mardi 17 juillet 2007

Tombstone


Tombstone
1993
George Pan. Cosmatos

Avec: Kurt Russell, Val Kilmer, Bill Paxton, Sam Elliott, Michael Biehn, Charlton Heston

Wyatt Earp ne veut pas être shérif de Tombstone, il refuse d’être shérif à Tombstone, il ne deviendra jamais Shérif à Tombstone. C’est sûr, c’est catégorique !
Et puis finalement si …

Tombstone est sorti à peu près en même temps que Wyatt Earp, dont il respecte d’ailleurs la trame principale. Comme Wyatt Earp, il a pour pivot central le règlement de compte à OK Corral, qui est le climax des deux aînés plus prestigieux que sont La poursuite infernale de John Ford et Règlement de comptes à OK Corral de John Sturges.
Pour cette raison, on limitera la comparaison à Wyatt Earp et non pas aux œuvres de l’âge d’or, parce que sinon les puristes vont se retourner dans leurs tombes.
Pour la suite de la comparaison, c’est en fait très simple. Là où on se fait chier comme un croque-mort pendant trois heures dans Wyatt Earp, on prend son pied dans Tombstone, là où Kevin Costner récite ses aphorismes creux toutes les deux minutes, Kurt Russell les réserve pour la fin, là où Kevin Costner ressemble à un gardien de la paix joufflu, Kurt Russell ressemble à un oiseau de proie menaçant, là où Kevin Costner campe un Wyatt Earp dont la part d’ombre est aseptisée, Kurt Russel incarne un Wyatt Earp qui fuit les honneurs et le service à la communauté, qui ne pense qu’à s’enrichir, qui quitte une droguée pour suivre une chanteuse sans réputation et moche de surcroît (là c’est juste mon opinion hein..). Là où la musique de Wyatt Earp vous donne envie d’assassiner tous les facteurs de violons de la terre, celle de Tombstone sait être efficace tout en restant classique.
Et ça ne s’arrête pas là ! Il y a aussi le cas Doc Holliday. Dans Wyatt Earp, c’est Dennis Quaid. Pas mauvais, en tout cas beaucoup moins fade que Kevin Costner, mais beaucoup plus que le Doc Holliday de Tombstone joué par Val Kilmer. Celui-ci fait des vannes, il est inquiétant, il a une super scène face à Michael Biehn qui se la pète avec son flingue. Holliday en fait autant… avec une tasse à café. Holliday, c'est la bonne surprise de ce film.
Au niveau du ex-aequo, on trouvera les gunfights. Dans Wyatt Earp comme dans Tombstone les gunfights sont cools, bien tournés et très percutants. La peur est palpable, la douleur aussi. Simplement, dans Wyatt Earp les gunfights sont tellement sporadiques qu’ils valent à peine la peine d’être notés. Wyatt Earp est sans doute plus proche de la vérité historique que Tombstone mais on s’en tape franchement. Toutes les scènes clés sont respectées : le duel, le frérot qui se fait descendre à travers une fenêtre, la scène du train, la confrontation en pleine nature. Pour le reste c’est du western américain qui a bien digéré ses influences italiennes.
Tombstone est donc nettement meilleur que Wyatt Earp mais Wyatt Earp est tellement mauvais que cela ne suffit en rien à faire de Tombstone un bon film. Car dans Tombstone, on a le droit quand même aux cinq minutes règlementaires sous un arbre avec la nana, où Kurt Russell singe la gaucherie d’Henry Fonda dans La poursuite infernale. On a le droit à une introduction très violente assez inattendue mais qui s’inscrirait mieux dans un bon vieux western spaghetti que dans un film à caractère historique. On a le droit vers la fin à un coup de théâtre stupide et incompréhensible, ainsi qu’à un arrivage incroyable de phrases mystères du type «Mon hypocrisie s’arrête là », « Il n’y a pas de vie normale » ou « il a un grand trou au milieu de lui-même, et ni le vol ni le meurtre ne pourront le remplir. » Bref, on est largué, d’autant que quand Earp et ses hommes font le ménage, on est dans la confusion totale. Des mecs tombent, on ne comprend pas grand-chose et la tension narrative est partie en vacances. Il faut juste comprendre que si Earp tue beaucoup beaucoup de monde, c’est pour le bien de la communauté. Sans doute, mais les exactions des méchants ne semblent pas toutes mériter la peine de mort, surtout que lesdites exactions semblaient se concentrer sur quelques têtes seulement alors que c’est tout le gang qui se fait décimer.
Quoi qu’il en soit, Tombstone reste un excellent divertissement, très formaté malheureusement, mais bien dans la lignée des westerns modernes. On y retrouve avec plaisir des trognes habituées du genre dans les seconds rôles. On y voit Harry Carrey Junior en shérif, on y voit Billy Bob Thornton en mode agressif, et on y voit même Charlton Heston dans le rôle de Henry Hooker. Et pour les fans de Spider-man 3, on a Thomas Haden Church qui joue Billy Clanton. Même si le film n’est pas exceptionnel, on passe un bon moment à reconnaître tout le monde !

