mardi 15 avril 2008

Django défie Sartana



Django sfida Sartana
Pasquale Squitierri
1970

Avec : Luciano Stella, Giorgio Ardisson

Un générique qui fleure bon le sépia, des cadrages tarabiscotés, des regards à déterrer les morts, des airs à l’harmonica à réveiller les mêmes morts, des coups de feu qui résonnent au plus profond des tympans, le vent qui souffle, des bagarres qui ne sont pas chiquées, une histoire de vengeance mâtinée d’enquête policière.

Des stock shots qui proviennent d’un autre film, un jeu d’acteur faiblard, des carrières minables en guise de décor, des figurants qui se comptent sur les doigts d’une main, une réalisation sans relief, des poncifs à faire bailler les morts, des ratages à faire marrer les mêmes morts.

Vous l’avez compris rien qu’en voyant le titre, vous l’auriez compris rien qu’en lisant cette petite liste, on est de plein pied dans le western spaghetti sans âme, sans relief, sans talent, mais qui se laisse quand même regarder, avec, de ci de là, quelques haussements de sourcils quand une scène sort du lot. Et puis les morts pullulent, et puis les méchants trépassent, et puis au final on a passé un bon moment lors de cette petite incursion de routine dans cet univers codifié et prévisible (presque) de A à Z. Parmi les petits « moments » à retenir : le frère de Django traîné dans les escaliers, la baston Django vs Sartana, l’arrivée de Django sous la pluie avec son frère pendu dans la ville, Django pendu par les poings, qui se fait effleurer par les balles, le méchant et ses bois de cerfs, et puis Sartana a la voix française de Dirty Harry.
C’est suffisant.

vendredi 11 avril 2008

Le Llano en flammes




El llano en llamas


Juan Rulfo




Il y a bien longtemps qu’on n’a pas vu de western spaghetti. Il y a bien Django Le Bâtard qui nous appelle « Achète moi, achète moi ! » par le biais des yeux faméliques d’Anthony Steffen. Il y a bien les forumeurs de Western Movies qui nous tentent régulièrement avec des pépites extraites du puits – semble-t-il – sans fond du cinéma espagnol et italien. Mais on le sait bien qu’il y a un fond à ce puits, que le nombre de westerns spaghetti regardables est sévèrement limité. Alors on prend son temps, après des années d’attente pour pouvoir accéder facilement à tous ces westerns, après la frénésie du début et des livraisons de Wild Side, Seven 7 et Evidis, après de nombreuses infidélités à nos éditeurs francophones –décidément trop frileux – avec des éditeurs étrangers, voire – chut – avec la Sainte Mule, on décide de ralentir un peu le rythme, on revient un peu au western américain, voire au cinéma tout court ; on se dit qu’on a plein de bouquins en retard et qu’Anthony Steffen attendra bien un peu, une dizaine d’années de plus s’il le faut. Le western spaghetti, c’est la goutte de cognac dans le café, il ne faut pas en abuser.


Alors on lit, et après quelques aventures du coté de Fred Vargas, John le Carré et Haruki Murakami – bien loin du monde minéral du western spaghetti, on commence Le Llano en flammes de Juan Rulfo, sans en attendre quoi que ce soit vu que c’est un bouquin qu’on vous a offert à Noël il y a deux – trois - six ans peut-être et qu’on n’avait jamais pris le temps de lire. Sans doute qu’à l’époque, Le pistolero aveugle nous imposait son caractère d’urgence.


Dès la première nouvelle, On nous a donné la terre, car c’est de cela qu’il s’agit, un recueil de nouvelles, dès la première nouvelle donc, on est dedans. Il fait chaud, les peons mexicains marchent sous le soleil, l’un d’eux transporte une poule sous son bras. L’auteur, dans une langue proche du parlé, mais très travaillée et très belle, décrits les canyons arides et la poussière tourbillonnante, la pauvreté. Et surtout il évoque un partage des terres qui fait PAN dans l’esprit du spaghettophile endormi : REVOLUTION.


