samedi 5 mai 2012

Avec Django, la mort est là

1968 
Joko invoca dio… e muori 
Antonio Marghereti 
Avec: Richard Harrison, Claudio Camaso 


J’aurais voulu revoir ce film en version italienne. Je pensais que c’était possible, puisqu’il s’agit d’un DVD Seven 7 de la grande époque où certains croyaient encore au DVD. Mais non, il n’y a que la VF, très médiocre, qui banalise, voire ringardise la plupart des dialogues. 


Pour autant, l’introduction barbare, qui aurait plus sa place aux jeux du cirque romain ou dans un film sur les poncifs moyenâgeux, nous remet immédiatement dans le contexte. Une mise à mort horrible, suivie d’une violence implacable, déterminée, quasi mystique. Richard Harrison n’est pas très bon (ce n’est pas pour rien que Sergio Leone n’en a pas voulu pour Pour une poignée de dollars), mais, dans ce genre de rôle désincarné, il passe encore. Le thème de la vengeance froide, donne à ces films une certaine hauteur de vue. La dramatisation extrême exacerbe ce sens tragique qui permet au spectateur de vibrer avec un héros pourtant peu expressif. Malheureusement, la vengeance est aussi un poncif éculé qui fait qu’à plus de quarante ans de distances, les vibrations sont bien atténuées. La symbolique des bouts de corde jetés sur chaque cadavre joue à plein aussi, mais là également, quarante ans plus tard, cette sophistication commence à paraître convenue, tout comme le coup du nouveau Shérif qui prend possession d’un bureau abandonné et rempli de toiles d’araignées. 


Le héros assassine les hommes de sang froid, c’est bien la fin de l’héroïsme, d’autant qu’il n’est pas exempt de failles morales. Métis, il semble avoir la haine du monde, un peu comme Aldo Sambrell dans Navajo Joe. Richard Harrison est Joko dans la version italienne, il devient Django dans la version française, et le film se retrouve affublé d’un titre ridicule (« la mort est là » sonne comme un nom de fromage). Comme d’habitude avec le western italien, certaines scènes nous sortent totalement du film, comme cet ahurissant égorgement à coup d’éperons. La musique, bien que non exceptionnelle, comporte suffisamment d’airs de trompette et de guitare pour nous remettre dedans. 






Antonio Marghereti soigne ses cadrages. Le travail sur la lumière et sur les sons dans les grottes à la fin est sublime, et apporte cette touche fantastique qui sera beaucoup mieux utilisée dans son meilleur western : Et le vent apporta la violence. Il faut bien sûr mentionner Claudio Camaso, le frère de Gian Maria Volonte, qui joue un rôle de dément à la mesure du genre. On ne l’oublie pas de sitôt. Petite réminiscence du western américain, à la fin, le héros est non seulement officieusement amnistié par les autorités, mais il part avec the girl (Spela Rozin, dont le rôle n’est pas si anecdotique que ça). Avec Django, la mort est là reste un western honnête, qui se regarde sans déplaisir, mais qui a été légèrement surévalué à sa sortie en DVD.



