dimanche 3 juin 2007

Fabien de la drôme



Petite note mignonne pour évoquer un feuilleton oublié, une madeleine de plus pour titiller la nostalgie des plus vieux. On est en 1983 ou 1984, il n'y a que trois chaînes et c'est assez fréquent pour un feuilleton - on ne dit pas encore série - de rafler 50% des parts de marché.
Sur Antenne 2 commence Fabien de la Drôme, un "western français" - comme l'annonce Télérama - en sept épisodes de 55 minutes, avec dans le rôle titre Jean-François Garreaud. Une histoire de justicier dans la France de la fin du XVIIIe siècle, avec vengeance à la clé, et une musique inoubliable! (enfin, moi je ne l'ai pas oubliée)
Difficile de trouver des infos sur le net comme en témoigne ma super illustration, aucune rediffusion, pas de site dédié, aucun résumé disponible, et la mule est muette! L'INA ne le rend pas encore disponible...Vous qui vous souvenez de Fabien, unissez vous, écrivez, pétitionnez, gueulez, chantez. On veut une rediff, un DVD, un machin à télécharger sur l'INA, une photo, un simple échantillon midi pourrave du générique, un truc quoi...
A un moment, Fabien est salement blessé. Le petit garçon prie de toutes ses forces pour que Fabien guérisse. Et ça marche! Dieu a exaucé ses prières! Moi, gamin, elle m'aurait presque fait croire en Dieu cette série! Malheureusement pour le curé de ma paroisse, j'ai vu Les dents de la mer pas longtemps après. Je vois pas comment Dieu aurait pu inventer une créature aussi moche, et qui bouffe des nanas à poil la nuit...

Rivière sans retour


Magnifique western avec des stars et des montagnes.

River of no Return
Otto Preminger
1954
Avec Robert Mitchum, Marilyn Monroe

Robert Mitchum et Marylin sont dans un bateau. Marilyn tombe à l’eau…

Pour autant que je sache, il s’agit de l’unique western d’Otto Preminger. Ce réalisateur, en plus d’avoir un prénom en palindrome, a réussi quelques œuvres phares, comme Saint Joan, film sur Jeanne d’Arc avec Jean Seberg, ou l’excellent Homme au bras d’or, avec un Sinatra extraordinaire, en camé en plein sevrage. Dans Rivière sans retour, il est manifeste que le réalisateur se soit laissé allé à une trop grande contemplation de la nature canadienne, ainsi qu’à une observation particulièrement fine du déhanché de son interprète féminine. Le film en souffre un petit peu à mon goût. Car paysages il y a. Tournés dans les rocheuses canadiennes, on ne peut qu’être estomaqués par «the beautiful scenery», et c’est un crève cœur de regarder ce film sur une VHS (heureusement non recadrée). J’envie quelque peu tous les ancêtres qui ont eu la chance de découvrir tous ces westerns de l’âge d’or sur grand écran. Bien sûr, des paysages, ce n’est pas assez pour justifier la réputation du film. Alors il y a Marilyn. Marilyn chante, Marilyn met un jean moulant taillé sur mesure et Marilyn assure dans les rapides avec Mitchum, complètement inutile, accroché au gouvernail. Bien sûr Marilyn tombe à l’eau, de manière à assurer la scène délicieusement érotique que tout film avec Marilyn doit comporter. Nue sous une couverture, Mitchum est contraint de la frictionner énergiquement. La pneumonie ainsi évitée, il faut reconnaître que Marilyn joue ici un rôle plus mûr, plus adulte que la cruche de Sept ans de réflexion ou la femme-enfant des Désaxés. Avec sa répartie, son amour et son regard humain sur les hommes, Marilyn est la femme par laquelle la civilisation arrive. Cessez de vous battre pour l’or, cessez de toujours chercher la vengeance, et mettez votre testostérone en veilleuse. C’est ça que veut nous dire Marilyn quand elle roule des hanches en pleine nature.De son coté, Mitchum interprète l’homme, le vrai. Celui qui sait ce qu’il faut faire, celui qui dégomme les indiens à la winchester, celui qui choppe la bouffe au lasso. Mais, ce qui le rend attachant, c’est aussi sa faiblesse et son passé de prisonnier. Dans les rapides, je l’ai déjà dis, il ne sert à rien. Face au couguar, il doit son salut à un sous rebut de l’espèce humaine, du type que l’on rencontre dans Délivrance auquel on pense immanquablement devant la sauvagerie des hommes. Enfin, lors de l’affrontement final, Mitchum doit la vie à son fils, qui rejoue la scène qui a jadis conduit son père en prison. A ce moment, à la seconde où Mitchum voit qu’il va mourir, il est profondément humain. Quelle classe ce Mitchum !La petite tête blonde est attachante également, Marilyn le sent bien, elle qui courrait après l’argent, les robes, la civilisation et l’opéra, elle se rend compte que la vraie vie, c’est peut-être la vie simple avec une famille qu’on aime (bouhouhouu que c’est beau !). Au début, elle chante « Love is a one silver dollar », à la fin elle préfère « Love is a traveller on the river of no return ». Bouhouhouu, snif. Pour ma part, j’aurais aimé que le film s’arrête là, avec Marilyn revenue comme au point de départ, dans son saloon. Mais non, Mitchum la récupère un peu brutalement, et elle jette ses escarpins dans la boue. Yes ! Après tout, ne boudons pas les happy-ends, c’est devenu un peu notre tort, à nous les frenchies, de toujours croire qu’une fin noire et désespérée est gage de bon film et d’attitude auteurisante.
Un western à la réputation un poil surfaite, mais un très bon moment néanmoins. Notons qu’en ces temps reculés, les indiens n’étaient pas encore considérés comme des êtres humains politiquement corrects, mais comme une menace qu’il valait mieux éviter ou réduire à néant à la winchester. La winchester, ou la perte de la winchester, est un élément central du film et de la tension du voyage. Ainsi je pense qu’il y a deux types de bons westerns : ceux où les armes sont rares, et leur présence en est d’autant plus forte, et ceux où elles sont disponibles à profusion, et ça canarde partout !