On est d’abord décontenancé parce que la nouvelle est très courte et se finit abruptement, pour ne pas dire dans le vide, mais on est content d’avoir retrouvé des éléments familiers des westerns zapata, tels El Chuncho, Tepepa, Cinq hommes armés. Mais au fil des nouvelles, le plaisir de lecture reste intacte, car en définitive tout est là, la violence, la vengeance, la mort, les chiens efflanqués qui aboient, les vautours qui tournoient, les destinées écrites dans le marbre de pauvres gens qui subissent la vie comme on subit un châtiment, toujours perdant mais toujours digne. Tout est là, mais bien évidemment en filigrane, en petites touches, sans l’exacerbation propre aux westerns zapata, et surtout avec des histoires qui n’ont évidemment rien à voir avec le western. Une vision morcelée, parcellaire de la ruralité mexicaine des années 20, mais qui donne un sentiment d’exhaustivité impressionnant. Et puis la nouvelle Le Llano en flammes arrive, on suit une troupe de rebelles qui pillent, brulent, tuent et tendent des embuscades aux forces armées mexicaines. Les rebelles se planquent derrière de petits murs décrépis comme dans n’importe quel western zapata. Les exécutions sommaires dans les deux camps sont légions, comme dans tout bon western zapata. Les mises à morts sadiques n’ont rien à envier au genre. Il ne manque finalement que l’humour et l’arrivée d’un Européen irlandais, Suédois ou Polonais pour accentuer le malaise.


Car malaise il y a. La révolution décrite par Juan Rulfo n’est pas celle des années 10, c’est celle des cristeros à la fin des années 20, révolution qu’il a connu jeune et dont il a pu voir les horreurs des deux cotés. Il ne s’agit pas là d’un décorum pour présenter au mieux une réflexion sur l’engagement face à l’individualité (El Chuncho, Il était une fois la Révolution, Tepepa), au pire une farce entrainante avec des bouts d’infra-texte dedans (Companeros, Saludos Hombre) ou pas (5 hommes armés, Viva la Révolution). Il s’agit d’un vrai vécu, d’un vrai regard clinique sur une humanité en bout de course dans un pays ou la violence va de soi. De même, les petites histoires de vengeance, les malheurs agricoles, la faim, les malheurs familiaux n’ont pas vocation à divertir les masses comme les sordides tragiques destinées spaghettiennes le faisaient. C’est du vécu, c’est du réel, et on se sent tout honteux d’aimer le genre western zapata qui paraît si superficiel à coté de cette réalité, de voir que oui l’armée mexicaine se faisait malmener, mais que c’était les peons qui se trouvaient en général face à la mitrailleuse, et que chaque mort avait une histoire et une famille. Tout honteux de voir qu’un auteur, en quelques lignes et en quelques pages, parvienne à vous faire vivre la réalité et la mentalité de ces gens qui n’étaient jusque là pour vous que des figures interchangeables d’un genre très populaire dans les années 70.










PS: les deux photos sont de Juan Rulfo.

lundi 31 mars 2008

[HW] - Bienvenue chez les Ch'ti

Allant très rarement au cinéma - je veux dire au vrai, celui avec l'image qui crachotte et le pop corn qui craquotte - j'aurais quand même pu aller voir autre chose que Bienvenue chez les Ch'ti - par exemple 3h10 pour Yuma que je ne désespère pas d'aller voir un jour - mais voilà, la vie sociale est ainsi faite qu'on arrive rarement à convaincre quelqu'un d'aller voir un western, fut il avec Russel Crow.




Et puis pas la peine de faire le snob élitiste pleurnichard qui ne se soigne pas: le film est bon, drôle, sympa, marrant, rigolo, humaniste, amusant, bref un bon moment, pas la peine de tortiller du cul de gêne, de faire remarquer qu'à l'instar d'Amélie Poulain ou des Choristes- autres phénomènes de foire en terme de remplissage de salle - c'est le retour en grâce de la franchouillardise, de faire remarquer que le cinéma français n'a pas évolué depuis La Grande Vadrouille, pas la peine de tirer sur l'ambulance, le seul truc vraiment bizarre finalement, c'est que ce film là fasse 12, 15 ou 20 millions d'entrées, plutôt que 1 ou 2 millions comme il eut paru logique qu'il fit.




