vendredi 6 juillet 2012

Cinq gâchettes d'or

Oggi a me... domani a te! 
1968 
Tonino Cervi 
Avec: Montgomery Ford, Bud Spencer, William Berger, Tatsuya Nakadai 




Le héros de ce sympathique western sans prétention est affublé d'une vareuse type Django, agrémentée d'une grande écharpe sombre. Comme Tuco, il choisit ses armes avec soin chez l'armurier et comme Duncan, il est métis. Comme l'Homme sans nom, il tue avec dexterité ceux qui se mettent en travers de son chemin. Comme le Hollandais, il se cherche des hommes de main, experts aux armes et complémentaires les uns des autres. Comme dans La poursuite sauvage, le héros n'a que sa vengeance en tête. Comme dans Et pour quelques dollars de plus, la géographie de l'Ouest est schématisée par ses quatre points cardinaux, si tout le monde pense que vous êtes partis à l'Est ou au Nord, c'est que vous êtes au Sud. Comme Mendoza, le méchant (Tastsuya Nakadai) a un regard de dément, et il est dément pour de bon. Comme dans Wanted, le héros a été victime d'une sombre machination, et comme dans Dieu pardonne, moi pas, Bud Spencer a l'occasion de démontrer sa puissance. Finalement comme dans n'importe quel western italien, la confrontation finale est une interminable partie de cache cache servie par une musique Morriconesque à souhait. Le western italien finit par former un tout cohérent, comme une mémoire collective que l'on se ressasse sans cesse, sans chronologie ni ordre pré-défini dans les motifs qui le composent. Et c'est bien comme ça.

vendredi 15 juin 2012

Le Jour Du Jugement

Il giorno del Giudizio
1971
Mario Gariazzo
Avec: Ty Hardin



Sergio Leone a inventé le western italien, Sergio Corbucci lui a donné son âme, Sergio Sollima sa conscience. D'autres ont expérimenté, inventé, osé. D'autres ont seulement suivi, se sont contentés de refaire avec moins de moyens ce qu'ils avaient vu ailleurs. Mario Gariazzo est de ceux-là. Le jour du jugement a certes cette originalité du héros qui passe son temps à se déguiser, mais tout le reste n'est qu'une ressucée de scènes et d'idées déjà vues ailleurs. En premier lieu le gimmick du jouet mécanique qui rythme les duels et qui n'est qu'un malhabile plagiat des duels à la montre de Et pour quelques dollars de plus. En deuxième lieu l'homme qui coupe la corde du pendu à la carabine - mais pas forcément pour son bien - rappel direct du Bon la Brute et le Truand.


Pour autant, ce type de film a toute sa place dans la petite histoire du western spaghetti. Le rappel incessant de thèmes similaires traités dans tous les sens forge une mémoire collective, une mythologie propre, et ces petits films mal foutus y contribuent. Malgré tout cela n'empêche pas l'ennui. Les seconds rôles connus des aficionados pullulent, mais les moyens sont maigres. Le rythme est trop lent, les coups de poing résonnent comme des tambours et la sueur qui perle sur le front de Rick Boyd, c'est très clairement de la flotte. Les airs d'Ennio Morricone, comme d'habitude, sont suffisants pour donner de l'amplitude émotionnelle au film et chose assez rare dans le western spaghetti, on trouve quelques plans de seins nus. Mais ça ne suffira pas à vous faire aimer le film si vous n'êtes pas portés sur le genre. Ça vous satisfera tout juste dans le cas contraire.


Capture: Rex Lee sur Western-Maniacs

samedi 2 juin 2012

Il était une fois le western Européen vol II, le blog





Si vous êtes impatients de recevoir votre volume 2 de la bible de Jean-François Giré, il y a un blog pour suivre l'avancement des opérations:


http://westerneuropeen.blogspot.fr/


On y apprend par exemple que le bouquin sera finalement disponible en librairie, contrairement à ce que j'avais indiqué ici-même auparavant...


Le livre devrait arriver mi-juin.

mardi 8 mai 2012

Top 5 / Flop 5

Le top 5 des posts les plus vus sur ce blog (depuis que google fournit les stats, c'est à dire mai 2008):



10 juin 2007
3 637 Pages vues
1 janv. 2011, 2 commentaires
3 228 Pages vues
28 oct. 2010, 5 commentaires
1 118 Pages vues
9 juil. 2007, 3 commentaires
521 Pages vues
3 juin 2007, 1 commentaire
424 Pages vues


C'est bien, très bien pour un blog western. J'en suis très heureux. Si je comprends pourquoi Rocco et Solange y sont, la présence des Dalton me sidère un peu, et j'ose espérer que Terence Hill et Bud Spencer sont là à cause de la popularité persistante du duo, et non pas à cause du mot Cul dans le titre. Quant aux Martyrs, on pourrait croire qu'ils sauvent l'honneur, mais j'ai comme un doute, il doit bien y avoir une raison peu reluisante là-dessous.


Bref, les années passent, Internet ne mûrit pas vraiment.


