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mardi 17 février 2015

Arizona Colt

Arizona Colt
1966
Michele Lupo
Avec: Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Nello Pazzafini

Parfois il faut faire pause dans sa vie effrénée, revenir à ses amours, back to basic, ressortir un vieil enregistrement sur un vieux DVD-R qui prend la poussière, écouter la belle musique à l'harmonica du générique et retrouver le sourire en voyant s'afficher les noms de Guiliano Gemma, Fernando Sancho et Nello Pazzafini. Parfois il faut se laisser porter, apposer un voile pudique sur tous les défauts, ne pas voir l'intention commerciale évidente de réitérer le succès du premier Ringo. Ne pas réfléchir. Je n'aime pas les types qui réfléchissent, dit Fernando Sancho. J'ai suivi son conseil, j'ai mis mes neurones en veilleuse, apprécié le spectacle, les qualités d'athlète du beau Giuliano, le rire gras du gros Fernando, la veulerie de l'inénarrable Nello Pazzafini, les boissons explosives de Double Whisky (Roberto Camardiel). Ne pas se prendre la tête, suivre avec bonne humeur les différentes tonalités du film, du plus comique au plus tragique. Ne pense pas, ressens dit Yoda, ressens cette étrange charge émotive apportée par la sonorité si particulière des armes à feu du western spaghetti, imprègne toi de la sueur et de la lumière d'Almeria. Prépare toi doucement à l'inévitable carnage final avant que Giuliano n'embrasse Corinne Marchand et quitte la ville, alors que s'élève la langoureuse chanson de générique. Et si tu trouves ça beau, n'en aie pas honte, c'est effectivement beau comme du western spaghetti! 

PS: même si à proprement parler, il ne s'agit pas de l'armée mexicaine, je considère que ce film participe de ce grand génocide oublié.

jeudi 5 juillet 2007

Ben et Charlie – [HW] - L’armée des morts



Soirée clash à nouveau pour votre narrateur, clash entre deux films de genre qui n’ont rien à voir entre eux, le western et le film de zombie. Vraiment rien à voir ?


Ben & Charlie
1972,
Michele Lupo
Amico, stammi lontano almeno un palmo
Avec : Guiliano Gemma, George Eastman


Ben & Charlie vivent de tricheries au poker et de coups fumeux, mais ils rêvent de make it big, Ben surtout, qui est amoureux d’une femme à qui il voudrait offrir ce qu’il y a de plus beau. De tricherie, ils passent subtilement (si l’on peut dire) à un banditisme plus classique.
Ben et Charlie est un excellent western-comédie, teinté d’ironie amère par subtiles touches, de loin en loin. La comédie rappelle les Trinita dans la façon qu’ont Ben (Guiliano Gemma) et Charlie (George Eastman) de se battre comme deux frères qui n’ont jamais grandi. Les répliques fusent et Ben, déjà bien amoché, s’exclame « Mais fallait le dire que tu voulais vraiment te battre ! ». Cette camaraderie dans la baston fait chaud au cœur, et on a instantanément envie de parcourir un bout de chemin avec ces deux là. La comédie se fait aussi parodique, dans sa représentation des trois malfrats qui s’associent pour le meilleur et pour le pire avec Ben et Charlie. Les trois sbires apparaissent plus comme des échappés du cirque Archaos ou d’un sous Mad Max que d’une bande de hors la loi du XIXe siècle. Mais qu’importe, le western spaghetti a ses charmes, et les puristes du western américain se les prennent dans la gueule ! Malgré tout, bien que Ben déambule en haillons tout au long du film, il n’est pas un succédané de Trinita. Pas de fayots, pas de rots, pas de pets, pas de baffes en accéléré, pas de sieste. Ben est toujours joyeux, toujours tout sourire, comme un gosse qui ne voit pas la réalité en face. Charlie est plus sombre, plus raisonnable, mais bien qu’il essaye sans cesse de se séparer de Ben, le destin les réunit toujours.

