samedi 9 octobre 2010

Le Survivant des Monts Lointains



Night Passage
1957
James Neilson
Avec: James Stewart, Audie Murphy, Dan Duryea, Olive Carey


C'est Anthony Mann qui aurait du tourner ce film, hors, c'est à un gars de la télévision qu'échut la tâche, et ça se sent. James Stewart joue de l’accordéon pour vivre. Comme souvent, il joue le gars tout fragile de partout mais qui en fait est un grand tireur qui s’auto-refoule. Audie Murphy est son jeune frère, pile du mauvais coté de la force, avec son attirail clinquant et son attitude de loubard des années cinquante. Le scénario est un peu complexe, guère passionnant. Le déchirement familial peine a produire l’effet escompté, et l’une des deux stars meurt sans qu’on soit plus touché que cela. Dan Duryea reprend son personnage de Winchester ’73 en plus cabotin, et donc en moins crédible. Il y a une ou deux nanas qui gravitent aussi autour de ce beau monde, histoire de rajouter du piment à la mayonnaise.
Tout cela rend le film sympathique, mais non passionnant, au point que ce qui retient le plus l’attention au final, ce sont les petits détails qui ne s’accordent pas avec l’imagerie habituelle du western. Primo, le James Stewart qui joue de l’accordéon, ce qui donne lieu à une intéressante confrontation avec Audie Murphy lorsqu’il lui joue un air de leur enfance. Deuxio, les décors finaux, avec ces mines et leur téléphérique, qui tranchent bien sûr avec les lieux typiques du western, la ville, le désert, le canyon.
On est content aussi de voir un film graviter autour d’une ligne de chemin de fer en construction, avec le riche visionnaire dans son wagon, parce que ça nous rappelle Il était une fois dans l’Ouest, alors qu’en principe c’est Il était une fois dans l’Ouest qui aurait dû nous rappeler ce film et d’autres du même genre. C’est ça le problème d’être né trop tard et de se construire une connaissance cinéphilique à rebours, en piochant au hasard des diffusions et des sorties DVD sans avoir le fil conducteur de l’Histoire en tête.
Enfin, on note la prestation d’Olive Carey, la femme d’Harry Carey, qui elle aussi contribue à imprimer la marque de sa famille dans l’Histoire du Cinéma. Elle joue également dans La Prisonnière du désert, où elle pleura, paraît-il, après que John Wayne rendit hommage à son mari avant de s’éloigner à travers une porte.


Captures: USMC sur Western Movies

dimanche 3 octobre 2010

The Local Bad Man

1932
Otto Brower
Avec: Hoot Gibson


Hoot Gibson, toujours sans armes, d’une élégance rare, habillé en vrai cow boy avec ses chaps et ses jambes arquées, dégage une étrange assurance, une morgue et une répartie non dénuée de violence intériorisée, tel un garçon gentil qu’il ne faudrait pas chatouiller trop longtemps pour qu’il explose. Cette tension retenue est paradoxalement accentuée par son physique rondouillard et ses sourires désarmants. Super à l’aise sur son cheval (il fut champion de rodéo), il maîtrise tant la gent équestre qu’il ne juge pas nécessaire d’en faire des tonnes comme Tom Mix ou Yakima Canutt
pour nous impressionner. Mais c’est sûr, Hoot irradie. Et c’est tout l’intérêt de ce petit western de série B, Hoot Hoot et encore Hoot, qui éclipse ses deux sidekicks comiques, qui éclipse l’habituel scénario de complot, qui éclipse la girl de service, le tout étant uniquement destiné à nous faire passer le temps agréablement. Le temps est une denrée rare de nos jours, donc le film échoue à l’aune des critères de divertissement actuels, il nous donne l’impression de nous le faire perdre, notre temps, et dans le même temps, on se dit que tout ce petit monde là, disparu pour toujours, mérite bien qu’on stoppe pendant cinquante minutes le rythme de nos vies effrénées.

samedi 25 septembre 2010

Vers l'Ouest

Betty Miles, Ken Maynard, Hoot Gibson

Westward Bound
1944
Robert Emmett Tansey
Avec: Ken Maynard, Bob Steele, Hoot Gibson

