mercredi 11 février 2015

L'Ange noir du Mississippi




Bienvenido, padre Murray
1962
Ramòn Torrado
Avec: René Muñoz, Fernando Sancho

A nouveau, il est facile de céder aux moqueries pour ce film, non seulement mineur, mais mineur même dans le cœur des plus acharnés des aficionados du western européen. Pourtant, L'Ange Noir du Mississippi est une curiosité à plus d'un titre. D'abord par son sujet, le racisme enduré avec philosophie par un pasteur noir dans une ville de l'Ouest, sujet finalement relativement rare dans le western (et malgré le récent succès du Django de Tarantino, c'est un sujet que l'on continuera à ne pas voir souvent). Les westerns traitant du racisme anti-noir ou anti-indien sont généralement assez pesants et plein de bonnes intentions souvent maladroites. 
Celui-ci n'échappe pas à la règle, mais ça n'empêche pas une certaine efficacité dans la violence et son impact, celle du lynchage inaugural, celle, situationnelle, de l'accueil glacial réservé au pasteur par ceux-là même qui espéraient sa venue. Mon œil contemporain, non historien, sourit à nouveau de l'ironie qui veut qu'une telle ode à la tolérance soit tournée dans la dictature franquiste pendant que la plus grande démocratie du monde était occupée à mettre un terme à sa propre ségrégation raciale dans la violence. Mais passons, c'est encore ma vision tordue des choses. Sans grande originalité, notre pasteur (René Muñoz, fluet et placide, très convainquant) parvient, à grand renfort de petits arrangement avec la religion, à mettre un paquet de gens de son coté, y compris le grand Fernando Sancho, occupé à roder le personnage exubérant qui fera sa gloire. La religion, et c'est un point qui n'a pas dû déranger les franquistes, est vue comme civilisatrice, un antidote à la violence, alors même que l'actualité nous rappelle tous les jours que la religion est la plus grande source de violence dans ce monde. Encore ma vision tordue des choses. Notons tout de même que notre pasteur se retrouve obligé de passer à l'action. Après avoir assommé deux bandidos, il se signe rapidement, pour conjurer le mauvais sort. J'ai voulu y voir un lien avec Tuco, un air de famille de plus avec ces grands films à l'origine de ce blog, films qui m'ont amené à découvrir des petits films dispensables comme celui-ci, mais pas inintéressants...


Captures: Stéphane sur Western Maniacs

mardi 10 février 2015

La furie des Apaches



El hombre de la Diligencia
1964
José María Elorrieta

La furie des apaches aka Furie Apache aka La vengeance des Apaches est un très honnête petit western espagnol fauché pré-Léonien, inspiré de la Chevauchée Fantastique de John Ford, avec une menace indienne permanente qui permet aux blancs encore en vie de régler leurs différents différends entre eux.  Bien sûr, les amateurs de fous-rire et autres écumeurs de nanardises auront matière à se délecter d'un cinéma qui a mal vieilli, et qui n'avait pas les moyens de ses ambitions, mais qui fut pourtant suffisant pour divertir toute une génération de spectateurs pas encore abreuvée en masse par la télévision.
Du western espagnol pas encore spaghetti donc, même si on trouve déjà ça et là des postures, des trognes, des regards qui n'échapperont pas aux connaisseurs. Même au sein du pourtant peu reconnu western espagnol, José María Elorrieta n'est pas une pointure recommandée par les aficionados. Pourtant sa réalisation est très correcte, à condition bien sûr de se mettre dans l'ambiance et d'apprécier le charme désuet de ces petites productions. Les acteurs ne se font pas spécialement remarquer non plus, ni par leur jeu, ni par une renommée qui aurait pu arriver ultérieurement pendant le boom du western spaghetti. Sur western maniac, on souligne qu'Aldo Sambrel est peut-être un gars qu'on aperçoit de loin au fond à droite, ce qui en dit long finalement sur la postérité du film. Le doublage français est caractéristique des doublages à la chaîne de l'époque, peu portés sur la nuance et très théâtraux. Contrairement à certains, j'ai apprécié la voix off de l'introduction qui tente d'apporter une touche de lyrisme à l'américaine en plaquant des dates et des lieux de l'histoire américaine sur fond de canyons espagnols. En somme, la plus grande curiosité de tout cela, c'est que ce type de film, qui aurait pu largement être oublié de tous, soit encore disponible de nos jours (grâce au boum des dvd des années 2000), et qu'une génération qui n'était pas née à l'époque soit en mesure de le regarder, et même - étrangement - de l'apprécier.