mardi 1 mai 2012

Lucky Luke





2009 
James Huth 
Avec : Jean Dujardin, Michael Youn, Melvil Poupaud, Alexandra Lamy 


Nous sommes habitués hélas, aux consternantes adaptations cinématographiques de BD. La consternation nous écarquille les yeux sur les Dalton, Michel Vaillant, les trois Asterix (oui, même celui de Chabat, quoique sympathique, n’est pas ce que l’on peut appeler une adaptation réussie). Les américains font un peu mieux, mais à peine, avec leur bestiaire DC/Marvel. 
Le Lucky Luke de James Huth ne déroge donc pas à la règle. Pour donner un peu de crédit au film, nous devons préciser que la consternation est plus proche de celle éprouvée en regardant le Blueberry de Jan Kounen que de celle subie en supportant Iznogoud. C'est-à-dire que James Huth ose. Il ose donner une origine au héros de Morris. Il ose lui donner un prénom. Il ose un Lucky Luke mélancolique. Il ose un Lucky Luke fermier. Il ose un Lucky Luke en couple. On est même tellement éloigné de Lucky Luke qu’au bout de vingt minutes on s’emmerde, complètement indifférents au scénario. Les états d’âme de Lucky Luke ne nous intéressent pas. Ce qui pourrait à la rigueur fonctionner pour Spirou (voir Le Journal d’un Ingénu) ne fonctionne pas pour Lucky Luke. James Huth ose même mettre la pédale douce sur l’humour canalo-télévisuel pour montrer un Lucky Luke qui file des beignes à une femme. On re-écarquille les yeux, sans comprendre si ça doit être une vanne, un gag retors, un clin d’œil incompréhensible aux cent ou deux-cents femmes qui meurent chaque année en France sous les coups de leurs conjoints. James Huth ose aussi le délire baroque avec le bandit manchot géant au milieu du désert. Mais à ce stade, on ne se sent plus vraiment concernés. James Huth filme très bien les beaux paysages, mais n’importe quel réalisateur de pub fait pareil. Au final, j’ai peut-être ri une fois ou deux seulement, au point que je me suis demandé si James Huth avait vraiment voulu faire une comédie. Le talent pourrait être là, mais le sujet est tellement à coté de la plaque que la version de Terence Hill passe pour une adaptation réussie en comparaison. C’est dire. Seul petit plaisir, la présence de Jean-François Balmer, qui permet au passage de deviner le twist final dès le début. 


Où le voir : j’aurais donc attendu qu’il passe en clair pour le voir. A la même heure sur TF1, Adèle Blanc-Sec officiait. J’en ai vu quelques minutes après le Luke, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la consternation restait de mise…

samedi 21 avril 2012

Les Tuniques écarlates



Nothwest Mounted Police 
1940 
Cecil B. DeMille 
Avec : Gary Cooper, Madeleine Caroll, Paulette Goddard 


Les Tuniques écarlates est le type parfait de western que l’on regarde avec bienveillance, alors même que sans se l’avouer, l’ennui pointe souvent le bout de son nez. Constitué de longues séquences bavardes, entremêlé de nombreuses romances qui ne savent plus émouvoir le spectateur d’aujourd’hui, Les Tuniques écarlates propose en outre d’innombrables scènes tournées en studio. Cela se ressent malheureusement beaucoup de nos jours. Le rouge des tuniques est montré le plus possible, Cecil B. DeMille flambe son Technicolor comme d’autres aujourd’hui jouent avec le relief. Le classicisme de la mise en scène de Cecil B. DeMille et son approche purement dramatique de l’intrigue ne suffisent pas rendre enthousiasmant un scénario pourtant teinté d’exotisme canadien. Batoche, Duroc, Louvette, Jacques Corbeau, Saskatchewan, on est séduit par la poésie à contre-courant (dans la thématique westernienne) de l’onomastique canadienne. On se régale également du jeu des acteurs, de l’incroyable Gary Cooper (jeune) dans son rôle de Texan décalé qui n’apparaît qu’au bout de vingt minutes de film, à Preston Foster et Robert Preston, tiraillés entre leur amour de la Reine et les amours de leurs vie. Paulette Goddard, le regard toujours aussi déterminé et le sourire toujours aussi hypnotique depuis Les Temps Modernes, a un rôle contrasté malheureusement trop court. On sourit également devant un certain type d’humour que l’on pourrait trouver lourd aujourd’hui, on repère le cœur léger les petits restes d’influence des séries B (la mise hors d’état de nuire de cette nouvelle arme de destruction massive : la mitrailleuse). 
En définitive, le film n’est pas mauvais, empreint d’une certaine amertume, le happy end n’étant pas exempt de douloureuses renonciations, mais ce n’est pas un grand Cecil B. DeMille. Existe-t-il vraiment de grands Cecil B. DeMille? Certains posent la question. Les Tuniques écarlates en tout cas ne démérite pas, sans toutefois emporter l’adhésion.


