Wright
Avec: John Wayne, Lane Chandler.

Finalement, je fais mentir immédiatement mon précédent post, ayant passé une petite heure à regarder ce petit western de série B avec John Wayne. John Wayne joue John Blair, un employé du Pony Express mis au chômage avec son pote Smoky (Lane Chandler) par l’arrivée du télégraphe. Ensemble, ils vont monter une ligne de diligence, et découvrir bien vite qu’ils se sont fait rouler, la ville à desservir étant quasiment une ville fantôme. Avec un tel résumé, on pourrait s’attendre à un film social, avec une intrigue teintée par les grands problèmes liés à la crise des années 30. Mais bien sûr il n’en n’est rien.
John Wayne, fringant et beau est l’incarnation même du rêve américain, jamais à terre, toujours prêt à rebondir pour exploiter les aléas de la vie à son avantage. Il retourne les situations, se fait les bons amis au bon moment, parvient à monter sa ligne de diligence, fait arriver le télégraphe jusqu’à la petite ville fantôme qui voit sa population revenir. Winds of the Wasteland n’est donc pas non plus un film précurseur des westerns crépusculaires, Blair n’ayant aucun ressentiment envers le fil qui chante qui l’a mis au chômage et ne se lamentant pas sur l’ouest qui disparaît. Vive le progrès, vive le lobbying.
Ni meilleur ni moins bon que les deux ou trois westerns de ‘John Wayne maigre’ que j’ai pu voir, Winds of the Wasteland manque tout de même de ces scènes improbables qui font le sel du genre : la course John Wayne/bandits/automobile de Rainbow Valley, la scène d’exposition dans l’hôtel de Panique à Yucca City, la course automobile/John Wayne/ draisine du Texan Chanceux. Il y a bien ici une course de diligence avec John Wayne qui saute de cheval en cheval et qui préfigure La chevauchée fantastique, mais rien de vraiment extraordinaire. Par contre, l’acteur John Wayne est déjà assez fascinant. Dès le premier plan où il apparaît, il se met en retrait, et pourtant on ne voit que lui. Pas encore une star, mais déjà une présence. A la fin il se tape the girl, mais c’est suggéré.
Lane Chandler était un acteur qui faillit devenir une star au temps du muet, mais qui dut se cantonner aux seconds rôles par la suite. Le moins que l’on puisse dire est que sa prestation ici n’a rien d’inoubliable. On retiendra plus les gags associés à la moufette qui a élu domicile à l’intérieur de la diligence. Cette bestiole est une sorte de putois à la puissance dix, capable d’émettre un jet puant qui vous colle à la peau pour une à deux semaines. La bébête inspire une terreur assez incroyable aux protagonistes (Duke y compris), terreur difficile à comprendre pour nous autres européens qui ne connaissons pas les désagréments de la faune nord-américaine.


Où le voir : ici par exemple : http://www.oldcinemovies.fr

mercredi 21 janvier 2009

A mes lecteurs

Mon lecteur DVD est en panne.
Alors que je faisais avance rapide sur le dernier concert Live de The Police, l'image s'est irrémédiablement figée, plus aucune commande de répondait, Sting grimaçant pour l'éternité sur mon téléviseur. Houston, we got a problem.
Décidant que ce n'était pas non plus une image que je souhaitais conserver en tant que cadre numérique, j'arrachai le cordon d'alimentation de mon lecteur Philips avant de le rebrancher.
Depuis, j'ai bien le son, mais plus d'image. J'ai réinitialisé l'engin, je lui ai téléchargé un firmware dans sa face, mais rien n'y fait. Plus d'image.
Le son seul, pour le DVD de Police, c'est dommage mais ça peut encore être raisonnablement jugé suffisant. Par contre pour les westerns, je risque de rater pas mal de choses.
Et ça fait déjà une bonne semaine que je ne m'occupe pas du problème, et je découvre que je ne suis pas pressé de remplacer l'objet. Vous avez donc compris la teneur du message: plus de critiques westerns avant un certain temps.

lundi 5 janvier 2009

Trois enterrements


Los Tres entierros de Melquiades Estrada
2005
Tommy Lee Jones
Avec: Tommy Lee Jones, Barry Pepper, Julio Cedillo, Dwight Yoakam

Planque-toi, encore une critique courte...