De la part de Michele Lupo, réalisateur de l’honnête Arizona Colt et du fabuleux Adios california, on est en droit d’attendre un niveau de qualité minimum, et on l’a. Le film n’est pas fauché, et c’est déjà un très bon point dans cette atmosphère « dépôt de bilan » où pataugent de si nombreuses productions italiennes. Les décors sont nombreux, les détails pullulent. La réalisation est tout à fait honorable, pour une fois on n’a pas besoin de recoller les morceaux soit même pour comprendre ce qu’il se passe. Au fur et à mesure que l’intrigue progresse, le ton se fait plus sombre, plus mélancolique. Ben croise la route d’une putain dont il est amoureux et étale au grand jour sa détresse intérieure. De ce fait, nos deux compañeros deviennent de vrais bandits, et la violence, qui jusqu’ici était inexistante prend ses droits. Aldo Sambrell reçoit un bel impact sanglant dans le poignet, et Charlie le paye cher au cours d’un passage à tabac bien dans le ton habituel du genre à sa période la plus tragique. Lors du dénouement dans une ville quasi-fantôme, on assiste au premier mort par balle du film, en la personne de 3%, petit comptable qui rêvait de la vie au grand air. Ben n’aime pas que l’on tue ses amis, et il laisse enfin la poudre parler. Dans le rôle, Guiliano Gemma pourrait paraître fade mais il ne l’est pas. Avec ses cheveux bouclés sous son chapeau, il fait un peu penser à Harpo Marx, toujours excité, toujours en mouvement. George Eastman est très bien lui aussi, toujours grand, toujours sombre, et lui aussi laisse ses pulsions meurtrières s’exprimer en lynchant un bandit dans une belle scène en caméra subjective. George Eastman est magnifique également dans la scène d’introduction. Couvert de poussière, il dort dans un abreuvoir à sec devant un pénitencier. Il attend, des jours et des jours, la nuit, le jour, sous la pluie, au soleil, pendant que le générique et la belle chanson « Let it rain, let it pour » se déploient. Il attend que Ben sorte de prison. Il suffit de petites scènes comme ça pour faire d’un film passable un film cher à son cœur. Le western spaghetti est un univers où les hommes ont le temps, qu’ils attendent Charles Bronson à la gare ou Guiliano Gemma à la sortie du pénitencier, ils sont dans un système temporel différent du notre, non soumis aux mille tracasseries des dates et des heures de la vie moderne. Et c’est pour ça aussi qu’on aime le genre.



L’armée des morts
Dawn of the dead
2004
Zack Snyder

Avec: Ving Rhames




De nos jours rien ne va plus, les mort-vivants sont dopés, ils courent très vite !

Attention aux gâchages (spoilers).