Old boy vs Les années sauvages


En tout état de cause, ce papelard n’aurait dû traiter que de ce petit western diffusé l'autre jour sur France 3, qu’est Les Années Sauvages (Rudolph Maté 1956). Mais le hasard a voulu que je vois Old Boy juste avant, et cette collision de genre, d’époque et de style peut parfois provoquer des bouleversements émotionnels qui mettent l’homme aux abois. Old Boy c’est ce thriller à la mode datant de 2003, cette chose de Park Chan-wook adorée par les lecteurs de dvdrama, la quintessence d’un certain souffle venant d’Asie. On m’avait même dit : « ha ha ha, tu devrais regarder Old Boy tu verras, ça va être la claque de ta vie ! » « Ha ha ha, que j’avais répondu, que non, la claque de ma vie c’est Le Bon la brute et le Truand et une claque par vie, ça me suffit ! » Et puis bon, finalement j’ai regardé quand même…Alors oui, Old Boy c’est une jolie claque! C’est l’histoire d’un type qui est séquestré pendant 15 ans sans raison apparente, par des inconnus. Et quand on le libère, il doit découvrir qui, et pourquoi. Toutes les cinq minutes, ça rebondit. Toutes les 30 secondes, on te balance une trouvaille scénaristique, ou visuelle, en pleine tronche. C’est violent, c’est malsain, c’est affreux, c’est désespéré, c’est pessimiste et ça fait mal aux dents. Et c’est brillant ! Et je ne parle même pas de l’intelligence de la confrontation finale, ni du brio d’une certaine « scène dans le couloir » qui vaut à elle seule de voir le film, pour peu qu’on apprécie la baston.
Old Boy est donc bien une claque, je mentirais en disant que je n’ai pas aimé le film, mais Old boy est une claque qui arrive trop tard. Du coup pour moi, c’est plutôt une claquette. Je ne dis pas, si j’avais vu ce film il y a quinze ans, j’y aurais peut-être adhéré plus pleinement. Mais aujourd’hui, passé la claque, que reste-t-il ? Rien justement, une petite douleur sur la joue (ou ici aux dents). Les claques cinématographiques, finalement, c’est une seule par vie. Et quand on l’a déjà reçu sa claque, on ne voit dans Old Boy que ce qu’on reprochait à l’époque à Sergio Leone : une mise en scène tapageuse, une ode à l’esbroufe où la virtuosité ne sert qu’à dissimuler les incohérences d’un scénario qui au fond ne tient pas debout, une claque pour le plaisir de mettre une claque. Etrange paradoxe de retrouver ailleurs les défauts que l’on ne saurait voir dans ses films de chevet !



