samedi 19 février 2011

Riddle Gawne

Riddle Gawne
1918
William S. Hart
Avec : William S. Hart, Katherine MacDonald, Lon Chaney


Film totalement perdu à l’exception d’une bobine, Riddle Gawne semble le parfait exemple du film typique de William S. Hart, avec quête de vengeance, transfiguration par la grâce d’une femme et lâché de méchant du haut d’une falaise. Le film paraît encore avoir la force directe des films de William S. Hart tournés sous l’égide de Thomas H. Ince dans les années précédentes (pour ce film, Hart et Ince étaient déjà brouillés, Ince étant malgré tout crédité au générique en tant que superviseur), sans avoir encore la pesanteur de ses toutes dernières productions. Les treize minutes miraculeusement visibles de nos jours ne permettent pas de se faire une idée précise de l’intrigue, mais sont suffisantes pour combler de joie l’amateur de William S. Hart. A noter les critiques de l’époque qui voyaient dans l’interprétation de Hart une représentation de l’esprit de combat des boys alors au combat en Europe. La particularité de ce film également est de donner le rôle du traître à l’immense Lon Chaney, celui qui jouera Quasimodo et le fantôme de l’Opéra, et de montrer William S. Hart tirant dans le dos d’un homme (sans toutefois le tuer). Malgré tout, le film est si amputé qu’il faut le réserver aux fans du bonhomme uniquement.


Où le trouver ? A vrai dire je ne saurais dire. Le film m’a été copié par une forumeuse de western movies qui consacre un blog entier au film muet. Mais je ne sais pas où elle se l’est procuré.
Capture: scan de The Complete Films of William S. Hart


A noter : la Russie a décidé de rendre aux Etats-Unis cent quatre-vingt quatorze films muets qui n’étaient pas préservés sur le territoire américain. Ce qui veut peut-être dire que ces films seront bientôt un peu plus visibles que par le passé. Et sur les dix premiers qui ont été livrés, il y a un western avec Harry Carey (Canyon of the fools). Yipeeeee !

vendredi 11 février 2011

La poursuite sauvage

1972
The revengers
Daniel Mann
Avec : William Holden, Ernest Borgnine, Woody Strode, Roger Hanin.


C’est un gars qu’on lui zigouille toute sa famille. Alors il va dans un bagne, embauche des trognes aux spécificités bien affirmées, et se met à la recherche des meurtriers.


Dans la lignée des westerns des années 70 post-modernes, déconstructivistes, démystificateurs, crépusculaires et tout le toutim, La poursuite sauvage est certes moins renommé et moins ambitieux que certains westerns (re)connus tels John McCabe, Little Big man (ou Josey Wales pour rester dans un film qui commence un peu pareil), mais je l’adore quand même. D’aucuns méprisent vaguement son assimilation de certains tics spaghetti, d’autres trouvent certains éléments de scénario un poil invraisemblables (oh merde les gars, on a trouvé un western au scénario invraisemblable, on fait quoi ?), d’autres enfin trouvent que la thématique de l’affaire est exécutée avec des sabots par trop grossiers messieurs dames. Certains quand même apprécient ce sympathique western pour ses scènes d’action et le bon temps passé devant son écran en compagnie de grands noms du western tels William Holden qui ne desserre pas les dents du film, Ernest Borgnine qui cabotine à outrance, et Woody Strode super classe. Et même Roger Hanin en frenchy qui séduit toutes les femmes qu’il croise sur son chemin remporte l’adhésion.
Et pourtant moi, c’est bien ce qui rattache le film aux années 70, le pitch, le surtexte, l’interligne, le twist final, la core value du truc quoi, qui me fait au fond adorer ce film. Cette façon toute finale de désamorcer la thématique de la vengeance avec un simple regard hirsute, c’est tout ce que je me souvenais de ce film, lisible, basique, beaucoup plus efficace qu’un discours sur la violence qui n’engendre que la violence. Le désir de revanche qui se transforme en pitié ou en simple dégoût, c’est finalement assez couillu. Et comme l’emballage pan pan tagada tagada du résidu intrinsèque de l’affaire est bien mené et bien ficelé, avec même une pause narrative féminine (Susan Hayward) plutôt bien intégrée, je ne peux faire autrement que recommander ce film à tous les amateurs de westerns exigeants mais conciliants ! C’est pô l’affaire du siècle, mais c’est du bon quand même !


