dimanche 6 septembre 2015

Drive


Drive
2011
Nicolas Winding Refn
Avec: Ryan Gosling

Comme la cavalerie, j'arrive quatre ans après la bataille sur ce film. Vous vous en souvenez peut-être, il y avait comme un bourdonnement à l'époque de sa sortie, c'était le genre de film dont on nous dit "C'est bizarre comme film, mais franchement, c'est pas mal", que l'on traduit en général par: "Le réalisateur a embrassé un certain nombre de partis-pris esthétiques pas très mainstream, mais il a quand même mis une bonne dose de violence ou de sexe pour qu'on trouve ça bien". Normalement, j'attends quatre ans avant de me décider à regarder ce type de film, et parfois, comme dans le cas présent, la distance temporelle permet d'apprécier rétrospectivement certaines évolutions du quotidien. 
Notamment, je comprends mieux aujourd'hui pourquoi certains conducteurs de Golf démarrent pied au plancher au feu vert, avec un flegme insupportable, pour se rabattre comme des merdes à 70 km/h sur la file de droite de la rocade, après avoir séché ma Clio 1.2 RTE sur place. Rebelote au péage de l'autoroute A83, dès la barrière levée ils accélèrent le plus rapidement possible, tout en mâchouillant quelque chose d'indéfinissable, avant d'être brutalement rappelés à l'ordre par leur limiteur de vitesse calé à 138 km/h, 4 km/h au dessus de la limite pour compenser l'imprécision de leur compteur, auxquels ils ajoutent 4 km/h pour prendre en compte les 5 km/h de l'incertitude des radars de la Gendarmerie. Le lecteur toujours attentif à ce stade notera que ces conducteurs de Golf pourraient donc régler leur limiteur à 139 km/h, mais, rebelles sans l'être vraiment, ils se gardent une marge de confort pour pouvoir écouter tranquillement "You're a real hero" sur leur autoradio de marque JVC, le regard mutique mais les gestes précis.
Je ne peux pas dire précisément si j'ai aimé le film ou pas. Le héros, quoique ténébreux à la mode spaghetti, manque de carrure et de crédibilité. Son attitude taciturne semble plus liée à une anomalie chromosomique qu'à une réelle prise de hauteur sur le monde réel. L’héroïne nous fait des petits regards meugnons, elle a une coupe moderne et elle est sexy sans être trop sexe, belle tout en restant girl next door, pour que tout héros réel normalement constitué ait envie de se la culbuter au ralenti sur la table de la cuisine tout en voulant la protéger pour toujours de ces méchants mafiosi issus du cinéma américain des années 70. Notre héros se sent protecteur, mais sans raison identifiée autre que l'anomalie chromosomique précédemment sus-citée, il ne baise pas, sauf si j'ai loupé la scène de sexe au moment où je suis allé me chercher un yaourt dans le frigo. En tout cas, c'est décevant, pas que je sois friand des habituelles scènes de sexe que le cinéma hollywoodien nous ressort ad nauseam, mais je me disais que dans ce film peut être, on pourrait avoir un début de scène intéressante. Mais non, pas de sexe, c'est sale et ce n'est pas bien. Montrer un mec qui plante une fourchette dans la gueule d'un type comme dans les Affranchis, ça ne pose pas de problème. Montrer un gars qui coupe une artère d'un autre gars en le rassurant pendant qu'il meurt, c'est pas grave. Montrer le héros qui pulvérise le crâne d'un méchant dans un ascenseur, ça ne gêne aucun censeur! Mais montrer un bout de téton dans un film, c'est tout simplement impensable! Mais ça, on a tellement l'habitude, cette hypocrisie versus cette violence acharnée, qu'on finit par ne plus faire attention. 
La scène de l’ascenseur, c'est une des presque belles scènes du film. Le héros descend au sous-sol avec sa girl next door. Il y a aussi un méchant dans l'ascenseur. Notre héros prend le temps de longuement embrasser la fille. Le mec le laisse faire. J'ai trouvé ça génial, quelque soit l'interprétation que l'on donne au truc. On peut y voir une invraisemblance assumée, une ellipse temporelle pendant laquelle le héros crie "pouce", on peut y voir un méchant qui aurait le sens de l'honneur, quelque chose qu'on ne voit plus au cinéma, comme le général Santa Anna qui laisse partir femmes et enfants de fort Alamo, sans massacrer, ni violer, ni empaler, ni écorcher personne. Cette bonté d'âme est devenue impossible chez un méchant aujourd'hui. Hitchcock a déclaré un jour qu'il n'y avait pas de film réussi sans méchant réussi. Il aurait mieux fait de se taire, parce