Quand, légèrement décontenancé, ne sachant pas trop quoi penser de Old Boy, vous mettez Les Années Sauvages (The Rawhide years) dans le magnétoscope, un sourire ravi vous revient instantanément au visage. Ici tout est linéaire, simple et prévisible, à l’image d’un cinéma que seul Clint Eastwood honore encore aujourd’hui. Le gentil héros est un bon bougre qui doit prouver son innocence (Tony Curtis). Son compagnon est un voleur de chevaux, qui est aussi un bon bougre et qui a toujours le sourire (Arthur Kennedy). Les péripéties se suivent avec bonheur, hop une poursuite, hop une baston, hop une fusillade, hop un retournement de situation prévisible, hop tout est bien qui finit bien. Après Old Boy, on a l’impression de regarder un film pour mômes, et l’étrange vérité, c’est que ça fait du bien ! Dans Les années sauvages, il y a pourtant quelques éléments qui font grincer des dents : il y a ce lynchage d’un innocent qui n’a même pas le temps de protester, il y a ce type qui file des coups de ceinturons à notre beau jeune homme, mais c’est ce genre de détails que l’on se félicite de remarquer, parce qu’ils brisent la monotonie du film et lui donnent un contenu. Dans Old Boy c’est au contraire quand soudain il n’y a rien à remarquer que l’on est étonné.
Regarder Les Années Sauvages après Old Boy, c’est comme manger un steak frites après un plat délicat de sushi aux piments. On sait que ce n’est pas le plus fin, mais on sait ce qu’on mange. Regarder Les Années Sauvages après Old Boy, ça fait également mal au moral, surtout si vous vous surprenez à préférer Les Années Sauvages. Car si tel est le cas, c’est désormais officiel, vous faîtes partie des vieux cons ! Les années sauvages sont les années perdues, damn it, you god damned old fool, get on your horse, and get the hell outta here !
Ah, et merci France 3...

Les cavaliers


Un petit John Ford, comme du temps de La Dernière Séance, ça vous tente ?


The Horse Soldiers
John Ford
1959


C’est la guerre de Sécession, le colonel nordiste John Wayne a pour mission d’aller mettre un peu le bordel en territoire ennemi avec un bataillon et un médecin (William Holden) qu’il n’apprécie guère.


La guerre avec John Ford, ça commence mal, ou bien selon les points de vue. Au lieu de piller, massacrer et brûler tout ce qui bouge, notre John Wayne bedonnant préfère se faire inviter à dîner et papoter avec les dames d’en face. Mais le plus grand réalisateur de tous les temps sait nous retourner une situation assez vite à l’aide d’un tuyau de poêle qui sert de table d’écoute moderne. Et oui, cette garce de sudiste nunuche (Constance Towers) est moins crétine qu’elle ne veut le faire paraître ! Toute la séquence est émaillée de gags qui m’ont plié de rire, je ne m’attendais pas à ça d’un film de guerre! Des galonnés qui se lèvent tous à l’unisson à chaque fois que la fausse cruche fait de même, au Sergent qui goûte le brandy qu’on doit servir aux officiers, je me fendais franchement la poire. Ceci dit les amis, pas de fausses idées, ce n’est pas Arsenic et vieilles dentelles non plus, je suis assez bon public. Et tout ça c’est bien gentil, mais les hostilités tardent à démarrer. L’espionne sudiste tombe à la flotte, et les soldats font sécher ses frusques en brochettes autour du feu. Là encore, je me marre.
Enfin ça y est, l’action est au rendez vous, ça se met un peu à canarder. Tiens non, toujours pas, ce sont juste deux déserteurs qui donnent au Duke l’occasion de faire son numéro (Il faut voir John Wayne enfiler ses gants, il me fait un peu penser à Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, juste avant qu’il bourre-piffe le pauvre Blier). Finalement c’est marrant la guerre !
Pas tant que ça en fait. Il fallait bien que ça frite à un moment ou à un autre. Tombé dans un piège, nos nordistes voient un train entier de sudistes leur tomber dessus en criant « Yiyiyiyiyiyi » comme dans Les Tuniques Bleues - comme quoi Les Tuniques Bleues c’est vachement documenté. Heureusement, le Duke est intelligent, il a flairé le bug, et il a eu le temps de se préparer au choc. Les sudistes se font laminer mais il y a de la casse dans les rangs, et là on ne rigole plus. Le Duke est désabusé, il ne voulait pas ça le bougre, il faut le voir incapable de réconforter un mourrant, il faut le voir presque saoul déblatérer sa haine des médecins qui lui ont tué sa femme (c’est donc pour ça qu’il aboie tout le temps sur le toubib). Subrepticement Ford nous montre un soldat vider un seau plein de sang, comme s’il nous disait « Je ne peux pas vous montrer l’horreur, mais elle est bien là ». Et les soldats démontent la voie ferrée comme on démonte un Mc Do, à l’huile de coude ! En fait c’est horrible et fatiguant la guerre…Les minutes passent. Wayne et Holden commencent à se mettre sur la gueule, mais ils n’ont pas le temps de finir. Notre bataillon se trouve, en effet, confronté à une armée de gamins qui apporte à nouveau son lot de situations comiques (une mère qui ramène son mioche de soldat à la maison, un nordiste qui donne la fessée à un autre petit sudiste). Les cavaliers évoluent dans une campagne riante, loin du front, dans un endroit où il semble que la guerre n’a jamais existé ! Au fond, cette guerre n’est qu’une farce, semble nous dire John Ford...La bataille finale contre un vrai régiment sera un peu plus convaincante, mais assez décevante quand même. On raconte qu’un cascadeur est mort pendant le tournage, et qu’à cause de cela Ford à plus ou moins sabré son quota de chutes spectaculaires. Wayne et la sudiste tombent bien sûr amoureux, et Holden et Wayne finissent par se serrer la pince, évidemment. Le toubib reste derrière avec les blessés, et quand il est rejoint par les sudistes, le colonel ennemi lui propose l’aide de son propre chirurgien, qu’il accepte avec honneur. Finalement, la guerre selon Ford, c’est humain.
Pas un grand Ford, mais un Ford agréable et drôle. Un Ford auquel il manque un chouia d’action et de tripes. Wayne est génial comme toujours, Holden est un peu falot, loin de l’ambiguïté et du désespoir qu’il montrera dans La Horde Sauvage. Constance Towers est bien aussi, même si le prétexte utilisé pour justifier la présence d’une femme tout au long de l’intrigue est gros comme l’arrière train du Duke. Un Ford dispensable, mais un Ford malgré tout...