Western de série B d’une quarantaine de minutes, Vers l’Ouest n’est pas mentionné dans le livre de Didier Lodieu parce qu’il date des années 40 et que le western B des années 30 intéresse si peu de monde en France que le tome 2 de son ouvrage – centré donc sur les années 40 – ne se fera sans doute jamais. Mais il évoque quand même cette série des “Trail Blazers” qui fait jouer ensemble trois stars importantes du western B: Bob Steele, Ken Maynard et Hoot Gibson.
En 1944, Bob Steele était toujours le petit gars nerveux, bon boxeur et séduisant. Le voir ici aux cotés de Ken Maynard montre à quel point il était petit. Bob Steele a déjà beaucoup été mentionné sur ce blog (cliquer sur l’intitulé en bas de l’article) alors que Ken Maynard n’a eu que les honneurs de l’excellent Hell Fire Austin. Ici Ken Maynard a pris un peu de bide. Son fidèle Tarzan n’est plus le même que dix ans auparavant. Il est un acteur sur le déclin, prétendument irascible, ivrogne et tapant sur les nerfs de son entourage. Mais dans le film bien sûr il est bon, il est fort, il est brave.
Hoot Gibson, je crois n’en avoir encore jamais parlé, alors qu’il apparaît pourtant en 1917 dans Straight Shooting et en 1919 dans By Indian post (c’est lui le gringalet en cache-poussière) de John Ford. Autant dire qu’en 1944, c’est déjà un sacré vétéran du western. Hoot Gibson est une personnalité à part du western de série B. Champion de rodéo, la bouille ronde et sympathique, il n’a pas le physique du jeune premier intrépide. Il joue au contraire de sa rondeur, de son humour. Presque jamais armé dans ses films, Hoot Gibson est très populaire et enchaîne les premiers rôles dans des westerns de veine plutôt comique. Dans ce Westward Bound, il se bat en effet à coup de tarte à la crème, joue du lasso et pilonne les bad guys à la dynamite comme un gros gamin qui fait une farce, avec un bon vieux gag final à la Tex Avery. On ne peut pas détester un gars comme Hoot Gibson.


Bob Steele (à droite) en pleine action


Et le film sinon? Et bien c’est le tempo habituel des séries B sans surprises et sans originalité, à part que nos trois héros ne portent pas de noms de scène, mais se font appeler par leurs vrais noms d’acteur. On voit également une cow-girl (Betty Miles) qui monte sacrément bien à cheval et qui est plutôt moins nunuche que la moyenne. Le tout reste bien sûr très agréable et très divertissant quand on aime de genre de vieilleries, et en plus, il y a une VF!

dimanche 19 septembre 2010

Law West Of Tombstone

A gauche, Harry Carey


1938
Glenn Tryon
Avec: Harry Carey, Tim Holt, Evelyn Brent, Ward Bond


Très apprécié par Didier Lodieu dans son livre Le Western B, Law West of Tombstone est une sorte d’OVNI dans le petit monde formaté des westerns de série B. Le héros - mais s’agit-il d’un héros ? – est un vieux briscard menteur, voleur, baratineur, charmeur. Il est interprété par Harry Carey, la légende vivante – mais ici sacrément vieillissante – du western muet. Harry s’amuse beaucoup, affiche de larges sourires, ne semble jamais s’en faire, et devient une sorte du juge Roy Bean tenant justice alambiquée dans son saloon entre deux tournées générales (d'où le titre, en référence à la loi à l'Ouest du Pecos). Le scénario est difficilement compréhensible, et ce n’est pas faute de ne pas comprendre l’anglais, ce film a été diffusé sur Ciné-Classics avec des sous-titres français!. Harry a donc une fille dans le film, mais une fille qui ne sait pas qu’il est son père et qui ne doit pas le savoir. Il y a aussi une histoire loufoque avec une réserve indienne, le jeune premier Tim Holt qui joue une espèce de Billy The Kid qui ne tuerait point et qui serait poli avec les dames, des “punchlines” parfois assez réjouissantes, une ambiance à l’amoralité gentiment piednickelesque et des méchants qui font penser aux Clanton. Ajoutez à cela que le film se paye le luxe de débuter à New York, qu’Harry se retrouve obligé de voyager avec un singe et que Ward Bond fait une apparition, et vous conviendrez qu’on est loin du canevas habituel avec le héros intrépide qui déjoue un complot et sauve une jeune fille en cinquante minutes. Pour autant, si Law West of Tombstone est une curiosité, il ne faut rien y voir de plus qu’un amusant divertissement, tant son apparente immoralité et sa décontraction ne débouchent sur rien de spécifiquement original. In fine, tout est bien qui finit bien comme dans toute série B qui se respecte, mais pour découvrir une nouvelle facette de l'immense Harry Carey, et pour son scénario abracadabrantesque, Law West of Tombstone mérite le détour.

