dimanche 17 juin 2007

La charge héroïque


Planquez vous, critique courte !


She wore a yellow ribbon
John Ford
1949
Avec : John Wayne, Joanne Dru, John Agar, Ben Johnson, Harry Carrey Jr.


John Wayne parle à sa femme morte avec Monument Valley, flamboyante, en arrière plan. John Wayne est le valeureux Capitaine Nathan Brittles, à l’aube de la retraite. Il aime évoquer avec émotions des soldats courageux tombés sous les ordres de Custer à Little Big Horn. Ses hommes l’aiment et il aime ses hommes. Ses hommes lui offrent une belle montre pour son départ en retraite, et le Duke pleure. Pour sa dernière mission, le Capitaine évite la bagarre avec les indiens, car il a deux femmes à protéger, dont une qu’il apprécie beaucoup, mais il laisse les gamineries de l’amour aux plus jeunes. Le clairon sonne le rappel, John Wayne s’en va seul, au soleil couchant. Il est devenu un simple civil, et tout le monde pleure. Mais à la dernière minute, un jeune trooper revient le chercher, on a encore besoin des services du vieux briscard. Il rentre au fort, tout le monde pleure, de joie cette fois, mais le Capitaine est déjà sur la tombe de sa femme, pour un dernier hommage.



J’ai beau être un anti-militariste convaincu, j’ai toujours aimé ce film, malgré sa dégoulinante vénération du corps militaire triomphant. Et pourquoi pas ? Une armée propre et sans tâche. Un Capitaine juste, simple, prudent. Une guerre contre les indiens où l’on préfère éviter la confrontation. De l’humour dans la personne du sergent irlandais, bourru et alcoolique comme si ces trois termes étaient forcément des synonymes. Une chanson de mecs qui en veulent, mais qui au fond ne pensent qu’aux nanas. Un John Wayne vieilli exprès, qui a besoin de lunettes pour lire, et qui porte le film entier sur ses épaules. Comme souvent chez Ford, l’action est quasiment aux abonnées absentes (pas plus de trois morts, et encore ce sont des trafiquants d’armes), mais c’est pour mieux décrire avec humour la vie d’un Fort perdu au milieu de nulle part où les processus administratifs tatillons sont malgré tout omniprésents (on y voit le Duke porter réclamation par écrit). Les uniformes sont beaux et bleus, tout au long de la mission ils restent beaux et bleus, ce n’est pas du Peckinpah morbleu. Les Indiens loin d’être folkloriques semblent avoir été représentés avec une minutie documentaire et une ambiguïté qui fait la part belle à leurs conflits internes (jeunes belliqueux contre vieux sages). Nous sommes donc dans une vision des guerres indiennes assez simplistes où les responsables du conflit sont les trafiquants d’armes du coté visages pâles, et les jeunes cons bravaches du coté peau rouge. Ce film valorise l’esprit de corps, l’amitié virile, la bonne humeur du groupe avec une telle sincérité dans le propos qu’on voudrait y croire. Les phrases viriles, répétées avec humour tout au long de l’intrigue, du type « Ne vous excusez pas, c’est un signe de faiblesse » contribuent à l’ambiance simple, mais droite dans ses bottes, honnête, courageuse, brave et solide. Un film à ne pas vraiment prendre comme un authentique témoignage de la vie militaire dans les postes reculés de l’Ouest, mais plutôt comme une idéalisation de ces Tuniques Bleues qui contribuèrent à la construction des Etats-Unis. On n’y croit pas une seconde, mais on se laisse porter par la chaleur humaine de l’œuvre. Un western à voir à la suite de Major Dundee pour brosser un tableau bipartite ambivalent de l’armée américaine du XIXe siècle.


Pour lire une critique dithyrambique sur ce film: http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_chargeheroique_collector.htm, c'est là que j'ai piqué les photos.