lundi 9 juillet 2007

La chevauchée fantastique

Stagecoach
1939
John Ford
Avec : John Wayne

L’histoire: Une diligence emmène un microcosme humain à Lordsburgh. On trouve là-dedans la putain, le notable, le docteur alcoolique, le banquier corrompu, la dame de bonne famille, le bandit au grand cœur, le marshall. Ils doivent traverser une terre où Geronimo fait des siennes.

Si on ne devait en garder qu’un, ce serait celui-là. On peut lui préférer d’autres westerns, on peut lui trouver des défauts, mais une chose est sûre, La chevauchée fantastique est le western, le seul, le vrai, l’unique, celui qui définit tout et qui sublime tout d’un seul coup, celui qui crée les poncifs et qui les transcende dans le même mouvement, celui qui n’est qu’une histoire de cow-boys et d’indiens et un drame généraliste en même temps.
Evidemment, sortir des banalités de ce genre sur un film déjà unanimement considéré comme un chef-d’œuvre n’est pas spécialement d’une grande originalité. Mais il ne s’agit aucunement d’un effet de style prétentieux de ma part : je le pense vraiment ! D’autant que je suis loin d’être un fan inconditionnel de Ford dont un certain nombre de films ultérieurs me sont apparus poussifs, manquant d’action et franchement surestimés. La chevauchée fantastique n’est d’ailleurs pas exempt d’un certain nombre de défauts Fordien récurrents : on y trouve chansonnette chiante à faire bailler les morts, mais au moins il n’y en a qu’une seule et elle s’inscrit en plus parfaitement dans la logique narrative de la tombée de la nuit dans le relais. On y trouve l’habituel manque d’action « pure », mais compensée ici par le rythme de la mise en scène et rattrapé par la flamboyance de la fantastique chevauchée. En outre, indépendamment des défauts de Ford, il faut bien dire que le film a un peu vieilli, que le noir et blanc sied mal à Monument Valley (a contrario il illumine parfaitement les scènes nocturnes), et surtout, qu’il manque en VF le charme habituel du doubleur habituel de John Wayne.
Mais alors, qu’est ce qui fait que ce film est si simple et à la fois si génial ? Evacuons d’abord la nostalgie : oui on a adoré le film étant gamin, oui on l’a recréé plan par plan avec la diligence Wells Fargo rouge Playmobil, et oui, le souvenir de cet enchantement ressurgit toujours un peu quand on le revoit. Mais il n’y a pas que ça ! La chevauchée fantastique ne parle pas seulement à l’enfant qui est en nous, il parle aussi à l’adulte avide d’exploration et d’aventure frontier mixée d’aventure humaine. Il parle à l’amateur de cinéma, épaté de voir que tout avait déjà été inventé en 1939 – et surtout, quel contraste entre ce film et les petits westerns de série B tournés par John Wayne quelques années auparavant ! Il parle à ceux pour qui le cinéma est un vecteur d’émotions et pas uniquement de réflexion. Car si John Wayne prend déjà dix minutes sur son temps de présence à l’écran pour papoter et dire des choses tendres à une dame au clair de lune, il le fait avec des mots simples, sans prétention, sans volonté de déclamer des choses vraies et définitives. Juste un ranch, où un homme pourrait bien vivre, en famille.
On retrouve à la fois dans La chevauchée fantastique l’aventure bon enfant avec ces successions de relais, de rencontres avec ces personnages typés et attachants qui s’entassent les uns après les autres dans la diligence, d’évènements inattendus (la grossesse), la tension dramatique due aux indiens hors-champ, le huis-clos au milieu des espaces immenses que l’on retrouvera sous une forme différente dans La captive aux yeux clairs. Du drame humain se détache la figure du bandit romantique, qui actionne sa winchester d’une main, mais qui est fragile en dedans comme une barre Mars, se détache la fille de mauvaise vie qui ne peut croire que sa destinée puisse changer, et se détache le docteur alcoolique, qui bien sûr va prouver à ceux qui le méprisaient qu’il vaut mieux que ce que son apparence veut bien montrer. On dit bien sûr, car ce schéma narratif qui consiste à mettre des hommes qui vont se révéler face à l’hostilité de leur environnement a été usé jusqu’à la corde de façon parfois si grossièrement caricaturale que le mépris face à de si faciles ficelles scénaristiques vire parfois à l’écoeurement. Mais dans La chevauchée fantastique, cette opposition de caractères simplistes se fait dans la douceur, dans l’humanité, baigné par le regard chaleureux du cinéaste. Le duel final, qui pourrait sembler incongru, sert d’exutoire à toute la tension accumulée au cours du voyage, que l’intervention in extremis de la cavalerie n’aura pas suffi à épancher. Les prises de vue en studio, de nuit, John Wayne qui plonge avec sa winchester, et le baddy qui rentre au saloon avant de s’écrouler, tant de scènes reprises et usées au point qu’on a l’impression que rien n’a été inventé depuis. Et même chez les italiens ! Le héros s’appelle Ringo, et il est clair pour lui qu’un homme armé d’une winchester a toutes les chances de réussir face à trois hommes armés de révolvers !