C'est qui? D'après imdb, c'est Ward Bond!

dimanche 12 septembre 2010

Le fils du désert

Three Godfathers
John Ford
1948
Avec : John Wayne, Pedro Armendariz, Harry Carey Jr., Ward Bond


Le film débute sur la silhouette d’un homme à cheval, en contre-jour. Il s’agit de Cliff Lyons, posant nonchalamment sur sa selle à la manière de Harry Carey, auquel le film est dédié. Cet hommage à la grande star du muet – « bright star of the early western sky » - morte quelques mois plus tôt, est particulièrement significatif dans le cadre de ce film-ci. D’abord parce que le sang de la star coule dans les veines de l’un des acteurs principaux (son fils Harry Carey Jr. joue dedans quoi…), ensuite parce que Le fils du désert est une énième version cinématographique du roman de Peter B. Kynes, et que Harry Carey avait joué dans deux d’entre elles, la première en 1916 réalisée par Edward Le Saint, la seconde en 1919 réalisée par John Ford déjà, sous le titre Marked Men.
La version de Ford de 1919 est réputée perdue. Celle de Edward Le Saint l’est sans doute aussi. Il est donc difficile de juger sur pièces, mais le fossé technique et narratif qui existe entre le cinéma des années 10 et celui des années 40 est tel qu’il est difficile de parler de remake. Inutile de fantasmer donc sur une virtuelle comparaison entre les deux versions du même réalisateur. Dans les années dix, John Ford et Harry Carey écrivaient leurs scénarios à deux, ils tournaient en quelques jours. En 1948, l’écriture du scénario à lui seul prendra quatre semaines. La différence d’investissement est telle qu’on ne s’étonne pas que tous ces petits films du muet aient été si peu considérés, même par ceux qui les avaient produits, et finalement perdus. Aujourd’hui on s’en mord les doigts. Même tourné à la va-vite dans des conditions de production quasiment à la chaîne, on aimerait bien découvrir ce Marked Men. Mais je m’égare.

Le fils du désert est un film magnifique. L’histoire est magnifique, les acteurs sont magnifiques, la photo est magnifique. Dieu soit loué celui-là n’est pas perdu. Oui, un non-croyant comme moi peut grincer des dents à la parabole chrétienne poussive, mais j’évite de grincer des dents, ça fait sauter les plombages. L’histoire est simple et belle, et notons que selon Larry Langman dans A guide to Silent Western, il y avait déjà un critique en 1916 pour trouver que le scénario et les personnages de la version de Edward Le Saint étaient invraisemblables. Peut importe de toute façon, si le politiquement correct de 1948 fait grincer des dents aujourd’hui, le politiquement correct d’aujourd’hui fera sauter les plombages des mes petits enfants dans cinquante ans. On a tout dit sur le coté volontairement gentil du film, les bandits bien sympas, le shérif (Ward Bond, formidable) qui s’appelle B. Sweet et qui n’est pas payé pour tuer les gens, la bonne humeur et l’absence de réelle violence. On l’a tellement bien dit ailleurs que c’est plutôt l’inverse qui m’a sauté aux yeux. Il y a d’abord le fait que la ville nommée Welcome s’appelait auparavant Tarantula. Il y a ce plan du bandit tenant un biberon d'une main et un revolver de l'autre. Il y a ce revirement du Shérif qui offre une prime à ceux qui abattront les fuyards quand il croit à tort qu’ils ont assassiné la femme et dynamité le puits. Et il y a aussi le personnage de Robert Hightower joué par John Wayne. Ses deux comparses ne sont pas réellement des bandits : Pedro (Pedro Armendariz) n’est qu’un voleur de chevaux, il a eu femme et enfants. The Abilene Kid (Harry Carey Jr.) n’est qu’un bandit en devenir. Mais Robert est un vrai bandit, c’est lui le chef, c’est lui qui monte le coup de la banque, et c’est un dur à cuir, pragmatique et presque insensible. Lorsque le Kid déclare qu’il ne pourra pas traverser le désert, Robert évalue la situation et acquiesce, en l’aidant à déboîter les talons de ces bottes. Lorsque Pedro, avec sa jambe cassée, demande un revolver pour se défendre contre les coyotes, Robert lui laisse son arme et l’abandonne sans se retourner alors qu’il sait très bien qu’il va se suicider. Deux des personnages principaux meurent pour la bonne cause, à l’image du sacrifice des trois canailles de Three Bad Men. Tous ces éléments bien sûr ne démontent pas l’analyse parabolique et gentillette du film, mais ils l’inscrivent dans un registre crédible et plus réaliste qu’on ne pourrait le croire. Et John Ford, connu pour filmer entre les pattes des chevaux, filme les guibolles chancelantes des hommes, les pieds las qui trébuchent dans la rocaille, les visages fiévreux sous le soleil, la poussière qui assèche et étouffe. Aujourd’hui encore, cette traversée du désert n’a pas perdu de sa superbe.