Bonus: les paroles de la chanson.
Around her neck she wore a yellow ribbon
She wore it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck she wore it
She wore it for her soldier who was far far away
Far away, far away
She wore it for her soldier
Who was far, far away
Around the block she pushed a baby carriage
She pushed it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck she pushed it
She pushed it for her soldier who was far far away
Far away, far away
She pushed it for her soldier
Who was far, far away
Behind the door her daddy kept a shotgun
He kept it in the springtime
And in the month of May
And if you ask me why the heck he kept it
He kept it for her soldier who was far far away
Far away, far away
He kept it for her soldier
Who was far, far away

Deux ou trois trucs sur La Horde Sauvage


The Wild Bunch
1969
Sam Peckinpah
Avec : William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Warren Oates, Edmond O’Brien, Jamie Sanchez, Ben Johnson

Un petit résumé :
C’est le crépuscule de l’Ouest mythique et les bandits mythiques se font chaudement recevoir quand ils veulent attaquer une banque. Partis se réfugier au Mexique, les ex-bandits mythiques comprennent que la fin est venue, et tant qu’à en finir, autant massacrer le petit dictateur local et son armée avec soi….

Un peu d’histoire.
La scène inaugurale de La Horde sauvage s’inspire de la désastreuse double attaque des deux banques de Coffeyville en 1892 par les Dalton, qui se solda par la mort d’un certain nombre d’habitants, du shérif, et par l’anéantissement du gang Dalton à l’exception d’Emmet, qui survécut malgré un nombre impressionnant de blessures par balles. Un autre membre du gang, Bob Doolin, dut également sa survie au fait d’avoir été absent ce jour là pour cause de cheval boiteux. Bob Doolin ne tarda pas à former son propre gang, qui se fit connaître sous le nom Doolin’s gang, ou encore The Oklahombres, ou encore et surtout : The Wild Bunch, la Horde Sauvage… La Horde Sauvage opéra de 1893 à 1895 et commis de nombreuses attaques de banques et de trains. Le gang connut un épisode « peckinpien » à Ingalls, petite bourgade de l’Oklahoma qui fut le théâtre d’une incroyable fusillade opposant les hommes de Doolin face aux forces de l’ordre, avec balles sifflant de tous bords, outlaws tentant de s’échapper sous le feu ennemi en occasionnant de fortes pertes parmi les policiers. Il est difficile de savoir si les membres de la horde sauvage avaient une quelconque conscience d’être parmi les derniers de leur genre à vivre de la sorte, dans un monde en totale mutation, mais, après tout, il n’est pas interdit d’avoir un regard légèrement romantique sur leur destinée somme toute médiocre. Lorsque Doolin fut enfin tué, les armes à la main, en 1896, il n’avait pas moins de trente impacts de balles dans le corps.


Le mythe du surhomme
Il y a, en bas de l’échelle, les petits notables qui se font descendre bêtement dans la fusillade. Eux, ce sont les hommes normaux, pas héroïques pour un sou, on pourrait même dire lâches. Ils peuplent le western et ne font en général que de la figuration. Un bon cran au dessus, il y a les chasseurs de primes. Ils ont la connaissance des armes qu’ils fétichisent à outrance – voir celui qui embrasse le canon de son fusil - ils tirent justes et ils savent vivre à la dure en pleine nature, mais ils sont stupides et surestiment leur force. Cela les conduira à leur perte. Car ils sont dominés par les surhommes. Ce sont Pike et Sykes, Thorton et le reste du gang. D’apparence ils ressemblent aux chasseurs de prime, ils ont les armes, ils vivent sur la piste, mais ils ont en plus la sagesse, la prudence, la ruse et la détermination, qui font que même blessés, il ne vaut mieux pas espérer qu’ils crèvent à petit feu dans la nature. Et tout en haut de l’échelle, il y a les peons indiens des montagnes, le peuple de Angel. Ils vivent dans la montagne qu’ils connaissent comme leur poche et parviennent à surprendre même Pike et ses hommes. On ne les voit pas, on ne les entend pas, il vivent dans des conditions extrêmes qui font d’eux des combattants hors pairs, tels des fremens du Mexique. Il est alors amusant de constater que les plus forts sont curieusement les plus pauvres, les plus faibles sont ceux qui vivent dans le confort. L’aisance et l’argent affaiblissent l’homme.

