dimanche 27 février 2011

La Capture de Rio Jim


The Taking of Luke McVane
1916
William S. Hart
Avec : William S. Hart, Enid Markey, Clifford Smith


Curieux western de William S. Hart qui fait partie de ses premiers films produits avec Thomas H. Ince et qui pourtant ne tient pas ses promesses. Le scénario paraît bancal, sans réelle motivation. Bien que la mort finale de McVane soit totalement inattendue (et l’image finale très belle), son sort ne nous émeut guère, la faute à une absence de caractérisation du personnage. Hart a ici peu de marge de manœuvre pour faire évoluer son jeu et son héros : presque pas de regard menaçant, aucun regard de détresse, peu d’héroïsme, le fan est un brin déçu. Des indiens sortis de nulle part viennent faire le job, et les thèmes initiés ne sont pas développés. Le crime inaugural étant bien entendu de la légitime défense, le thème de la rédemption n’est pas au cœur de l’œuvre. La femme dont le héros tombe amoureux n’est pas une vierge pure, pensez-vous, c’est une chanteuse de saloon, dont le héros tombe amoureux sur la durée, et non pas par le biais d’un transfigurant et révélateur coup de foudre.
Une fois McVane en fuite, l’on s’attend alors à une course poursuite épique où le héros innocent s’enfonce à chaque étape un peu plus dans le malentendu et n’échappe que de peu à la peine capitale. Mais non, ceci est également rapidement évacué ! Décidemment, toutes les attentes, tous les poncifs Hartiens sont absents, car encore trop peu rodés, mais il n’y a aucune autre substance pour lier la sauce. Reste alors la toujours impeccable prestance de William S. Hart et ses tenues réalistes étudiées avec soin, une belle attaque d’indien, en cercle, et une notable maîtrise des mouvements de foule lors des scènes urbaines.
C’est peu mais c’est toujours bien !

samedi 19 février 2011

Riddle Gawne

Riddle Gawne
1918
William S. Hart
Avec : William S. Hart, Katherine MacDonald, Lon Chaney


Film totalement perdu à l’exception d’une bobine, Riddle Gawne semble le parfait exemple du film typique de William S. Hart, avec quête de vengeance, transfiguration par la grâce d’une femme et lâché de méchant du haut d’une falaise. Le film paraît encore avoir la force directe des films de William S. Hart tournés sous l’égide de Thomas H. Ince dans les années précédentes (pour ce film, Hart et Ince étaient déjà brouillés, Ince étant malgré tout crédité au générique en tant que superviseur), sans avoir encore la pesanteur de ses toutes dernières productions. Les treize minutes miraculeusement visibles de nos jours ne permettent pas de se faire une idée précise de l’intrigue, mais sont suffisantes pour combler de joie l’amateur de William S. Hart. A noter les critiques de l’époque qui voyaient dans l’interprétation de Hart une représentation de l’esprit de combat des boys alors au combat en Europe. La particularité de ce film également est de donner le rôle du traître à l’immense Lon Chaney, celui qui jouera Quasimodo et le fantôme de l’Opéra, et de montrer William S. Hart tirant dans le dos d’un homme (sans toutefois le tuer). Malgré tout, le film est si amputé qu’il faut le réserver aux fans du bonhomme uniquement.


Où le trouver ? A vrai dire je ne saurais dire. Le film m’a été copié par une forumeuse de western movies qui consacre un blog entier au film muet. Mais je ne sais pas où elle se l’est procuré.
Capture: scan de The Complete Films of William S. Hart


A noter : la Russie a décidé de rendre aux Etats-Unis cent quatre-vingt quatorze films muets qui n’étaient pas préservés sur le territoire américain. Ce qui veut peut-être dire que ces films seront bientôt un peu plus visibles que par le passé. Et sur les dix premiers qui ont été livrés, il y a un western avec Harry Carey (Canyon of the fools). Yipeeeee !

vendredi 11 février 2011

La poursuite sauvage

1972
The revengers
Daniel Mann
Avec : William Holden, Ernest Borgnine, Woody Strode, Roger Hanin.


C’est un gars qu’on lui zigouille toute sa famille. Alors il va dans un bagne, embauche des trognes aux spécificités bien affirmées, et se met à la recherche des meurtriers.


Dans la lignée des westerns des années 70 post-modernes, déconstructivistes, démystificateurs, crépusculaires et tout le toutim, La poursuite sauvage est certes moins renommé et moins ambitieux que certains westerns (re)connus tels John McCabe, Little Big man (ou Josey Wales pour rester dans un film qui commence un peu pareil), mais je l’adore quand même. D’aucuns méprisent vaguement son assimilation de certains tics spaghetti, d’autres trouvent certains éléments de scénario un poil invraisemblables (oh merde les gars, on a trouvé un western au scénario invraisemblable, on fait quoi ?), d’autres enfin trouvent que la thématique de l’affaire est exécutée avec des sabots par trop grossiers messieurs dames. Certains quand même apprécient ce sympathique western pour ses scènes d’action et le bon temps passé devant son écran en compagnie de grands noms du western tels William Holden qui ne desserre pas les dents du film, Ernest Borgnine qui cabotine à outrance, et Woody Strode super classe. Et même Roger Hanin en frenchy qui séduit toutes les femmes qu’il croise sur son chemin remporte l’adhésion.
Et pourtant moi, c’est bien ce qui rattache le film aux années 70, le pitch, le surtexte, l’interligne, le twist final, la core value du truc quoi, qui me fait au fond adorer ce film. Cette façon toute finale de désamorcer la thématique de la vengeance avec un simple regard hirsute, c’est tout ce que je me souvenais de ce film, lisible, basique, beaucoup plus efficace qu’un discours sur la violence qui n’engendre que la violence. Le désir de revanche qui se transforme en pitié ou en simple dégoût, c’est finalement assez couillu. Et comme l’emballage pan pan tagada tagada du résidu intrinsèque de l’affaire est bien mené et bien ficelé, avec même une pause narrative féminine (Susan Hayward) plutôt bien intégrée, je ne peux faire autrement que recommander ce film à tous les amateurs de westerns exigeants mais conciliants ! C’est pô l’affaire du siècle, mais c’est du bon quand même !


Le DVD : « Quand la violence traque la violence, il ne reste que l’enfer ! ». J’aime bien ces accroches de jaquettes de DVD, interchangeables dans l’ordre des mots et de film à film. « Quand l’enfer traque l’enfer, il ne reste que la violence », ça marche aussi, et pour une ribambelle de films. Je ne sais pas si le marketing est une science exacte, mais c’est clairement une activité d’abrutis. Sinon, on nous dit que c’est un western « implacable » ! Et La Prisonnière du désert, c’est un western placable, connard ?