Ben non, le film est sympa, mais on a vraiment du mal à trouver quoi que ce soit qui justifie un tel mouvement de masse. Rien, nada, zéro, pouêt pouêt! Pourquoi grand dieu, pourquoi tout le monde va-t-il voir ce film? Si l'on regarde quelques autres grands succès populaires, on a -parfois - des éléments de réponse. Amélie Poulain était vraiment novateur et vraiment en opposition totale avec le cynisme ambiant et la branchitude sclérosée. Le dîner de cons était vraiment drôle. Les Visiteurs aussi était vraiment drôle - du moins à la première vision - et en tout cas plus drôle que les Ch'ti. Astérix et Cléopâtre n'était pas vraiment hilarant mais réussissait le tour de force d'allier la bonne grosse rigolade populaire à l'esprit Canal, le tout couplé avec une campagne promo efficace, son score ne surprenait pas complètement. Quant à Titanic, ben c'était tout simplement un bon film, un succès critique, et une osmose amoureuse toute particulière qui toucha tout le monde.




Mais les Ch'ti? Il se passe quoi là? Les gens sont en fait tous secrètement téléphates et ils se sont dit: tiens on va prendre un film au hasard et on va tous aller le voir? La réalité n'est pas très loin. La télé-apathie ambiante qui ammène tout le monde dans les salles s'appelle "média". Dès la première semaine, tous les journaux annonçaient que le film de Dany Boon allait peut-être dépasser La Grande Vadrouille, et allez y que le coefficient de satisfaction est exceptionnel, c'est énorme, allez-y avec les explications pseudo-sociologiques comme quoi le film s'adresse à tout le monde, que c'est la revanche de la France d'en bas sur le crotale parisien. On n'avait pas vu ça depuis Titanic, et ça fait du bien une petit mouvement de foule comme ça, avec son petit suspense sur le nombre final d'entrées - va-t-il ou ne va-t-il pas dépasser La grande vadrouille - youhou, vous savez qu'on s'en branle au fond, mais le résultat est là: les médias démultiplient le phénomène qui s'auto-entretient lui-même. On ne va pas voir Les Ch'ti parce qu'on a envie de le voir, on va voir Les Ch'ti parce que les médias n'arrêtent pas de dire que tout le monde y va, que les voisins y vont et qu'il disent que "oui, le film est drôle, il permet d'oublier les soucis de la vie quotidienne" et que donc au pire, on aura de toute façon passé un bon moment. Et en plus si on résiste pour ne pas y aller, on passe pour un affreux qui se la joue intello et qui n'a pas d'humour.



Cela semble donc simple, prenez un film comique qui tient la route, et si jamais le film cartonne au départ, vous pouvez en faire un des plus grands succès du cinéma français rien qu'en ne parlant que du fait que ça risque d'être un carton historique. Le reste n'a pas d'importance.




Vraiment pas d'importance? La Grande Vadrouille est devenue un incontournable de la culture française. Amélie reste dans toutes les mémoires. Le dîner de cons reste drôle à chaque fois qu'il passe à la télé. Mais les Ch'ti? Le film a-t-il les épaules assez solides pour mériter ce succès dans la durée? L'exemple qui fait mal, c'est Les bidasses en folie qui fit 7 460 911 entrées en 1972. Qui se souvient encore de ce film aujourd'hui ? Qui est capable d'en réciter des répliques? Qui l'a vu récemment en prime time sur les télés Hertzienennes? A mon avis pas grand monde, car les gros succès ne laissent des traces que si une certaine qualité d'écriture est présente - on va dire que c'est le cas pour le film de Dany Boon - et que les thèmes et accroches du film savent survivre à l'aire d'autoroute du temps. Et là, pas sûr que ce film là fasse vraiment recette dans nos mémoires.

samedi 15 mars 2008

Deadwood - Saison 1


 


Deadwood, la série western de David Milch qui pulvérise les codes du western, comme d’habitude diront certains, sauf qu’ici c’est vrai. Pas de grands espaces, pas de chevauchées, pas de gunfight, Deadwood raconte la lente transformation du « camp » Deadwood en véritable ville, en 1876 dans le Dakota. Située totalement illégalement en territoire Sioux, Deadwood est une ville de bois, de tissu et de boue qui n’appartient pas encore aux Etats-Unis et qui n’obéit donc à aucune espèce de loi. Un enfer qui se civilise petit à petit, au milieu des mineurs, des aventuriers, des putes et de la maffia naissante. Certains personnages sont connus du grand public (Wild Bill Hickock, Calamity Jane) d’autres beaucoup moins (Seth bullock, Al Swearengen), mais la plupart ont réellement existé, bien qu’à en croire Wikipedia (le site qu’il ne faut pas croire – à l’instar d’imdb– mais que tout le monde consulte), la série ne suive pas vraiment les faits et gestes réels de ses modèles avec une grande exactitude.