Blam! Pour s'être senti visé alors qu'il se paluchait dans la riante nature Texane, le garde frontière Mike Norton réplique un peu sèchement et tue un innocent mexicain sans papier. Comme c'est un Mexicain entré illégalement sur le territoire, tout le monde devrait s'en branler cordialement. Tout le monde?

Allons-y et débitons les lieux communs de rigueur, et je vous préviens, je n'irai pas beaucoup plus loin: oui ça ressemble un peu à du Peckinpah, oui le Texas est bien un pays de tarés (d'ailleurs, les frères Coen confirment à nouveau), oui le film est superbe, oui les petits détails macabres comme les fourmis ou l'antigel sont réjouissants, et oui c'est bien une production Besson, oui on ressent la chaleur alors que le film a été tourné en décembre. Ce film est à voir en version originale, parce que la VO est un mélange d'anglais et d'espagnol laissé en espagnol dans le texte, alors que la VF uniformise le tout. Ce film est à voir sur un grand écran parce que les paysages sont magnifiques. Ce film est à voir les yeux écarquillés parce que les acteurs sont tous exceptionnels. Et les actrices aussi! Et les chevaux itou. Parce qu'il y a des chevaux, aux Etats-Unis, pays du 4x4 et du quadrillage routier, il est encore en 2005 plus simple parfois pour aller d'un point A à un point B de monter un cheval. Ce film est très bon et ne nous fait regretter qu'une chose: ne pas être soit même Texan pour comprendre, pour ressentir, pour reconnaître le chanteur country Dwight Yoakam (responsable du recommandable West of Hell), pour reconnaître le musicos Levon Helm, pour ressentir l'attachement de Tommy Lee Jones à sa terre et à feu son ami, pour comprendre la complexité du problème de cette frontière Mexicaine dont nous ne pouvons avoir en France qu'une vue caricaturale. Tommy Lee Jones aime tous ces personnages et pardonne. Parcours initiatique, oui, mais leçon de morale consensuelle, non point. Voir ce film après une crise de foie gras, c'est presque une révélation, tout en gardant intact le plaisir sans cesse renouvelé des codes et des archétypes, des paumés et des flics qui pètent plus haut que leur cul, du cynisme et de la bonté qui peuvent vivre de concert au sein de la même personne. Et en plus la musique est belle et la fin très poétique.
Bon à voir quoi, merde, ça ne vous sied pas?

Capture: dvdrama

lundi 22 décembre 2008

Le Trésor du lac d'argent

Der Schatz im Silbersee
1962
Harald Reinl

Un indien, un trappeur et une chasse au trésor dans l'ouest yougoslave.
Premier western européen à avoir eu du succès (même si en allemagne uniquement), bien avant Pour une poignée de dollars, ce premier Winnetou séduira les amateurs de costumes impeccables, d'aventures enfantines non violentes, d'histoires de trésor aux multiples rebondissements et de magnifiques paysages. Enregistré sur Arte en décembre 2007, il m'aura fallu un an pour le voir. Il semblerait que la VF ait été refaite, ce qui est un peu gênant par moments. L'ensemble n'a rien d'extraordinaire, mais se suit sans déplaisir, un peu comme un Giuiliano Gemma première époque, mais sans la violence spaghetienne.

samedi 20 décembre 2008

Tepepa


Tepepa

1968
Giulio Petroni

Avec Tomas Milian, Orson Welles, John Steiner.