Let’s go
C’est la phrase clé du film. William Holden la répète plusieurs fois au cours du film, sans que l’on sache trop ni pourquoi il faut y aller, ni où il faut aller. Quand il la répète une dernière fois, Warren Oates répond « Why Not… », comme pour sceller enfin cette fuite en avant, comme pour dire : « D’accord, cette fois on y va vraiment » !


Le fantasme de la mitrailleuse
La mitrailleuse, c’est quand même le pied. Franco Nero dans Django s’en sert avec une certaine énergie, non dénuée de plaisir coupable, et le western spaghetti manquera rarement une occasion de montrer l’effet dévastateur d’une mitrailleuse, les balles qui crépitent, les morts qui s’accumulent et le sourire en général crispé et déterminé du mitrailleur. Même Sergio Leone n’y coupera pas dans Il était une fois la Révolution.
Plus tard, dans les années 80, la mitrailleuse se fait plus sérieuse, moins ludique. Rambo et Terminator la portent à bout de bras, la puissance dévastatrice de l’engin est intériorisée, on n’est pas là pour rigoler. Enfin, Spielberg montrera un autre visage de la mitrailleuse dans la scène d’ouverture de son Saving Private Ryan. Hé oui, quand on est sous les balles, c’est déjà beaucoup moins drôle.
Mais aucune scène de mitrailleuse n’atteint l’horreur, ni l’exaltation mythique du massacre final de la Horde Sauvage ! Quand Ben Jonhson tire dans le tas, on atteint déjà la quintessence de tout mitraillage qui se respecte, les morts pleuvent et ça fait piouuuw partout, on en a déjà assez eu pour son argent. Et puis arrive Warren Oates. Warren Oates déjà, il a un certaine élégance tout au long du film, mais là, mitrailleuse en pogne, il bat tout le monde, il est littéralement au paradis, dans la mesure où plus il se prend des balles dans le buffet, plus il mitraille et plus il est en extase. Voilà un homme qui se réalise au moment de sa mort, et qui se réalise dans un massacre. Il ne faut sans doute pas chercher une morale dans tout ça. William Holden prend la suite et massacre à son tour un bon paquet de soldats, surtout qu’il a la bonne idée de tirer dans la dynamite qui sèche au soleil. Mais Holden tient moins longtemps que Oates, et à ce stade, le spectateur commence à se demander s’il n’en a pas un peu trop pour son argent, on dépasse un peu la scène de mitrailleuse classique où le héros s’en tire à bon compte. Holden, perforé de partout s’écroule, Ernest Borgnine, tout aussi dégoulinant de sang que Holden, n’aura pas le temps de toucher au fantastique engin de mort, au fantasme meurtrier des hommes violents. C’est un beau jour pour mourir auraient dit les indiens.

Pas de horde sauvage dans la Horde Sauvage
Bien qu’ayant découvert ce film relativement jeune, je l’ai tout de même vu bien après Mon Nom est Personne, ce qui, en plus d’un certain haut le cœur soulevé par un trop plein de violence, provoque une cruelle déception à celui qui aurait cru bêtement que La Horde Sauvage allait raconter l’histoire des 150 « fils de pute » déchaînés que l’on voit dans le film de Tonino Valerii. Ben non, même si les quatre protagonistes finaux tuent à peu près autant de monde que 150 types ensembles, la horde du film de Peckinpah est assez réduite question nombre. On peut toujours se consoler en imaginant que Sykes et Thorton partent ensembles pour créer la vraie Horde, qui comptera plus tard 150 cavaliers. Mouaif…

dimanche 10 juin 2007

Western en BD: Mon nom est Personne

Voici les deux scan des images de l’adaptation inachevée de Mon Nom est Personne par Jijé, tirée du Schtroumpf-Les Cahiers de la BD n° 39, premier trimestre 1979. Le reste des planches réalisées (une dizaine) est disponible dans le tome 12 de l’intégrale Tout Jijé publiée par les éditions Dupuis.