Le réalisme est pourtant une des pierres angulaires de Deadwood. Bien que ce réalisme soit sans doute cousu de fil blanc (d’ailleurs, pas besoin de chercher bien loin pour trouver des incohérences), on est bien forcé de remarquer une recherche phénoménale sur les costumes – mix savamment orchestré de redingotes, chapeaux melons, haillons et autres corsets – sur les décors boueux d’une ville en construction anarchique - tentes immondes au milieu de vraies baraques, saloon n’ayant même pas de véritable devanture – ou sur les diverses armes et accessoires utilisées par tout ce petit monde bigarré, mélange de pouilleux ivrognes et de pistoleros élégants, de putes aux mamelles qui dépassent et de dames de la haute qui ne quittent pas leur chambre de peur de se salir. Toute cette variété hallucinante aurait été utilisée à bon escient dans un western spaghetti pour provoquer un choc esthétique, pour oser des mélanges fulgurants, pour stimuler l’imagination ; mais dans Deadwood, le but semble avoir uniquement été de créer un choc par confrontation au mythe (mais ils sont où les larges chapeaux et les winchesters ?), un effet de vérisme qui emporte le téléspectateur dans un acquiescement sans réserve à la qualité de la série, une rupture totale – ça faisait longtemps – avec le petit monde du western. Après Deadwood, les westerns ne pourront plus être comme avant.



 



La deuxième pierre angulaire de l’édifice Deadwood est constituée de son effarante violence, toujours menaçante, toujours effroyable, jamais indolore. Les coups de feu sont pourtant rares. A Deadwood, on préfère se faire égorger, se faire étriper, se faire noyer, se faire étrangler, se faire jeter du haut d’une falaise, pour finir bouffé(e) par les cochons. Toujours des morts sales, des passages à tabac qui défigurent, des cul terreux qui font dans leur froc de peur. Aucune pitié à attendre du grand patron tout puissant du Gem : quand Al Swearengen (Ian McShane) a un problème, il préfère généralement se débarrasser de la personne source du problème. Son grand rival, Cy Tolliver (Powers Boothe) agit de façon moins visible, mais en arrive régulièrement aux mêmes extrémités. La vie n’a quasiment aucun prix face à la perspective de gagner ou perdre quelques dollars. Il n’y a pas de Shérif, pas de vrai juge, pas de recours. Un vrai enfer qui se civilise pourtant peu à peu, avec la nomination d’un shérif factice et corrompu, et la prise du poste par le très droit Seth Bullock (Timothy Olyphant), à la fin du dernier épisode.


La troisième mamelle du show sera bien sûr le sexe. Pas un sexe torride et esthétisant, non un sexe crade, fonctionnel, payant avec de la nudité sans maquillage, sans éclairage et sans désir. Le sexe n’est pas montré en excès, mais à chaque fois qu’un peu de nudité frontale apparaît (même masculine dans l’épisode 2), c’est le choc, à chaque fois qu’une scène de scène est suggérée ou montrée, c’est glauque, comme si à cette époque, l’amour n’existait pas. Pourtant c’est bien l’amour qui transparaît entre Swearengen et sa pute attitrée Trixie (Paula Malcomson), et entre Bullock et Madame Garret (Molly Parker), ce qui renvoie alors toutes ces passes sordides à notre propre époque de misère sexuelle exacerbée.




 