L’armée des morts est un remake du fameux Dawn of the dead de Romero. Snyder a repris la trame du film de Romero en enlevant le seul truc intéressant dans l’original : la critique contestataire de la société de consommation. Oups !!! Effacez ça, c’est la phrase type pour se la péter en dîner mondain. Rewind. Non, Snyder a repris la trame du film de Romero en gardant l’essentiel de ce qui fait le jus de l’original : des zombies qui bouffent des gens ; tout en boostant l’efficacité narrative aux normes en vigueur dans les années 2000. Le coté social on s’en tape, on n’est pas là pour réfléchir, on est là pour sursauter, faire ouhh et haaa à chaque trouvaille visuelle. L’introduction télévisuelle ahurissante du film de Romero est abandonnée pour un prologue plus sage où l’on s’amuse à relever les indices de l’apocalypse à venir (« En réa, pour une morsure ? »). On a à peine le temps de regretter l’intro de Romero que l’action démarre sur les chapeaux de roue, dans le pur style slasher ou la petite madame se réfugie dans la salle de bain. Le zombie est leste, il est rapide, mais il n’est pas intelligent au point de se servir d’une hache comme Jack Nicholson. Pas de problème, s’il ne peut utiliser sa tête pour réfléchir, il l’utilise pour enfoncer la porte. La fuite en voiture qui suit est une démonstration de maîtrise technique formidable, à l’exception d’une voiture en SFX CGI qui vient à toute allure s’exploser contre une station essence (où un truc comme ça), lors d’un fabuleux plan vu d’hélicoptère qui montre le chaos en marche. Le claquemurage dans le centre commercial curieusement rappelle plus Day of the Dead que Dawn of the Dead avec son petit chef de la sécurité tyrannique qui finalement à l’air bien plus dangereux que les zombies eux-mêmes. Coté gore, il y a un peu moins d’éviscérations que dans les Romero, par contre Snyder va beaucoup plus loin dans le macabre glauque avec ce docteur Pratt qui fait accoucher sa femme zombie et qui refuse de se séparer de sa petite famille cannibale. Le reste du huis-clos dans le centre commercial manque un peu plus d’inventivité, il y a bien une tentative de sauvetage d’un armurier qui tourne court, mais sinon, on aurait aimé être un peu plus surpris. Qu’à cela ne tienne, la suite est un pur moment d’horreur, une image visuelle qui marque à jamais. Nos humains, enfermés dans des bus blindés, sortent du centre commercial, et se retrouvent à avancer presque au pas dans une marée mort-vivantesque incroyable. Ils sont partout, ils cernent les bus, ils menacent de les renverser. L’image fulgurante rappelle la descente des Bleus en 98 en bus sur les champs Elysées, elle évoque les rassemblements de fans et les mouvements de foule dès que Mickael Jackson ou Lorie font une apparition publique. Le message est clair : l’humain a dans notre société un comportement de zombi affamé. Les morts vivants, c’est nous, dès que l’on fait la queue pour acheter une console de jeu, dès qu’on poireaute une matinée entière au téléphone pour acheter des places de U2, dès qu’on s’excite comme une puce pour voir Spiderman 3 (même s’il faut bien admettre, dans le cas de Mickael Jackson, que physiquement la star ressemble plus à un zombi que ses fans). Ce moment clé du film passé, on a quelques trucs dégueu à base de tronçonneuses et d’explosions quasi-nucléaires pour terminer sans le happy end en vigueur de nos jours, signe que l’on a affaire là à un film assez respectable.

Et vous allez me dire, que vient faire ce film dans un blog western, Tep ? J’aurais pu dire que c’est un western moderne, ou les zombis remplacent les indiens, le centre commercial c’est le fort, puis les bus ce sont les chariots, avec même ce petit enfoiré de chef de la sécurité qui meurt en héros à la fin, comme Henry Fonda dans Le Massacre de Fort Apache. Mais il n’est point besoin de balivernes comme ça pour parler de ce film, la filiation est voulue et démonstrative : lorsque Ving Rhames joue aux échecs à distance avec le vendeur d’armes, il joue sur un jeu d’échec « Alamo ». Tout est dit. A partir de ce moment là il est clair qu’il n’y aura pas de survivants, et la sonnerie des morts, c’est tous ces grognements qu’on entend au dehors…

samedi 13 janvier 2007

Adios California


Réalisateur : Michele Lupo
Acteurs : Giuliano Gemma, Raymund Harmstorf, Miguel Bose, Paola Bose
Durée : 97 minutes
Année de sortie: 1977

A la fin de la guerre de Sécession, deux soldats sudistes, Willie et California se lient d’amitié et taillent la route ensembles. Tout le pays n’est que désolation, et la vie est dure pour les vaincus : faim, brimades, vagabondage… Pour ne rien arranger, les généraux nordistes payent des chasseurs de prime pour éliminer les anciens soldats sudistes qui ont commis des crimes, prétexte habile pour faire un peu de ménage dans l’armée en déroute. Lorsque Willie se fait tuer, California décide de retourner chez les parents de Willie pour leur remettre la médaille d’honneur gagnée par Willie pendant la guerre. Ici, il trouvera un bref moment de bonheur en compagnie d'Hélène, la sœur de son ami, qui lui permettra d’oublier la guerre, ainsi qu’un passé que l’on devine tumultueux (« Me battre, je n’ai fais que ça depuis que je suis né »). Mais la trêve est de courte durée, car les chasseurs de prime rodent toujours.