On l’appelle Trinita



Des fayots, des rots et des pets. On l’appelle Trinita en question.

Lo Chiamavano Trinita
E.B.Clucher (Enzo Barboni)
Avec Terence Hill et Bud Spencer.
1970

Depuis que j’ai une pelouse, je suis déprimé parce qu’elle pousse trop vite, alors je me suis repassé ma cassette de On l’appelle Trinita pour tenter de contrecarrer ma mauvaise humeur.

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL DROLE ?
Tout dépend de la définition que vous donnez au mot drôle. Si vous aimez les pets, si un verre qui se remplit indéfiniment vous écroule de rire, si le sourire niais de Terence Hill vous tord les boyaux, oui On l’appelle Trinita est drôle. En revanche, il existe des gens qui considèrent que le western est une affaire sérieuse, qui sont atterrés par la débilité et la vulgarité des rôts. Cela s'appelle avoir un balai dans le cul. Donc, si vous avez un balai dans le cul, non, On l’appelle Trinita n’est pas drôle.

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL NUL ?
Oui, il est complètement nul, et c’est pour ça qu’il est bien ! Si cette affirmation provoque en vous une moue dubitative et vous fait gratter les cheveux, essayez d’enlever le balai !

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL UN ELOGE DE LA PARESSE ?
Sans aucun doute Julien ! Trinita voyage dans un hamac tiré par son cheval, la traversée d’un fleuve ne le fait pas broncher (moi déjà, ça me fait rire), ses vêtements sont des haillons qui tiennent encore par l’opération de la sainte Trinité, il se lève leeeeenntement pour nourrir son cheval. Sa seule passion dans la vie, c’est les fayots, et quand son mastodonte de frère l’appelle à la rescousse, il baille. Votre maman, vous a traumatisé toute votre enfance en vous demandant sans arrêt de passer l’aspirateur dans votre chambre ? Dans ce cas oui, On l’appelle Trinita est un éloge de la Paresse qui vous économisera pas mal de séances de psychanalyse.