que tout le monde a cru que cela voulait dire un méchant vraiment méchant, forcément inhumain. Dans GoT (si vous ne savez pas ce que j'entends par GoT, vous venez d'une autre planète), Sansa passe d'un mari cruel et totalement barge à un autre mari cruel et totalement barge. La liste des horreurs qu'ils font subir aux autres, leur absence totale de pitié envers quiconque, en font des personnages creux, vides de substance, qui terrifient le spectateur de façon mécanique, comme un banal sursaut dans un film d'horreur. Totalement étranger à un Liberty Valance ou à un Frank, le méchant actuel est forcément psychopathe, de la trempe d'un John Doe ou d'un Anton Chigurh, fêlé mais sans âme, sans une once de conscience, toujours dans la surenchère, faisant passer Hans Gruber, Dark Vador et Roy Batty pour des petits caïds de quartier. 
J'ai cru que c'était le contraire le méchant dans l'ascenseur de Drive, j'ai cru qu'il laissait le temps au héros d'embrasser sa nana avant de lui faire la peau, j'ai cru qu'il lui accordait sa dernière requête de condamné, comme un méchant qui aurait du respect pour son adversaire, un méchant qui respecterait un certain code d'honneur, un méchant pas 100% méchant quoi, mais ça, ça n'intéresse plus personne. Aujourd'hui, le méchant ne doit respecter aucune trêve, décapiter les émissaires, trahir ses promesses, brûler le drapeau blanc, tuer pour le plaisir et torturer dès qu'il s'ennuie, parce que brrr, le méchant doit être très très méchant, et à force d'être très très méchant, il en devient complètement raté. 
En l’occurrence, dans cette scène de l'ascenseur, cette interprétation ne tient pas, le regard étonné qu'il jette au héros avant que celui-ci lui marave la gueule nous indique qu'il est juste con et qu'il n'avait pas remarqué que le héros l'avait repéré. Et c'est au tour de notre héros de devenir très très méchant. Il ne lui fout pas juste un pain pour pouvoir le ligoter et le laisser dans un placard, non, il lui défonce vraiment la tronche à coup de pied, jusqu'à ce que, je présume, la gueule du type soit réduite en bouillie. Il frappe à n'en plus finir, il frappe tellement fort qu'à un moment il y a un bout de truc qui saute, un bout d'os, pas une dent, plutôt une mandibule ou un bout d'arcade sourcilière, on ne peut pas savoir, mais on comprend à ce moment que le type est perdu, le héros lui a aplati la boite crânienne comme une vulgaire boîte d’œufs. Ce bout de mandibule qui virevolte, m'a évidemment mis cette scène en horreur, pas seulement parce que je doute, aussi fort que l'on veuille fracasser un type, qu'on arrive à faire virevolter des bouts aussi facilement que ça, pas seulement parce que cette abjection est là pour donner du frisson aux pré-pubères avides de sensations fortes qui se pâment devant n'importe quelle scène pourvu qu'elle soit craspec, mais surtout parce que le réalisateur suit une mode à la con, parce qu'un type ne peut plus être violent sans être hyper violent, parce que cette mandibule fout en l'air une scène qui promettait d'être très belle. Cette scène résume en fait ce que je pense du film, une suite de bonnes scènes gâchées par une trop grande porosité aux tics cinématographiques du moment, des bonnes idées gâchées par un réalisateur qui se regarde le nombril et qui nous prend pour témoins, des ralentis en veux tu en voilà, une tonalité de couleur rétro, des références à la pelle sans une once d'humour, une histoire racontée platement, sans compassion ni amour pour ses personnages. 
Et c'est dommage, parce que je suis bon public, j'aime bien les histoires de mecs qui maravent tous les méchants pour sauver une fille, j'aime bien les types taciturnes qu'il ne faut pas trop énerver, j'aime bien les scènes d'action et les films de genre, mais là je suis pas rentré dedans, tout simplement parce que le réalisateur n'était pas rentré dedans non plus, trop occupé qu'il était à choisir les bonnes chansons pour ses scènes clés, trop occupé qu'il était à choisir le bon blouson pour son acteur, trop occupé qu'il était à choisir le bon filtre pour sa caméra et le bon bout de mandibule à faire sauter. Par contre, la psychologie, l'amour, le caractère de ses personnages, il a choisi de torcher ça par quelques sourires entendus, quelques phrases anecdotiques, sans nous ouvrir la moindre porte pour nous permettre d'accéder à leur humanité. Et c'est bien dommage.  