La critique de DVDClassik: http://www.dvdclassik.com/critique/les-tuniques-ecarlates-demille
Image: stefalou sur Western Movies

samedi 17 mars 2012

Blackthorn



2011
Mateo Gil
Avec: Sam Shepard, Eduardo Noriega, Stephen Rea


Ce curieux western hispano-bolivien des années 2010 est plein de promesses. Il ne les tient pas toutes, mais surprend ailleurs. L'histoire est alléchante. Si, dans la mythologie Marvel, les super-héros ne meurent jamais pour de vrai, il en est parfois un peu de même dans la mythologie du vieil Ouest. On a déjà vu comment Billy The Kid n'était pas mort abattu par Pat Garrett, c'est maintenant au tour de Butch Cassidy d'avoir finalement survécu à l'armée Bolivienne. Quand on voit la fin du Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill, on se demande bien comment, magie du cinéma toujours...
Tout ça est donc alléchant, mais ça ne prend pas vraiment. Sam Shepard n'est pas en cause. Simplement, la mythologie n'est pas au rendez-vous, le personnage, bien que dur à cuir, ne vibre pas de l'étoffe des vrais héros. Sa destinée ne semble guère être celle des légendes, malgré tous les flash back dont nous gratifie le réalisateur. Il faut dire aussi que le film souffre de l'excès de mélancolie contemplative qui imprègne nombres de westerns récents (Seraphim Falls, Appaloosa, La dernière piste, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.) Mateo Gil est subjugué par les magnifiques paysages de Bolivie et nous les impose à longueur de pellicule. Mais il a oublié que les pubeux nous gavent déjà à longueur d'année de paysages fabuleux et sans âmes dans lesquels ils vendent des voitures, des parfums, et toute sorte de camelotte so chic. Résultat, l'affrontement dans le désert de sel est désincarné, vide d'humanité, aussi irréel et creux que ces bagnoles qui roulent dans ces espaces infinis.



Mateo Gil gagne des points ailleurs, en renouvelant une certaine imagerie, même si, comme dans tous les westerns crépusculaires, il place une automobile au début, pour bien marquer le genre. Mais c'est le terreau bolivien qui lui donne ses plus belles idées. Cassidy et son nouveau complice d'infortune sont pourchassés par des tueurs autochtones, habillés de poncho, chapeaux locaux, de type indien ou métis qui rappellent les gitans de Leone, mais avec un genre sud-américain. Les deux héros se font débusquer et tirer comme des lapins par un couple de femmes indiennes qui apparaissent en premier lieu tout sauf dangereuses. Et cerise sur le gateau, un twist aux deux tiers du film intègre ces bizarreries au scénario, leur donnant un tour politique et moral. On peut y voir une nouvelle variation sur le thème des bandits de la jeune génération qui ne respectent pas le code d'honneur des anciens. On peut y lire une tentative de rédemption pour un homme qui n'a jamais été non plus un bandit au grand cœur. Dans tous les cas, cette montée d'un cran de l'intrigue est à porter au crédit d'un film qui, sans être l'œuvre grandiose que promettait le synopsis, n'en reste pas moins un bon petit western à voir.

Où le voir d'ailleurs: en VOD chez Orange. La VOD via les box c'est pas mal, mais bien sûr, on ne peut pas garder le film, et pour en tirer des captures, ben on ne peut pas non plus. Mais bon, faut vivre avec son temps et se dématérialiser dans le cloud les gars...

samedi 10 mars 2012

Jean Giraud - 1938 - 2012



Blueberry a bien sûr sa place bien au chaud dans mon cœur westernophile, et la disparition de son deuxième créateur aujourd'hui ajoute une personne de plus dans mon petit bistrot artistique personnel. Adios!