Les révolutions passent, et l’armée en gris continue d’aboyer sur les pauvres péons. Tepepa (Tomas Milian) le voit bien, lui qui a dû rendre les armes devant cette armée honnie, alors pourtant qu’il avait gagné la révolution. Au moment précis où il allait se faire fusiller, l’européen de service (tiens un anglais cette fois (John Steiner, pas vraiment à la hauteur d’un Franco Nero ni même d’un Lou Castel, mais à la maigreur intéressante)) le tire de là au moment fatidique (« apunten armas », ou quelque chose du genre) pour mieux le descendre lui-même. C’est que le sieur Tepepa a violé sa donzelle quelques années auparavant, et que celle-ci s’en est suicidée. Vengeance oblige donc, le docteur anglais sort son Mauser pour flinguer le révolutionnaire, mais s’en trouve empêché pour cause de poursuivance gouvernementale. Petit à petit, l’anglais va apprendre à apprécier Tepepa pour le dévouement qu’il porte à sa cause et va commencer à douter de sa culpabilité.

Film politique écrit par Franco Solinas (qui a scénarisé tous les westerns étiquetés de gauche : El chuncho, Colorado, El mercenario), démonstratif au point d’en être légèrement pesant, Tepepa est un vrai western Zapata de gauche pur et dur et – semble-t-il – sans distanciation ironique autre que la conclusion. L’armée régulière massacre, mutile, exécute les révolutionnaires et brule les villages. Les propriétaires terriens fouettent et exploitent les péons, les hommes au pouvoir bafouent les idéaux de la révolution. Dépossédés de leur simple droit à un petit lopin de terre, les hommes prennent les armes et d’une manière générale, perdent. La musique d'Ennio Morricone portée par des envolées ressemblant énormément à celles de Bruno Nicolai (d’ailleurs c’est lui qui a dirigé l’ensemble) ne prend non plus aucune distance ironique et souligne parfaitement la dramatique destinée de l’entreprise révolutionnaire, sans chercher à créer un quelconque lyrisme exaltant la beauté des idéaux : on se bat parce qu’il n’y a plus le choix.
Donc, ça ne rigole pas, et l’intrigue parallèle, la petite histoire qui veut rejoindre l’Histoire, n’est pas là pour faire marrer non plus, en jouant cette fois dans la cour du tragique flamboyant. « Qu’est ce qu’une femme, comparée à la révolution ? » pourrait être la phrase résumé du film, mais c’est tout le point de vue misogyne précédant cette phrase qui révèle un Tepepa antipathique, non limité à sa dimension de héros. Chaque personnage suit donc les traits propres à sa classe : Tepepa sauve son peuple, mais il massacre et viole comme un vulgaire bandit, l’Anglais sauve des vies et suit un bel idéal héroïque personnel (très prisé à notre époque individualiste), mais bien qu’il ait une certaine admiration pour Tepepa, il méprise profondément la race inférieure du Mexique (voir la scène initiale où les péons poussent sa voiture, et la conclusion finale du gamin Paquito, qui fait écho à sa première rencontre avec l’anglais, et prouve que le film n’a pas été écrit avec les pieds). Les péons sont présentés comme une masse facilement exaltable (voir la harangue de Tepepa après le massacre du village), animé d’un bel idéal révolutionnaire, mais le péon individualisé n’hésite pas à trahir sa cause quand le besoin devient trop insupportable (José Torres, sans les mains, que l’on a toujours plaisir à voir). On