Bien sûr on ne négligera pas la nostalgie qui patine un film et le rend meilleur. Le bébé enduit de graisse de chariot qui avait bien fait rire ma mère, les cactus qu’on décapite pour en récupérer le jus – grand moment de mythologie du désert, les deux fantômes qui suivent John Wayne et qui, dans mon souvenir étaient présents beaucoup plus longtemps. John Wayne enfin, qui entre au saloon, un bébé dans les bras, demandant un biberon et une bière. Si ça c’est pas sublime ! John Wayne qui fait du John Wayne sans vraiment faire du John Wayne, le visage beaucoup plus torturé et moins monolithique que d’habitude, parfois si expressif qu’on a du mal à le reconnaître. Quand il obtient enfin sa bière, on est heureux avec lui, et c’est la grande force de ce film de faire passer autant de moments humains et réels dans un conte fabriqué de toute pièce.



Note : certains osent prétendre que Trois hommes et un couffin est un remake de ce film. Honte à eux :-)

Sources : John Ford par Patrick Brion. John Ford par Philippe Haudiquet
Capture: Western Movies

samedi 28 août 2010

Soleil Rouge



1971
Terence Young
Avec : Charles Bronson, Toshiro Mifune, Alain Delon, Ursula Andress, Capucine


Multi-diffusé à la télévision, Soleil Rouge est un western de production française, tourné à Almeria, qui, bien que commençant à vieillir, est toujours aussi agréable à regarder. Pourquoi commence-t-il à vieillir ? Parce que certains défauts qui étaient invisibles à l’époque sautent aux yeux aujourd’hui : quelques longueurs dans les pérégrinations du duo de héros, des indiens plus que ridicules, et quelques détails marrants : au début, lorsque Charles Bronson ôte la selle de son cheval, il se prend l’étrier en pleine gueule, mais réussit à faire comme si de rien n’était. A la fin, Alain Delon effectue un saut de trois mètres du haut d’un grenier, se loupe et manque se vautrer, mais rétablit la situation en sauvant la face. Est ce l’ère numérique et ses images ciselées au pixel près qui nous fait voir ce genre de détails qui nous échappaient autrefois ? Verrait-on ce genre de chose dans un film avec un casting aussi prestigieux aujourd’hui ?
Toujours est-il que malgré ces « défauts », le film est très bon, en tout cas bien meilleur que ce que certains affirment. D’une part le duo de stars, Charles Bronson, la star américaine qui avait joué dans Les Sept Mercenaires et Toshiro Mifune, la star japonaise qui avait joué dans Les Sept Samouraï, fait merveille. Mifune, stoïque, rigide et implacable en samouraï vole même la vedette à Charles Bronson, sympa et un brin cabot. Ensuite Alain Delon est bien moins mauvais que ce qu’on peut lire un peu partout, y compris chez Giré. Delon est beau, il interprète un bandit un peu dandy, un peu loubard, et il réussit à être un peu inquiétant et crédible. Sa tenue « de prisunic » comme dit Giré, peut faire sourire, mais on peut l’interpréter comme la tenue maladroitement chic d’une gouape qui veut paraître civilisée et qui se serait acheté un beau costume de cow-boy rutilant, et il n’est pas loin en ce sens de la classe des héros de western des thirties et de leur élégance ridicule. Ursula Andress fait le minimum, montre ses jambes et gueule sur Bronson, puis vingt minutes plus tard montre ses seins et gueule encore sur Bronson. On préfère à la rigueur le court rôle de Capucine (qui jouait dans la Panthère Rose) et qui en fait moins. Les fans de cinéma européens se régaleront à reconnaître les seconds couteaux, pour ma part je n’ai reconnu que Luc Merenda qui joue le (faux) berger lors de l’attaque du train.
Le final dans les roseaux m’a rappelé un film Japonais intitulé Onibaba (1964) et qui se déroule intégralement dans les roseaux, où le bruit du vent permanent hypnotise et rend fou. Hommage ou pas à ce film, je ne sais pas, mais ce qui est sûr c’est que Soleil Rouge a été conçu pour réussir au Japon, en rendant hommage sans mépris à ses traditions et en castant l’un de ses acteurs les plus prestigieux (Toshiro Mifune) et l’acteur étranger le plus populaire là bas (Alain Delon). Le film fit en tout cas, beaucoup d’entrées en Europe, et je garde pour ma part beaucoup de tendresse pour ce film, ses gags (le moustique), ses coups de katana sanglants et le charisme des deux acteurs principaux.