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL UN FILM HYGIENIQUE ?
Morbleu non ! Trinita est sale, crade, et il pue. La seule personne plus sale que le petit adjoint de Bambino ait jamais vu, c’est Bambino lui-même avant qu’il ne le lave… La saleté comme art de vivre, c’est ce que propose On l’appelle Trinita. La crasse ne tue pas, elle protège. Vive la saleté, ne vous lavez plus, laissez la nature exprimer votre odeur corporelle ! C’est le message profondément humaniste colporté par On l’appelle Trinita.

ON L’APPELLE TRINITA EST IL UN FILM ANARCHISTE ?
Bien sûr, Trinita ne connaît pas de loi, à part celle du cœur. Il a un couteau pour trancher le pain de l’amitié, et de vieilles armes rouillées pour ne pas oublier. Il a mis le drapeau noir en berne sur l’espoir, il n’est pas espagnol, allez savoir pourquoi, et le film n'a pas été tourné en Espagne non plus.

ON L’APPELLE TRINITA EST IL UN FILM MARXISTE ?
C’est clair comme l’eau de la mer, Trinita ne possède rien, ne cherche pas à posséder quoi que ce soit, donc il partage tout - à commencer par les baffes. C’est donc bien un film marxiste, ou chrétien selon les points de vue !

J’AIME BEAUCOUP ON L’APPELLE TRINITA, SUIS-JE NORMAL ?
A peu près aussi normal que la horde de gens qui ont adoré Brice de Nice ou Wayne’s World. Rire devant On l’Appelle Trinita ne fera pas de vous immédiatement quelqu’un de foncièrement stupide et inculte, ce serait idiot de croire ça, n’est ce pas ? Pourtant il y a plein de gens qui semblent persuadés que regarder exclusivement Rivette et Cassavette les transforment automatiquement en personnes cultivées et intelligentes, comme c’est curieux !
Mais modérez quand même votre enthousiasme devant ce film, à mon avis il n’est pas tout à fait inoffensif pour vos neurones. C’est quand même de la débilité de haut vol qu’on a là, faites gaffe !

ON L’APPELLE TRINITA SIGNE T-IL LA FIN DU WESTERN ITALIEN ?
Hé oui les amis, il faudra vous y habituer, à chaque fois qu’un casseur de couilles de spécialiste du western américain voudra dénigrer le western spaghetti pour vous miner votre face enthousiaste, il citera Trinita d’un air suprêmement dégoûté, en croyant par là même vous lancer l’insulte ultime, sans se douter que pour vous, On l’appelle Trinita n’est pas un western spaghetti, mais un western fayot ! Ah, il est bien niqué sur ce coup là le spécialiste !!
Ceci dit, même les plus ardents défenseurs du western italien conviennent que ce film a fait beaucoup de mal au genre, en engendrant une lignée indigeste de westerns « comiques » qui prirent la place des westerns noirs et violents des années 60.

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL QUAND MEME UN WESTERN SPAGHETTI ?
Mais bien sûr, il y a tous les poncifs : la communauté marginale face à la corruption (les mormons), les héros aux tenues négligées (mais ici plus qu’ailleurs), les tireurs plus rapides et plus précis que Thierry Henry (mais encore plus que d’habitude), les notables corrompus (le Major). Faites votre choix, la vita e bella a Almeria, tant qu’il reste des fayots !

ON L’APPELLE TRINITA EST-IL LE PLUS GRAND FILM DE TOUS LES TEMPS ?
Non absolument pas ! Le plus grand film de tous les temps, c’est On continue à l’appeler Trinita du même Enzo Barboni. L’équipe de On l’appelle Trinita s’était un peu planté et n’avait pas prévu le succès phénoménal de son bébé. Comme l’analyse lui-même un Sergio Leone passablement écoeuré, Trinita répondait parfaitement à des centaines de westerns médiocres où les trois mêmes seconds couteaux répètent sans arrêt les mêmes scènes pathétiquement recopiées sur les chef-d’œuvre du maître ! C’est donc la bonne humeur de cour de récré, les baffes, les rots, les pets et l’humour crétin qui on fait le succès du film, et c’est normal, c’est pour ça que le film est bon ! Mais il demeure dans On l’appelle Trinita des résidus de western sérieux, des gens qui meurent, des scènes presque pas drôles, des trucs qui font tâches dans la stupidité ambiante. On continue à l’appeler Trinita corrige le tir. Dans ce second opus, tout est délicieusement navrant de débilité, chaque minute est nulle à souhait, à commencer par le titre – magnifique – et la bataille de pains trempés dans l’eau - homérique. Non, vraiment, rien ne saurait égaler On continue à l’appeler Trinita en tant qu’exemple parfait d’osmose quasi mystique entre débilité absolue et crétinerie démesurée ! J’ADORE !