vendredi 9 janvier 2015

Charlie Hebdo

Après l'horreur de ces derniers jours, un dessin, enfin, m'a redonné un bref sourire... 


samedi 3 janvier 2015

Les Plus Belles Musiques D'Ennio Morricone Vol.2



C'est un disque vinyle 33 tours qui date du début des années 1980, que l'on m'avait offert quelques années plus tard parce que mon vif intérêt pour Ennio Morricone avait alors explosé brutalement, même si lorsque je le reçus, j'écoutais avant tout et principalement les morceaux Le Bon La Brute et le Truand et Il était une fois dans l'Ouest (L'homme à l'harmonica). 
C'est un disque témoin, témoin d'un temps où certains titres du maestro n'étaient pas encore sortis : pas de Mission à l'époque, ni d'Incorruptibles, ni surtout d'Il Etait une fois en Amérique. Et même si l'on excepte ces tubes postérieurs et les deux titres Leonesques, en fait de best of, il explore surtout La Bataille de San Sebastian, Le Clan des Siciliens, La Banquière et la Cage Aux Folles. On n'y trouve pas certains thèmes incontournables tels que ceux de Et pour quelques dollars de plus ou Il était une fois la Révolution, on n'y trouve pas une note de Mon nom est personne, ni certains favoris comme L'Estasi Dell'Oro avec Tuco qui court dans son cimetière ou Dopo l'esplosione pendant le travelling sur les morts de la grotte dans Il était une fois la Révolution.
Pourtant, aujourd'hui encore, je peux remettre ce disque sur une platine qui crachote, et l'émotion revient comme une vague, me mettant au bord des larmes, pour des musiques qui pour la plupart ne m'évoquaient rien à l'époque puisque je n'avais pas vu les films dont elles étaient tirées. Ainsi, lorsque plus tard je vis La Bataille de San Sebastian et Le Clan des Siciliens, je connaissais déjà leur splendide musique par cœur. Henri Verneuil avait, comme Sergio Leone, l'intelligence d'utiliser la musique de Morricone à bon escient, voire de l'intégrer magistralement à l'oeuvre comme lorsque le grand Montand découvre le côté obscur le la farce à la fin d'I comme Icare. Le thème de La Cage aux folles ainsi que les fabuleux cuivres de La Cage Aux Folles II (Sa Seule Pensée C'Est Lui) m'émeuvent comme jamais, malgré leur côté cheezy, si loin pourtant de ce que l'on pourrait imaginer pour ces comédies d'Edouard Molinaro. Et par ailleurs, si une note positive ressort encore aujourd'hui à la vision de ces films, elle provient en partie de la musique qui par son côté sérieux contrebalance les caricatures homosexuelles. 
Cela fonctionne d'ailleurs bien mieux que la bande son de La Banquière qui sous-emploie scandaleusement la somptueuse partition de Morricone. De Francis Girod, je n'ai toujours pas vu René la Canne ni Le Trio Infernal également présents sur ce disque. Mais je me dis que si Francis Girod a autant négligé les talents de son musicien que dans La Banquière, j'ai encore le temps de découvrir le gâchis, si gâchis il y a.
On trouve également dans ce disque un morceau plus anecdotique des Moissons Du Ciel de Terence Malick, avec un solo piano exécuté par Enrico Pierannunzi dont la dextérité m'impressionnait alors, et un passage de La Bataille d'Alger, film qui était alors invisible en France, et ce jusqu'en 2004, et qui a été utilisé par les américains pour comprendre comment ne pas perdre la guérilla urbaine en Irak.