vendredi 28 août 2015

La Nuit du carrefour



La Nuit du carrefour
1932
Jean Renoir
Avec: Pierre Renoir

En général, quand on pense au Commissaire Maigret, on se représente un homme assez massif, assez âgé, évoluant dans une France des années 50, comme vous pourrez la voir dans Maigret et l'affaire Saint-Fiacre (1959) avec Jean Gabin, ou encore dans l'excellent Maigret tend un piège (1958, toujours avec Gabin, qui distille une atmosphère oppressante pendant toute la durée du film). Mais Maigret n'est pas ancré dans l'après-guerre, il ne faut pas oublier que les quinze premiers Maigret furent publiés par Simenon dans les années 30, portés par un Maigret entre deux âges et pas si proche de la retraite que ça.
La Nuit du carrefour fait partie de ce lot là, avec le très connu Chien jaune, et ce qui frappe à la lecture de ces romans, c'est leur intemporalité. Il faut les chercher les indices qui rattachent l'intrigue à son époque, car quand on ne s'y connait guère en modèles de voiture, ils ne pullulent pas. Les bagnoles sont bien là, le téléphone aussi, on trouve déjà du trafic de drogue même si le mot dealer n'existe pas, et tout l'ensemble pourrait aussi bien se passer dans les années 80.
Bien sûr, quand on regarde l'adaptation qu'en a faite Jean Renoir en 1932, c'est l'inverse qui frappe: les chevaux aux labours, les motos qui ont des roues à rayons, les automobiles carrées et les pompes à essence manuelles, droites et immenses, la maison sans électricité et les routes sans marquages. Renoir, grand admirateur de Simenon, fut l'un des premiers à adapter un Maigret pour le cinéma. Les adaptations ne seront pas très nombreuses par la suite, Maigret, peu spectaculaire, semblant bien plus à l'aise dans le format télévisé. Quoi qu'il en soit, Renoir fait une adaptation fidèle du roman, quoique probablement incompréhensible pour ceux n'ayant pas lu le roman , en insistant bien sur l'aspect lugubre des lieux (un carrefour en pleine campagne avec tout juste trois maisons), la boue et le brouillard, la nuit et la pluie, les pièces enfumées. Renoir filme la nuit et la maison ancienne comme des lieux fantasmatiques qui seraient remplis de fantômes et d'objets incongrus, tout en respectant le contrat du film noir, avec sa came, ses truands et sa femme fatale. Le film est relativement jeune dans l'histoire du parlant, et la bande son souffre de nombreuses imperfections, des faux raccords, ou plutôt des absences de raccords quand un personnage passe d'une pièce à une autre. Mais Renoir sait malgré tout jouer avec le son, le bruit des automobiles qui passent est très marqué, et Renoir a l'idée de faire jouer l'un des personnages d'un petit accordéon à plusieurs reprises, comme pour attacher un motif musical au personnage. En dehors de cela, il n'y a pas de musique, ou très peu mais le jeu des acteurs commence assez clairement déjà à se détacher de la grandiloquence du temps du muet. Pierre Renoir, en commissaire Maigret est agréable, sans vraiment marquer. Il lui manque son flegme et son air maussade. La Nuit du carrefour n'est pas un film inoubliable, mais il est un témoignage intéressant de l'évolution du cinéma français, tout autant qu'un témoignage d'un temps disparu. On assiste, vers la fin, à une course poursuite en voiture, de nuit, à travers des petits villages. L'image est abimée, et les phares éclairent mal, on aperçoit par flashs, des images de la France des années 30, comme des fantômes de villages endormis pour toujours. Tout ceci me fait penser par ailleurs à Gas-oil, un film de 1955 avec Jean Gabin, autrement plus lumineux, que j'ai vu récemment. Gabin joue un camionneur aux prises avec des truands, ce qui permet d'admirer toute une floppée de camions de l'époque, une France de petites routes sinueuses, on y voit par exemple le passage de la Marne à Charenton qui a bien changé depuis, des bistros avec des sandwiches à l'andouillette et des flippers d'un autre âge. On y voit aussi Roger Hanin jeune, et Jeanne Moreau belle comme jamais. On est vingt ans après La Nuit du carrefour, la technique a beaucoup évolué, la bande son aussi. Roger Hanin se retrouve dans une voiture qui roule, coincée par des camions, avec quelques cadrages qui préfigurent le futur Duel de Steven Spielberg
Quelques films à voir donc, pour ne pas oublier d'où on vient, et d'où vient le cinéma qu'on peut voir tous les jours.