La quatrième pierre angulaire coule de source pour le public américain, un peu moins pour le public français. Si vous avez mené assez loin votre film en terme de réalisme cru, de violence et de nudité, il ne vous reste plus qu’à rajouter un langage extrêmement vulgaire pour boucler la boucle, le langage étant pour les anglo-saxons d’une importance beaucoup plus capitale qu’en France. Et quand ils se lâchent, ils se lâchent, au point qu’un film comme The Big Lebowski devient presque insupportable à écouter à force de multiplier les « fucks », non pas par gêne occasionnée par le langage lui-même, mais plus par cette puérilité qui consiste à croire que la maturité d’un film se mesurera au nombre de mots interdits débités par minute. Si Deadwood parvient à échapper à cet écueil, c’est parce que les innombrables « fuck » et « cocksucker » entendus à longueur de dialogues sont intégrés au sein de phrases littéraires extrêmement recherchées qui sont un vrai régal pour l’oreille, et qui rendent obligatoire la VO pour suivre cette série. Je parlais plus haut des accrocs au réalisme. Non seulement ces phrases extrêmement complexes dans la bouche de gens de peu d’éducation sont peu crédibles, mais en plus, si on en croit à nouveau wikipédia, les « fuck » et les « cocksucker » sont totalement anachroniques. A cette époque, les jurons portaient plus sur un registre blasphématoire que sexuel ou scatologique, mais les producteurs ont pensé que l’utilisation de jurons d’époque aurait rendu les dialogues plus comiques que véritablement choquants, d’où le choix d’utiliser le langage vulgaire d’aujourd’hui.


Le scénario lui, est sans faille. Et surtout, il n’a jamais recours à des artifices de type rebondissement imprévu pour choquer le téléspectateur et lui donner envie de revenir pour l’épisode suivant. Je ne suis pas un expert en série américaine, mais pour avoir suivi Urgences et Desperate Housewives qui ne sont pourtant pas des séries basées sur le suspens pur et dur, contrairement à 24 heures chrono par exemple, je connais quand même bien ces twists un brin ampoulés, tel la mort de Romano dans Urgences qui vous font dire « mouais, ils se sont pas trop foulés sur ce coup là. » Pas de twists absurdes dans Deadwood. Le récit progresse linéairement, les personnalités se construisent petit à petit, et si la série se paye tout de même le luxe de faire mourir l’un de ses personnages phare au bout de quatre épisodes, le rythme trépidant et accrocheur en perfusion est loin d’être la motivation majeure des créateurs de la série. Au point d’ailleurs que l’ensemble pourrait paraître un brin longuet de temps en temps. La saison 2 cherchera d’ailleurs à se dynamiser un peu plus au risque de rendre visibles certaines ficelles que l’on aime pourtant mieux ignorer.



 


Quoi qu’il en soit, longuette ou pas longuette, cette saison 1 apporte un réel bol d’air frais narratif, exigeant mais revivifiant et enthousiasmant. C’est le monde des rivalités, de l’argent à gagner, des amitiés à trahir. C’est le monde de la violence brute, crue et sale, mais c’est aussi le monde des tractations financières, des arnaques et de la corruption naissante, subtiles, évoquées par des sourires en coins, des métaphores sans modération et des phrases à double sens. XXIe siècle oblige, le rôle des femmes est prépondérant. Il ne s’agit plus, dans un western des années 2000, de montrer une femme comme simple divertissement pour le héros (dans le sens de le divertir de son but premier qui est de se battre) ou comme une simple mama inquiète. Mais il ne s’agit pas non plus d’inventer des rôles grotesques et anachroniques pour répondre au politiquement correct. Les rôles de la pute Trixie, de la bourgeoise Mrs Garret et de l’aventurière Calamity Jane (Robin Weigert) sont réellement écrits, avec des personnalités distinctes et une participation à l’action qui ne singe pas l’action des hommes à la Bandidas. La musique n’est jamais envahissante, mais elle sait parfois donner toute la mesure à un évènement, comme l’utilisation du morceau Iguazu de Gustavo Santaolalla pendant la mort d’un célèbre pistolero. Et l’image, naturellement pour une série de cette qualité, est parfaite, lumineuse et riche. Deadwood est donc une série sans-faute, la meilleure chose arrivée au western depuis les années 60.

samedi 23 février 2008

Hondo, l'homme du désert




Hondo
John Farrow
1953
Avec : John Wayne, Geraldine Page

Hondo, c’est John Wayne, qui arrive à pied de sa démarche légendaire avec sa winchester et un chien à ses cotés, le colt légèrement en arrière sur sa hanche. Une image pareille, le film ne peut pas être complètement mauvais, il est même forcément bon !
Il reste quelques jours dans un ranch pour aider une femme seule (Geraldine Page) avec son fils, alors que tout près, les apaches sont sur le sentier de la guerre. Puis il s’en va avec son clébard, mais on sait qu’il reviendra, car quelque chose dans cette femme lui plait. Vittorio, le chef des apaches (Michael Pate), prend le fils de la femme seule sous sa protection, car le gosse est un brave de chez les braves qui a peur pour sa mère, mais pas pour lui-même. C’est ce qui sauvera la vie au Duke, qui était pourtant prêt à mourir en brave par ce beau jour ensoleillé. Le Duke aura la vie sauve, mais pas son chien. Le film datant des années 50 et non des années 90, le Duke semble n’en avoir rien à secouer de la mort de son chien. Pas de mâchoire crispée, pas d’expédition punitive, pas de scènes tire-larmes, nada, le cabot est mort et on passe à autre chose.