Au dos de la pochette, on y voit des disques que j'aurais voulu tous écouter, certains pour des films que je n'aurai jamais eu l'occasion de voir. Si certains bisseux auront certainement vu Le trésor des quatre couronnes, film en 3D de Ferdinando Baldi, quelqu'un a-t-il vu Nana Le Désir de Dan Wolfman, ou La Désobéissance d'Aldo Lado? Quant à La Dame Aux Camélias, avec Isabelle Huppert, et One Two Two, 122 rue de Provence avec Francis Huster, je ne sais pas s'ils sont devenus très rares, mais je n'ai jamais eu l'occasion de les voir. Preuve que si Morricone tournait avec les plus grands, il était aussi capable de cachetonner. Mais en l'état, voir toutes ces pochettes de disque, ces titres de films devenus célèbres pour certains, totalement oubliés pour d'autres, ces musiques de films associés à des génériques typés années 70 engendre forcément la nostalgie d'un cinéma que l'on voudrait voir forcément plus authentique et généreux que celui d'aujourd'hui. Quentin Tarantino n'a pour l'heure pas réussi à travailler avec Ennio Morricone, et s'en est trouvé réduit à coller certains de ses morceaux là où il le pouvait. Quelque part cela me semble normal et dans l'ordre des choses, la musique d'Ennio Morricone accompagne un cinéma qui n'existe plus, et que seuls certains pasticheurs s'efforcent de maintenir en vie.

samedi 20 décembre 2014

La Dernière Piste



Meek's Cutoff
 Kelly Reichardt
2011
Avec: Michelle Williams, Bruce Greenwood

Sous ce titre français qui pourrait parfaitement convenir à un Blueberry, on trouve un western lent, mélancolique et métaphorique qui est si éloigné de Blueberry que je me demande si les traducteurs français ne se sont pas fait une petite private joke entre eux. Une petite caravane de colons dans des chariots bâchés qui marchent vers leur terre promise. L'eau est rare, les hommes sont attentifs à la santé des bœufs qui tirent les chariots. Les femmes marchent à coté. Pas de winchesters, pas de colt 45, mais des fusils mono-coup qui se rechargent lentement avec une baguette pour tasser la poudre noire au fond de la culasse. On doit pas être plus loin que les années 1850. La caravane est perdue, les hommes se méfient de leur guide, un homme qui se donne des airs de Kit Carson, mais qui paraît bien trop bavard pour être aussi expérimenté qu'il ne le dit. Quand l'eau vient à manquer et que l'une des femmes se retrouve nez à nez avec un indien, le drame peut commencer à se nouer.
Le problème c'est que la lenteur du film finit vraiment par le desservir. Kelly Reichardt filme par petites touches, entrecoupe la progression narrative de petits instants du quotidien, filmés en caméra fixe, sans accompagnement musical autre que celui des grillons. Quand la musique apparaît, elle est bien sûr minimaliste, une sorte de longue plainte instrumentale. Les hommes discutent, les femmes observent de loin. On se retrouve vite en terrain connu du film intimiste, qui se veut profond et chargé de sens, sens qui reste naturellement obscur et que la seule force des images doit nous révéler. On en a vu des tonnes de ces films qui délaissent intrigue, narration, scénario et écriture pour se concentrer sur les paysages, les visages, les voix, les sons, les non-dits qu'il faut deviner soi-même, les questions bien évidemment sans réponse parce que ça ferait trop mainstream de donner des réponses. Je peux spolier la fin parce qu'il n'y a rien à spolier. L'indien mystérieux continue à marcher vers l'horizon et semble disparaître, un peu comme Clint Eastwood à la fin de L'Homme des Hautes Plaines. Au moment où l'on voit l'image, on sait que le plan suivant sera le générique, que l'on se sentira floués et trahis, comme à chaque fois qu'un film ne va pas au bout, comme dans tous les Jarmusch, dans tous les Wenders, et comme sans doute dans tous les Malick si je réussissais à aller au bout d'un de ses films. Kelly Reichardt semble marcher dans les traces de ces gars là, elle s'est déjà approprié leur grammaire et leur manière d'énerver les gens comme moi qui préfèrent les bonnes histoires au m'as-tu-vu formel.
Sur ce point là au moins le film est irréprochable. Sur le parti-pris de filmer en 1:33 rien que pour faire différemment de tous ceux qui pensent que le scope est fait pour le western, je ne dirai rien. Les images sont magnifiques, vous verrez la caravane avancer sur fond de splendides paysages, lentement, la caméra reste fixe jusqu'à la dernière roue de chariot, et reste quelques minutes de plus pour être sûr que vous ne loupiez pas le coucher de soleil derrière pour enchaîner sur un fondu irréel. Dans Le Nouveau Monde, Terence Malick m'avait scotché pendant environ une demi-heure avec sa manière de filmer les herbes, les plantes, les marécages et les oiseaux dans le ciel, avant que je ne décroche. Kelly Reichardt réussit la même prouesse pendant dix minutes. La couleur des herbes grillées par le soleil et les couleurs des robes des femmes, la luminosité des plans forment des images exceptionnelles. La réalisatrice filme à hauteur d'herbe, les grandes tiges au premier plan qui strient l'image rappellent la pellicule rayée des vieux films, parallèle d'autant plus fort que de nombreuses séquences sont muettes et documentent la vie des pionniers, comme si Edison avait été là pour les filmer. C'est un travail de composition admirable, mais qui n'est pas auto-suffisant, qui tourne en rond et se répète, et qui m'a fait décrocher. Rapidement mon attention est partie ailleurs, pour se refocaliser sur l'image quand la réalisatrice réussit un nouveau tour de force visuel pour retomber ensuite et s'effondrer quand on comprend qu'il n'y aura pas de fin, pas de conclusion, qu'il n'y avait ni enjeu, ni histoire. Il restera malgré tout un souvenir diffus, une mélancolie contemplative certes pas très originale mais bien travaillée, et un aperçu de la vie des pionniers, épurée du romantisme westernien habituel. C'est déjà pas mal.