La mort était au rendez-vous



Da uomo a uomo
1967
Giulio Petroni

Avec Lee Van Cleef, John Philip Law

Un petit garçon voit toute sa famille massacrée un soir de pluie par 4 ou 5 types très tibulaires, et ce qu’il va faire devenu adulte, et bien, ce n’est pas trop difficile à deviner. Jeune et fougueux, il va chercher à se venger bien sûr, sauf que, sauf que, il y a le Colonel Mortimer sur son chemin.

La mort était au rendez-vous est le parfait western italien, qui copie tout sur Leone (et surtout Et pour quelques dollars de plus) avec talent et bonne conscience, et qui parvient tout de même à dégager un parfum d’authenticité de genre réjouissant. Adulte et enfantin à la fois, le scénario offre son lot de violence à l’italienne tout en restant sobre dans la démesure. Les relations père/fils entre Lee Van Cleef et Clint East… heuu John Philip Law ainsi que le thème de la ville corrompue et les magouilles du méchant inscrivent le film dans un registre adulte et sombre, tandis que le motif de la vengeance bornée associée à des éléments figuratifs simplistes (l’éperon, le tatouage, la balafre etc) rappellent la logique de films destinés plutôt aux plus jeunes comme Le Dollar Troué ou Wanted avec leurs revolvers aux canons sciés et leurs fers de marquage qui reviennent tels des leitmotivs visuels tout aux long du film.
De même, contrairement à des films ultérieurs type Sabata, la mort porte sa signification, même chez les méchants. Lorsque Clint… heuu John Philip Law abat l’un des meurtriers et accomplit ainsi sa vengeance, il se retrouve confronté au frère du défunt ivre de rage qui est bien décidé lui aussi à se venger. La litanie n’en finit pas, et bien que la pirouette scénaristique qui fait du frère l’un des meurtriers recherché permet facilement de faire oublier que la vengeance appelle toujours la vengeance, ce passage montre des méchants à visage humain, au sens tragique prononcé comme dans les tous meilleurs westerns spaghetti de la période noire.
Par contre, les coups de pute continuels entre Clint Philip Law et Lee Van Cleef à base d’abandon répétés dans le désert – sans aucune conséquence dramatique – contrebalancés par des sauvetages de l’un par l’autre à chaque fois qu’une situation délicate pointe le bout de son nez, rappellent plus l’esprit « libertaire » du western spaghetti, où les contingences matérielles n’ont décidément pas prise sur la réalité. Lee Van Cleef, abandonné sans cheval au milieu de nulle part, arrive dans le pueblo, déguisé en peon avec des ânes et des armes en nombre suffisant pour fomenter une petite révolution. Et il arrive pile avant que Clint Philip Law soit cuit à point, ce qui tombe plutôt à pic.
Cette dualité de genre, entre le registre sombre et flamboyant, et le registre aventures enfantines se retrouve également dans la mise en scène. Giré en parle dans son livre, La mort était au rendez vous offre deux très belles séquences : d’abord, le massacre inaugural, sous la pluie battante, grinçant et persécuté par une musique asynchrone d’Ennio Morricone, indique très clairement qu’on n’est pas ici pour voir un film où John Wayne va taper la discute pendant trois quarts d’heure avec une nana sous un arbre, avec tout le respect qu’on lui doit. Ensuite cette scène, où Lee van Cleef se moque gentiment de Clint Philip Law enterré sous le soleil pendant que la musique d’Ennio Morricone s’entête et accompagne tous les villageois qui surgissent de leurs maisons les uns après les autres pour venir le déterrer, donne une idée du talent de réalisateur de Petroni quand il s’en donne la peine. A l’inverse, la volonté de vouloir trop en mettre, de condenser en un quart d’heure une résistance paysanne type Les sept mercenaires, puis un siège éprouvant et lancinant sur fond d’ersatz de Deguello à la Rio Bravo/Alamo puis un shoot’em up dans la poussière à la Et pour quelques dollars de plus démolit complètement la crédibilité de l’entreprise et range plutôt le film dans le genre « aventures à la queue leu leu où on ne se prend pas la tête ». Tant pis et tant mieux. La mort était au rendez vous, à défaut d’être le grand film qu’il aurait pu être, est le parfait étalon du parfait western spaghetti, ce qui n’est pas rien. Le type de western spaghetti avec un titre pas trop con, ce qui vous permet déjà de le proposer à votre entourage sans entendre fuser les rires, sans trop de démesure violente et tortionnaire, ce qui pourrait permettre à votre môman et à vos enfants de le voir avec plaisir, suffisamment bien réalisé, suffisamment inventif et haletant pour que ceux qui ont vu Et pour quelques dollars de plus il y a un certain temps déjà ne ricanent pas trop devant le plagiat du style Leonien, suffisamment réussi, en bref, pour s’adresser à tout le monde, et pas seulement au fan indulgent qui saute au plafond de joie dès qu’il y a un peu de trompette ou Anthony Steffen qui dégaine...

Où le voir : Et c’est là en plus ce qui est génial, le film est disponible en DVD MGM avec piste française excellente. Le seul hic, c’est qu’il n’est pas dispo en France, il faut le commander sur Internet (AMAZONE.UK, PLAY.COM). Titre anglais : Death rides a horse. A vous de jouer !

[Edit] Désormais disponible en DVD franco-français!

La colline a des yeux - The blade

Aperçu d’un cinéma barbare et sans concession, avec en plus de quoi satisfaire l’amateur de westerns. Attention aux gâchages (spoilers)