pourrait donc presque dire qu’en façade le film arbore un discours prorévolutionnaire appuyé, mais que par derrière, Franco Solinas a voulu démontrer que les hommes n’échappent pas à leur caricature (le révolutionnaire est un bandit, le médecin est une élite méprisante, le péon est un lâche). Alors, sous son discours politique, le film, qui fait écho à la physiognomonie, cette pseudo-science qui prétend reconnaître la personnalité aux traits du visage, thèse naturellement réfutée par le docteur anglais, chercherait-il finalement à la remplacer par un énoncé identique qui verrait l’appartenance de classe substituée aux traits du visage? Cela semble d’autant plus plausible, que le colonel Cascorro (Orson Welles, qui bougonne, maugrée et soupire avec ses yeux à la Garfield), lui, joue le méchant de première avec application, mais avec une lucidité et un recul qui fait qu’il n’est dupe, ni de son statut, ni de l’issue de ces massacres incessants. Il est le seul qui semble assez intelligent pour ne se prêter ni à des idéaux utopistes, ni à des idéaux individualistes bornés, ni à une obéissance aveugle à un quelconque régime, mais il n’en continue pas moins à jouer son rôle, comme s’il en était prisonnier. Le petit gamin qui à la fin devient un authentique révolutionnaire, le seul vrai personnage qui échappe aux travers de sa propre caricature pour n’en conserver que l’aspect pur et positif, peut sembler contredire cette analyse purement spéculative, pourtant la scène finale, qui voit Paquito chevaucher avec ses hommes avec une image de Tepepa en surimpression fut paraît-il une source de conflit entre le réalisateur Giulio Petroni et le scénariste qui détestait la scène, car il ne l’avait pas écrite, comme si Petroni avait voulu donner une fin plus jolie, moins désespérée à son film, avec une image plus « romantique » de la révolution. Ainsi, si Tepepa semble traiter son sujet avec sérieux, on constate déjà un point de vue amer sur l’idéal révolutionnaire, qui sera développé plus tard avec ironie dans d’autres westerns Zapata tels que El Mercenario, Companeros ou Il était une fois la révolution.
Mais voilà, je vous barbe avec une analyse tarabiscotée, et vous vous demandez encore si le film vaut le coup d’être vu. Réalisé par Giulio Petroni (La mort était au rendez-vous), le film est bien sûr tourné de manière très professionnelle, sans détails foireux, avec des moyens conséquents, une très belle utilisation des paysages almeriense, des morts partout, des soldats mexicains qui virevoltent, de la dynamite en veux-tu en voilà, Tomas Milian qui joue sérieusement sans (trop) cabotiner, une musique d’Ennio Morricone qui n’est pas sa meilleure mais qui tient le coup quand même, quelques scènes incongrues bienvenues (l’anglais dans le lit de la femme du geôlier), Orson Welles qui est une incongruité à lui tout seul, des flash backs au ralenti avec une femme qui court et qui pourrait vous faire croire que c’est pompé sur les flash back d’Il était une fois la révolution, sauf qu’une fois de plus, le film lui est antérieur (au point que je commence à me demander s’il y a quoi que ce soit d’original dans Il était une fois la révolution…), bref, c’est du bon, allez-y foncez, mais attendez un peu que Wild Side nous le sorte en français, au lieu de le regarder en anglais comme je l’ai fait.