Les avis plus respectables et enthousiastes de:
- il a osé: http://ilaose.blogspot.fr/2011/12/la-derniere-piste.html
- Inisfree: http://inisfree.hautetfort.com/archive/2011/09/03/meek-s-cutoff.html

jeudi 23 octobre 2014

La route vers l'ouest


The Way West
1967
Andrew V. McLaglen
Avec: Kirk Douglas, Richard Widmark, Robert Mitchum 

Encore une de ces odyssées en chariots bien trop longues pour qu'on ait le courage de s'y coller jusqu'au bout. Du trio de stars, seul Kirk Douglas retient l'attention, de par la noirceur de sa composition. Le reste n'est que clichés, tirades grandiloquentes, ennui pesant, malgré quelques petits seconds rôles sympas. Si ce film a pu fonctionner à l'époque, il est plutôt à éviter aujourd'hui. 

mercredi 22 octobre 2014

Sur la piste de la grande caravane

1965
The Halelujah Trail
John Sturges
Avec: Burt Lancaster, Donald Pleasence

Pour: Sympathique western parodique qui permet de passer agréablement son temps dans des décors somptueux, aux côtés de Burt Lancaster, dans la bonne humeur générale. A la fin, les indiens découvrent le Champagne, à leurs dépens.

Contre: Interminable pochade à grands moyens, longue comme un jour sans pain, pas drôle, surjouée, plombée par des chansons sans intérêt, dont tous les gags tombent à plat, et qui n'a malheureusement pas cette espèce d'humanisme chaleureux que même les plus mauvais Ford ont.

Sans opinion: sans opinion

Spoilers: toute la cargaison de whisky, argument central du film, va disparaître pour que la morale soit sauve. Comment ça vous vous en doutiez dès le début?

Bonus: pour Vincent d'Inisfree. Il y a dans ce film, de nombreuses scènes de bain.