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dimanche 20 septembre 2009

Broken Trail


Broken Trail
2006
Walter Hill
Avec : Robert Duvall, Thomas Haden Church, Gwendoline Yeo, Greta Scacchi

Attention, c’est un téléfilm de trois heures, c’est à dire qu’il faut le voir comme tel, par petits bouts, comme une mini-série, pour s’attacher petit à petit aux personnages. On est un peu désarçonné au début, ça traine, c’est un peu lent, au bout de quarante cinq minutes, il ne s’est toujours rien passé. Walter Hill prend son temps pour filmer les chevaux, puis les herbes hautes, puis les chevaux au milieu des herbes hautes, c’est beau la mélancolie désincarnée, mais point trop n’en faut. Robert Duvall joue à nouveau le cowboy finissant, le cowboy trop vieux mais qui n’a pas la possibilité de prendre sa retraite, le cowboy un peu gauche, touchant, avec son accent incompréhensible. Thomas Haden Church (qui avait déjà tourné dans Tombstone) est son neveu, un brin monolithique, ils convoient ensemble des centaines de chevaux à travers les étendues américaines. Et leur route croise celle d’un esclavagiste qui transporte cinq jeunes chinoises promises à un destin pire que la mort : la prostitution. Le film s’attache fort à décrire les inquiétudes des chinoises, de très nombreux passages sont en chinois sous-titrés, ce qui est sans doute rare à la télévision américaine (comme française d’ailleurs, ne pas voir dans cette remarque l’habituelle condescendance envers les américains, toujours censés être plus neuneus que nous), elles ne comprennent littéralement pas ce qui se passe, et c’est seulement au fur et à mesure qu’elles intègrent que leurs nouveaux protecteurs sont bons et droits qu’elles se détendent petit à petit. Cet effort pour tenter l’identification du spectateur avec non seulement des femmes, mais en plus des chinoises, dans un western, est admirable. Elles n’ont aucune latitude pour agir, mais à aucun moment elles ne sont nunuches, nulle part elles n’apparaissent comme de simples faire-valoir de héros virils. Chacune sa personnalité, chacune se démarque, en particulier Gwendoline Yeo et son sourire radieux, que l’on a vu dans Desperate Housewives. En parlant de destin pire que la mort, les deux d’entre elles qui se font violer finissent par en mourir, tant il leur est impossible de vivre avec ce déshonneur. Je ne suis pas du tout assez calé sur cet aspect de la mentalité féminine chinoise de la fin du XIXe siècle pour savoir s’il est bien documenté, ou s’il appartient plutôt au domaine du poncif orientalisant (au même titre que les pieds minuscules de l’une d’entre elles), mais on sent néanmoins un vrai désir de le rendre crédible, de faire partager l’effroi de ces jeunes « recrues » immergées en milieu hostile, et rien que pour ça, Broken Trail est une réussite, car ce film explore des territoires nouveaux dans le monde du western, avec des figures – fantômes dans tous les autres westerns - qui n’avaient jamais été exploitées auparavant. Plus que la condition des esclaves sexuelles chinoises, c’est aussi la condition des prostituées tout court qui est fortement évoquée, à travers le personnage joué par Greta Scacchi. Certes c’est ici moins nouveau, le film étant passé après Deadwood, dont Walter Hill avait d’ailleurs tourné l’épisode pilote, mais le thème reste bien traité. On pourrait presque dire que Broken Trail est un western de femmes.
De Deadwood, Walter Hill a retenu la boue, la brume qui ne se dissipe pas et la vapeur qui jaillit des naseaux des chevaux, avec le frchhhh caractéristique, les campements miteux et les villes champignons au milieu de la mélancolie hivernale. On retrouve avec grand plaisir les hommes engoncés dans leur vestimentation qui leur colle à la peau et les putes rougeaudes, les chevaux qui galopent d’un pas lourd dans l’herbe grasse, évoquant bien plus des destriers moyenâgeux que le Tony nerveux de Tom Mix. On est bien dans le western des années 2000, outre Deadwood on pense aussi à l’ambiance crachoteuse de L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, et bien sûr on pense à Open Range et ses étendues, Robert Duvall déjà et les coups de feu sales et vicieux. On remarque alors que nos deux héros sont droits dans leurs bottes, ils ne profitent pas des chinoises, ils ne se payent jamais de putes, ils restent dignes. On peut sourire, penser que c’est probablement totalement anachronique, mais on y croit. Il est juste dommage que le scénariste ait cru bon d’en rajouter une couche en leur faisant abattre froidement un abject disséminateur de couvertures variolées à destination des indiens, c’est la faute de goût, le petit moins très XXIe siècle qui n’apporte rien aux personnages, et qui au contraire les décrédibilise. Dommage, mais sur trois heures de film, ça passe presque inaperçu. On est content pour Walter Hill, qui est passé du statut d’auteur estimé de ses débuts à la déchéance de son 48 heures de plus, de la violence Peckinpienne à la consensualité de Wild Bill, pour finir avec ce petit bijou poétique et merveilleux. Le budget est parfois un peu serré, mais c’est du grand art tout de même, le western n’est pas mort, Broken Trail le prouve.