vendredi 3 avril 2015

Valdez



Valdez is coming
1971
Edwin Sherin
Avec: Burt Lancaster

Valdez est une production Burt Lancaster, et en tant que telle, ce n'est pas sans une légère appréhension que l'on met la galette dans le lecteur de..., je veux dire, la clé USB à l'arrière de... pardon, que l'on streame le film directement de son smartphone sur sa TV. En effet, ceux qui ont lu le roman auront du mal à s'imaginer l'armoire Burt Lancaster et son sourire étincelant en ancien éclaireur métèque humble et sec, et le fait qu'il ait nommé un parfait inconnu pour réaliser le film n'est pas de nature à calmer cette appréhension.
Cependant, bien vite, on est soulagé de constater que Burt Lancaster ne fait pas du Burt Lancaster. Âgé, légèrement voûté, les cheveux grisonnants, du maquillage un poil trop voyant pour le transformer en greaser, Lancaster campe un personnage qui physiquement est loin de celui qu'on a pu s'imaginer en lisant le roman, mais qui respecte à la lettre l'esprit du personnage. Mutique et stoïque, Valdez ne fait pas de coups d'éclats et garde son air renfrogné jusqu'au bout, c'est bien simple, vous ne verrez pas les dents de Burt dans ce film. 
Le scénario est aussi étrangement très fidèle au livre, rien n'est fait pour le rendre plus spectaculaire, ni plus violent, ni plus commercial, jusqu'à la fin abrupte qui clôt magistralement le livre. Mais, comme tous les gens cultivés le savent, la fidélité d'un film au roman ne fait pas un bon film. Si certains éléments ont tout de même été expurgés pour améliorer la lisibilité du film, d'autres auraient mérité d'être plus développés, comme la relation entre Valdez et la femme, et surtout la relation entre El Segundo et Tanner, qui est un des pivots du roman. Le film montre peu l'évolution de cette relation et anéantit l'effet du dénouement en donnant carrément l'impression que la fin a été bâclée. Un rien dommage, d'autant que le reste de la réalisation sans éclat ne parvient pas à rehausser l'ensemble. Le film ayant été tourné en Espagne, on ne manque pas de reconnaître ici et là des décors mille fois vus dans les westerns spaghetti, et dans l'absolu je n'ai rien contre, sauf quand cela me sort de l'histoire, et que cela raccroche le film à un genre auquel il n'appartient pas. Pour toutes ces raisons, Valdez est un film assez mineur dans l'histoire du western et dans la filmographie de Lancaster, mais qui passe quand même assez bien.

dimanche 29 mars 2015

Valdez arrive !