  • la colline a des yeux
    2006
    Alexandre Aja d’après Wes Craven

    Le premier à y passer est un chien, puis un canari. On se dit qu’à ce rythme là on est pas couché, mais non, Alexandre Aja fait fissa disparaître la moitié du casting gentil, et là on réalise qu’on n’a pas vraiment le temps de mourir de soif dans le désert. Mais Aja nous trompe encore, car il aime bien les fausses pistes Aja. Le petit démocrate qui part tout seul à pied à l’avant non seulement survit contre toute attente mais en plus devient une espèce de Mad Max/Terminator acharné à retrouver son bébé. Couvert de sang, criblé de gnons, quelques doigts en moins après un bref passage au congelo, le petit commercial vendeur de téléphones vire irrévocablement républicain quand il choisit la pointe de sa monstrueuse hache pour achever un mutant encorseté. Déjà presque mort, il poursuit sa quête et il se prend encore des coups, et là où n’importe qui serait déjà anéanti, ce n’importe qui là semble avoir des ressources inépuisables. Ces nouveaux pères, c’est quelque chose !
    Le deuxième chien, non seulement ne se fera pas éventrer, mais en plus bouffera un handicapé difforme qui pourtant venait d’expliquer à l'ex démocrate « c’est pas nous les méchants, c’est vous qui avez fait de nous ce que nous sommes ! » Pas de chance, le chien aussi est républicain et sourd à ce genre de discours. Surtout qu’il n’en est pas à son premier coup d’essai, le chien, il a déjà ramené un bras de mutant un peu plus tôt. Bon chien !
    Autre chose. Plus vous êtes irradiés, plus vous êtes difformes, et plus vous êtes méchants. Le seul mutant à peu près OK est une petite fille presque pas difforme qui sauve le bébé. Si le nouveau père était resté démocrate, il aurait pu s’offusquer de cette attaque en règle contre les gens difformes, mais là il préfère buter ceux qui veulent bouffer son bébé. Ce qui nous amène au deuxième effet kiss kool des radiations : elles rendent la vie dure. Le monstre à la hache avait déjà été duraille à achever, le petit monstre aux lèvres tordues est carrément increvable. A vous de choisir : si vous voulez rester faible mais à peu près beau, restez où vous êtes. Si vous voulez être indestructible au détriment de votre équilibre morphologique et alimentaire, partez au nouveau Mexique.
    Tout film d’horreur qui se respecte a un message social à la Romero du genre « les monstres ne sont pas ceux qu’on croit ». Vous le trouverez dans la bouche de l’handicapé difforme cité plus haut. Mais c’est de pure forme, faut arrêter de déconner, les vrais méchants sont bien ceux qu’on croit, les tarés anthropophages déformés. Pourtant, si l’on scrute le body count à la fin du film, on l’établit comme suit :
    - gentils : trois morts (cinq si on compte le clebs et le canari mais bon…)
    - baddies : six morts (sept si on compte le pompiste)
    Certes, quand le film se termine, l’histoire n’est point finie, mais même si les mutants parviennent à mettre les trois gentils restants au frais sans perte dans leurs rangs, ça reste quand même une sacrée mauvaise opération. Alors, c’est qui les vrais méchants, hmmm ? ;-)

    Maintenant qu’on a bien déconné sur le fond, il reste la forme. Et je ne veux pas parler des trucs et astuces habituelles des films d’horreur : ça sursaute, ça charcle, ça taillade, ça hurle, c’est bien poisseux comme il faut. C’est fait et bien fait. C’est le reste qui finalement donne tout son intérêt à ce Colline a des yeux. Le désert minéral et rocailleux, l’ambiance suintante à la Peckinpah, avec le vent et les teintes rouges. La fatalité qui domine les lieux, avec ces mutants qui ne sont vraiment pas pressés, la poussière qui recouvre la ville fantôme et ces mannequins incongrus, le cratère rempli de bagnoles qui fait son petit effet même si on se demande comment ça n’a jamais été repéré par avion. Bref, toute une esthétique particulièrement réussie, mortifère et chaude, très lumineuse et pourtant désespérément inquiétante. L’amateur de western que je suis se régale avec le duel final, tout en se promettant de ne jamais mettre les pieds dans un désert américain sans un bon gros berger allemand bien entraîné et un fusil à pompe chargé. La vente d’armes est libre aux Etats-Unis, maintenant on sait pourquoi ! :-)