SI TRINITA SE BAT A MAINS NUES CONTRE BAMBINO, QUI GAGNE ?
Je parie pour Bambino, mais Trinita se défend pas mal…

Le Dollar Troué



Du bon, du bon, du bon et du bon, ça donne un bon petit western.
Un Dollaro Bucato
1965
Giorgo Ferroni
Avec Giuliano Gemma et Nello Pazzafini dans un petit rôle que je ne rate jamais !

Un ancien officier sudiste se fait descendre dans un petit complot pas joli joli. Il survit grâce à une pièce d’un dollar qu’il tenait dans une poche près de son cœur. D’où le dollar troué les amis !

Le dollar troué est cher à mon cœur pour des raisons d’ordre nostalgique. Ne vous attendez donc pas à une critique objective de ma part dans laquelle j’exposerais consciencieusement les forces et les faiblesses de ce petit film sans prétention. C’est d’ailleurs parce qu’il est sans prétention que Le Dollar troué n’a aucune faiblesse. Il commence avec un bon petit générique animé avec une musique sifflée, et là déjà ce n’est plus la peine de me parler, je suis dans l’ambiance et rien ne saurait me faire voir le moindre petit défaut au film. Comme souvent dans le western italien, le héros est un soldat sudiste déchu, qui a bien du mal à se faire respecter par les vainqueurs nordistes. Comme souvent, tout le monde où presque est corrompu dans l’histoire, et comme souvent, le héros cherche des preuves matérielles de la fourberie des puissants, preuves qui ne serviront in fine à rien puisque tous les méchants meurent. Mais c’est pas grave, le film est bien, je vous dis ! L’idée de scénario qui donne son titre au film, déjà, je la trouve géniale, mais alors carrément géniale, superbe, magnifique. Et l’utilisation des révolvers à canon scié – dont la précision est quasi-nulle – que l’on rendait aux soldats sudistes pour les humilier, alors j’applaudis, je me lève, je crie, j’exulte, c’est vraiment ce genre de détails que j’adore dans le western italien.
De western spaghetti, ici, il n’est pas trop question. L’ambiance est proprette, les décors font penser à La petite maison dans la prairie, la violence ne fait pas de tâche de sauce. On a bien un passage à tabac – semble t’il assaisonné de gros sel sur les plaies – mais celui-ci est coupé au montage. Et puis il y a la traditionnelle tentative de viol qui rate grâce au héros qui se détache à l’aide de ses éperons, plus rapidement que David Copperfield. A part ça, rien ne saurait choquer le curé de votre paroisse. Ce qui fait vraiment plaisir également, c’est le soin apporté à l’ensemble. Tout se tient, tout est cohérent, le scénario ne succombe à aucune facilité, et franchement, ça devrait plaire à vos enfants ou à l’enfant qui sommeille en vous, comme dirait Steven. Je me suis déjà enflammé dans la critique de Wanted du même réalisateur : de temps en temps, ça fait vraiment plaisir de redécouvrir un petit film positif, manichéen où les méchants se font punir comme il faut et qui voit le Bien triompher. On repart revigoré et heureux de vivre. Le Dollar Troué ne casse peut-être pas la baraque au niveau délire exacerbé et flamboyance baroque, mais comme le dit Giré dans son bouquin, si tous les westerns italiens avaient été faits avec la même exigence de qualité que les films de Ferroni, le genre n’aurait peut-être pas été aussi décrié !

Où que c’est y donc que je peux le trouver ? Le film est passé sur la chaîne Action en 2005, et une personne charitable a bien voulu me prêter un enregistrement sur DVD-R. Merci à lui. Oups… j’espère que je n’enfreins pas la loi DAVDSI machin bidule là… La qualité de l’image n’est pas au mieux, beaucoup de tâches et de salissures. Neo Publishing, si tu nous écoutes…
[Edit 2008]: Film disponible en VF uniquement chez Studio Canal.

Planquez vous connards!


Ou le plus grand scandale de l'histoire du DVD!!!


A l’origine de cette note, un souvenir diffus, un manque, une légère déception le jour où j’ai visionné l’édition collector de Il était une fois la Révolution. Juan et sa clique rêvent de dévaliser la banque de MesaVerde, et ils finissent par le faire, mais rien ne se passe comme prévu, la banque est remplie de prisonniers politiques.