Valdez is Coming!
1970
Elmore Leonard


D'Elmore Leonard, je n'ai pas lu grand chose, mais il faut dire que le peu que j'ai lu ne m'a pas incité à approfondir son oeuvre. Maximum Bob m'avait laissé un goût d'inachevé, un polar principalement basé sur l'ambiance, le glauque et le morbide, mais qui ne paraissait jamais aller au bout de ses personnages et de son intrigue. Out of Sight quant à lui, est l'un des rares bouquins que j'ai lu qui soit moins riche que le film qui en a été tiré. Valdez arrive m'a plus ou moins réconcilié avec l'auteur culte, les défauts que je lui prête devenant le principal intérêt de ce petit roman sec et nerveux. Leonard ne bâtit pas une intrigue incroyable, et c'est tant mieux! Leonard n'approfondit pas beaucoup la psyché de ses personnages, mais pour un western, c'est ça qu'il faut. Valdez, le personnage principal, est un de ces entêtés admirables du western qui va au bout de ses convictions, de son attachement à la justice telle qu'il la conçoit, la cause fut elle futile, sans gloire et perdue d'avance. Engagé à dédommager une squaw dont le négro de mari s'est fait descendre par erreur, Valdez - lui-même métèque - va aller de vexations en vexations quand il réclame de l'argent au très puissant Tanner, le petit tyran local. On le voit rien qu'à l'énoncé de l'histoire, Valdez arrive est une quête pour la reconnaissance des déclassés, des laissés pour compte, des victimes de racisme de tout genre, un livre au sous-texte politique fort qui donne la parole à ceux qu'on ne voit jamais. Valdez, humilié par les hommes de Tanner, fait ce que tout héros de western fait d'habitude, il finit par ouvrir un tiroir et sortir ses armes qui dormaient là depuis une éternité. Pas de pot, c'est à un ancien éclaireur de l'armée que Tanner s'en est pris, un dur de dur, impossible à pister, et très bon au tir. Il y a bien El Segundo, le bras droit de Tanner, qui a remarqué que Valdez avait du cran, mais il l'a remarqué trop tard. Maintenant, Valdez a récupéré ses armes, et il arrive!
Le caractère obtus et buté de Valdez va provoquer un déchaînement de violence déconnecté du but initial, une bonne dizaine de morts, sans compter les chevaux, et la destruction de la maison d'un ami de Valdez. Tout ça pour une ou deux centaine de dollars, pour une squaw qui s'en fout et qui est déjà retourné chez les siens, pour un principe! En même temps, ce principe commence à se diluer un peu, quand Valdez ayant kidnappé la femme de Tanner, se verrait bien vivre avec elle le restant de ses jours. Tanner, enragé, part à la poursuite de Valdez et de sa femme. El Segundo lui, compte les hommes que Valdez lui a descendu, et commence à se demander si cela en vaut bien la peine. Si on reste calé sur le premier degré, c'est à dire sur cette chasse à l'homme si classique du western, on appréciera la description précise des techniques de Valdez, de son instinct et de son habileté aux armes. Les péripéties s’enchaînent, et le livre sait ménager son suspense. Le dénouement, renouant avec l'humain, avec le raisonnable, déjouant les pronostics qu'on s'est inscrit dans la cervelle après des centaines de westerns qui finissent tous pareil, la fin abrupte et sans épilogue, signent une grande oeuvre qui laisse une étrange satisfaction au lecteur. La satisfaction que le pire n'est pas certain, et que tout ne suit pas des schémas préconçus. A lire avant de voir le film qui en a été tiré avec Burt Lancaster.

A noter, la traduction d'Elie Robert-Nicoud, qui a le bon goût de traduire sans chercher à utiliser systématiquement le lexique archi-rabâché du western, et donc de ré-ancrer le livre dans une forme de d'authenticité et non pas dans le terrain de jeu habituel du western.