    The blade
    Tsui Hark
    1995

    The blade est un nouvel exemple de cinema barbare et sauvage, assez résolument westernien dans son approche. C’est une histoire de vengeance butée, bornée, contre vents et marées. C’est une histoire de violence au sabre effilé, ciselé, précise, sanglante. Les pièges claquent et sectionnent, les sabres coupent les membres, les acteurs virevoltent, la caméra virtuose les perd de vue mais les retrouve toujours. Le début donne violemment le ton, sauvage et anti-hollywoodien, où ce bon chien-chien typique américain se fait prendre dans un piège monstrueux, sous l’œil rigolard des chasseurs, scène qui rappelle la scène des poules dans Pat garret & Billy the Kid. Peckinpah encore, mais aussi le western spaghetti, dont l’influence asiatique n’est pas un mystère : Tsui Hark crée un monde de tenues hétéroclites et recherchées dans des décors fouillés et fouillis, bigarrés et bizarres pour l’œil occidental. Les regards et les poses en disent long, même si la « cool attitude » et la nonchalance spaghettienne sont ici remplacées par une frénésie de mouvements incessants.
    Pas besoin d’être adepte du film de sabre et connaisseur de toute la dynastie de films qui s’inspirèrent de l’histoire du sabreur manchot pour apprécier ce film là. Même si notre œil ne saisit pas toutes les subtilités, même si certains gestes et combats sont trop rapides (y compris les arrêts sur images qui doivent pourtant permettre la compréhension du geste, c’est dire…), l’amateur de prouesse athlétiques et de fureur combative décuplée par un code d’honneur moyenâgeux est aux anges. On ne compte plus les bonnes idées : le bout de sabre attaché à une chaine, le demi-manuel d’escrime, l’attaque de la manufacture d’arme, ni les scènes barbares (le supplice des torches). On ne compte plus non plus les morts, ni les ustensiles détruits, ni les décors en miette.
    Moins sophistiqué que Time and Tide du même réalisateur, The blade séduit plus parce qu’il se regarde moins filmer. Tout est visuellement beau, mais le spectateur n’est pas en permanence en train de se dire « ouah, encore un plan révolutionnaire », manière de dire que l’histoire passe avant la technique. Moins défoulatoire et délirant que les Il était une fois en chine, The Blade n’a bien sûr pas le même objectif, le premier degré, la violence et le sens tragique l’emportant sur la virtuosité, à part dans le dernier combat qui dépasse les limites en terme de vraisemblance. Mais bien sûr, ce n’est certes pas des problèmes de vraisemblance qui vont arrêter les lecteurs spaghettophiles de ce blog. Procurez vous ce film, vite !

  • Viva la muerte...tua!



    Et viva la révolution !
    Viva la muerte…tua
    1971
    Duccio Tessari

    Avec Franco Nero, Eli Wallach, Lynn Redgrave, Eduardo Fajardo.


    Un générique en séquence rapide d’images fixes, Franco Nero dévalise un mariage, accompagnée d’une musique seventies, clappements de mains et rythme rapide comme un générique de Pierre Richard, ce cinéma commence exactement comme il devrait, dans la bonne humeur d’une Révolution qui ne révolutionne rien, épaulé par une réalisation qui ne révolutionne rien non plus.