PS: bien que les puristes risquent de m'écharper, je classe ce western dans 'western spaghetti', faute de mieux.

Où le voir: à la télé.

Image: Metek sur Western Movies

lundi 16 août 2010

The Night Rider

George Gabby Hayes, Harry Carey, Julian Rivero
The Night Rider
1932
Fred C. Newmeyer
Avec : Harry Carey, George Gabby Hayes, Bob Kortman


Harry Carey est une étoile emblématique du western muet, indissociable du jeune John Ford avec lequel il trouve le succès. Sorte de chaînon manquant entre Tom Mix et William S. Hart, Harry Carey n’a ni la démesure athlétique de l’un, ni l’emphase dramatique de l’autre. Avec son visage buriné qui le fait apparaître plus vieux qu’il n’est réellement et sa gestuelle étudiée, Harry Carey devient pourtant l’une des stars majeures du western des origines.
Aujourd’hui, Harry Carey est assez difficile à voir. Il commence sa carrière en apparaissant dans quelques Griffith comme The Battle at Elderbush Gulch mais il faut un œil de vautour pour le repérer. Puis, il tourne avec Ford, mais de tous les « Cheyenne Harry » qu’il a tourné avec le prometteur jeune réalisateur ne subsistent que Straight Shooting et Bucking Broadway. En 1921, Carey et Ford se séparent, ce qui n’empêche pas l’acteur de continuer sur la voie du succès. De tous les westerns tournés par la star dans les années 20, il semblerait que Satan Town soit disponible (Didier Lodieu affirme d’ailleurs dans son livre qu’il s’agit d’un excellent western), mais le reste est difficilement trouvable. La filmographie muette de l’acteur semble donc perdue ou difficile à obtenir (beaucoup plus en tout cas que celle de William S. Hart), il faut donc se rabattre sur ses films parlants pour se rendre compte du travail de Harry Carey.
En effet, dans les années trente, Harry Carey est toujours une star malgré son âge (la quarantaine bien tassée) et l’arrivée du parlant. Il alterne les premiers rôles dans les westerns de série B et les seconds rôles dans des films plus ambitieux (Duel au soleil, Monsieur Smith au Sénat, La rivière rouge). The Night Rider fait partie de ces séries B bon enfant qui se regardent avec plaisir. Les grincheux contemporains remarqueront la faiblesse de la sonorisation balbutiante (parfois les lèvres bougent, mais il n’y a pas de son), la faiblesse du scénario de roman feuilleton et le peu d’ambition de l’ensemble. Les amateurs apprécieront la bonne humeur générale, le numéro facétieux de George Gabby Hayes, les apparitions de Bob Kortman et la teneur ‘Comic’ de l’ensemble (jusqu’à la vestimentation du Night Rider qui fait immanquablement penser à celle de The Shadow, personnage vengeur apparu à la même époque et plus tard adapté en bande dessinée). Carey ne fait pas son geste emblématique dans ce film, ce geste simple qui consiste à tenir son bras gauche avec la main droite et auquel John Wayne rend hommage dans la Prisonnière du désert. Il ne le fait pas non plus dans Straight Shooting ni dans Bucking Broadway. Le fait-il dans Satan Town ou dans d’autres de ses films parlants encore disponibles, ou bien ce geste est-il une légende perdue avec les bobines de ses films ? Je vous tiendrai au courant au fur et à mesure de mes découvertes.


Où le voir : Alpha Vidéo