vendredi 6 mars 2015

Petit Papa Baston



Botte di natale
Terence Hill
1994
Avec Bud Spencer et Terence Hill

Bud Spencer et Terence Hill ont pris un sacré coup de vieux, mais ils n'en sont pas devenus plus raisonnables pour autant. Toujours amateurs d'haricots au lard, toujours très gênés aux entournures quand il s'agit de prendre le thé avec les dames, toujours prompts à faire la sieste n'importe où, toujours assez négligés dans le choix de leurs tenues vestimentaires, toujours détestés par les critiques de Télérama, et surtout, toujours adeptes de baffes tonitruantes pour régler les problèmes en cours. La mécanique du duo est toujours la même, Bud Spencer échafaude des plans que Terence Hill fait rater plus ou moins dans le sens qui l'arrange. Bud Spencer retrouve sa veste en peau de mouton, Terence Hill son cache poussière qui ne le quitte plus depuis Mon Nom est Personne. Il semble que rien n'ait changé dans le petit monde du western fayot, si ce n'est le poids des ans qui ici se fait douloureusement sentir. Terence Hill, si athlétique naguère, semble ici ratatiné, et Bud Spencer, qui imposait alors sa formidable puissance, semble avoir du mal à se mouvoir. La cruauté de dame nature fait mal, décidément, encore plus pour le casting des second rôles comme Neil Summers, qui continue en plus à se prendre des baffes toutes les dix minutes. Autre changement notable, le personnage de Terence Hill n'est plus le super-héros tout puissant qu'il était naguère. Il gaffe, il se plante, son personnage s'est enrichi d'une petite dose de Pierre Richard qui rééquilibre un peu les forces au sein du duo. Enfin, changement d'époque oblige, l'heure n'est plus à l'ironie mordante du western spaghetti. Les années 90 imposent leur sentimentalisme, leur politiquement correct et font de Petit Papa Baston un film pour enfants, consensuel, fréquentable pour tout le monde, avec l'esprit de Noël, le sens de la famille et tout le toutim. A la limite, même si je trouve que ça ne fait pas très Trinita, ça passe assez bien. Quelques séquences sont hilarantes, à l'image de la pendaison de Bud Spencer qui ne se passe pas du tout comme prévu. D'autres sont beaucoup plus poussives, comme la baston finale qui manque de rythme. Vous l'aurez compris par vous-même, Petit Papa Baston est un petit film rigolo pour les nostalgiques d'un cinéma populaire simple et efficace. J'aurais aimé que Terence Hill et Bud Spencer jouent de leur âge dans ce film, style "trop vieux pour ces conneries, mais on va leur montrer aux jeunots que les vieux papys savent encore y faire", mais non, ils font comme s'ils avaient encore vingt ans. Dans leur tête, oui c'est un peu le cas, et dans la notre, grâce à eux, encore dix de moins le temps d'un film...

samedi 21 février 2015

Mon nom est Shangaï Joe

Robert Hundar

1972
Il mio nome e' Shanghai joe
Mario Caïano
Avec : Chen Lee, Piero  Lulli, Gordon Mitchell, Klaus Kinski, Robert Hundar, Rick Boyd