    On a bien sûr toujours plaisir à retrouver Franco Nero jouer un prince russe, polonais, moldave ou syldave, peu importe, prince de la sape, roi de l’individualisme, il sait jouer des poings aussi bien qu’il sait jouer du revolver aussi bien qu’il sait jouer de la mitrailleuse aussi bien qu’il sait jouer de la répartie assassine (à quelle époque vivons nous ?). Evidemment, on ne va pas essayer de vous faire croire qu’on n’a pas plaisir à retrouver Eli Wallach non plus, dans son rôle de Mexicain qui pue, qui grogne, qui râle, qui se fait avoir et qui joue bien du revolver également à chaque fois qu’il le faut. On ne compte pas les soldats morts, ce qui compte c’est que Eduardo Fajardo fasse son numéro de méchant, un brin cruel mais très con et que Horst Janson joue le vrai méchant, cruel et intelligent avec, cela va de soi, l’incongruité physique de rigueur tenue cette fois ci par un corset métallique qui le maintient raide comme un fusillé, mais bien vivant.
    On pourrait être de mauvaise foi et affirmer que le film représente une évolution par rapport à ses modèles que sont Companeros et El Mercenario par le simple fait que le prince suédois (ou finlandais, ou bulgare…) n’embrasse pas les idéaux révolutionnaires au final, et que le pauvre bougre de peon reste également un bandit après un bref passage par la case « mon peuple a besoin de moi, je lui lègue les 1000000 dollars qu’on a mis tout le film à récupérer ».
    Mais ce chiffre même de un million de dollars est symptomatique d’une lignée de films en bout de course où les scènes habituelles s’enquillent comme des soldats sur un pont. Après 1 million de dollars, on peut plus trop monter, un milliard de dollars ça ferait vraiment trop, 500000 il y a bien longtemps que ce n’est plus assez. La recherche éternelle du trésor qui nous permettra pour la deuxième fois d’admirer les fesses d’Eli Wallach dans un western italien nous mènera sur le chemin de la soeur du bandit, qui bien sûr lui en veut un peu d’être un bandit, preuve que le réalisateur Duccio Tessari n’a pas seulement vu Companeros avant de réaliser Viva la muerte…tua.
    La découverte des cadavres de la soeur et de son neveu, sur une mélodie mécanique, rappelle fugacement une certaine nostalgie des films « sérieux » où la mort et la musique servaient plus de déclencheur émotionnel que de défouloir généralisé. L’instant est fugace, trop fugace, car il faut se dépêcher, il y a de la mitrailleuse à faire marcher, des blindés à faire sauter, des soldats à faire valser, des balustrades à escalader, et un méchant à éliminer. Ha et j’oubliais, dans tout ça il y a une journaliste rousse chiante ( Lynn Redgrave) qui vient créer des idoles et les défaire, tirer le pingouin et son antithèse d’affaire à chaque fois que nécessaire pour les remettre dans la merde juste après. La routine pure pour un film parfaitement dispensable, sauf pour les fans de Franco Nero et d’Eli Wallach, voir même d’Eduardo Fajardo - il en faut ! – qui n’iront pas jusqu’à dire que le film est bon, mais qui, en bon aficionados du spagh qu’ils sont, pardonneront tout, absolument tout, pour un petit mitraillage en règle, pour un Eli Wallach coincé dans un puit mais qui se défend bien, pour un petit millier de soldats de plus tués dans les règles de l’art du western spaghetti.
    Et viva el western spaghetti quand même!!