Et voici le flop 5:




Années 1910, western américain, William S. Hart
0 Nombre de vues
20/10/09
Années 1920, western américain
0 Nombre de vues
09/01/10
Années 1910, G.M. Anderson, western américain
5 Nombre de vues
27/03/10
Années 1920, Fred Thomson, western américain

   3 Nombre de vues
20/03/10

Années 1920, western américain, William S. Hart

 3 Nombre de vues
17/03/10

Années 1920, western américain, Yakima Canutt


0 Nombre de vues
15/11/09

Merci à tous de cliquer sur ces messages ;-)



A noter que les stats google sont une vaste blague, puisque certains articles prétendument jamais lus ont malgré tout des commentaires.

lundi 7 mai 2012

Tire encore si tu peux!

Se sei vivo, spara
1967
Giulio Questi
Avec: Tomas Milian, Piero Lulli, Ray Lovelock


Attention gâchages! Les captures ci-dessous dévoilent une grande partie du film.
Western culte et dérangeant, Tire encore si tu peux! - encore un western italien mal servi par son titre français - donne le ton dès la première image.




La main de Tomas Milian qui sort de nulle part (en fait d'un tas de gravats d'une mine madrilène), reprise sur l'affiche, est à la fois dans le cadre esthétisant du western italien et en dehors à cause de la musique - assez entraînante et donc volontairement hors de propos - qui accompagne la scène.






Le flashback continue de jouer avec la convention: le ralenti, l'exécution sommaire, la lumière surexposée qui tranche avec l'obscurité du prologue, mais là aussi, le montage très saccadé avec changements de point de vue et bande son de bombardements préviennent l'aficionado que l'objet qu'il a devant les yeux n'est pas du western spaghetti conventionnel.




Le massacre des Tuniques Bleues est - lui - tout ce qu'il y a de conventionnel, en plus d'être fauché du point de vue budget. Mais cette caméra qui s'attarde sur ce soldat fauché en pleine baignade, l'est déjà moins.










Pour autant, Giulio Questi - au début - n'en rajoute pas des tonnes dans l'avant-gardisme - on n'est pas encore au niveau d'un El Topo. Les gueules de sadique qui se marrent, les trahisons, les peones qui se font tirer comme des lapins, les gammes sont là et bien maîtrisées.




Mais ces pauvres bougres, qui creusent leur propre fosse nous remémorent bien sûr, les pires heures de la seconde guerre mondiale. Les deux indiens ne sont pas des indiens mais des anges gardiens. Les balles en or, destinées à la vengeance, le retour de l'au-delà du héros, tout cela façonne très rapidement une atmosphère fantastique et oppressante.




L'imagerie dévie très rapidement également de la sauce spaghetti habituelle. Ce petit garçon nu, cette petite fille aux cheveux ébouriffés, évoquent bien plus le Tiers Monde, un pays en guerre, ou encore une cour des miracles peuplée de tziganes et de gens bizarres.




Première apparition d'une des chemises noires fascistes/homosexuelles (Sancho Gracia). A partir de ce moment là, Questi prend le parti de sortir les amateurs de western de son film, pour ne garder que les plus curieux, les plus ouverts, les plus endurants.







Questi retourne un poncif de plus. Les bandits que l'on imaginait martyriser la population du village, se retrouvent vite aux prises avec des individus encore plus barrés qu'eux, qui en plus privent le héros d'une partie de sa vengeance.




Tomas Milian, toujours très bon, regarde longuement les cadavres pendus et suppliciés. Totalement indifférent aux balles qui semblent le traverser comme un fantôme, il touche alors le chef des bandits et termine en 30 minutes ce que l'on pensait être le pitch du film. La scène suivante, dans laquelle les villageois cherchent à récupérer à la main, toutes les balles en or d'un Piero Lulli pourtant encore vivant est l'une des plus dérangeantes du western italien - à surtout remettre dans son contexte dans la mesure où aujourd'hui, certains effets ont particulièrement mal vieilli.




Que faire alors à partir de là? Questi part dans le bizarre, l'incongru, le symbolique. Tomas Milian se lave fréquemment les mains, les apparitions surgissent, les chemises noires festoient. Je ne peux pas chercher  à comprendre vraiment. Certains l'ont fait, mais seul Questi a les clés, et surtout, on a parfaitement le droit de trouver cela un peu vain aujourd'hui, même si l'intrigue du film, son fil conducteur scénaristique, reste parfaitement lisible.




Entre outrances, provocations (pour l'époque) et vraies belles scènes nihilistes, Giulio Questi livre une vision de l'humanité aussi noire que possible. Conformément aux codes du genre, tout le monde y passe petit à petit. L'appât du gain, seule motivation du petit peuple spaghetti -souvent pour un effet épique voire comique - prend ici une tournure teintée de folie et de démesure.






Quand ce n'est pas la volonté d'en faire trop, c'est parfois l'effet daté des scènes gore qui nous sort du film. Mais la sincérité du propos est bien là. Questi ne filme pas l'horreur pour faire parler de son film ou pour attirer les foules, mais pour exorciser la noirceur qui s'est installée en lui.




Et quand arrive la scène de l'iguane et de la chauve souris, une chose est sûre, on se dit que Tire encore si tu peux n'est certainement pas un film de premier choix pour qui voudrait s'initier au western spaghetti. Mais quand arrive l’extraordinaire final, on se dit qu'il est indispensable pour qui voudrait avoir une vision aussi complète qu'extrême du genre.