Texte: "Le temps passe, mais les hommes n'ont pas oublié"
Bulle: "Celui-la est mort... Il reste l'autre..."



Jijé – initiales de Joseph Gillain – est considéré à juste titre comme l’un des maîtres de la BD franco-belge. Auteur de séries à succès (Valhardi, Blondin et Cirage, le western Jerry Spring), Jijé a également repris le personnage de Spirou pendant la guerre en lui adjoignant le personnage de Fantasio. Il a également formé de grands noms de la BD comme Morris, Franquin ou Will. Sa série BD western Jerry Spring présente un héros sans faille, accompagné par un Mexicain plus humain, mais loyal. Le graphisme de cette série influencera Giraud – un autre élève de Jijé – pour son héros Blueberry. Si graphiquement Jijé a été dépassé par ses élèves (Franquin et Giraud en tête), son influence dans le monde de la BD reste majeure.
L’adaptation de Mon Nom est Personne n’a pas été portée à son terme par Jijé, et les raisons de cet abandon ont été discutées sur le Spaghetti Web Board et sur le forum Western Movies. Deux histoires circulent :
Version 1 : Sergio Leone demandait une somme exorbitante en droits d’adaptation, ce qui a eu pour effet de contraindre Jijé à l’abandon.
Version 2 : Sergio Leone trouvait le résultat des premières planches de Jijé insatisfaisant et n’a pas donné son accord pour la suite.
Le magazine dont sont tirés les scans n’aborde pas le sujet et ne donne donc pas de réponse. On trouve néanmoins dans l’entretien initial, cette phrase de Jijé, qui pourrait bien être révélatrice :
« Certains auteurs de B.D. pourraient faire des films. Un western fait par Giraud serait formidable. Sergio Leone n’aurait plus qu’à aller se rhabiller. Leone a des qualités, mais c’est trop commercial. Giraud aurait fait des trucs qui vous auraient pris aux tripes. J’ai une grande admiration pour Giraud. »


Bien sûr on peut donner le sens que l’on veut à cette petite pique du maestro de la BD au maestro du western italien.


Pour le plaisir, voici la première planche du tome 21 de Jerry Spring : L’Or de Personne. Cette première planche, raconte à elle seule un mini-récit, âpre, dur et minéral. Par ses dialogues pesants, sa construction, ses couleurs, elle est beaucoup plus proche de l’esprit « Spaghetti » à mon sens, qu’une BD qui tenterait de reproduire sur papier les gros plans, cadrages et autres techniques cinématographiques qui sont spécifiques au genre. Le reste de l’album redevient du Jerry Spring plus classique, avec tout de même une belle intensité dynamique dans l’épisode de la poursuite des Indiens.


Le shérif



The proud ones
Robert D. Webb
1956Avec: Robert Ryan, Virginia Mayo, Jeffrey Hunter, Walter Brennan

Le sheriff est seul face à l’adversité! Seul ? Non, il y a bien sûr le petit vieux (= la sagesse) et le jeune excité (= le dynamisme) pour l’épauler. Et comme toujours, la belle nana (= l'amour) pour le distraire.