    Dieu pardonne, moi pas


    Dio perdona... Io no !
    1967
    Giuseppe Colizzi
    Avec : Terence Hill, Bud Spencer, Frank Wolff, Gina Rovere, José Manuel Martín


    (Terence Hill) est sur la trace d’un bandit qu’il croyait mort (Frank Wolff). Un agent d’assurance (Bud Spencer) est sur la trace du même bandit afin de récupérer un magot volé.

    Le western italien est superbe. Bien avant que l’on qualifie la mise en scène de certains films d’«esthétique clip» , le western italien a su créer de véritables petits métrages au sein même des films, des petites histoires avec leur intensité dramatique, leur mise en scène recherchée, leur esthétique choc. Quand plus tard Luc Besson réalisera Subway on se mettra alors à parler « d’esthetique clip », alors qu’au fond il n’y avait rien de formellement novateur. Par exemple, le début de Dieu pardonne, moi pas n’a rien à envier aux mises en scènes démonstratives des cinéastes d’aujourd’hui : un train qui avance doucement, bercé d’une musique presque mystique, un ballon qui traverse la voie ferrée et un petit garçon qui vient le chercher pour découvrir toute une assemblée venue accueillir le train, les visages de plus en plus inquiets des gens entraperçus entre les wagons du train qui n’a pas l’air de vouloir s’arrêter et ce cri : « le train est vide ! ». Vide ? Non, comme dans un bon western spaghetti, le train n’est pas vide, il est rempli de cadavres, savamment enchevêtrés pour créer un petit effet de « vérisme » supplémentaire, tandis que la caméra suit le seul survivant, hagard, qui s’enfuit incognito, dans le désert espagnol. Aujourd’hui, les réalisateurs talentueux mettent tout leur savoir faire pour recréer ce genre de scènes dans des films gros budgets soignés et respectueux, hier, Sergio Leone, Sergio Corbucci et Giuseppe Colizzi mettaient non seulement leur savoir faire, mais aussi leur inventivité au service d’un cinéma populaire, novateur et exigeant ! Revenir aux sources n’est pas forcément un retour en arrière.
    Des micro-films au sein de Dieu pardonne, moi pas, il y en a d’autres, des scènes à faire aussi. Le flash back, le passage à tabac, la torture, le duel, le trésor caché, autant d’éléments, qui s’ils sont présents dans tous les westerns spaghetti, ne forment un tout cohérent que dans les meilleurs. Il ne suffit pas d’assembler ces micro-films dans un ordre à peu près linéaire pour former un tout cohérent. Il faut un scénario solide, il faut des dialogues structurés qui fonctionnent tout en respectant la traditionnelle singularité et les faux-semblants des dialogues du western à l’italienne, il faut un humour discret qui ne perturbe pas la progression dramatique (Terence Hill qui abandonne Bud Spencer dans le désert et Bud Spencer qui secoure un Terence Hill ne sachant pas nager, seuls éléments pouvant a posteriori indiquer la future destinée comique des deux acteurs.), il faut enfin une foi authentique dans l’histoire racontée, une absence de second degré pour se concentrer uniquement sur le ballet des personnages (second degré, troisième degré, trente millième degrés qui sont devenus la marque de fabrique du cinéma d’aventure d’aujourd’hui :Le boulet, OSS117 etc..).
    Premier film de la trilogie Colizzi (avant Les quatre de l’Ave Maria et La colline des bottes), Dieu Pardonne, moi pas me paraît le meilleur des trois. Les 4 de l’Ave Maria malgré la présence d’Eli Wallach ne m’a pas procuré le même plaisir formel. La Colline des bottes semblait également bien pâle en comparaison, en tout cas dans ma mémoire. Dieu pardonne, moi pas, s’il n’atteint pas la démesure enchanteresse des films de Sergio Leone remplit toutes ses promesses en respectant le spectateur. Terence Hill est le pistolero sombre et taciturne qui quand il le faut sait faire preuve d’agilité athlétique, Bud Spencer est le colosse entêté et indestructible qui donne toute sa puissance dans la scène où il doit porter sur son dos un coffre extrêmement lourd , Frank Wolff est le bandit calculateur, qui manipule ses hommes et qui cabotine. Ces trois là se connaissent bien, rien n’est vraiment expliqué au même titre que le passé mystérieux des trois protagonistes du Bon la brute et le truand et cela leur confère malgré tout une certaine épaisseur. Si Dieu pardonne, moi pas ne brille pas exactement par un scénario original, ni par une ambiance exagérément mortifère, il n’en reste pas moins un bon exemple de ce que le western italien pouvait offrir de bon : un divertissement honnête, un sens de l’aventure bien exploité, quelques scènes grinçantes de souffrance, aucune erreur grossière de mise en scène, de bons acteurs, une bonne musique, quelques surprises égrenées ici et là. Tout ce qu’il faut et tout ce qu’on demande, pas plus, pas moins…