Revoir Mon nom est Shangaï Joe alors que récemment, un gars tranquille se faisait refuser l'entrée dans un wagon parce qu'il est noir, est une épreuve pour l'homme rationnel persuadé que l'humain s'améliore avec les siècles. En 1882, notre héros Shangaï Joe (Chen Lee), un Chinois avec chapeau pointu, part pour le Texas Andalou, où il ne subira que vexations, brimades, voire tentatives de meurtres. L'agressivité est permanente, les seuls personnages positifs qu'il rencontre sont des peones mexicanos qui sont encore plus mal traités que lui, vu qu'ils sont esclaves. Notre héros, contrairement aux autres chinks, aux blacks et autres bougnoules a de la chance car il est diablement expert en zarts martiaux, ce qui fait qu'il démolit systématiquement ses tourmenteurs, parfois de façon relativement gore. Ça soulage diablement notre mauvaise conscience, mais il faut savoir que dans la vraie vie, les victimes du racisme sont rarement capables de faire des bonds de deux mètres sans élan, et qu'ils subissent et se résignent sans rien dire. Cependant, ce n'est pas le sujet de ce blog, pas plus que l'esclavage qui semble avoir encore un bel avenir chez Daesh (je rajoute ça pour équilibrer un peu).
Au bout d'un moment, le racisme n'est plus le sujet principal, Shangaï Joe se contente de rencontrer des cinglés plus psychopathes les uns que les autres, et dont les motivations sont tout sauf claires. Robert Hundar commence par faire une apparition très courte mais très impressionnante. Ce gars là avait quand même un physique vachement imposant, mais il ne peut pas rester longtemps, il se fait bouillir la tête dans une marmite de riz. Gordon Mitchell n'est pas mieux loti, non seulement on ne comprend pas bien ce qu'il fout là, mais en plus il se bat comme d'habitude dans ce qui ressemble à une carrière romaine, alors que le film bénéficiait pourtant d'un budget qui semblait jusque là raisonnable. L'explication vient ensuite, Klaus Kinski fait une apparition de 5 minutes, maigre et toujours aussi givré. Il a dû engloutir le reste du budget, et du coup, il ne reste pas longtemps non plus, notre Chinois lui fait la peau. Tout cela est très décousu, mais se suit avec plaisir néanmoins. Les combats sont corrects mais ont quand même pris un sacré coup de vieux. Il faut dire qu'il y a deux jours, je me suis mis The Raid 2 qui en comparaison donne l'impression que Shangaï Joe a été tourné au ralenti (et d'ailleurs c'est souvent le cas). The Raid 2 de Gareth Evans, fait suite à The Raid (du même), qui en soi était déjà un film d'arts martiaux très bien maîtrisé, d'une violence démesurée, bien qu'à la longue invraisemblable. The Raid 2 fait mieux, en réussissant à la fois à être plus posé, plus crédible tout en étant plus violent et moins film concept (c'est à dire un film qui se tient en grande partie sur l'originalité d'un pitch de départ, à savoir pour The Raid, une escouade de flics qui attaque un immeuble rempli de gangsters, le pitch c'est juste ça, le réalisateur part là-dessus, fait un huis-clos dans son immeuble et explore toutes les facettes possibles comme dans Piège de Cristal, sauf qu'au bout d'un moment on atteint les limites du concept.). The Raid 2 évite cet écueil, tout en allant crescendo dans la violence et l’invraisemblance, comme dans un jeu vidéo. Le dernier combat, entre Cecep Arif Rahman et Iko Uwais, alors même que celui-ci vient de démolir la fille aux marteaux (Julie Estelle) et l'homme à la batte de base-ball (Very Tri Yulisman) dans un combat d'au moins dix minutes, est tout bonnement anthologique. The Raid 2, un film que je vous conseille si vous avez le cœur bien accroché!



mardi 17 février 2015

Arizona Colt

Arizona Colt
1966
Michele Lupo
Avec: Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Nello Pazzafini

Parfois il faut faire pause dans sa vie effrénée, revenir à ses amours, back to basic, ressortir un vieil enregistrement sur un vieux DVD-R qui prend la poussière, écouter la belle musique à l'harmonica du générique et retrouver le sourire en voyant s'afficher les noms de Guiliano Gemma, Fernando Sancho et Nello Pazzafini. Parfois il faut se laisser porter, apposer un voile pudique sur tous les défauts, ne pas voir l'intention commerciale évidente de réitérer le succès du premier Ringo. Ne pas réfléchir. Je n'aime pas les types qui réfléchissent, dit Fernando Sancho. J'ai suivi son conseil, j'ai mis mes neurones en veilleuse, apprécié le spectacle, les qualités d'athlète du beau Giuliano, le rire gras du gros Fernando, la veulerie de l'inénarrable Nello Pazzafini, les boissons explosives de Double Whisky (Roberto Camardiel). Ne pas se prendre la tête, suivre avec bonne humeur les différentes tonalités du film, du plus comique au plus tragique. Ne pense pas, ressens dit Yoda, ressens cette étrange charge émotive apportée par la sonorité si particulière des armes à feu du western spaghetti, imprègne toi de la sueur et de la lumière d'Almeria. Prépare toi doucement à l'inévitable carnage final avant que Giuliano n'embrasse Corinne Marchand et quitte la ville, alors que s'élève la langoureuse chanson de générique. Et si tu trouves ça beau, n'en aie pas honte, c'est effectivement beau comme du western spaghetti! 

PS: même si à proprement parler, il ne s'agit pas de l'armée mexicaine, je considère que ce film participe de ce grand génocide oublié.