Où le voir ? Je viens de vous le dire, faut attendre encore un peu…


lundi 15 décembre 2008

Blindman


Blindman il pistolero cieco
Ferdinando Baldi
1971

Avec : Tony Anthony, Ringo Starr


Blindman est un film qui n’a peur de rien, et surtout pas du ridicule. Et pas de l’excès non plus ! Consacrer un aussi gros budget sur un scénario aussi délirant, les producteurs devaient être eux-mêmes aveugles. Pourtant, dans une certaine mesure, bien leur en a pris ! C’est l’histoire d’un pistolero aveugle, qui se ballade sur son cheval d’aveugle avec une Winchester à baïonnette en guise de canne blanche. Il a un contrat pour retrouver un convoi de 50 femmes enlevées par un chef desperado (et son frère joué par Ringo Starr). Ledit chef desperado commande une petite armée d’hommes de main au look Mad Max parfaitement assumé. Les femmes sont destinées à un général (mexicain comme il se doit), prétexte à montrer plein de femmes nues se faisant asperger d’eau d’abord, puis plein de femmes habillées martyrisées par les officiers mexicains ensuite. Mais finalement, tout cela n’aura servi à rien puisque le chef desperado décide de massacrer tous les destinataires. De toute façon, à quoi ça sert une armée mexicaine, à part se faire décimer à la mitrailleuse? Le pistolero aveugle, pendant ce temps là, réajuste ses haillons et son chapeau plat et descend frénétiquement quatre hommes de Ringo Starr. Car il est aveugle, mais il tire juste le bougre !
Et tout ça n’est que le début !
Ici, c’est au spectateur de décider. Soit c’est un nanar grandiose, soit c’est le plus grand western de tous les temps ! Et ça peut aussi être les deux à la fois ! Le plus fort, c’est que le film fonctionne parfaitement, la mise en scène de Ferdinando Baldi est très fluide et le scénario se tient malgré tout. Tout en délivrant un portnawak grandiose. Voilà donc encore un film culte, dont tout le monde a entendu parler en termes dithyrambesques et dont l’appellation (culte Zatoichien incontrôlé) n’est pour une fois pas galvaudée. Mais encore faut-il pourtant pouvoir remettre le film à plat. Ne pas s’attendre à un film extraordinaire qui aille au-delà des extravagances précitées. Car si Tony Anthony parvient (difficilement) à émouvoir dans son rôle d’aveugle qui poursuit son but obstiné malgré son handicap, si Ringo Starr, en bad guy amoureux est un petit peu touchant, il est indéniable malgré tout que manque au film ce qui fait la force des grands films : une bonne touche d’humanité. Le devenir du pistolero aveugle ne nous affecte que de loin, on ne se sent guère concerné par sa quête (dont le pourquoi n’est d’ailleurs guère explicité), le sort des 50 femmes dans le désert ne nous touche que par sa grandiloquence démesurée, pas par la déchéance de ces femmes qui ne sont que des fantômes durant tout le film. Le massacre de l’armée mexicaine n’est que ça, un massacre d’armée mexicaine qui est bien loin des mitraillages de La Horde Sauvage ou de Il était une fois la révolution, tant les mitrailleurs comme les mitraillés ne sont que des silhouettes. On assiste donc à un délire gratuit, sans être partie prenante, sans ressentir la force picaresque des Leone, ni l’intimité subtile que Baldi avait pourtant su développer dans Le dernier des salauds, ni même la force brute et désespérée à l’œuvre dans son Texas Addios. Malgré tout, pour sa seule réussite formelle, pour son jusqu’auboutisme dans l’exploration du filon des extravagances spaghettienne, Blindman est un film à ne pas manquer, comme un point de non retour d’un cinéma de genre qui ne sait plus se réinventer, avant que Trinita ne sonne le glas. Mais veillez à être dans de bonnes conditions d’humeur et d’entourage (ie, pas avec votre grand-mère…), sinon vous allez rater votre rendez vous avec Blindman.

Où le voir
:
Le film existe en DVD à l’étranger en anglais/ allemand et/ou italien sous-titré en italien et/ou anglais, un truc comme ça. Plus accessible pour les frenchies italo-anglo-germano-agnostiques, Blindman a été diffusé sur CineClassic en VF (je crois), donc des âmes charitables (i.e. not me) pourraient bien l’avoir enregistré sur DVD-R. Mais surtout, Blindman est prévu pour bientôt (d’ici dix ans en tout cas) chez Wild Side, avec Tepepa, Far West Story, O’Cangaceiro et Navajo Joe. Que du bon, donc, en espérant que Wild Side soit à la hauteur de leur précédent travail sur Django, El Chuncho, Keoma et Quatre de l’apocalypse.