Un chien de perdu, une femme de trouvée. Le Duke prend la femme, éduque le gosse à la méthode dure mais tendre et se prend à espérer une vie meilleure. Les tuniques bleues se ramènent avec leur vision simpliste de l’Indien. Le Duke enrage. Les tuniques bleues se font totalement décimer mais reviennent tout de même en ayant tué Vittorio, le chef Apache. Du coup la petite famille recomposée n’est plus protégée, il faut fuir et faire tourner les chariots en cercle pour combattre les indiens. Yipee, enfin un vrai western avec des chariots en cercle et des indiens qui tournent autour. De temps en temps, on se prend une flèche en pleine poire comme au Futuroscope, car le film était fait pour être vu en relief. Le Duke tue le nouveau chef Apache, ce qui leur laisse un peu de temps pour s’acheminer vers le mot Fin. Yihaaa. John Wayne, véritable star, immense acteur, suffit à rendre ce film excellent. Oh bien sûr, il y a l’inévitable papotage sous les arbres avec la dame, ses phrases creuses toutes faites et ces petites phrases sur ce qu’est un homme et sur ce que sont ses devoirs, bien sûr, il y a quelques longueurs, mais dans l’ensemble voilà un bon western, de grande classe, tourné en partie, paraît-il, par John Ford, avec de l’action, des sentiments, de l’honneur, et un chien.
Et comme l’a fait remarquer Personne sur le forum Western Movies, les similitudes entre ces deux photos d’exploitation sont assez frappantes :






Wild Bill




Wild Bill
1995
Walter Hill
Avec: Jeff Bridges, David Arquette

En tant qu’introduction à la fameuse série télévisée Deadwood, ce Wild Bill mérite d’être vu à partir du moment où l’on remarque certaines coïncidences :
- le film raconte la fin de Wild Bill Hickok à Deadwood, tandis que la série Deadwood y consacre ses quatre premiers épisodes
- le film est réalisé par Walter Hill, or Walter Hill a également réalisé le premier épisode de la série. Walter Hill est également crédité comme « producteur consultatif » (ou un truc comme ça) sur la série.
- Keith Carradine joue Wild Bill dans la série alors qu’il joue Buffalo Bill dans le film Wild Bill

- La série date de 2004 et le film de 1995, ce qui est très récent en terme d’échelle westernienne.
Fort de ces constatations, on n’a plus qu’à se mater le film et jouer au jeu des sept différences. D’abord Wild Bill. Si Jeff Bridges est un poil en dessous de Keith Carradine, les deux acteurs savent parfaitement rendre la personnalité énigmatique de ce célèbre pistolero de l’Ouest, bien habillé, excellent tireur, mais un brin dépressif sur sa fin de vie.
Ensuite la ville. Le Deadwood de Wild Bill est notablement plus construit et évolué (en particulier le quartier chinois) que l’espèce de coupe-gorge glauque de la série. Néanmoins on retrouve bien les rues perpétuellement boueuses dans les deux cas, ce qui devrait me pousser à vérifier si ce n’est pas là un fait historique, mais je laisse les érudits à cette tâche ingrate.


Enfin les autres personnages et le scénario. Si la série s’attache à montrer que la fin de Hickok fut loin d’être glorieuse (le légendaire pistolero se faisant abattre par un moins que rien), le film invente une vague histoire de vengeance pour justifier l’acharnement de Jack McCall (David Arquette excellent en période pré-gloire screamesque) et tenir le film sur une heure et demie sans faire chier le spectateur. Le final culmine dans un portnawak scénaristique avec prise d’otage et bain de sang en règle avant que Wild Bill finisse sa vie plus ou moins dans sa position historique officielle. C’est bien crétin et ça rappelle la fin de Tombstone qui dérive dans le grand délire avec un Doc Holliday qui revient presque d’entre les morts pour dessouder Jimmy Ringo (ou un autre, je ne sais plus) avec une rapidité déconcertante. En terme d’authenticité, certains westerns des années 90 étaient à peu près aussi éloignés de la réalité historique que leurs prédécesseurs, par cette propension à en rajouter dans le coté spectaculaire et actioner de leurs scénarios.