Le début du générique indique clairement que l’on a affaire à un Western Spaghetti de haute volée : un roulement de canonnade, sans musique, précise immédiatement le contexte de l’histoire, puis le thème musical s’envole, flamboyant, avant de laisser place à une introduction d’au moins dix minutes sous une pluie ininterrompue. Les conditions météo ne s’arrangeront guère par la suite : boue, froid, brouillard. Le beau temps ne revient que lorsque California décide de reprendre les choses en main. California est joué par Giuliano Gemma, qui tient là un de ses meilleurs rôles, loin de la candeur athlétique de Un pistolet pour Ringo ou Arizona Colt. Gemma a pris dix ans depuis ses débuts dans le western italien, les marques sur son visage et ses joues creuses ajoutent une profondeur à son personnage d’anti-héros, au passé trouble, sachant se battre, mais au moral de perdant pendant au moins les deux tiers du film. Son jeu rappelle Le Retour de Ringo en beaucoup plus convaincant. Raymund Harmstorf qui joue le chef des chasseurs de prime est également très bon, dans un rôle à la Tcheky Karyo, sans cruauté excessive, tout en subtilité dans sa redingote qui lui donne un air indestructible. Les panoplies vestimentaires sont à l’honneur ici : cache poussières détrempés, uniformes boueux, dépareillés et suintants des vagabonds sudistes, manteaux de fourrures des chasseurs de primes, capotes délavées et bagages en haillons. Les Etats-Unis d’après guerre sont décrits de la même façon, un pays de villes fantômes dévastées que personne ne semble vouloir prendre la peine de reconstruire. Le film bénéficie d’importants moyens, et le résultat est visuellement très réussi. La violence ne donne nullement dans la répétition gratuite en ce qui concerne le nombre de morts, mais les combats aux poings nus sont brutaux et très réalistes. La mort de Willie est un grand moment de surenchère baroque, boursouflée de ralentis surjoués, un vrai régal pour les amateurs d’exagération à l’italienne.

Le scénario tient ses promesses et évite les clichés du genre, même si l’association de California avec le chasseur de prime dans la dernière partie se fait trop rapidement pour être crédible. Cette dernière partie est un peu décevante par rapport aux fulgurantes images du début, on se retrouve soudain en terrain un peu plus balisé. Heureusement la toute dernière séquence, sauvage et brutale redonne tout son tonus au film, avec en prime une fin heureuse qui s’offre le luxe d’avoir un arrière goût amer et désenchanté. Sombre, mélancolique, crépusculaire et morbide, Adios California offre une vision de cauchemar des Etats-Unis d’après-guerre, tout en offrant un spectacle bien équilibré et distrayant. Que demander de plus, sinon une édition DVD plus soignée ? Ne jetons pas la pierre à l’éditeur, qui nous permet ici de redécouvrir en zone 2 et en VF un excellent fleuron du genre, et qui renverse la légende selon laquelle Keoma était le dernier grand western italien.

Quelques mots sur le DVD:

La qualité de l’image n’est pas tip top. Les couleurs manquent franchement de tonus, mais cela ne dessert nullement l’ambiance froide et sinistre du film. On est loin du résultat obtenu par un éditeur comme Seven 7. Ce n’est pas trop gênant quand on a affaire à des films comme T'as le bonjour de Trinita ou Gringo Joue sur le Rouge, mais c’est beaucoup plus dommage pour un western italien de qualité supérieure comme Adios California.

Comme pour tous les DVD Evidis, le film démarre sans menu préliminaire. Au moins peut-on naviguer d’une scène à l’autre avec la zappette, mais ce manque d’interactivité et de suppléments est presque une insulte pour un film qui mérite largement d’être redécouvert. Heureusement que des films comme Le Grand Silence ou El Chuncho n’ont pas été édités par Evidis, il y aurait eu carrément de quoi se mettre en colère.

Un mot sur la musique de Gianni Ferrio qui s’éloigne totalement des clichés Morriconiens en vigueur. Ici on s’approche plus de Pink Floyd, de Lalo Schifrin ou de Eberhard Schoener. La plupart du temps, cela convient parfaitement au ton mélancolique du film, même si parfois cela crée un décalage assez malvenu. Une bonne surprise au final, avec un thème récurrent suffisamment accrocheur pour rester en mémoire.