Capture: Shobary

samedi 13 décembre 2008

4 de l'apocalypse


I Quattro dell'apocalisse
1975

Lucio Fulci

Avec Fabio Testi, Tomas Milian

1975, le western italien se meurt, Lucio Fulci sort 4 de l’apocalypse, une des dernières tentatives sérieuses du genre après les ravages des farces Trinita. Dernière tentative du genre, voire! Honni de tous, détesté par de nombreux amateurs du spagh comme par ses détracteurs, 4 de l’apocalypse se situe bien dans le continuum spatio-temporel du genre, mais s’apparente plus à un road movie vers l’horreur, un bad trip au peyotl plutôt qu’aux fayots, une odyssée satanique plutôt qu’à une tragique vengeance familio-winchesterienne. Rien de commun en effet entre ce film là et Le temps du massacre du même Fulci. De héros ténébreux subissant le supplice des justes avant d’irradier sa vengeance (divine) nous n’en verrons point. A la place : la lie de la société, un dingue noir, un benêt alcoolique, une pute angélique enceinte, un joueur de cartes fauché. Et Chato, l’antéchrist, le mal absolu, reniflant l’air et maugréant ployé sur sa selle, tortionnaire à ses heures, massacreur de mormons et violeur de ses dames, avec sa winchester rutilante, sa coupe hippie, son bandana et ses tatouages énigmatiques (pour rappeler Charles Manson paraît-il). Tomas Milian n’en fait pas trop, son cachet sans doute exorbitant fait qu’il disparaît une bonne demi-heure du film (affirmation gratuite sans l’once d’une vérification) pour réapparaître vers la fin, face à un Fabio Testi qui peu à peu commence à se transformer en archétype du pistolero spaghetti : vareuse noire, gestes assurés, gueule impassible, les germes du tueur sont là, comme si avec ce film Lucio Fulci avait voulu montrer la genèse de nos héros favoris, comment un type normal, bon fond bon teint, au contact de la violence continuelle de la société primitive se retranche en lui-même, durcit son cœur et tue pour se défendre ou pour se venger. Les compagnons d’infortune disparaissent tous en route, la mélancolie noire désespérée, sombre, glauque, sale, dramatique, morbide, obscure, ténébreuse, voilée, morose, taciturne, triste, voire morne, amère, pessimiste, sinistre, funèbre, tragique, funeste, angoissante, inquiétante est soulignée par une musique pop plaisante (d’un groupe nommé Cook and Benjamin Franklin Group (?)) qui achève de démarquer le film du genre. Les paysages typiques du genre sont là pourtant, mais pour une fois, pas de trésor, pas de vengeance qui se mange froide, pas de trahisons entre amis/ennemis, pas de beaux duels langoureux. Après le pogrom puritain initial, les coups de feu se comptent sur les doigts de la main. Les blessures sont mortelles, et on crève à petit feu. Le joueur de carte et la prostituée se retrouvent dans un village de mineur, et là l'enfant naît, et on a droit à une très longue séquence où les mineurs sont tout sourires et tous mielleux comme dans un mauvais Walt Disney. Ainsi Fulci montre les deux facettes de l'homme : la violence la plus atroce envers les êtres, et l'attendrissement le plus niais devant la vie qui commence. Mais ce qui est le plus frappant dans cette histoire, c'est cette lenteur qui épouse le cheminement des protagonistes. Ce n’est pas tant un manque de rythme qu’un rythme particulier, propre au film, qui pourra rebuter les amateurs de western, tous comme les quelques scènes chocs pourront rebuter les gens intelligents conscients de se faire manipuler. Un cinéma audacieux mais complaisant, 4 de l’apocalypse est en effet surtout connu pour quelques scènes gores gratuites qui bien qu’ayant largement mal vieilli, n’en demeurent pas moins gratuites. C’est tout le paradoxe du cinéma de cette époque : audacieux et sans complaisance, mais complaisant à force d’être audacieux, et parfois même, manquant d’audace dans la complaisance. Les scènes de torture, l’anthropophagie, le viol sec et froid sont donc à mettre en arrière plan et à considérer de l’œil complice de celui à qui on ne la fait pas : « hé, on sait que tu avais besoin de mettre quelques scènes comme ça pour qu’on parle de ton film, regardons donc ce qu’il y a derrière ! ».
A vous de voir, moi je trouve que ça vaut le coup de jeter un œil derrière le rideau de la provocation...

Où le voir: DVD Wild Side des années 2002, trouvable facilement, film complet et joliment restauré, en français, en anglais ou en italien (boudiou que les éditeurs étaient généreux à l'époque) avec livret explicatif de JF Giré. Que ce temps semble loin...