Et puis on notera la fadeur absolue du personnage de Calamity Jane en comparaison de celle de Deadwood, Ellen Barkin faisant tout son possible pour paraître vulgaire et manish sans utiliser un seul juron (film grand public oblige), même pas le plus petit shit. Par contre contrairement à la série, il y a une scène de cul ridicule entre Calamity Jane et Wild Bill (film grand public oblige), ce qui pourra contenter certains mais fera certainement soupirer le plus grand nombre.


On peut donc dire sans grand risque : Deadwood : 1/ Wild Bill : 0


Et c’est bien dommage, car le film part très bien, avec une présentation fracassante de l’homme aux deux pistolets qui brillent, Wild Bill ayant cette manie de se battre avec à peu près tout le monde et de les tuer tous à chaque fois qu’il le peut. Ainsi Wild Bill descend des types patibulaires dans un relais, quatre ou cinq soldats dans un saloon, un guerrier indien qui le provoque, son adjoint dans la rue par erreur, un type sur un fauteuil roulant dans un duel assez cocasse, ainsi que le mari de la femme qu’il aime et quelques autres. C’est pas que ce soit vraiment transcendant, mais la base du western étant de regarder des hommes tirer sur d’autres hommes dans l’Ouest des Etats-Unis de la deuxième moitié du XIXe siècle, on peut dire que de ce coté là, Wild Bill remplit parfaitement son contrat de façon honnête et efficace.


jeudi 14 février 2008

Règlement de comptes à O.K. Corral





Gunfight at the O.K. Corral
John Sturges
1957
Avec : Burt Lancaster, Kirk Douglas, Rhonda Fleming, Jo Van Fleet, John Ireland, Dennis Hopper, Lee Van Cleef, Jack Elam

Edouard Thorpe, accompagné de John Holliday, retrouve ses frères Paul Thorpe, Vincent Thorpe et Jim Thorpe à Tombstone pour un règlement de compte à OK Corral contre Alex Clanton et ses frères et Jimmy Ringo.

Si ce résumé vous dit vaguement quelque chose mais avec un je ne sais quoi de factice, c’est qu’il s’agit là d’un énoncé établi à l’aide des noms francisés des légendes de l’Ouest Wyatt Earp, Morgan Earp, Virgil Earp, James Earp et Ike Clanton qui s’affrontèrent effectivement à l’aube du 26 octobre 1881 à Tombstone. Cette peur des prénoms américains trop durs à prononcer n’est pas la seule surprise de cette VF si vous prenez la peine de l’écouter avec des sous titres anglais : vous obtenez moultes approximations, des inversions de phrases voire des erreurs niveau troisième (par exemple « we are pretty much alike actually » traduit « nous sommes presque pareils à l’heure actuelle »). Bref les retrouvailles nostalgiques avec cette œuvre immortelle du western américain en prennent un coup direct lorsqu’on met le DVD acheté 2€99 en kiosque dans le lecteur.

Car de retrouvailles nostalgiques il s’agit, et si vous ne supportez pas les gens qui s’épanchent lyriquement sur leur enfance, je vous conseille de sauter ce paragraphe sans hésiter. Règlement de comptes à O.K. Corral, de John Sturges est sans doute le western le plus multi-diffusé en prime time à la télévision dans les années 80, avec Les sept mercenaires, de John Sturges. Cette affirmation ne repose sur aucune vérification du nombre réel de diffusions, mais sur mon souvenir forcément incertain. Quoi qu’il en soit, je me souviens que ces deux films passaient régulièrement au moins une fois par an et qu’il était tout simplement impensable dans la famille de rater une seule diffusion. Heureuse époque ou la télé n’avait pas peur de passer des westerns à la télé, blablabla, fin de la parenthèse nostalgico-râleuse.


