dimanche 3 juin 2007

Jesuit Joe


La BD de Hugo Pratt, reviewée par votre serviteur...

J’ai un petit blème avec Hugo Pratt. J’ai beaucoup aimé jadis, je n’aime plus. J’avais adoré La ballade de la mer salée et son coté aventure, La maison dorée de Samarkand avec les relations (in)amicales entre Raspoutine et le nonchalant Corto Maltese, et surtout j’avais apprécié Tango, situé en Amérique Latine dans les années 1910 et qui se paye le luxe d’évoquer Butch Cassidy et le Kid – si ma mémoire est bonne. Mais récemment, j’ai voulu lire Fables de Venise et je me suis effroyablement emmerdé, j’ai voulu lire Les Celtiques et tout le fatras ésotérico-mystique m’a saoulé, j’ai voulu relire – enfin - La ballade de la mer salée et je n’ai pas tenu jusqu’au bout. Refusant d’y voir le signe inéluctable de ma connerie vieillissante, j’achetai l’autre jour, en brocante, pour la modique somme de 10€ la deuxième édition 1982 dédicacée par la médiathèque d’Orléans de Jesuité Joé, avec de magnifiques traces de réparations intérieures. Et ce n’est pas sans appréhension que j’en commençai la lecture.
Cela commence par treize planches muettes, un Indien du Grand Nord trouve un uniforme de la police montée canadienne dans une cabane. Il l’enfile, puis se fait tirer dessus par trois inconnus. Mais Jesuit Joe est plus rapide, il s’en sort très bien.Même quand les bulles font leurs apparitions, on ne croule pas sous les textes à lire, il s’agit donc d’une BD méditative – du coup assez vite lue quand on n’est pas d’humeur à méditer – qui cherche à vous faire pénétrer et appréhender l’horreur et l’ambiguïté humaine. Car revêtu de son uniforme, Jesuit Joe se comporte en salaud en appliquant sa propre loi. Il sauve des gens, mais en tue d’autres, il sauve un bébé, mais il ne le rend pas à ses parents, il flingue un oiseau uniquement parce qu’il est joli, il sauve sa sœur, mais il la tue ensuite parce qu’elle a été prostituée. Jesuit Joe a sa propre vision de la justice des hommes, il est loin d’être un héros positif auquel on s’attache, d’autant que Pratt n’esquisse qu’une brève explication de son comportement par l’enfance. Le racisme anti-indien qui devait bien exister à l’époque n’est pas évoqué.
Pourchassé par le Sergent Fox, la fin de la BD est tout aussi déstabilisante que son héros : on ne saura tout simplement pas comment ça se termine, même si le fait que Pratt ait commencé un Jesuit Joe 2 dont les 17 premières planches ont été publiées dans un BO-DOI hors série, devrait vous mettre sur la voie.
Jesuit Joe a également été adapté en film en 1991 par Olivier Austen. Jean-François Giré le trouve chiant, Télérama trouve qu’il emprunte trop au western italien. Je vous en dirai plus quand j’aurai réussi à le voir.

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