Le Shérif est un film qui représente tout simplement la perfection du western hollywoodien, et il n'y a pas grand chose de plus à en dire. Le titre français, déjà, simple, direct, sans circonvolution poétique, le titre anglais, puissant, direct, mâle dans l’âme! Robert Ryan, que les moins western-maniaques d’entre vous auront peut-être vu, en plus vieux, dans La Horde Sauvage, incarne un shérif qui devient peu à peu aveugle. Tel Benoît Brisefer qui choppe toujours un rhume au mauvais moment, notre Shérif a évidemment la vue qui se brouille au moment exact où un gars d’en face essaye de le descendre. Il fait face à la corruption d’un tenancier de saloon - genre version des années 50 de Al Swearengen de la série Deadwood - son ancien ennemi, qui engage quelques trognes patibulaires pour éliminer ces génants représentants de la loi qui mettent trop d'ardeur à faire respecter l'ordre (comment ça le croupier n'a pas le droit de tricher?).
Inutile de préciser que Robert Ryan n’est pas un foie jaune comme le shérif que vous verrez déguerpir au début de L’homme aux colts d’or, c’est là un homme, un vrai qui sent la sueur! Comme d’habitude, la nana dont il est amoureux (Virginia Mayo) essaie de lui éviter les emmerdes alors que lui ne demande qu’à s’y jeter tête la première. Comme on peut s’y attendre, un de ses adjoints préfère démissionner plutôt que de devenir un père de famille mort ! Mais Walter Brennan est là, le cul sur sa chaise pendant tout le film, les yeux sur son journal mais les mains jamais loin du flingue, pour assurer la bonne tenue de la prison. Et puis Jeffrey Hunter en petit mâle bouillonnant aimerait bien abattre le shérif pour une sombre histoire de vengeance, mais on devine bien que c’est un bon petit gars honnête. Les dialogues sont savoureux, les gentils ne sont pas ambigus, les méchants non plus, le manichéisme est imprimé dans la poussière de la ville dont les habitants sont bien sûr des pleutres.
C’est simple, c’est sans embûche, la violence éclate à intervalles réguliers, et on regrette juste que Walter Brennan ne vive pas assez longtemps pour participer un peu plus à l’action. Vous pourriez crier au plagiat de Rio Bravo ou El Dorado du grand Hawks que vous auriez faux : Le Shérif a été tourné trois ans avant Rio Bravo et n’est qu’un brouillon du chef d’œuvre de Hawks. Mais ce n’est pas le chef d’œuvre que l’on recherche en regardant Le shérif, c’est le bon petit western du dimanche soir, la musique simple et reconnaissable du film oublié de tous, les gueules des acteurs que l’on apprécie, l’intrigue limpide comme un album de Tintin et Milou, et le petit plus marrant, comme lorsque Ryan se met en colère contre la hausse des prix en traitant les commerçants de voleurs. Un film toujours d’actualité ? Je viens encore de le vérifier chez mon boucher ce matin!
Oubliez vos soucis, oubliez le monde moderne, oubliez Sarkozy, oubliez la mondialisation, oubliez le formaldéhyde qui détruit votre santé à l'intérieur même de vos maisons cossues, regardez Le Shérif, vous ne le regretterez pas!

Sentence de Mort



Sentence de Mort
1968
Mario Lanfranchi
Avec : Robin Clarke, Tomas Milian, Richard Conte, Enrico Maria Salerno

 
Le dénommé Cash veut venger la mort de son frère, qui s’est fait descendre par quatre malfrats qui étaient ses complices. Jusque là, rien de bien palpitant, surtout que Cash est encore un de ces blondinets (presque) sans saveur du western italien. Mais les quatre bandits qu’il doit successivement abattre sont bien plus intéressants.