    Le DVD Seven 7 : pas de bonus intéressants dans cette édition Seven 7, dommage. Image de très bonne qualité. Version française et italienne. J’ai opté pour la version italienne de peur de subir un doublage « post-trinitesque » mais il semblerait que le doublage français soit recommandable. D’après certains, il manquerait également une scène où Frank Wolff viole une paysanne.

    Retour sur Mannaja et Texas Adios


    Texas Adios je l’avais téléchargé en anglais. Mannaja je l’avais acheté en DVD allemand avec piste anglaise. L’autre jour je suis passé chez Géant-Casino et ils étaient là, presque tous les westerns italiens Seven 7, sur un présentoir à part, près de l’entrée, à 6€99 l’unité ! Parfois le cœur a ses raisons que la raison ne commande pas, j'ai raflé Texas Adios et Mannaja, ainsi que le seul qui me manquait : La brute le colt et le karaté.
    La brute le colt et le karaté j’en parlerai un autre jour. J’ai donc revu Texas Adios et Mannaja en français. J’ai eu du plaisir à revoir Texas Adios, Mannaja beaucoup moins, comme si la fraîcheur et la naïveté d’un genre nouveau parvenait encore à émouvoir face à sa lente agonie dans une ultime tentative d’en sublimer encore et encore les postulats les plus représentatifs.
    Les invraisemblances de Texas Adios enchantent là où celles de Mannaja gênent. La cruauté de Delgado glace là où celle de Noller pue le ressassé. Les flashbacks tortueux de Texas Adios rachètent une conduite à l’intrigue là où ceux de Mannaja ne font que de la figuration.
    Pourtant, Mannaja a plus de moyens, une image plus travaillée, un esprit plus « spaghetti ». Pourtant c’est son aîné - qui garde encore un certain nombre de tics du western américain - qui emporte l’adhésion.

    Et cela tient à si peu de choses : le bruit des armes, Franco Nero, la chanson du générique, les voix françaises archi-connues. C’est tout, et ça suffit. Une approche du cinéma plus sincère, qui se regarde moins filmer, comme si Mannaja était déjà un de ces exercices de style, hommages brillants mais boursouflés et sans enjeux, dont nous abreuvent désormais les Tarantino, Rodriguez et Gans.