Mais il y a un double problème. Premier problème, si quasiment chaque scène des Sept Mercenaires est restée gravée dans ma mémoire, seul le fameux règlement de compte final de ce Règlement de comptes à O.K. Corral m’a aujourd’hui rappelé quelque chose. Heureuse occasion de redécouvrir un film avec des yeux d’adultes diront certains. Mais le deuxième problème se pose là, comme une échéance d’imposition qu’on retrouve sous une pile le 16 février : la première partie du film est très chiante, la deuxième partie du film est moins chiante, mais chiante quand même. Que j’ai pu subir ce film à sept ans, à huit ans, à neuf ans, à dix ans, à onze ans avec toujours le même plaisir dépasse mon entendement. Il y a bien un peu d’action de temps en temps, ne nous trompons pas, il est même possible que le film soit plaisant, mais comparé à l’image mythique forgée dans ma mémoire, c’est de la pisse de chat. On a d’abord droit à Earp (Burt Lancaster) qui tombe amoureux et cherche à raccrocher ses armes avant de faire ce que tout vrai homme fait toujours : laisser les gonzesses à leurs rêves de paix ridicule et aller trucider du méchant. C’est navrant et totalement artificiel dans la mesure où cette histoire avec Rhonda Flemings a été rajoutée pour rassurer le spectateur sur la virilité de Wyatt Earp, au cas où il se l’imaginerait en train de se taper Doc Holliday dans l’arrière salle. Car outre cette ridicule histoire d’amour qui est vite oubliée mais nous assure son inévitable lot de papotages stériles sous les arbres, la grande affaire psychologique de film est l’amitié virile qui unit Earp et Holliday, le grand duo de grandes stars Burt Lancaster et Kirk Douglas. Entre ces deux là, c’est l’attraction/répulsion entre la droiture de la loi et le vice du joueur, mais John Sturges semble incapable de provoquer des étincelles entre les deux stars, incapable de rendre leur relation réellement humaine et intéressante, et seul le charisme naturel des deux stars (enfin Kirk Douglas surtout) parvient à rendre l’ensemble regardable sans trop de déplaisir.


La seule surprise vient finalement de la relation ouvertement sado-masochiste entre Kirk Douglas et Jo Van Fleet, avec des scènes étonnantes de la part de l’actrice qui passe de la dominatrice moqueuse à la femme soumise et implorante. Mais au fond, c’est assez peu, et on finit par trouver le temps long à entendre Doc Holliday tousser.


La deuxième heure passe un peu mieux, d’abord parce qu’on arrive enfin à Tombstone et qu’on sent venir le fameux duel, ensuite parce qu’on se régale de reconnaître les situations vues dans les autres films (Wyatt Earp, Tombstone, My Darling Clementine…). On est en terrain connu et on prend plaisir à voir cette lente montée de la tension avant la violence, montrée d’une nouvelle façon, comme un souvenir diffus qui varie d’une personne à l’autre, comme une évolution de la mémoire commune, un peu de la manière dont les auteurs de comics à travers les âges ont su raconter la mort des parents de Batman avec à chaque fois une approche nouvelle. La multiplicité des films et des versions de ces évènements participe à la mémoire collective d’une légende dont l’historicité sera du coup à jamais incertaine.


Le fameux règlement de compte arrive enfin, et il est intact, comme si cela s’était vraiment passé comme ça, le petit pont, à couvert ! Roulé boulé derrière un muret qui se désagrège lentement sous les balles, bon dieu ils ne sont que six ils devraient être sept ! Là, le rascal planqué dans le chariot, les sonorités des doubles canons, les balles qui sifflent. Burt Lancaster les prend à revers, l’un des baddies flambe et peu à peu, comme dans une guerre d’usure, les méchants meurent les uns après les autres, tandis que les gentils sont blessés, tu es salement touché ? Non ça ira je crois ! Et après tout ça, la chanson du générique, forcément inoubliable, forcément inoubliée. Le charme a fini par opérer, mais Dieu que ce fut long à venir, et ce n’est pas la chasse aux têtes connues (Lee Van Cleef, Jack Elam, John Ireland, Dennis Hopper), ni la chasse aux détails curieux (le long révolver du Colonel Mortimer aperçu brièvement – Sergio Leone a-t-il inventé quoi que ce soit ?) qui suffisent à relever l’intérêt d’un film globalement moyen et qui aurait peut-être dû rester dans nos souvenirs.