 
La bonne introduction du DVD Seven 7 précise que Sentence de Mort est un film qui n’a pas trouvé son public, produit à l’époque où la quantité de westerns tournés en Italie était à son apex. Sentence de Mort a été réalisé par Mario Lanfranchi, que rien ne prédestinait à faire du western, plutôt habitué au théâtre et à l’opéra. Ceci donne à ce western un petit coté décalé, presque intellectuel qui fait plaisir. Chaque face à face du héros avec un des meurtriers de son frère fonctionne comme une histoire à part entière, sans réel lien avec celle qui précède ou celle qui suit. Le plus marquant reste l’absence de transition entre l’épisode du prêtre et l’épisode de l’albinos : notre héros vient certes d’abattre le faux prêtre qu’il voulait tuer, mais il est néanmoins en fort fâcheuse posture, blessé à la jambe, cerné par les hommes en noir du scélérat qu’il vient d’abattre. On le retrouve à la scène suivante, dans un autre lieu, guéri, près à en découdre avec le suivant ! A part ces ellipses un peu brutales, il faut souligner l’intelligence des situations dépeintes dans Sentence de Mort. Chaque confrontation est à chaque fois plus complexe qu’il n’y paraît, assorties d’idées ingénieuses, comme ce faux puit construit en une nuit, l’idée de jouer sa vie au poker ou le fait de d’extraire une balle de son propre corps pour la réutiliser contre son adversaire. On voit d’ailleurs que certaines de ces idées sont peut-être des améliorations d’idées prises dans les films de Sergio Leone, que le réalisateur dit admirer dans les bonus : la scène initiale dans le désert est une ré exploitation de la scène du désert entre Blondin et Tuco dans Le Bon la Brute et le Truand en mettant les deux protagonistes à égalité : l’un a l’eau, mais pas d’armes, l’autre a les armes, mais pas d’eau. L’idée de jouer sa vie au poker est peut-être née de la scène où le manchot dit « Ta peau » au joueur de poker qu’il traque au début de Et pour quelques dollars de plus. Mario Lanfranchi ne se contente pas de copier, et après avoir subi d’innombrables ersatz sans couleur par des plagieurs sans odeur, il est remarquable de trouver un western spaghetti qui sait faire preuve d’innovation. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, le défilé des personnages et des acteurs est une vraie petite réussite, mon préféré étant Richard Conte qui interprète un tueur devenu éleveur, avec gravité et émotion. Enrico Maria Salerno n’est pas mal, mais sa prestation manque un peu de la passion qui justifierait le fait qu’il aime le jeu au point de jouer sa vie. Quant à Adolfo Celi et Tomas Milian, ils interprètent deux purs salauds déments dans la bonne tradition spaghettienne, le premier en perversité contenue, le deuxième en délire malade. Et ceux qui seraient tenter de penser que Tomas Milian en fait peut-être un peu trop dans son rôle d’albinos détraqué n’auront pas vraiment saisi que la subtilité du western italien réside justement, non pas dans la demi-mesure, mais dans la démesure. Néanmoins, comme indiqué au tout début de ce papier, le héros est un blondinet à la con genre Dean Reed, Peter Lee Lawrence ou Guiliano Gemma mais en beaucoup moins bon. Dans son intro, Mario Lanfranchi insiste sur le caractère ambigu du visage de l’acteur (Robin Clarke), c’est un ange, mais un ange de mort. Il est vrai que Robin Clarke parvient à exprimer autre chose que la fadeur, mais sa prestation soufre forcément de la comparaison avec les quatre baddies précités. Sa quête de vengeance est purement mécanique, sans émotion, sans identification possible. Cela sert le caractère décalé et anti-réaliste de l’œuvre, mais un peu d’affectivité humaine n’aurait pas nuit à l’étrangeté de l’ensemble.

Der Zeven 7 DVD
Seven 7 nous a habitué à un boulot correct pour un petit prix, et il n’y a pas trop à se plaindre ici. La présentation du film est plus fouillée que sur les anciens titres, et le monologue explicatif de Mario Lanfranchi éclaire assez justement les intentions du réalisateur pour Sentence de Mort ainsi que son attachement au film. C’est tout l’intérêt du DVD, de ce genre de petits bonus et des commentaires audio de montrer que le cinéma populaire est toujours réalisé avec soin et avec ambition.Le petit bémol sur cette édition Seven 7 concerne le doublage 2006 en français des scènes coupées dans la version française de 1968. Ici Seven 7 rate son public, qui n’est pas le même que celui de TF1. L’amateur de western spaghetti sera ravi d’entendre soudain de l’italien au milieu de son film en français. En effet, figurez vous un spaghettophile averti qui tente de faire partager Sentence de mort à son entourage. Ledit entourage subit poliment le film sans rien dire, et soudain, les dialogues sont en italien ! Après avoir assuré son auditoire qu’il ne s’agit pas de son lecteur DVD qui fait des blagues, le spaghettophile averti pourra se lancer dans un passionnant exposé sur le doublage, la censure des années 60, et le charcutage des films autrefois et aujourd’hui ! Alors qu’ici, le doublage raté des scènes manquantes ne provoquera qu’un vague haussement de sourcils fatigué à vos proches et vous perdrez une occasion d’étaler votre science !
D’autre part il semblerait que les deux autres DVD sortis récemment (Texas Addios et Mannaja) aient une bande son très sourde qui nécessite de mettre le son à fond. Et puis il semblerait aussi que Mannaja n’ait que la VF, pas de piste italienne. Attention, il y a donc quelques motifs d’inquiétude pour les prochaines sorties Seven 7, un peu comme si Evidis avait vraiment tiré la qualité vers le bas !