Le DVD : « Quand la violence traque la violence, il ne reste que l’enfer ! ». J’aime bien ces accroches de jaquettes de DVD, interchangeables dans l’ordre des mots et de film à film. « Quand l’enfer traque l’enfer, il ne reste que la violence », ça marche aussi, et pour une ribambelle de films. Je ne sais pas si le marketing est une science exacte, mais c’est clairement une activité d’abrutis. Sinon, on nous dit que c’est un western « implacable » ! Et La Prisonnière du désert, c’est un western placable, connard ?

samedi 8 janvier 2011

El Magnifico

1973
Enzo Barboni
E poi lo chiamarono il magnifico
Avec: Terence Hill, Gregory Walcott, Harry Carey Jr.


A tout bien réfléchir, ce cinéma là, méprisé et vilipendé par la critique bien-pensante de toutes les époques, a au moins le mérite, comparé aux Dalton ci-dessous, de la gentillesse, de l’humanité et de la bonne humeur qui ont totalement disparu de nos écrans aujourd’hui, remplacés par le cynisme, l’ironie méchante et le fameux esprit Canal qui s’est transformé avec les années en humour nouveau-beauf. Partageant des similitudes très souvent remarquées avec Le Pied Tendre de Morris, on pourrait presque dire que El Magnifico est finalement la meilleure adaptation de Lucky Luke jamais réalisée, bien que je m’avance légèrement avec cette affirmation, n’ayant pas encore vu la version de James Huth (à part les centaines de B.A et teasers disponibles sur le net avant sa sortie), ni celle de Terence Hill (mais dont on ne dit pas que du bien).
Pour El Magnifico, Terence Hill, trois ans après On l'appelle Trinita et un an avant Mon nom est Personne est au zénith de sa carrière – et peut-être le seul acteur au monde ayant réussi en terme d’aura internationale à côtoyer l’ahurissant succès mondial de Chaplin – place toujours ses sourires angéliques, sa feinte naïveté et ses yeux grands ouverts au service du bien, de la veuve et de l’orphelin. El Magnifico fonctionne sur le thème du citadin en déphasage avec l’Ouest dur et austère. Sur ce thème pourtant usé jusqu’à la corde déjà au temps du muet (voir Go West du maître Keaton, ainsi que Malec chez les indiens, où l’on retrouve le filet à papillons), Enzo Barboni parvient à dépasser la lourdeur parodique de ses Trinita pour réaliser un agréable film, tout public et à la bonne humeur communicative. Certes, il y a les inépuisables fayots, certes il y a les ridicules chasseurs de primes des Trinita, certes il y a les interminables bastons, mais le scénario est plus fin, plus comestible, plus familial. On apprécie toujours autant cet inépuisable attrait des héros de westerns italiens envers les faibles et les marginaux (les trois bandits socialement inadaptés, le charpentier irlandais et sa ribambelle de gamins) et on remarque un brin gêné ce pur héros aux yeux bleus qui avoue sa peur avant sa transformation en dur à cuire. On apprécie également, n'en déplaise aux puristes, de retrouver Harry Carey Jr. dans ce western. Dans ma mémoire, le scénario était plus du type de ceux des westerns samouraï, c’est à dire qu’on découvrait que l’Anglais, malgré son déphasage avec la société de l’Ouest, parvenait à se sortir du pétrin paradoxalement grâce à ses bonnes manières et à sa candeur. Il n’en n’est rien. Il faudra que le héros se fasse littéralement violer (comme le précise Jean-François Giré en introduction du DVD Sidonis) pour que la métamorphose opère et qu’il se fonde enfin dans son environnement. Si vous ne goûtez guère à Terence Hill mais que vous avez apprécié Mon nom est Personne, essayez donc celui-là!

samedi 1 janvier 2011

Les Dalton


2004
Philippe Haim
Avec : Eric Judor, Ramzy Bedia


Facile évidemment de démolir consciencieusement une telle entreprise, si éloignée de l'humour de René Goscinny, si bête et dénuée de la moindre sympathie a priori, si vide de sens et d'humanité que la regarder jusqu'au bout tient au mieux du pari stupide, au pire, de la profession de foi. Un sombrero magique, des effets spéciaux numériques à tous les plans, un Rantanplan hideux, l'arche d'Il était une fois dans l'Ouest (c'est à qui qu'ils espèrent faire plaisir en mettant des hommages à l'un des meilleurs films au monde dans un film aussi nul ?), on est finalement si éloigné de l'univers du Lucky Luke de la bande dessinée que l'on peut se concentrer sur le reste, ces curieuses couleurs saturées jaunes et vertes, ces décors soignés implantés - caramba - en Espagne du Sud, et ces quelques gags qui fonctionnent, non pas parce qu'ils sont hilarants, mais parce que noyé sous un déluge de dialogues débiles et de caméos insipides, on est bien forcés à un moment ou un autre de rire, sous peine d'être emportés par ce torrent de conneries fatigantes débitées in extenso sans souci de rythme ou de cohérence. Il y a peut-être Michaël Youne qui fait une apparition, ou peut-être pas, et s'il n'y est pas, on doit sûrement voir la gueule de Elie Semoun ou celle d'un abruti de la bande à Ruquier, et c'est pas Jean Dujardin qui nous fait un numéro à la Brice de Nice là? (Des vannes style Brice de Nice dans un Lucky Luke, Goscinny doit avoir le tourni à force de se retourner dans sa tombe). Et au fait, c'est pas Jean Dujardin qui fait Lucky Luke dans le film de James Huth? Le monde est petit!
Lucky Luke justement, fait quelques apparitions dans ce film. Il est joué par Til Schweiger, et il tient plutôt bien la route, taciturne, ses dialogues se limitant à Mouaip, c'est finalement lui le plus fidèle à l'esprit de la BD. C'est pas grand chose, mais ce personnage, et les quelques gags au choix qui vous feront rire (pour moi: le gag de Joe faisant des jumelles - vraiment grossissantes - avec ses mains, et les poulets aux piments explosifs), permettent de se remémorer cet adage souvent vérifié par les amateurs pervers de western spaghetti: même dans le pire film, on trouve toujours un petit truc sympathique à se mettre sous la dent. Le générique arrive et il est rempli de dessins de Morris. On se demande ce qu'ils foutent là, mais ça aussi, c'est toujours bon à prendre!