Le DVD: A vrai dire, je n'ai rien à dire sur le DVD lui même. Je ne devrais rien avoir à dire sur les analphabètes qui ont rédigé le résumé de la jaquette non plus, je suis un analphabète moi-même, je relis parfois mes textes vieux de deux ou trois ans et je trouve des fautes énormes. Mais quand il s'agit de professionnels, ça m'énerve. Une faute de conjugaison et une faute d'accord sur quatre lignes, ça m'énerve (en plus du fait d'écrire "Une fresque épique de plus de 3 heures" alors que les petites lignes juste en dessous annoncent 2h56). Quand après cela vous lisez la critique de Dvdrama, qui multiplie les fautes de français incroyables, les fautes sur les noms des acteurs (et même sur le titre du film!) et les inexactitudes (le film a été nominé pour trois Golden Globes, mais ne les a pas gagnés), on se dit que notre langue est perdue à jamais et que le travail de pro n'existe plus.

samedi 23 février 2008

Wild Bill




Wild Bill
1995
Walter Hill
Avec: Jeff Bridges, David Arquette

En tant qu’introduction à la fameuse série télévisée Deadwood, ce Wild Bill mérite d’être vu à partir du moment où l’on remarque certaines coïncidences :
- le film raconte la fin de Wild Bill Hickok à Deadwood, tandis que la série Deadwood y consacre ses quatre premiers épisodes
- le film est réalisé par Walter Hill, or Walter Hill a également réalisé le premier épisode de la série. Walter Hill est également crédité comme « producteur consultatif » (ou un truc comme ça) sur la série.
- Keith Carradine joue Wild Bill dans la série alors qu’il joue Buffalo Bill dans le film Wild Bill

- La série date de 2004 et le film de 1995, ce qui est très récent en terme d’échelle westernienne.
Fort de ces constatations, on n’a plus qu’à se mater le film et jouer au jeu des sept différences. D’abord Wild Bill. Si Jeff Bridges est un poil en dessous de Keith Carradine, les deux acteurs savent parfaitement rendre la personnalité énigmatique de ce célèbre pistolero de l’Ouest, bien habillé, excellent tireur, mais un brin dépressif sur sa fin de vie.
Ensuite la ville. Le Deadwood de Wild Bill est notablement plus construit et évolué (en particulier le quartier chinois) que l’espèce de coupe-gorge glauque de la série. Néanmoins on retrouve bien les rues perpétuellement boueuses dans les deux cas, ce qui devrait me pousser à vérifier si ce n’est pas là un fait historique, mais je laisse les érudits à cette tâche ingrate.


Enfin les autres personnages et le scénario. Si la série s’attache à montrer que la fin de Hickok fut loin d’être glorieuse (le légendaire pistolero se faisant abattre par un moins que rien), le film invente une vague histoire de vengeance pour justifier l’acharnement de Jack McCall (David Arquette excellent en période pré-gloire screamesque) et tenir le film sur une heure et demie sans faire chier le spectateur. Le final culmine dans un portnawak scénaristique avec prise d’otage et bain de sang en règle avant que Wild Bill finisse sa vie plus ou moins dans sa position historique officielle. C’est bien crétin et ça rappelle la fin de Tombstone qui dérive dans le grand délire avec un Doc Holliday qui revient presque d’entre les morts pour dessouder Jimmy Ringo (ou un autre, je ne sais plus) avec une rapidité déconcertante. En terme d’authenticité, certains westerns des années 90 étaient à peu près aussi éloignés de la réalité historique que leurs prédécesseurs, par cette propension à en rajouter dans le coté spectaculaire et actioner de leurs scénarios.


Et puis on notera la fadeur absolue du personnage de Calamity Jane en comparaison de celle de Deadwood, Ellen Barkin faisant tout son possible pour paraître vulgaire et manish sans utiliser un seul juron (film grand public oblige), même pas le plus petit shit. Par contre contrairement à la série, il y a une scène de cul ridicule entre Calamity Jane et Wild Bill (film grand public oblige), ce qui pourra contenter certains mais fera certainement soupirer le plus grand nombre.


On peut donc dire sans grand risque : Deadwood : 1/ Wild Bill : 0


Et c’est bien dommage, car le film part très bien, avec une présentation fracassante de l’homme aux deux pistolets qui brillent, Wild Bill ayant cette manie de se battre avec à peu près tout le monde et de les tuer tous à chaque fois qu’il le peut. Ainsi Wild Bill descend des types patibulaires dans un relais, quatre ou cinq soldats dans un saloon, un guerrier indien qui le provoque, son adjoint dans la rue par erreur, un type sur un fauteuil roulant dans un duel assez cocasse, ainsi que le mari de la femme qu’il aime et quelques autres. C’est pas que ce soit vraiment transcendant, mais la base du western étant de regarder des hommes tirer sur d’autres hommes dans l’Ouest des Etats-Unis de la deuxième moitié du XIXe siècle, on peut dire que de ce coté là, Wild Bill remplit parfaitement son contrat de façon honnête et efficace.