L'homme, l'orgueil et la vengeance



Un faux western, mais une vraie curiosité.

L’uomo, l’orgoglio, la vendetta
Luigi Bazzoni
1968
Avec :Franco Nero, Tina Aumont, Klaus Kinski

Une affiche dans le plus pur style spaghetti, des acteurs de western spaghetti, des paysages désertiques de western spaghetti, une année de production en plein boum spaghetti, des chapeaux partout, mais L’Homme, l’Orgueil et la Vengeance n’est pas un western spaghetti. Il s’agit d’une libre adaptation de Carmen, la nouvelle de Prosper Mérimée.
Le western avait-il à ce point le vent en poupe en 1968 qu’il était impossible de tourner autre chose que des westerns, au point de tenter de faire passer l’espagnolade de Mérimée en western ? Peu importe, une fois la surprise passée, on retrouve assez fidèlement la trame de la nouvelle, qui a été un peu supplantée malgré-elle par le bel opéra-comique de Bizet. Pas de toréador ici, donc, juste un picador qui l’espace d’une scène distrait un peu la belle Carmen. Qui est donc cette Carmen me demandez vous, les deux cancres du fond, qui ne connaissez ni l’opéra, ni la nouvelle, ni l’adaptation cinématographique de Rosi ?Un rustre qui dit tout fort ce que tout le monde pense tout bas dirait que Carmen est une salope qui se sert de l’amour qu’elle inspire chez les hommes pour mener un beau brigadier à sa perte. Un élève passant le bac de français serait plus avisé d’écrire que Carmen est une femme libre, en avance sur son temps, qui ne veut pas vivre sous le joug de la jalousie masculine, telle une Manon Lescaut bohémienne du XIXe siècle.
Dans le rôle, Tina Aumont fait merveille, parce qu’elle apporte une fraîcheur très « années 60 » au personnage, accentuant le coté « femme libre » qui commençait alors à être de plus en plus d’actualité dans les sociétés occidentales. Cet aspect transparait dans son maquillage, très typé de ces années là, comme celui de Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l'Ouest avec cet épais trait d'eyeliner noir autour des yeux, destiné à cacher la colle des faux cils. Klaus Kinski joue Klaus Kinski avec sa folie habituelle, et, si on ne s’en lasse pas, il ne tient pas là le rôle de sa vie. La surprise vient plutôt de Franco Nero, glabre, en jeune premier gauche et naïf, qui parvient à faire oublier totalement ses Django et autres Burt Sullivan. Poli, les yeux bleus pétillants, l’uniforme bien repassé, Franco Nero change totalement de registre, au point de faire penser à Gian Maria Volonte dans Le désert des Tartares ! Et vous conviendrez qu’il s’agit là d’un joli tour de force, quand on sait que Le Désert des tartares n’est sorti qu’en 1976 et que Gian Maria Volonte ne joue pas dedans. A cause de Carmen, l’officier tue un supérieur, devient bandit et se laisse pousser la barbe, ce qui ne lui ôte pas sa belle fragilité. Les diverses péripéties de notre héros que l’amour rend aveugle se déroulent par la suite sans ennui et offrent une nouvelle fois l’occasion d’admirer les montagnes du désert espagnol d’Almeria, la trogne de Kinski, et un joli combat au couteau avec caméra subjective, 25 ans avant Doom. Le final, tragique au possible, arrachera une larme aux plus sensibles et aux moins exigeants en ce qui concerne la qualité de l’image, car comme de coutume avec les DVD Evidis, aucun travail de restauration ne vient rendre hommage au travail de Luigi Bazzoni et de son équipe. Si Evidis ne cherche pas spécialement à dissimuler sur la jaquette qu’il s’agit d’une adaptation de Carmen, le camouflage « western » est tout de même laissé en avant pour peut-être attraper le gogo. Peut-être aurait-il été plus judicieux de donner une seconde chance à ce film en le vendant pour ce qu’il est vraiment, mais ce n’est pas moi le roi du marketing chez Evidis.