NB: Voici les paroles du réalisateur, trouvées sur AlloCiné: "Il s'agissait de transposer un monde figé sur page, assez épuré, en quelque chose de vivant et de dynamique, mais sans en perdre l'identité. (...) L'enjeu pour moi était d'offrir un spectacle familial qui ne trahisse jamais la BD. Elle est intemporelle, parce que l'immense authenticité de ces personnages fonctionne toujours."
Bon, quiconque connait la BD et a vu ce film sait que le réalisateur non seulement a trahi la BD, en a perverti l'identité mais qu'en plus, le spectacle proposé n'a rien de vraiment familial. Ce que j'aimerais savoir moi, c'est si ce genre de petites phrases issues des dossiers de presse sont prises au sérieux par ceux qui les récitent, ou si en plus ils ont l'insigne honneur de se foutre de notre gueule?

lundi 20 décembre 2010

Adios Hombre


Sette pistole per un massacro
Mario Caiano
1967
Avec: Craig Hill, Eduardo Fajardo, Piero Lulli


Il y a bien longtemps que je n’avais mis une galette spaghetti dans la machine, et ma foi j’avais un peu perdu mes repères. Grand dieux ! Qu’est ce que c’est que ces décors minables au possible ? Une ville tout sauf crédible (le fronton de la banque qui fait toc, au secours!), vide, au ciel bas et froid ! Pas d’Almeria, pas de chaleur, pas de mobilier, le néant. Mario Caiano a beau soigner ses plans et ses perspectives, on se retrouve brutalement plongé dans la misère spaghettienne la plus nue. Lorsque Craig Hill (en bonne place dans le palmarès des acteurs de western spaghetti sans charisme) rentre dans le saloon, il y a un peu plus de monde, on pourrait y croire, on se dit même que cela ressemble à un effet recherché mais on est alors frappés par l’indigence de la vestimentation. Où sont les tenues baroques et étudiées, où est le choc esthétique procuré par les accessoires, où est le soin apporté au détail ? Eduardo Fajardo a rarement été aussi peu inquiétant, tant il est mal sapé et même Piero Lulli ne fait guère d’effet engoncé dans son costume simili-cuir mal ajusté.
Heureusement, peu à peu, le charme ineffable du western italien agit. Après deux ou trois chtouig à la guitare de la partition de Francesco de Masi, après deux ou trois coups de feu à l’écho ultra exagéré, après l’apparition de têtes aimées comme celle de Nello Pazzafini, on reprend plaisir au truc, la machine se remet en marche, le cerveau se remet sur les rails, et youpi, on n’a plus qu’à cataloguer la ribambelle de points positifs de l’entreprise. En premier lieu, un scénario solide, bien ficelé, bien mené et que l’on suit avec plaisir jusqu’au bout. Bon, étant donné le pitch – à savoir une bande de bandits qui tient une ville en otage – on se serait attendu, de la part d’un western italien, à plus de démesure dans les sévices, brimades et autres violences diverses à l’encontre de la population locale, mais comme le dit en introduction Jean-François Giré dans un argumentaire un peu bancal, Caiano fait partie de ces réalisateurs qui ont affirmé leur personnalité en copiant le classicisme américain plutôt que le style Leonien (bon je caricature un brin, mais ça revient à ça). Donc, de la violence oui, ma non troppo. Quoi qu’il en soit, le huis-clos étouffant est bien mené, bien rythmé, avec en filigrane des histoires de trahison et de vengeance qui tiennent la route. Les femmes ne font pas que de la figuration, on apprécie l’implication de Giulia Rubini, l’importance des dialogues qui lui sont accordés, le temps consacré à son personnage. Spartaco Conversi apparaît à la fin pour notre plus grand bonheur, et même si l’on sait avant même que la diligence n’arrive qu’elle sera remplie d’hommes de loi, et bien ma foi le film a rempli son office, il a permis de passer une bonne petite soirée spaghetti sans prise de tête, tout en rêvant, comme d’habitude, de ce qu’aurait pu être le film avec plus de moyens, plus de tripes et plus de cran. Malgré tout, un spagh honnête quoi, ni plus, ni moins.