Juan fait sauter l’ultime porte de ce qu’il croit être le grand coffre de la banque, et juste avant que ça saute, il crie un tonitruant « Planquez vous, connards !» à ses compagnons/enfants et à tous les prisonniers qui se sont amassés derrière lui.


Problème !


Le « Planquez vous, connards ! » a disparu de l’édition collector !
Troublé, je continue a regarder le film comme dans un rêve où la réalité ne semble pas être ce qu’elle est au demeurant. Aurais-je un faux souvenir du film ? Est-il possible qu’après avoir vu un film des dizaines de fois, on en arrive à créer de faux dialogues dans sa tête dérangée?
Un détail de cette importance ne pouvait être laissé en suspens. De passage chez mes parents, je déterrai la vieille VHS familiale enregistrée sur FR3 il y a quelques années et m’empressai de vérifier in situ la présence de ce magnifique Planquez vous, connards ! ».
IL EST BIEN LA ! Juste avant que Rod Steiger descende les escaliers, juste après avoir allumé les deux bâtons de dynamite, il hurle « PLANQUEZ VOUS, CONNARDS ! » à l'assemblée.
Or, dans le DVD,… un silence assourdissant…


Qu’on se rende bien compte. Il ne s’agit pas là de T’as le bonjour de Trinita où les doubleurs de l’époque ont rajoutés des blagues. Je ne suis pas en train de discuter du Justicier du Sud où Evidis aurait tout aussi bien pu enlever des scènes que ça m’aurait d’autant plus fait rigoler ! Non, je cause ici du quatrième plus grand film de tous les temps, le cinéma à l’état pur où chaque mot, chaque image, chaque détail, chaque note de musique fait partie intégrante d’un ballet qui forme un tout parfait, inégalable, presque aussi beau qu’une montre Suisse.
(Je rappelle aussi qu’un blog est forcément un peu partisan…)
D’abord il y a l’insulte en tant que telle. « Planquez vous, connards ! », c’est comme si Robespierre disait « J’ai des couilles grosses comme des melons » à Danton dans un film sur la Révolution Française. Sergio Leone ose le langage ordurier, pour bien rappeler à la ménagère de moins de 50 ans que la révolution, ça se passe pas dans un salon. Les tacticiens font des belles phrases, ceux qui se font massacrer pour la cause hurlent des « Planquez vous connards !».
Ensuite « Planquez vous connards ! », c’est une pierre essentielle pour comprendre les rapports qui unissent John et Juan. Quand Juan crie « Planquez vous, connards », il scelle l’amitié, et surtout l’influence entre les deux hommes. C’est le retour du bâton (de dynamite). « Planquez vous, connards ! », c’est un peu Juan qui devient John et vice versa. Si vous enlevez ce « Planquez vous, connards ! », vous coupez un pan entier de la relation virile entre les deux (anti)-héros.
Enfin il y a l’humour. Imaginez, le spectateur est incrédule devant tous ces prisonniers qui viennent d’être libérés. Juan fait sauter la porte, le spectateur ne sait pas trop à quoi s’attendre, il est nerveux, il y a quelque chose qui cloche. La porte saute, et on débouche sur la rue. On voudrait rire mais il manque quelque chose.
Le petit « Planquez vous connards ! » inséré entre les deux permet de détendre l’atmosphère, de rassurer le spectateur qui ne reconnaît pas ses attaques de banque favorites. Il permet un rebalisage du film dans sa continuité narrative, un pré-rire qui prépare à la suite. Indispensable !


On est donc bien dans le scandale ! Déjà que l’édition MGM fait sa pub sur une version « intégrale » qui est la version qu’on voit à la télé depuis des années, et qui n’est intégrale que par rapport à la version simple qui était, elle, charcutée. Je ne vais même pas ici ébaucher l’ébauche d’une tentative d’essai d’explication du pourquoi du comment le « Planquez vous connards ! » a disparu de la bande son, en plus, le « Duck you suckers !» est bien présent dans la version anglaise alors on peut même pas mettre en cause la sainte horreur anglo-saxonne pour les gros mots. C’est le plus énorme scandale de l’histoire du DVD, point. Quand on ne sait pas respecter une œuvre, on postule chez Evidis, au lieu de participer à la marche triomphante du capitalisme de masse qui confond « produit » et « culture ». C’est un véritable scandale qui mérite au moins une… révolution ! Tous à la Bastille lundi !!