Le mouton à cinq pattes

Le Mouton à cinq pattes
1954
Henri Verneuil
Avec Fernandel, Louis de Funès


Naguère, le sieur Flingobis, qui a sabré son blog comme on sabre un mauvais souvenir, évoqua avec délice Le Mouton à Cinq pattes de Henri Verneuil en déclarant à qui voulait bien l’entendre que Sergio Leone avait piqué l’essence de son style dans ce film. Quelques mois plus tard, j’ai regardé ce petit film sympathique et drôle, curieux de voir ça par moi-même.
Le mouton à cinq pattes raconte l’histoire de cinq quintuplés qui jadis rendirent leur village célèbre. C’est un film à sketch où Fernandel interprète chaque quintuplé ainsi que leur père bougon. Le film ne manque pas d’audace (plus de seins nus que dans n’importe quel Brian de Palma), d’humour noir (le sketch avec le prétendant mort, le petit jeu morbide de De Funès) et de clins d'oeil (l'apparition de Don Camillo), ce qui en soit suffit à en faire une curiosité estimable.


Mais pour tous les fans de Sergio Leone, le sketch le plus intéressant reste celui du jeu à la mouche dans le cargo. Fernandel, en commandant de cargo louche, a tout perdu au poker face à trois gars patibulaires. Il décide de mettre en jeu son bateau et sa pépée. Une mouche est capturée et relâchée, tous hublots fermés. Deux morceaux de sucre sont posés sur la table. Si la mouche se pose sur le morceau de sucre le plus près de Fernandel, il remporte la mise, si elle se pose sur le morceau de sucre le plus proche des trois escogriffes, il perd son bateau et sa nana.La séquence est filmée comme Leone l’aurait fait : gros plans sur la mouche, sur les tronches des types, sur la sueur qui coule à flot, on entend le bzzz de la mouche, ainsi que le rouli du bateau qui tangue, comme un motif sonore obsédant. Les gars sont crispés dans l’attente et se sortent les yeux des orbites à observer la mouche. Les détails de la cabine sont étudiés à souhait : les cartes à jouer qui jonchent la table, le ventilateur suintant de saleté, le perroquet dans sa cage qui crie « ta gueule » et la mouche qui se pose sur le sein de la vahiné qui n’ose pas bouger. Mieux que Leone, la mouche en gros plan est une mouche réelle, alors que celle de Leone est fausse. C’est un vrai petit bonheur que de voir ça. Ça se termine même par un mini passage à tabac suivi d’un petit air à l’harmonica !

bzzzz…






krrr gnii, krr gniii, krrrr


krrrrrrrr…


Même le début, sans être aussi flagrant, rappelle un peu le style des westerns italiens : les roues de la chaise roulante du grand père grincent dans le quasi-silence, pendant qu’une troupe de théâtre tente de jouer Le Cid.

Le but de ce petit article n’est pas de dénoncer un quelconque plagiat de Leone sur Verneuil, il est juste de partager ce petit plaisir et de faire redécouvrir peut-être à certains le grand talent du cinéaste populaire qu’était Henri Verneuil (La bataille de San Sebastian, I comme Icare) et la bonhomie joviale de Fernandel.