Le DVD Seven 7: image pas tip top, manquant de netteté, couleurs légèrement délavées par moment, un peu vives à d'autres moment, il manque les tons ocres du genre. Introduction factuelle de Jean-François Giré qui dit tout ce qu'il peut sur un film somme toute assez mineur malgré ses qualités de mise en scène.

samedi 18 décembre 2010

Bandido Caballero




Bandido !
1956
Richard Fleischer
Avec: Robert Mitchum, Gilbert Roland, Ursula Thiess

Dix ans avant Damiano Damiani, Richard Fleischer nous fait découvrir le Mexique révolutionnaire, avec son armée de gris vêtue qui se fait tailler en pièces, ses péons hurlants qui tombent comme des mouches, les révolutionnaires guerilleros bardés de cartouchières, les automobiles primitives et sa course au trésor, bien qu’ici c’est d’une chasse au dépôt d’armes qu’il s’agit. Le duo entre l’occidental arriviste et le Mexicain révolutionnaire est déjà là aussi, bien que le mexicain joué par Gilbert Roland ne suive pas la pente initiatique vers la révélation sociale que suivront ses successeurs italo-cubains. Robert Mitchum, par contre, avec son flegme et son absence de scrupules, préfigure bien la ribambelle de pingouins polako-finlandais qui déferleront sur le territoire du Mexique Spaghetti dans les années soixante, mais western américain oblige, c’est la femme (Ursulla Thiess) qui lui donnera une leçon d’humanité, et non pas le rustre indigène local. On est tout surpris également de trouver un Mexique verdoyant et varié (le film a bel et bien été tourné au Mexique selon imdb), à mille lieues des cailloux désertiques d’Almeria, mais aussi des gorges épineuses de Peckinpah. La mer au Mexique ? Mais oui, c’est possible. Des marais poisseux ? Mais oui, aussi !
Si le film aura alors un incontestable attrait pour les amateurs de western zapata, il n’en reste pas moins agréable à suivre pour le commun des mortels, avec des moyens, des grenades, du second degré et une lisibilité limitée des intentions du héros. Mitchum est bien, sans flingue et sans chapeau, Gilbert Roland un peu moins convaincant, en révolutionnaire presque intellectuel.

Image: USMC sur Western Movies

Les Commancheros




The Commancheros
Michael Curtiz
1961
Avec:  John Wayne, Stuart Whitman, Ina Balin, Lee Marvin


Ce que l’on retiendra de cet ultime western de Michael Curtiz, ce n’est pas justement, qu’il fut son ultime western, terminé, pour cause de maladie, par John Wayne lui-même. On ne reviendra pas non plus sur la prestation en demi-teinte de Stuart Whitman en fade joueur de cartes, qui rappelle Tony Curtis dans Les années sauvages. L’on ne s’attardera pas non plus sur la sympathique prestation du bedonnant John Wayne, en Texas Ranger paternaliste, au cours de laquelle le Duke joue très bien le Duke comme il aimait à le rappeler, alors qu’on préfère se rappeler pour notre part de ses prestations dans La Prisonnière du désert ou Le fils du désert, dans lesquelles le Duke parvenait haut la main à surpasser le Duke.
C’est plutôt le personnage de Pilar Graile et son interprétation par Ina Balin pour le coup qui nous a marqué, tant par son sourire ravageur, sa personnalité indépendante, ses répliques imprévisibles, son intérêt trouble pour Stuart Whitman et son insensibilité totale à la virilité vieillissante du Duke. Dommage qu’une fois l’action pliée, elle rentre dans le rang, enlève son pantalon pour le troquer contre une robe et regarde langoureusement le lisse Stuart Whitman d’un air de femme bien élevée. Tsss.
Il reste à se mettre sous la dent beaucoup d'action, des indiens qui tombent comme des mouches, une apparition bien trop courte mais savoureuse de Lee Marvin, une autre apparition de Guin 'Big Boy' Williams et  des anachronismes en veux-tu en voilà (comme ces winchester dans les années 1840). Le film étant sympathique mais pas exceptionnel, je me réserve pour plus tard les westerns de Curtiz avec Errol Flynn (Les conquérants, La caravanne héroïque et La piste de Santa Fé), qui selon Christian Viviani, sont beaucoup plus personnels et intéressants.

Image: lasbugas sur western movies