Shalako




Edward Dmytryk
1968
Avec : Sean Connery, Brigitte Bardot, Woody Strode


Film moins nul que ce que l'on peut en lire un peu partout, Shalako est un western international (tournage en Espagne, financement franco-anglais, réalisateur américain) bien maîtrisé et tout à fait regardable. Certes, avec les années, ce qui constituait le point "bankable" du film en est devenu l'élément le plus navrant. Sean Connery, peu aidé par ses favoris abondants et sa vestimentation hors de propos, ne convainc guère. Brigitte Bardot au look totalement anachronique et à la beauté finalement anecdotique (Claudia Cardinale sera, un an plus tard, véritablement belle et moderne, sans toutefois paraître anachronique) joue comme d'habitude, c'est à dire avec ce style particulier qui peut convenir pour un Godard, mais pas pour un western. Les seconds rôles ne sont guère mieux lotis, en particulier Woody Strode, en chef indien, tout sauf crédible. Les atouts du film sont alors plus apportés par Dmytryk, certes en baisse de forme depuis L'homme aux colts d'or, mais qui parvient à insérer de belles scènes d'action au milieu des blablas de star en manque de caractérisation psychologique. En particulier, la séquence d'alpinisme est une assez belle façon de se démarquer des autres westerns sans être (trop) ridicule, et la scène où les indiens martyrisent une aristocrate jusqu'à l'étouffer avec ses propres bijoux retient l'attention.

Où le voir: il passe régulièrement sur la TNT.

PS: ci-dessous une photo de l'époque du tournage présentée par JO sur Western Maniac. On y voit BB sourire de façon naturelle, aux antipodes de son jeu monolithique et froid dans le film.

dimanche 4 mars 2012

Vera Cruz

1954
Robert Aldrich
Avec : Burt Lancaster, Gary Cooper, Denise Darcel, Cesar Romero, Sarita Montiel, Jack Elam, Charles Bronson, Ernest Borgnine


La luxuriance iconographique du forum Western Movies me gave un peu en général, tant elle ralentit la lecture, le temps que toutes les images se chargent. Cependant, cela donne une richesse incontestable au forum. Présentement, il y a danger en la matière, la plupart des images risquent de disparaître car ImageShack qui héberge la plupart des images des membres vient de limiter leur nombre à 500 par compte.

Un petit hommage par le biais du classique Vera Cruz que je viens de revoir. Si les images disparaissent en avril, vous saurez pourquoi.


Gary Cooper, pourtant plus très jeune, parvient malgré tout à s'amouracher plus ou moins d'une jeune latino (Sarita Montiel). C'est bien arrivé pour de vrai à Michael Douglas!


Viva la revolucion! Le chef des révolutionnaires avec son poncho sur le coté. Les deux aventuriers occidentaux bien sapés. Le méchant type marquis français avec son chapeau ridicule et le mexicano caricatural avec sa guitare en arrière plan. On peut lire partout que Vera Cruz est précurseur du western spaghetti. Bon, c'est pas non plus flagrant sur tous les plans hein...


Le sourire de Burt Lancaster. Impossible de trouver une caricature de l'acteur qui ne joue pas là-dessus. Et pourtant, on a beau vouloir minimiser l'éclat de cette dentition, il est indéniable qu'elle joue beaucoup dans la séduction du personnage.



Mais il n'y a pas que les dents. Il y a la prestance, la ligne, la souplesse féline, la vestimentation, l'attitude. Dans ce film, Gary Cooper n'est que Gary Cooper. Burt Lancaster lui vole la vedette et rayonne durant tout le film!


Denise Darcel, pourtant pas si canon que ça. On se demande au final pourquoi elle fait tant d'effet à tout le monde dans le film. Ah oui, mais non, en fait tout le monde fait semblant et n'est intéressé que par l'or. Précurseur du western italien qu'on vous dit!


Précurseur, morbleu!


Précurseur, il va falloir le dire combien de fois! A moins que cette dernière image ne soit mentionnée un peu partout que pour rabaisser le talent de Sergio Leone? N'a-t-il vraiment rien inventé l'italien?


Mais gardons un œil sur les autres seconds rôles: ici Jack Elam.



 Et là, c'est kidon?